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samedi 15 juin 2013

La loi du moindre effort



Ma paresse, mon rejet de la culture de l'effort et de la sueur, je la confesse. Je hais souffrir, je hais faire des sacrifices, je hais travailler. Je n'aime que jouir, manger, boire du thé en jasant, dormir.

Une de mes amies les plus géniales (elle se reconnaîtra) a affiché, sur la porte de sa maison: «stay home club», ou quelque chose dans le genre. Quand je la visite, je l'aime encore plus. Rien que pour cela. Ça me fait oublier le fait que je viens de passer 45 minutes dans le métro [1]. Il y a dans ses épisodes un peu pantouflards quelque chose de profondément sage.

La paresse est malheureusement une vertu en voie de disparition. C'est pourtant selon moi le seul véritable stimulateur de ce qu'on appelle parfois le progrès. La technologie a commencé à délirer quand les innovations motivées par la paresse ont été remplacées par des innovations motivées par le profit, et par une rentabilité artificielle.

Regardez nos dévoué-e-s leaders: regardez comme illes sont tous et toutes riches, opulent-e-s, accompli-e-s, prospères. Mais regardez surtout comme illes sont avant tout fatigué-e-s. Quand illes ne le sont pas, illes s'arrangent pour avoir l'air. Une belle bande de con-ne-s, incapables de profiter réellement de leur appartement à 2,5 millions, de leur piscine intérieure, et qui s'intoxiquent aux pesticides sur leurs terrains de golf idiots.

Illes sont contre la paresse, qui joue sur les forces de l'équilibre. On peut - on a - cela dit renversé des pierres grosses comme des autopatrouilles avec des leviers. On a survécu, cultivé en se servant de la simple inertie, du soleil, de la pluie, du compagnonnage. Même dans les régions où on a dû irriguer la terre, un système basé sur la paresse a dominé pendant des millénaires. Notons par exemple le cas du chadouf. Le chadouf, c'est le respect à la lettre de la loi du moindre effort, et c'est pour ça que c'est intelligent.

L'industrie contemporaine joue, quant à elle, sur des forces illogiques et se base sur des valeurs nocives pour l'environnement. La distance parcourue par un bien, l'énergie gaspillée à le produire (incluant l'énergie en terme de travail humain) ne valent absolument rien selon les règles de notre économie. Les solutions les plus simples sont souvent écartées parce qu'elles ne peuvent pas s'intégrer dans un système productiviste hautement standardisé et peu flexible. Nous avons l'impression, certes, que les choses avancent à pleine vitesse, à un tel point que cela nous fait peur. Mais au bout du compte, nous sommes paralysé-e-s. Nous réglons des problèmes, mais ce n'est que pour faire face à des nouveaux problèmes que nous avons cette fois créés de toute pièce[2].

La paresse est la seule solution envisageable à long terme. Il faut toujours chercher à travailler moins fort, à jouir plus, et ne pas, surtout, ne pas rechigner à emprunter des chemins sinueux qui ne mènent peut-être nulle part. Les idées viendront toutes seules à partir de là.

Longue vie à la paresse et à la loi du moindre effort, qui améliorent nos vies depuis bien avant le début de la civilisation.
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[1] Pas que j'aie horreur du métro et des transports publics. Les utiliser, c'est le comble de la paresse. À moins d'être absorbé depuis plusieurs jours dans un livre époustouflant, je ne lis jamais dans le métro, je ne rends jamais le temps passé dans un wagon productif. J'en profite au contraire pour glander, regarder le monde, me chanter des chansons dans ma tête. C'est d'ailleurs un des seuls moments pendant lesquels je ne suis pas rejoignable. Le reste du temps, il y a toujours le téléphone, Internet, le regard d'un patron, etc. Je n'aime pas être dérangé dans mon rienfoutage. Je vous jure, je ferais presque des tours de métro rien que par plaisir de rien fiche.

[2] Il y a des dizaines d'exemples, inutile d'en faire la mention d'un seul. Toutefois, il n'est pas assuré qu'on sache de quoi je parle. Donc je vais raconter une anecdote. Ça se passe dans un pays d'Amérique latine. Des planteurs/euses de café cultivent tranquillement quant tout à coup, des agronomes étrangers/ères proposent de "l'aide humanitaire". Illes offrent leurs conseils afin de rentabiliser leur terre. Illes visitent la plantation et suggèrent aux planteurs/euses d'abattre les arbres qui  en couvrent une partie, afin d'augmenter la surface cultivable. Les planteurs/euses ne se méfient pas, illes coupent. Sauf que les arbres permettaient à certaines espèces d'oiseaux de nicher. Ces oiseaux-là bouffaient les insectes nuisibles. Résultat: la récolte suivante est foutue. Je raconterai pas la suite, mais disons seulement que les agronomes sont revenu-e-s avec une autre proposition. Avec les résultats que ça a partout dans le monde.

vendredi 5 avril 2013

Votre travail ne sert à rien.

Bon. Blogger trouve que mes commentaires sont trop longs. J'ai donc décidé de répondre à un commentaire en publiant un nouveau billet.

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Si vous travaillez et que vous vous êtes posé-e des questions sérieuses sur votre travail, il y a de bonnes chances pour que vous vous soyez rendu-e compte, avec le temps, qu'une énorme partie de vos tâches ne riment à rien. Vous avez certainement également aussi déjà remarqué que des collègues ou des patron-ne-s étaient tout simplement des nuisances et que l'entièreté de leur oeuvre était contre-productive. Peut-être même que vous avez déjà travaillé dans une entreprise ou pour un organisme dont l'activité était tout simplement nuisible pour le "bien commun".

