vendredi 26 juin 2009

Le Renart et Lagacé

Clair que je suis du côté de Renart. Dans mon cas la question ne se pose même pas. J'ai déjà planté Lagacé sur mon blogue parce qu'il avait écrit un article à la con dans La Presse, se permettant de juger sans s'informer, comme le ferait un très mauvais éditorialiste digne de travailler dans la presse jaune (pour ne pas dire dans les pages jaunes). On peut déduire du ton emprunté que j'ai un parti pris en sa défaveur, et en faveur de Renart, qui fait partie de ma liste de blogues favoris depuis plusieurs mois.

Remarquez, je n'accuse pas le monsieur d'être un collabo, un serviteur de Gesca, un suppôt du capitalisme ou quelque chose dans le genre. Juste d'être foutrement pas original. Jamais je n'ai lu de lui un article qui sortait de l'ordinaire. C'est d'autant plus ennuyant que le strict conformisme de ses billets me force à le lire pour me faire une idée de ce que Joe-le-conseiller-municipal pense. Lagacé a son franc-parler, mais ce qu'il avance ne sort jamais du cadre bien-pensant de la petite élite villageoise lettrée. Assez intelligent pour questionner la police, trop frileux pour questionner le rôle de la police. Assez vif pour critiquer les politiciens, trop hypocrite pour les haïr.

Je peux quand même lui donner un point: à chaque fois que je le lis, il arrive à me décevoir à nouveau. Car Lagacé n'est pas politically correct: il est thinkally correct. Il est audacieux dans la forme, mais c'est à peu près toujours pour dire des banalités.

Je dis tout ça parce qu'il me semble avoir entendu des petit-e-s comiques (était-ce Lagacé lui-même) s'étonner du fait que certain-e-s blogueurs/euses s'en prennent à lui quotidiennement. Si c'est effectivement le cas ce n'est sans doute pas par haine des gens à succès; ni parce que ces blogueurs/euses n'ont pas de vie; c'est juste parce qu'il est prévisible et unidimensionnel. Ça, ce ne sont pas qu'une poignée de blogueurs qui le disent. C'est une opinion assez répandue.

Je dis tout ça aussi parce que Lagacé tint, à propos de Renart, à peu près ce langage: "Depuis, Pascal (son vrai nom), se fait blaster solidement, on l’accuse d’avoir attaché le grelot à une rumeur." Eh bien moi, je ne le blaste pas. Et on sait jamais. Je fais peut-être partie de la majorité silencieuse.

jeudi 18 juin 2009

Les fachos s'entredéchirent.

Dieudonné et ses allié-e-s ultranationalistes et islamistes se sont frottés, fin mai, à ce que plusieurs considèrent comme étant des nationalistes sionistes français et quelques militant-e-s antiracistes, peut-être proches de la Ligue Communiste Révolutionnaire. À Paris, alors que l'ex-humoriste souhaitait prendre la parole en public pour parler de sa fameuse liste antisioniste, la tension a commencé à monter entre son parti et quelques militants (visiblement tous des hommes) venus distribuer des tracts contre cette initiative. Dieudonné parle de ces opposants comme des Juifs français qui criaient "Israël vaincra"... entre autres choses. Après un match d'insultes sans doute très intéressant à entendre, des nationaleux ont approché des contre-manifestants. Un antiraciste a alors donné un coup de pied dans le ventre d'un antisioniste, puis une bagarre a éclaté immédiatement, faisant plusieurs blessé-e-s. Les nationalistes et islamistes de Dieudonné ont ensuite poursuivi les "agresseurs" dans les rues sur plusieurs centaines de mètres.

Alternatives Libertaires attaque la liste "antisioniste" de Dieudonné en disant qu'elle est chapeautée par des fachos qui ont même agressé un passant refusant de prendre leur tract. Les gens de l'UCL, dans La Commune, se vantent d'avoir bien accueilli Dieudonné à Montréal et appuient leurs camarades antifas en France. Les antisionistes français accusent actuellement certains groupes antiracistes d'être manipulés par des pro-Israéliens violents, et ceux qui appuient Dieudonné sont, aux yeux de la gauche plus mainstream, des antisémites.