Eh bien, sans entrer dans la rédaction d'un article compliqué avec des statistiques et des calculs - je le ferai une autre fois, si j'ai le temps - je pense qu'une grande partie de notre activité économique est ainsi: elle est inutile et ne se traduit pas en amélioration de notre jouissance quotidienne.

Malgré les promesses de la technologie, nous travaillons toujours des dizaines d'heures par semaine, et si les horaires n'ont pas tant changé, le stress, lui, a augmenté dans de nombreux secteurs (comme si c'était possible) et dans à peu près tous les milieux de vie. Et maintenant en plus, les retraites sont menacées comme jamais.

J'en ai déjà parlé sur ce blogue: rien de ce qui se passe n'est logique. Une usine qui ferme, ce devrait normalement être une bonne nouvelle: puisque le travail est achevé! Mais non, tout le monde pleure, et on décide parfois de la garder en vie artificiellement pour ne pas perdre des emplois.

Ça ne fonctionne pas, entre autres choses parce que notre économie est basée sur la croissance, sur l'activité, plutôt que sur la nécessité et le plaisir. Vous connaissez l'histoire du trou de Keynes? J'ai pas mal l'impression que de créer une nouvelle version nulle du I-Phone toutes les années, c'est pas mal équivalent à creuser un trou pour en remplir un autre.

Tenez, je vous renvoie à un lien de droite. Lisez la partie sur les "limites". Et vous allez comprendre en même temps comment il se fait que Bastiat, cet économiste de la droite pure, a pu me rendre encore plus fainéant.

On valorise la culture de l'effort, et ça donne ce que ça donne. Quand bien même que vous seriez payé avec l'argent volé à des orphelin-e-s pour noyer des chatons à la douzaine, vous vaudrez toujours mieux qu'un-e chômeur/euse ou qu'un-e assisté-e social-e. Notre système de valeurs fera que quand vous rentrerez chez vous, avec votre hostie de boîte à lunch en métal et votre cravate, vous vous direz, fier/fière d'être un-e "contributeur/trice": "Une autre journée de travail accomplie avec sens du devoir et du respect de la chose bien faite."

Mais peut-être que vous avez déjà fait ce genre de constatation, et je m'en excuse si je m'étends là-dessus pour rien.

Je pourrais emprunter le vocabulaire des gestionnaires et vous parler de productivité, d'efficacité, etc. Mais ce n'est pas vraiment dans mes schémas de pensée. Je pense plutôt que chaque heure de travail gaspillée peut se compter en perte de jouissance. Face à cela, je vois deux solutions - mais il en existe sûrement plusieurs autres. Soit on rend le travail (inutile) jouissif (et donc ce ne sera plus du "travail"), soit on réduit le travail (utile) à un strict minimum. Je propose déjà quelques pistes pour y arriver:

- venir à bout de l'obsolescence programmée;
- remplir les villes de potagers et de vergers;
- fermer la plupart des agences de pub;
- fermer le gouvernement;
- détruire toutes les armes.

À partir de là, je pense qu'on peut organiser une société sans plus perdre la moitié de notre temps à galérer pour rien. Comment « organiser » cette société? Eh bien je sais pas, de diverses façons selon les goûts du moment, selon les désirs des individus et groupes desquels elle sera formée, je m'en câlisse! Tant que je resterai libre.

mardi 24 janvier 2012

Pourquoi l'étude du CPQ est biaisée.

Dans un court billet écrit il y a plus d'un an maintenant, j'avais énoncé que l'étude commandée par le Conseil du Patronat du Québec nommée "Étude sur les dépenses des étudiants universitaires" était biaisée. Je n'avais pas expliqué pourquoi, tout simplement parce que c'était évident. Mais avec le combat qui s'en vient contre la hausse des frais de scolarité et quelques articles publiés il y a pas longtemps et qui annoncent clairement la reprise des arguments chancelants des patron-ne-s et gouvernant-e-s[1], j'ai décidé de jeter à nouveau un coup d'oeil au document.

La forme

Signalons que l'étude ne prend pas la forme et le ton d'une étude scientifique habituelle. On a plutôt affaire à un condensé assez flou de données sans grande analyse. Un peu comme le résumé du programme d'un parti politique qu'on reçoit dans notre boîte aux lettres lors d'élections. Quelques points saillants, quelques chiffres en gras, et ça s'arrête là.

Pourtant, le document porte le titre bien clair de "Rapport final", et non de "résumé", "esquisse", "document de presse", "tas de marde pour les éditorialistes épais", etc.

La section sur la méthodologie est risible : à peine une phrase, dans laquelle il n'est fait mention d'aucune marge d'erreur, sur un échantillon de 500 étudiant-e-s! Il me semble qu'avec un si petit nombre, on aurait pu s'attendre à quelques nuances! En comparaison, l'étude de la FEUQ (2010) sur les revenus des étudiant-e-s, à laquelle nous reviendrons souvent, a utilisé un échantillon de 12 600 individus et consacre une dizaine de pages à la métho, tout en accompagnant de données sur la marge d'erreur chacun de ses tableaux et graphiques !

Il y a un problème scientifique majeur dans le fait de caractériser le sondage du CPQ (parce que ce n'est rien de plus que ça, un SONDAGE, et d'ailleurs le nom du fichier pdf porte le titre évocateur de "sondage1210") d'étude.

Les données

Le problème avec les données du CPQ, c'est qu'elles sont incomplètes et nous permettent pas d'avoir un portrait global de la situation décrite. De plus, les données sont présentées de manière biaisée.

La formule choisie par Léger Marketing, à la demande du CPQ j'imagine, a été d'écarter systématiquement les résultats nuls de leurs équations. On peut donc se retrouver avec une série de chiffres difficilement compilables. Par exemple "70 % des étudiants dépensent 36 $ par mois en moyenne pour un service d'accès Internet". Il faut en comprendre, dans les tableaux qui suivent cette donnée (et même si ce n'est pas spécifié dans les faits saillants), que les 3 étudiant-e-s sur 10 qui ne dépensent pas en moyenne 36$ par mois en service d'accès Internet dépensent en fait 0$ par mois pour la même chose! Ce qui ramène la moyenne globale à 25$.

Un des problèmes de ce choix méthodologique est de donner une impression fausse sur les étudiant-e-s en général. Par exemple, il n'est pas certain que les 70% d'étudiant-e-s qui payent leur Internet soient exactement les mêmes que ceux (79%) qui dépensent pour un téléphone cellulaire. Plusieurs dépenses se chevauchent, mais d'autres pas. Mais ça, ce n'est pas spécifié non plus. On reste donc avec l'impression que c'est une large majorité d'étudiant-e-s qui payent ET un cellulaire, ET un accès à Internet vitesse extrême, ET 39$ de restaurant par semaine, ET cætera.

La formulation des phrases vise donc directement à gonfler les chiffres et à donner l'impression que les étudiant-e-s gaspillent leur argent de manière immonde. Mais ce n'est pas tout. Les expressions galvaudées permettent de dissimuler des faits habilement dans le discours. Par exemple: "Finalement, on remarque que la quasi-totalité des étudiants fréquentent les restaurants sur une base hebdomadaire (pour un total de 39 $ en moyenne par semaine) et qu’ils dépensent en moyenne 94 $ par mois pour leurs loisirs."

La "quasi-totalité", c'est en fait respectivement 95% et 96%. Pourquoi donc avoir donné ces chiffres moyens, si c'est pour exclure toujours au minimum 4-5% de l'échantillon? L'expression volontairement vague de "quasi-totalité", ici, est clairement utilisée à dessein pour gonfler les chiffres. Pour arriver à une moyenne réelle, il faut inclure les résultats nuls: ce qui donne 37,05$
pour les dépenses de "restaurant", et 90,24$ pour les loisirs. C'est pas beaucoup moins, mais il faut tout de même en conclure que les chiffres sont exploités de manière tout à fait inexacte.

Les termes eux-mêmes sont trompeurs. Comme nous l'avons vu, dans la section "faits saillants", le CPQ affirme que les étudiant-e-s dépensent en moyenne 39 $ par semaine dans les restos. Or, dans le tableau explicatif, il est plutôt question de: "Les repas (ou parties des repas) pris au restaurant (incluant les cafés, collations, repas pour apporter et commandés) PAR SEMAINE".

La question est confuse en partant, mais suggère sans doute que votre café pris à la brûlerie Saint-Denis, votre lunch pris à la cafétéria ou votre muffin acheté au Café Aquin rentre dans cette catégorie. En admettant que vous dîniez 5 fois par jour à la cafétéria et dépensiez 6$ à chaque fois pour un repas complet et équilibré, vous dépensez déjà 30$ par semaine. Ajoutez un café à 1,50$ 5 jours sur 7 et vous arrivez à la moyenne. C'est une dépense qui peut être coupée mais ce n'est pas irraisonnable du tout; il ne faut pas croire, en observant les chiffres donnés, que les étudiant-e-s se font exploser la panse au Toqué à chaque semaine pendant que la pauuuuvre classe moyenne crève de faim.

Comment expliquer certains résultats étranges?

Toujours dans l'alimentaire, le sondage révèle - toujours avec sa formule farfelue - que 91% des étudiant-e-s dépensent en moyenne 86$ en frais d'épicerie (98$ dans la région de Montréal). Ça me semble à moi, en partant, une dépense aussi immense et absurde que les dépenses attribuées aux loisirs et au restaurant, qui me feraient, à moi, faire faillite en deux mois. Mais dans les détails complémentaires, on nous assure aussi que parmi ceux qui reçoivent de l'argent d'un "tiers" pour payer l'épicerie, et qui par ailleurs habitent chez leurs parents, cette dépense passe à 120$! Comment est-ce donc possible d'habiter chez ses parents et de dépenser personnellement, tout de même, 120$ par semaine en frais d'épicerie?

En 2005, le MAPAQ nous apprenait qu'en 2001, une famille québécoise dépensait en moyenne 118$ par semaine en épicerie, et environ 50$ par personne en moyenne. Les chiffres ont progressé depuis[2], mais il est évident que quelque chose cloche, et cela est certainement en lien avec la formulation des questions ou une mauvaise collecte de données. En l'absence de détails donnés sur la méthodologie, je me permets donc de conclure que les questions ont été mal posées à un échantillon mal choisi.

Qui peut en effet répondre spontanément et avec certitude, dans le cadre d'une enquête téléphonique, à une question sur les dépenses par mois et par semaine dans plus de dix catégories différentes, dont certaines semblent plus ou moins se chevaucher (loisirs/restaurant/alcool/épicerie)? Même moi, qui suis une sorte d'obsessif compulsif, je n'y arriverais pas sans faire de nombreuses vérifications, parce que j'habite avec ma blonde et que nos factures d'épicerie sont partagées de manière nébuleuse. De la même manière, il est fort probable que les étudiant-e-s ayant inscrit le résultat "120$" en moyenne sur leur fiche ou ayant mentionné ce montant au téléphone, alors qu'ils habitaient chez leurs parents, ont généralement, tout simplement, donné le montant que leurs parents dépensaient à peu près à l'épicerie à chaque semaine.