Comment les gens opposés à la fois à l'antisémitisme et au sionisme peuvent-ils se positionner face à cette guerre entre Franco-Français? Plusieurs libertaires pourraient très bien, dans les mois à venir, se battre contre leurs propres ami-e-s, par accident, se retrouvant dans une manif anticolonialiste fréquentée également par quelques personnes controversées et soudainement perturbée par des antiracistes.

Les deux camps sont des nids à fachos. Les deux camps le savent. Il n'y a que nous, de l'autre côté de l'Océan, pour être pognés dans un no man's land. Certes, les structures anars du Québec, que je trouve toujours aussi sympathiques, ont décidé de tonner contre Dieudonné. Mais sans vouloir les vexer, je les suspecte d'être plus largement influencées par leurs homologues françaises que par des sources complètement indépendantes.

CE RACISME

Le racisme a très mauvaise presse depuis plusieurs décennies. On hésite rarement à le dénoncer en public. Mais pourtant il se renforce. Car le racisme le plus populaire au XXIe siècle, c'est de prétendre que l'Autre est raciste... de manière congénitale. Les médias anglophones, par vagues, traitent les Québécois de racistes; ceux qui se laissent laver le cerveau par ces torchons en deviennent tellement agressifs que l'un d'entre eux a décidé de m'attaquer en plein centre commercial, totalement gratuitement, seulement parce qu'il avait des raisons de croire que j'étais francophone, donc raciste. J'en ai parlé il y a un an. Ce n'est pas une attaque raciste? Pour les militant-e-s d'extrême-droite en faveur d'Israël, un rien est considéré comme un crime haineux. Ansi selon eux l'humanité se divise en deux parties: l'une est juive, et l'autre antisémite. Ça aussi, c'est raciste. Idem pour les Québécois-es qui accusent TOUS les Juifs, les Pakistanais et les Haïtiens de se tenir en petite gang et de refuser de s'intégrer; finalement d'être racistes. À cause de ça, quand ils en voient qui portent la kippa, ils ont juste envie de leur donner la volée de leur vie. C'est raciste.

C'est raciste d'haïr l'ensemble des membres d'un groupe culturel en raison d'un trait qu'on leur attribue collectivement. Et le racisme victimaire, c'est toujours du racisme. De toute façon, qui sont les victimes et les faibles? Les Israéliens entourés d'Arabes, ou les Palestiniens entourés d'Israéliens? Les Québécois-es entourés d'Anglais, ou les Montrealers entouré-e-s de Québécois-es? C'est sans doute plutôt nous-mêmes, entouré-e-s de crétinerie.

"Dans le doute, abstiens-toi", diront certains. Moi je dis plutôt: "Dans le doute, tape dans le tas." C'est la seule réaction rationnelle. Deux groupes racistes "antiracistes" s'affrontent dans des chicanes enfantines? Ne prenons pas parti: tapons sur les deux*. Et sur la police aussi si elle intervient*.

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*Dans le cadre d'un débat et sans agression contre les personnes. Cela va de soi.

mercredi 17 juin 2009

Les péquistes veulent eux aussi tout liquider.

Ces défenseurs de la veuve et de l'orphelin ont décidé d'appuyer les rapports Montmarquette, Castonguay et Ménard. Quand j'ai lu cet article, j'ai eu envie d'éclater mon écran d'ordinateur contre le mur. Le PQ, maintenant! Le parti sur lequel les plus pauvres ont toujours compté! Ce parti "social-démocrate"!