Il est aussi fort probable que les étudiant-e-s visés aient dans plusieurs cas proposé des estimations trop généreuses de leurs dépenses. Par ailleurs, après calculs (vous me reprendrez si j'ai fait une erreur), la compilation des résultats du sondage - incluant cette fois-ci les résultats nuls - permet de conclure que les étudiant-e-s dépenseraient selon le CPQ 21 600$ par an en moyenne! Et encore, ce sont des estimations conservatrices, puisque si l'on se fie uniquement aux apparences et non à une vérification des résultats (la plupart des détails ne figurent pas sur le communiqué qui avait été envoyé aux médias), les étudiant-e-s vivent réellement comme des pachas.

Or, l'étude de la FEUQ mentionnée plus tôt fixe le revenu total moyen d'un-e étudiant-e à temps plein (et de premier cycle) à 13 300, alors que la médiane est plutôt à 12 220$ (p. 49)! En ce qui concerne les étudiant-e-s qui n'habitent pas chez leurs parents, et qui doivent donc sans doute faire face à plus de dépenses, la moyenne du revenu est encore bien plus basse que l'estimation du CPQ: elle est de 14 200$. Mais où sont donc passés les 7 000-9 000$ manquants? Sont-ce les doctorant-e-s comme moi qui font monter la moyenne de 25-40%[3]? Les étudiant-e-s à temps partiel?

La vérité, c'est que dans les médias, comme au CPQ et chez la droite en général, l'étudiant-e moyen-ne décrit-e ne renvoie à aucune réalité. Le sondage ne reflète rien de vrai et ne devrait pas, après cet examen, servir à nouveau d'argument chez les chroniqueurs/euses pro-hausse.

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[1] Merci à Saint-Henri Chronicles pour le tuyau.
[2] Pour des raisons obscures, mon proxy de l'UQÀM ne me permet pas actuellement d'avoir accès aux données plus récentes de Stat Can: il faudrait que je paye 134$ pour commander un rapport, c'est quoi cette connerie? Bon. L'Institut de la Statistique du Québec parle de 140$ par semaine par ménage en 2008.
[3] Notez que mes revenus ne sont pas vraiment au-dessus de la moyenne des étudiant-e-s du premier cycle.

samedi 21 janvier 2012

Une société de contrôle.

Les récents évènements, comme la tentative de faire passer une loi coercitive sur les droits d'auteurs et la fermeture de Megaupload, sont un avant-goût de ce à quoi ressemblera la future société de droit corporatif. Plusieurs autoritaires de droite (c'est de plus en plus un pléonasme) nous assurent toujours travailler pour la liberté. Mais une liberté qui passe bien sûr par un propriétarisme irrationnel et absolu.

Les exemples fourmillent et malgré les nombreux échecs des corporations, cette forme de «libéralisme» totalitaire de la propriété progresse. Vous vous souvenez de Monsanto et du génome du porc? L'idée c'est, au nom de la propriété - intellectuelle ou pas - de s'emparer, paradoxalement, de votre propriété par des voies tout à fait légales, ou d'exiger de vous une aberrante taxe à l'utilisation de leur idée, produit culturel, couleur, gène... Le but ultime est de nous faire payer pour quelque chose qui leur appartiendra toujours et qu'on utilise de manière tout à fait naturelle. En quelque sorte, un impôt pour quelque chose qui ne coûte absolument rien à produire, une fois que l'investissement initial, minimal, est absorbé.

Beaucoup de personnes demandent (et je l'ai même entendu à l'Institut Fraser) comment diable peut-il y avoir une croissance infinie dans un monde fini. C'est une énigme qui doit en principe piéger les économistes un peu trop enthousiastes. La réponse est pourtant simple: on peut créer de la croissance à perpétuité en se faisant des escrocs de l'imaginaire.

Aussi, il est fort probable que la réaction autoritaire à la démocratisation de l'information vécue à l'ère d'Internet ne soit pas particulièrement liée à une position idéologique du gouvernement et à des individus au caractère profondément buté et étroit; selon moi, il faut bel et bien associer la tyrannie intellectuelle émergente au phénomène de croissance économique[1], qui tend à cloisonner les activités et les choses les plus libres dans des secteurs d'industrie.

Anonymous représente un groupe contestataire de plus en plus important[2] qui répond aux attaques à la liberté de diffusion. Leurs attentats commis contre l'État et les industries ont l'avantage de viser les bons ennemis. De plus, quand des entreprises qui se servent de leurs sites web pour augmenter leur marge de profit sont frappées, le coup porte. Cependant, je me demande à quel point un gouvernement peut souffrir de voir certaines de ses pages surchargées et inaccessibles pendant quelques heures.

L'utilisation libre d'Internet est définitivement ce qui ébranle actuellement le plus le pouvoir, et c'est pourquoi les gouvernements et entreprises tentent de plus en plus de faire de la toile un lieu à atmosphère contrôlé. Ça inclue Facebook. C'est parce que la pratique de la liberté menace le pouvoir, bien plus qu'une attaque directe, qu'elle vienne d'Anonymous ou pas.

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[1] Il faut comprendre ici l'expression « économie » dans un sens essentiellement financier. Il est évident pour moi que l'augmentation d'échanges de tout type, incluant l'échange gratuit d'informations sur le web, constitue une forme de croissance économique. Seulement, elle n'est ni nécessairement capitaliste, ni même toujours financiarisée.

[2] Je ne voudrais pas faire partie de la branche antiscientologie - et légaliste - du mouvement actuellement, qui doit être complètement dépassée par les actions radicales de certain-e-s camarades. Je suis cependant certain que la peur des scilons reste de toute façon plus prégnante dans leur esprit que la peur des flics, ce qui me semble d'ailleurs le comble de l'absurde.

mercredi 21 décembre 2011

reportage sur les mines canadiennes à l'étranger

Vous avez jusqu'au 23 décembre pour visionner ce reportage dénonçant les conséquences écologiques et sociales de la création de mines à ciel ouvert par des compagnies canadiennes en Amérique latine.

Les Nouveaux Conquistadors

jeudi 13 octobre 2011

Chroniques de la Station Berri-UQÀM (2) / mines

Ce matin, sur le plancher d'un wagon de métro sur la ligne orange, il était écrit:

« Mais où allons-nous réellement ? »

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KIN les maudits chiens!

vendredi 28 janvier 2011

chauffeur de taxi de Louxor

Mes études en histoire de l'Antiquité m'ont obligé à visiter l'Égypte en avril 2009. Entre le meilleur et le pire du pays, je pense que j'ai vu le pire et c'est surtout ça qui m'a marqué: conservatisme religieux malsain, surpopulation, problèmes endémiques de pollution, mauvaise alimentation, présence policière et militaire constante, et surtout grande misère. De plus, les sites touristiques sont tout sauf paisibles. Il faut pratiquement s'en enfuir pour rencontrer finalement du monde intéressant.

Mais malgré tout, ni les gens dans les cafés, ni dans les musées, ni même la fille d'un certain Institut français d'archéologie n'ont voulu aborder un sujet social et politique. C'est un chauffeur de taxi de Louxor (c'est con à dire, mais pour les touristes c'était moins cher de prendre un taxi que le bus) qui a fini par s'ouvrir, après que nous l'ayons provoqué plein de fois. Voilà ce qu'il a dit, à peu près[1], dans un anglais approximatif:

"La vie est très dure en Égypte, quand on a pas d'argent. Au gouvernement, ils disent qu'on peut se faire soigner pour pas grand-chose dans les hôpitaux publics, mais c'est faux. Si tu ne payes pas, le médecin ne voudra pas te soigner. Je me souviens qu'il y avait un vieux monsieur [le père de son beau-frère?] qui avait un violent mal de dents. Il est allé chez le docteur et celui-ci lui a demandé de payer un montant impossible. Le vieux a dit qu'il ne pouvait pas payer, et le médecin a voulu le chasser. Mais comme la douleur était trop grande, il s'en est finalement sorti en mentant et en disant qu'il avait l'argent. Une fois le traitement terminé, le docteur a dit que c'était le temps de payer. L'autre a dû avouer qu'il n'avait pas un sou.

L'Égypte est si peuplée qu'on doit bientôt songer à bâtir des villes dans le désert. C'est devenu invivable ici. Il faut sans cesse se battre pour respirer et les hommes doivent avoir deux ou trois emplois pour faire vivre leur famille."

Le chauffeur était un homme bourru et amer. Sa conduite était extrêmement dangereuse et même qu'il égrainait une sorte de chapelet pendant le voyage. Ce genre d'état d'esprit m'a semblé très courant dans ce pays. Partout, la tension sociale était palpable, et c'était pas agréable du tout. Les gens ne plaisantaient pas beaucoup...
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[1] J'aurais voulu rapporter ses propos plus exactement, mais mon journal de voyage est encore à Toronto, "held as evidence".

mercredi 31 mars 2010

Paraît qu'il y a des hausses de tarifs.

J'ai lu ça dans la Presse tout à l'heure. Ça m'a accroché, alors je suis parti avec la première page.

jeudi 11 février 2010

Usines sans patrons - compte-rendu

La conférence a lieu hier à L'UQÀM. C'était une activité organisée par nos camarades de l'UCL. Si vous avez manqué l'évènement, vous pouvez vous reprendre en visionnant The Take, le documentaire de Naomi Klein, et peut-être en lisant ce petit article publié sur le blogue La Commune. Ensemble, ces deux documents résument assez bien la conférence d'hier.

J'ai trouvé l'envoyé de Red Libertaria fort intéressant. C'est cependant dommage qu'on ait pas envoyé d'Argentine un-e conférencier/ère qui connaisse bien le français. La traduction simultanée était très correcte, et en même temps ça me permettait d'entendre les informations deux fois plutôt qu'une (pratique pour la prise de notes) mais je vous jure que cette méthode, pour l'avoir expérimentée à quelques reprises, écourte de beaucoup les échanges.

J'aurais également apprécié qu'on parle davantage des structures d'une usine sans patrons et des modes pragmatiques de l'établissement de telles usines dans un contexte différent de celui de l'Argentine de 2001. Même si quelques cas d'usines sans patrons ont été étudiés brièvement, nous avons surtout eu droit à une conférence historique sur la crise du néolibéralisme vécue par les Argentins au début de la dernière décennie.

Parmi les usines mentionnées par le conférencier figure le célèbre cas de Zanón. Les ouvriers viennent d'ailleurs juste d'obtenir l'expropriation officielle de leur patron et gèrent de manière autonome leur entreprise depuis plusieurs années déjà. En occupant leur usine dans un premier temps et en décidant de recommencer à produire à leur propre compte ensuite, il ont créé un nouveau modèle de gestion et de production égalitaire sans hiérarchie. Tout ça au sein de cette usine qui avait été fermée pour des raisons de faillite il y a presque dix ans, laissant les employé-e-s subir un retard de plusieurs mois dans le paiement de leur salaire.

Dans quelques cas, les usines récupérées ont subi de durs revers économiques; mais chez Zanón, le nombre d'employé-e-s a doublé depuis la faillite. Et Zanón n'est pas une petite usine: en 2001, on y comptait déjà 240 postes. Le modèle autogéré n'a pas eu que des répercussions sur l'emploi: les accidents de travail y sont également beaucoup plus rare qu'auparavant. L'usine est d'ailleurs globalement plus saine et l'entreprise s'implique au sein de la communauté.