On nous dit que les choses ont changé depuis cinquante ans, que les élections ne sont plus gérées par des liens de patronage, que tout le monde a accès au pouvoir, qui est collectif et citoyen. Au Québec, on peut voter tranquille! Plus personne pour vous bloquer le chemin devant le bureau de scrutin.

On n'entrave plus le vote parce qu'il ne sert plus à rien. Les dernières élections et les présents évènements sont là pour le prouver, et le taux de participation montre que les gens l'ont compris. Nous avons le choix entre trois partis de droite identiques, qui ont un programme semblable et qui se querellent, à l'Assemblée Nationale, que sur des scandales de nomination partisane ou des erreurs administratives. Des chicanes d'aristocrates, quoi! Trois équipes de hockey auraient plus de raisons idéologiques de s'haïr. On élirait des dirigeant-e-s à vie et ce ne serait pas moins efficace; ce serait sans doute pareil. Un roi choisirait des ministres compétents issus de milieux bourgeois et, vénéré par une foule de crétin-e-s, il se la coulerait douce pendant que ses ministres voleraient les impôts et organiseraient notre esclavage.

Il y a une petite affiche à droite de mon blogue. Ce matin ça disait: "Moins de 18 ans, voici votre bulletin de vote." J'ai biffé la première partie. Parce que j'en ai mon casse. Peu importe ce que nous voulons, peu importe ce que nous disons, le pouvoir fonctionne de cette manière: des exécutant-e-s millionnaires ou alors très aisé-e-s commandent des études à des pseudo-intellectuels, à la demande des vampires du grand capital. Les pseudo-intellectuels, très souvent eux-mêmes issu-e-s des milieux les plus conservateurs, riches et fascistes, pondent des merdes facilement réfutables qui pourtant, gardent leur crédibilité sans que personne ne prenne le temps de les critiquer en profondeur. Le gouvernement attend, hésite, puis devant la pression des pouvoirs concurrents que représentent le capital et les leaders d'opinion, acceptent, peu importe l'opinion du peuple, peu importe même les résultats des sondages biaisés. Les médias applaudissent parce qu'ils font partie du grand capital: les journalistes ont des employeurs qui font aussi dans l'impression, dans le divertissement, la vente au détail et même, pourquoi pas, dans la construction navale.

Il y a des centaines de documentaires rigoureux produits au Québec: pas un seul n'a la visibilité de L'Illusion Tranquille, un film éditorial sans aucune donnée scientifique et rempli de mises en scènes (le premier des participants qu'on peut voir sur ce lien est décrit comme un "jeune", mais en réalité c'est un économiste de l'IEDM qui est déjà venu à l'UdeM pour tenir une conférence-débat sur le dégel des frais de scolarité - nous respecterons son anonymat). Les hommes et femmes d'affaires, presque tous liés comme une véritable noblesse dont la famille Desmarais est l'inimitable cheffe de file, jouent à la chaise musicale dans les conseils d'administration des hôpitaux, des universités (Louise Roy - du CIRANO - entre autres à l'UdeM, mais André Caillé aussi et plusieurs autres grands bourgeois qui, apparemment, n'en ont pas assez de leur job de de créateurs de richesse) et autres institutions publiques. C'est une deuxième mafia, pour ne pas dire une première, qui est intégrée dans toutes les structures décisionnelles. Vous avez encore peur des Juifs ou des Illuminatis? Vous êtes dans le champ. Il n'y a pas de conspiration, le monde s'offre à nos yeux tel qu'il existe. Le voir ne demande pas un exercice intellectuel féroce, il faut seulement se frotter les paupières.

Comment pouvons-nous faire face à cette immense mascarade? Envoyer les invité-e-s du party annuel de Guy Laliberté au travers d'une faille temporelle nous débarasserait déjà, sans aucun doute, de la moitié des minables du Québec (et peut-être même de l'Amérique du Nord). On pourrait les installer sur la Terre à l'époque des dinosaures et assister, grâce aux merveilles de l'archéologie, à leur autodestruction - et tirer les conclusions qui s'imposent sur le système qu'ils privilégient.