L'intervenant de Red Libertaria nous a toutefois fait comprendre, en conclusion, que les progrès des usines récupérées sont souvent ralentis par le capitalisme, qui dicte par exemple le rythme de travail et qui met les usines en compétition les unes contre les autres, forçant même parfois les travailleurs/euses à "s'autoexploiter" jusqu'à ce que les usines reprennent un fonctionnement normal et redeviennent rentables.

samedi 6 février 2010

Sur le salaire minimum

J'ai lu le texte de Ian Sénéchal sur le blogue des Analystes: cela m'a laissé très perplexe et m'a conduit à faire quelques recherches dans des revues économiques, ce que je n'ai pas l'habitude de faire, je l'avoue (je me fie généralement à Statistiques Canada, à l'histoire, l'anthropologie et à la sociologie), parce que j'ai souvent trouvé les études biaisées et les conclusions faites de manière un peu trop rapide. C'est l'étroitesse de la science économique qui me déplaît. Chez les anthropologues, les historien-ne-s et les sociologues, c'est essentiellement la multidisciplinarité qui prime; chez les économistes, trop souvent, on se fie sur des données sans prendre en considération le contexte. La forte pression idéologique en milieu universitaire, chez les économistes, semble aussi sous-estimée en regard du traitement qu'on fait subir aux sociologues, qui sont "tous des marxistes".

Le "modèle compétitif" vs la "nouvelle économie"

On prétend souvent que tous les économistes du monde sont de cet avis: la hausse du salaire minimum a un effet négatif sur le taux d'emploi. Ce qu'on retrouve souvent dans les textes des chroniqueurs/euses de droite au Québec, c'est à peu près ce discours: "augmenter le salaire minimum de 10% réduit l'emploi chez les jeunes de 1 à 3%". De manière plus générale, le modèle accepté autrefois, sans nuances, affirmait que toute hausse du salaire minimum causait une pression à la baisse sur le taux d'emploi. C'est ce qu'on appelle le "competitive model", dont nous avons vu quelques notions pendant nos cours d'économie au secondaire.

Cela dit, une étude très complète de Card et Krueger a montré, en 1995, que cette pensée relevait en partie du mythe, les "preuves" étant très fragiles, voire pas concluantes du tout. Leur étude montrait aussi, par des contre-exemples, que la hausse du salaire minimum ne causait pas nécessairement de baisse du taux d'emploi chez les travailleurs/euses en général ni même chez les jeunes. Une hausse du salaire minimum allait même souvent de concert avec une légère hausse du taux d'emploi.

Dans une autre étude de 1999[1], des économistes (dont Card) ont montré en comparant les exemples du Canada, des États-Unis et de la France que la flexibilité dans le système salarial (soit le fait, entre autres, de maintenir un salaire minimum très bas) n'avait pas nécessairement un effet sur l'emploi. Ils concluent plutôt que ce sont les changements dans la demande qui créent, du moins chez les employé-e-s les moins qualifié-e-s, une baisse de l'emploi. Ce nouvel échantillon compense en partie celui, plus faible, de l'étude de 1995.

Le taux d'emploi varie pour diverses raisons, et en isoler une seule est difficile. Dans toutes les sciences humaines, ou presque, on essaie d'identifier une multiplicité de facteurs. Dans les sciences économiques, c'est, j'ai l'impression, une pratique moins courante[2]. Voilà pourquoi on se livre souvent à une incroyable gymnastique méthodologique dans les revues économiques. Et ne venez pas me parler de mathématiques: il y a sans doute bien des graphiques que les économistes seraient incapables de comprendre dans certaines revues d'anthropologie anatomique.

Il faut toujours lire les notes de bas de page (incluant les miennes) des articles pour connaître leur rigueur. Nathalie Elgrably, dans sa note ridicule adressée à l'IEDM en décembre 2006 (elle est d'autant plus importante que les moteurs de recherches pointent tous vers ce texte), centre par exemple une partie de son argumentation sur ce document de Statistiques Canada. On y apprend que l'auteure ne partage pas du tout les idées d'Elgrably: "d'autres facteurs [que le salaire minimum] notamment la configuration des secteurs, le taux de travail à temps partiel, le cycle économique et la législation, entrent également en jeu [dans l'emploi]."

On ne peut conclure à un k.o. technique face aux économistes néoclassiques: les études de Card et de Krueger, comme les autres que nous n'avons pas mentionnées et qui vont dans le même sens[3], sont sujettes à discussion.

Questionnements généraux

On justifie les salaires de crève-faim en prétextant que les deux-tiers des travailleurs/euses au salaire minimum sont des étudiant-e-s ou des jeunes. On brandit aussi la menace des délocalisations d'usines. Ces idées reçues sont bourrées de contradictions. On sait par exemple que la majorité des employé-e-s d'usines gagnent au-dessus du salaire minimum, et que ce salaire minimum est surtout l'affaire du secteur des services. Pourquoi, dès lors, parle-t-on de délocalisations? Mon centre communautaire n'a jamais menacé de déménager au Honduras, ni le garagiste du coin, ni même mon épicier.

Quant à la composante "jeune" des bas-salariés, ce n'est pas un argument valable. Ce n'est pas parce qu'un-e jeune est jeune qu'il/elle devrait être payé-e un salaire de cul. Il est, de plus, probable que la présence des jeunes dans les emplois à faible rémunération soit davantage un symptôme. Comme quoi beaucoup de services offerts à la population ne sont pas en mesure d'être fournis par des personnes indépendantes financièrement. Ça en dit long sur notre société, non? L'argument des anti-salaire minimum concernant la jeunesse ne tient pas non plus compte de la majorité (52%) des bas salarié-e-s du Canada qui NE SONT PAS DES JEUNES, ni des salarié-e-s qui gagnent davantage que le salaire minimum mais qui vivent quand même sous le seuil de pauvreté.

La plupart des théories s'opposant à la hausse du salaire minimum sont donc douteuses. Tout d'abord parce qu'elles se basent sur des idées reçues et des prémisses sans doute fausses, mais aussi parce qu'elles ne prennent pas en considération une grande diversité de facteurs. Elles sont, en gros, le fruit de l'étroitesse d'esprit.

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[1]Card, Kramarz, Lemieux. "Changes in the Relative Structure of Wages and Employment". Revue canadienne d'économique, 1999.
[2]Par exemple, on a déjà prétendu que la hausse des frais de scolarité dans les années 90 au Québec avait "causé" une augmentation du nombre d'étudiant-e-s. Juste intuitivement, ça paraît douteux. Une étude plus approfondie peut permettre de constater que pendant la même période, il y a également eu une hausse du taux de chômage chez les jeunes. Du coup, tout s'explique. Ce n'est pas les hausses des frais qui ont ramené les jeunes à l'école, c'est le chômage. Nathalie Elgrably ne semble pas l'avoir compris, mais le gouvernement oui: il semble s'être donné le mandat d'augmenter les frais de scolarité uniquement en période de récession. Peut-être pour camoufler leur effet sur la fréquentation universitaire? Peut-être aussi seulement par insignifiance.
[3]notamment, je crois, Machin et Mannin (1994) ainsi que Berstein et Schmitt (1998).

lundi 4 janvier 2010

Qui vit au-dessus de ses moyens?

Des économistes de droite (c'est peut-être un pléonasme), dont deux signataires du manifeste pour un Québec Lucide, ont pointé le gouvernement du doigt en disant que le Québec vivait au-dessus de ses moyens. Conclusion chez André Pratte: il faut baisser les impôts... afin de permettre aux riches de vivre au-dessus de nos moyens.

Je sais que je réagis un peu sur le tard, mais quand j'ai entendu pour la première fois parler de ce rapport en décembre j'étais trop ahuri (et fatigué) pour pouvoir réfléchir.

Car il y a dans la logique des éditorialistes de droite du Québec plusieurs choses que je ne comprends pas. Par exemple: "favorisons le dynamisme du système de santé public en le mettant en compétition avec un système de santé privé". Comment s'articulerait cette compétition? Pour quelles raisons le système de santé public tenterait-il d'arracher la clientèle du système de santé privé? Par fierté, tout simplement?

Il y a aussi le sympathique "nous manquons de moyens, donc laissons les médecins travailler au privé". Il me semble que justement, c'est en période de pénurie et quand les moyens nous manquent qu'il faut rationaliser les services. Cette idée saugrenue, c'est comme si pendant la Deuxième Guerre Mondiale, on avait dit à la population: "Désolés chers citoyens, mais la pénurie de sucre nous force à laisser agir la loi de l'offre et de la demande pour gérer les prix. Si on continue de rationner vos grand-mères vont mourir."

Ce que je n'arrive pas à comprendre, d'une manière plus générale en économie, c'est comment on arrive à déformer la réalité au point où un investissement virtuel compte plus que le bien matériel. Pourquoi dit-on qu'ouvrir une usine de gugusses inutiles est bon pour une population? La piscine intérieure du riche, même si elle est creusée et nettoyée par des employé-e-s, n'a de valeur intrinsèque que dans sa fonction de piscine. Comment se fait-il donc qu'on puisse voir dans sa création un acte de jouissance collective (c'est-à-dire une activité économique favorisant la croissance)? Je ne vois pas pourquoi j'aurais des raisons de jouir, j'irai jamais me baigner dans cette hostie de piscine...


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Quand on dit que le Québec vit au-dessus de ses moyens, ce n'est jamais pour accuser les gens d'acheter trop de Hummers et d'écrans plats, ou de manger trop de viande. C'est pour accuser les gens de mettre trop d'argent dans les bibliothèques, les écoles, les autobus et les hôpitaux.

dimanche 3 janvier 2010

Méfiez-vous de la nature humaine

La nature humaine est un des fantômes utilisé par les fatalistes, les capitalistes et autres qui, par ce que j'appelerais de la misanthropie pure, tentent d'imposer au genre humain un caractère universel qui le réduit plus souvent qu'il ne l'élève à une réalité tordue par un biais idéologique.

Nous avons souvent pu voir les démagogues utiliser ce concept pour nous faire avaler leurs conneries. "Le capitalisme est le seul système réellement adapté à la nature humaine", par exemple, est un des slogans que nous entendons assez souvent chez les leaders d'opinion. La nature humaine en vient en fait à justifier n'importe quoi: car notre éducation nous a appris à ne pas contester tout ce qui est dans la nature des choses.

De la même manière, on peut affirmer que la nature humaine crée des dominant-e-s et des dominé-e-s: c'est inéluctable. Tout renversement de cette situation conduirait au désordre et à l'anéantissement de la civilisation. On peut aussi affirmer que c'est dans la nature de la femme d'être maternelle, et de l'homme d'être violent: après tout, notre caractère n'est qu'une question d'hormones et l'expérience ne signifie rien...

Selon les défenseur-e-s de la nature humaine, il faut que notre système social soit adapté à nos instincts primaux, et non pas au bien commun. Mais quels sont ces instincts primaux? Et sur quoi se base-t-on pour affirmer que la nature humaine est telle?

La plupart du temps une intuition. Autrement, on observe le comportement d'autres primates. C'est aussi toujours avec une certaine agressivité que je reçois les spéculations d'anthropologues cherchant à trouver chez les macaques une copie du bon sauvage - c'est ridiculement con - un mythe disparu avec le raffinement des idées philosophiques... ainsi qu'avec les buldozers dans la forêt amazonienne.