Je rêve du jour où les guenillous que nous sommes, comme des rats sortant des égoûts, envahiront par milliers les rues et les manoirs, saccageant les banques, les postes de police et les parlements. Nous serons mus par notre simple nombre et la soif qui tiraille nos gosiers depuis trop longtemps, et par notre poids nous étoufferons ces médiocres Lucien Bouchard, Joseph Facal, Pauline Marois et Raymond Bachand, leur mangeant les tripes, pénétrant leurs entrailles gluantes par tous les orifices. Nous n'aurons alors pas besoin d'eux, de leur argent sans valeur et de leur leadership. Nous serons seuls, et nous serons libres.

dimanche 14 juin 2009

La question de la semaine.

Si c’est vrai que la liberté a un prix, est-ce que ça veut dire qu’il faut l’acheter à quelqu’un ?

jeudi 11 juin 2009

Tribulations dans les partis.

J'ai eu ma première carte de membre à 17 ans et j'ai milité dans un parti pendant les deux années suivantes. Ce texte a été écrit dans le but de vous envoyer ce message: NE FAITES PAS ÇA. VOUS COUREZ À VOTRE PERTE.

Je ne pense pas que mon expérience personnelle puisse vraiment contribuer à convaincre des lecteurs/trices à ne pas s'embrigader dans un parti, mais bon. Un témoignage parmi d'autres permettra peut-être à certain-e-s de garder la tête hors de l'eau en pareille situation.

...

À 15 ans déjà, j'étais fortement antiautoritaire et férocement attaché à mes utopies. Au secondaire, j'étais bon élève, mais la direction ne m'aimait pas. Je raconterai un autre jour pourquoi. Au début de mon cégep, je n'avais pas d'opinion sur l'anarchisme mais j'avais le rêve d'une planète dépourvue de nations, d'État, de travail, de vêtements et de chefs, dans laquelle tous les êtres humains se traiteraient comme des frères et des soeurs, ne tirant pas plus de la nature que ce qu'elle pouvait nous donner[1]. Je trouvais les lois incohérentes et je voulais voir le système s'effondrer. Beaucoup de ce que j'écrivais, à l'époque, flirtait avec les idées libertaires.

J'étais pourtant membre du PQ et je militais pour le parti avec d'autres jeunes. Pourquoi? Parce que c'est comme ça que ça fonctionnait. Le PQ était le seul pôle d'activité politique progressiste, ou presque, au cégep. Québec Solidaire n'existait pas et l'UFP ne comptait sans doute aucun membre dans toute la région. Alors le PQ ramassait les jeunes progressistes de tous les horizons et mettait ça dans un même tas. Ce qui fait que mis à part quelques visites de politiciens, le comité a surtout organisé des manifs contre le Wal-Mart. Le PQ à la tête d'une manif anticapitaliste! L'organisateur, un jeune crypto-libertaire qui voulait voir des coopératives libres remplacer les entreprises par actions[2], se faisait harceler par la police à chaque jour pour qu'il fasse annuler l'évènement. Faut dire que Bernard Landry, lui-même, avait à cette époque condamné les pratiques de la multinationale, mais on n'était pas là à cause de lui. Un autre militant de ma connaissance, qui a, j'espère, depuis plusieurs années déchanté sur le Parti, avait campé plusieurs jours avec d'autres étudiant-e-s devant l'Assemblée Nationale pour revendiquer des choses certainement contraires au Programme. Bref, j'aurais crié "Vive la révolution socialiste" en arrivant dans les réunions et on aurait trouvé ça normal. Ça, c'était une cellule jeunesse du PQ en région, en 2004.

Quand je raconte ça à des militant-e-s progressistes ou anarchistes de Montréal, ils/elles me regardent avec des yeux gros comme des trente sous. Dans la métropole c'est différent. Faut dire, à Victo c'était pas parfait non plus. Les vieux routards étaient assez peu fiables, magouilleux, et les soirées spagghettis étaient remplies de lobbyistes et de conservateurs de musées venus mendier un peu de cash à Sa Grandeur le député. C'était pathétique.

Quand je suis arrivé à l'UdeM, je voulais absolument me faire des ami-e-s rapidement, parce que je me sentais un peu snobbé par les autres premières années, trop branchées pour moi. Je suis donc entré dans la cellule locale du PQ, persuadé de trouver du monde qui me ressemblait (presque). Mais en apprenant à connaître les autres militant-e-s, j'ai comme eu l'impression de recevoir un seau de marde gelée dans la face. Bien habillé-e-s, bien coiffé-e-s, juste assez drôles pour plaire, ils parlaient à gauche, pensaient à droite et agissaient en fonction de leur carrière, capables de toutes les malhonnêtetés. Jamais auparavant je n'avais trempé dans un milieu aussi sale. Je leur servais, à ces majestés, de garçon de courses en attendant de faire mes preuves.

Pendant une élection partielle, j'ai parlé à un partisan d'Omar Aktouf, qui se présentait pour l'UFP. Il tractait devant la station Côte-des-Neiges. (J'aurais dû être dans le bureau de comté du PQ mais j'étais incapable de rester là, tout le monde m'ignorait avec le même air défaitiste.) "Pour me poser des questions de même, tu dois être un péquiste." J'ai été très vexé quand il m'a dit ça. Il me semble que mes questions montraient plutôt que j'étais vraiment très ambivalent. Nous avons discuté pendant quelques minutes et il m'a avoué avoir eu du trouble avec ses pancartes. Des hommes dans la trentaine les décrochaient à mesure qu'ils les accrochaient, se montrant fort intimidants et prétendant que l'UFP divisait les votes souverainistes. J'en fis part aux gens de mon comité électoral: haussement d'épaules. C'était eux qui avaient fait le coup, de toute évidence. J'étais déjà très mal à l'aise quand je faisais du porte-à-porte, la semaine précédente... J'avais honte, aussi, quand je passais l'heure du dîner derrière un kiosque fleurdelisé. Je me cachais derrière un péquiste corpulent et je m'arrangeais pour partir assez tôt. Le fanatisme des représentant-e-s, qui parlaient pour le parti au lieu de parler pour eux-mêmes, m'incommodait. Rester dans les rangs péquistes devenait intolérable pour moi.

Un peu plus tard, lors d'une conférence donnée par Louis Bernard, je me fis huer par les militant-e-s du PQ pour avoir osé poser une question sur les droits des autochtones.

J'ai décroché définitivement à la fin d'une conférence de Gilles Duceppe, lors de la période à micro ouvert. Juste au moment où j'avançais pour m'exprimer, le secrétaire général du comité péquiste m'avait glissé dans la main un petit papier découpé avec parcimonie. Dessus, était imprimée la question qu'il fallait que je pose.

Je suis parti pour de bon et je n'ai plus jamais reparlé aux gens du PQ. Si... je me rappelle qu'après la soirée des élections fédérales suivantes, la présidente du comité péquiste de l'UdeM m'a salué dans un bar. "Ah bien tiens, je suis donc coooooontente de te voir ici." Elle était saoûle; son candidat avait perdu.

À force de me faire taper sur le clou, j'aurais pu me la fermer et obéir. Ça aurait pu arriver; à l'école primaire ça avait très bien marché avec moi. Et c'est arrivé à tant de mes connaissances... Avec le temps, j'aurais été habitué de voir les crosses se produire et j'y aurais participé de bon coeur, débarassé de toute la lourdeur des examens de conscience par l'accoutumance. Peut-être même que j'aurais pu aller loin. Mais j'ai sans doute été sauvé par le fait que les militant-e-s seniors du PQ m'aparaissaient au départ désagréables, méfiants et froids. Si j'étais tombé amoureux de ces gens, si même nos phéromones avaient seulement connecté chimiquement l'espace d'une minute, je ne sais pas ce que je serais devenu. Serais-je encore avec eux aujourd'hui?
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[1] Il faut quand même préciser qu'ouvertement, j'étais plutôt un socialo. J'arrêtais pas de dire qu'il fallait tout nationaliser. Sauf que je n'étais pas capable de digérer la bureaucratie étatique, le gouvernement, l'ordre, la conformité, la standardisation, la centralisation, la police, la hiérarchie. Je ne croyais pas en la bonne gouvernance et je détestais tout de l'État, sauf ce qu'il pouvait me donner gratis. Je ne me suis donc jamais expliqué comment j'arrivais à croire que je tenais une position cohérente. À vrai dire je m'en suis rendu compte seulement dans un de mes cours de philo.
[2] Je ne prononcerai pas son nom de peur de nuire à sa carrière. Précisons que la dernière fois que je l'ai vu, il portait une cravate... En fait, cette histoire est très triste et mérite une note de bas de page. Le soir suivant ladite manif, un petit boss du PQ est venu manger chez Max Poutine avec nous pour échanger. Nous étions encore tout brûlants de notre après-midi passé à affronter (poliment) la sécurité et la police. Le président minus en question avait demandé à mon ami de définir ce que devait être l'avenir. Le regard dans les nuages, il parla, comme d'autres décrivent un coucher de soleil, d'une société libre et douce. Le vieux trentenaire, sur un ton sec, cassa soudain ses rêves naïfs en lui plongeant la tête dans la "réalité" de l'industrie, du salariat, de la nécessaire exploitation. Ce n'était pas une argumentation, mais un sermon. "François Houle (candidat du Parti Vert reconverti en péquiste, élite de la jeunesse victoriavilloise) était comme toi aussi, au début. On lui a parlé et il a fini par comprendre. Un moment donné tu vas changer. Tu peux pas garder tes idées pas réalistes. Et toi, Guillaume, que penses-tu du futur?" J'ai répondu que je me sacrais totalement de ce qu'il disait, et que je pensais à peu près la même chose que mon ami, peu importe si c'était déconnecté de la réalité ou pas. J'aurais dû insister davantage, voire lui pitcher ma poutine dans la face. À avoir su qu'il réussirait à transformer mon camarade en jeune péquiste servile veston-cravate-qui-fait-du-porte-à-porte... En tout cas, j'ai eu ma leçon. Alors la prochaine que je vois un vieux essayer de défaire les illusions d'un jeune, je lui arrache le pancréas. Que ces séniles profiteurs se considèrent avertis.

vendredi 5 juin 2009

Les mauvais journalistes

Google et la fin de mon anonymat

Quand j'ai créé ce blogue en 2008, j'ai décidé de conserver mon anonymat pour une seule raison. Je n'ai pas peur d'assumer mes opinions; j'ai fait bien pire qu'écrire un blogue pour me discréditer auprès de la population, allant jusqu'à traiter de fascistes les néo-cons de l'Institut Fraser en plein dans leur face lors d'un séminaire étudiant, visage découvert, avec mon nom d'écrit sur un cocarde, mon adresse dans leur ordinateur et la bouche pleine de la bouffe qu'ils m'avaient payée. Dans des manifs décrites comme "violentes" par les médias, j'ai souvent traîné mon passeport dans mon sac à dos, ce qui est d'une stupidité consommée. Je n'ai donc pas peur qu'on m'identifie, même si je comprends totalement l'inconfort de ceux et celles qui tiennent à ce que leur face ne se retrouve pas dans un jpeg de la police.

Mais comme tout être humain, il m'arrive d'avoir faim. Et comme je travaille surtout par contrats non-renouvelables, des boss, je dois en rencontrer beaucoup pour avoir de quoi m'acheter des macaronis.

Or, les patrons googuelisent maintenant tout le monde pour les "connaître" avant de les passer en entrevue. Mettez-vous à la place d'un patron ou d'une patronne étudiant mon cas. "Tiens, ce candidat diplômé, distingué et expérimenté tient aussi un petit blogue. Allons voir... ... ...? ...! COMMENT ÇA, IL FERAIT TOUT POUR DE L'ARGENT SAUF TRAVAILLER? VOYONS DONC! LUCIEN BOUCHARD A DIT QU'IL FALLAIT AIMER LE TRAVAIL! QUOI? EN PLUS IL PISSE SUR LE SENS DU DEVOIR? MAIS QUE CETTE PERSONNE EST DONC MÉPRISABLE ET PARESSEUSE!"

Voilà le scénario que j'ai en tête depuis mars dernier, mois au cours duquel j'ai commencé à me chercher un peu de job dans l'espoir de pouvoir continuer à payer ma part de loyer qui augmentera au départ de ma troisième coloc, le premier juillet.

Car un drôle de hasard fait que malgré toutes les précautions que j'ai prises en créant Les Tribulations d'un Mouton Marron, eh bien maintenant, en googelisant mon nom, on arrive droit sur ce blogue. J'aimerais bien comprendre comment c'est arrivé. Mais bon, le mal est fait.

Alors je sors de derrière le tas de fumier.

Seulement révéler mon nom, comme ça, serait assez peu poétique. Anarcho-Pragmatisme a déjà eu la bonne idée de donner à son billet révélant son identité un titre éponyme. Moi, je vais faire un gros détour, ce sera amusant.

Les mauvais journalistes (mentent)

C'est un vidéo visionné sur le blogue de Julien Royal et un de ses commentaires figurant en-dessous qui m'ont rappelé une petite anecdote qu'il faut absolument que je vous conte. C'était en juin 2007, je m'étais trouvé un emploi d'été écolo à Ville-Émard. Je n'ai que des bons souvenirs de l'Éco-Quartier au sein duquel j'ai été intégré, mais en vérité, être forcé de me promener avec un t-shirt vert en guise d'uniforme était suffisant pour me dégoûter pour toujours de refaire la même chose. Je hais les uniformes.

Toujours est-il que sachant que le travail de patrouilleur/euse vert-e est de sensibiliser les citoyen-ne-s à la protection de l'environnement et de faire connaître les lois municipales, un journaliste de passage lors d'une formation me demande avec un sourire sadique: "Est-ce que de temps en temps, vous devrez ramener les gens à l'ordre?" Et je réponds exactement: "Non. Pas du tout. Nous sommes ici seulement pour informer... et par extension pour accomplir pas plus que notre devoir de citoyen. Tout le monde a le droit d'intervenir comme nous le ferons, tout le monde devrait intervenir afin d'empêcher l'environnement de Montréal de se dégrader. Il n'est donc pas question de faire la police dans les quartiers de Montréal."

Le lendemain, voici ce que le journaliste écrit dans son quotidien merdique, me citant ouvertement: "On devra ramener les gens à l'ordre si c'est nécessaire". Barnak! Jamais j'aurais dit une affaire de même! Pas en cent ans!

Cette fausse citation s'explique facilement. Pas question ici de magouille. Mon véritable témoignage a été sacrifié sur l'autel de la forme. Le titre de l'article étant "la Patrouille verte pourra montrer des dents", il fallait que mes paroles aillent dans le sens de celles de mon grand patron (de la ville de Montréal). Une simple question de cohérence. Bon, l'article a fini par disparaître de Cyberpresse. On retrouve cependant encore le passage en question quelque part, sur lequel on peut arriver, justement, en googuelisant mon nom.

Nous sommes en crise. Si on peut changer le témoignage de quelqu'un seulement pour que ça fitte, imaginez ce qu'on peut changer pour des raisons politiques ou économiques.