Mais ne nous attardons pas à quelques scientifiques et revenons à ceux et celles qui défendent la nature humaine comme idée reçue. Revenons à Pratte, Dubuc, Jarilowski, etc. Ils sous-entendent que s'il y a eu une crise, ce n'est pas à cause des banques, du gouvernement, du système: c'est à cause de la nature humaine, qui est immuable. L'appât du gain serait donc plus fort que l'éducation, la compassion et la raison réunies...

Décortiquer un peu le propos de ces ésotéristes suffit à nous permettre de voir que la nature humaine n'est basée sur rien: c'est du vide. On ne peut pas déterminer qu'un comportement fait partie de l'intégralité biologique de l'être humain en se livrant à une simple observation ponctuelle d'un phénomène.

Bref, sommes-nous capitalistes parce que nous sommes cupides ou cupides parce que nous sommes capitalistes? Si nous avions un autre mode de vie, nos leaders auraient-ils aussi une autre vision de la nature humaine?

lundi 3 août 2009

Tuer un parasite.

Quelques personnes, suite à la lecture de mon dernier billet, ont été soit choquées, soit intriguées par le rapport que j’entretiens avec le travail. Comme le débat menaçait de devenir interminable (Coeus a écrit un commentaire très pertinent de plus de 700 mots, ça aurait dû figurer sur son propre blogue), j’ai décidé de sortir de ma boîte de commentaires (qui n’est par ailleurs pas très commode) afin de rédiger une réponse à peu près complète.

La nature de l’attachement au travail

Je pense qu’un condamné à la peine capitale, dans l’angoisse de l’attente de son exécution, peut en venir à désirer la mort et que de la même manière, les personnes qui n’ont pas d’emploi et qui meurent de faim ou d’ennui peuvent en arriver à voir une embauche potentielle comme une lumière à suivre au milieu de l’obscurité.

Mais est-ce que ce n’est donc pas davantage l’espérance d’une vie matérielle plus digne qui les motivent, plutôt que l’amour du travail? Veut-on travailler ou sortir de la grisaille quotidienne? Trouver un travail ne vise-t-il pas essentiellement à satisfaire les pressions sociales qui séparent le monde en deux clans (celui des travailleurs/euses, et celui des « oisifs/ives », ou des « parasites »)?

Il se trouve que les périodes durant lesquelles je n’ai pas travaillé (soit une bonne partie de mon enfance) ont également été les plus productives. J’étais RÉELLEMENT plus productif, par exemple, pendant l’été de mes 15 et 16 ans que maintenant : j’écrivais des romans et de la poésie. Maintenant, impossible : les études, jointes au travail, me parasitent l’esprit et me siphonnent tout ce que mon cerveau peut créer de beau. Tout est encadré par cette ignoble institution qu’est le travail, encarcané dans une hiérarchie, harnaché de normes et de contrôles de qualité.

Je ne suis pas trop paresseux pour travailler (de toute façon il y a bien des emplois qui sont pas très difficiles), je suis trop indépendant. J’accepte les critiques, mais devoir accepter l’irrationalité de la conformité me fait carrément dégueuler.

Dans notre société, ne pas avoir de job signifie en chercher une. Or, être en recherche d’emploi, c’est le comble de l’oisiveté. Pendant une période de recherche d’emploi, on a tellement l’esprit occupé qu’on arrive à rien faire d’autre qu’attendre.

Et ce qui me dégoûte le plus, c’est d’être payé pour ce que je fais. La paie, ce n’est pas une récompense, c’est ce qui m’est dû; c’est mon droit de vivre. Pourquoi il faut que je sois considéré comme un monstre si je ne trouve rien à faire en échange? Idéalement, on devrait s’assurer bénévolement de ma subsistance, comme je devrais assurer bénévolement tous les services que j’offre de bon cœur. Je sais que la société du don c’est utopique… mais on jase, là.

La mentalité de l’effort et de l’appréciation de la récompense, je gobe pas ça. La vaste majorité des efforts humains ne sont pas suivis de récompenses : ce sont des échecs matériels, ruinés par les guerres, les dettes, le favoritisme ou le loyer. Et quand il y a récompense, elle est très variable et le plus souvent décevante. C’est donc plus l’illusion de la récompense à venir que la récompense réelle qui nous motive à piocher dans l’espoir de décrocher une promotion qui ne viendra jamais. C’est ce que je désigne par le jeu de la carotte accrochée au bout d’un fil qu’on fait pendre devant le nez d’un âne. L’âne est si obsédé par la carotte qu’il oublie que quelqu’un est monté sur son dos.

Nous fonctionnons de la même manière que l’âne. Notre salaire, la récompense finale, est versé de manière arbitraire, et son augmentation est bien plus une question de rapport de force que de mérite! Pourtant nous sommes obsédé-e-s par le chèque que nous recevons à chaque deux semaines, peu intéressé-e-s par un questionnement sur l’utilité ou la signification des tâches qui nous sont imposées. Le meilleur exemple de ça c’est le fait que les employé-e-s d’une entreprise vont toujours tout faire pour garder leur usine ouverte, même quand le produit de leur travail ne sert à rien. La fermeture d’une usine ou mieux, le remplacement d’employé-e-s par des robots, dans un monde gouverné par le sens pratique, devrait être l’objet de réjouissances. Mais pourtant les employé-e-s sont mécontent-e-s, car ils/elles sont conditionné-e-s par une philosophie absurde et par le pouvoir exclusif que détient le patron sur leur moyen de subsistance. Carotte + bâton.

On pourrait aussi croire que l’être humain a le droit d’aimer le travail quand ce travail l’émancipe. Mais je considère qu’un travail qui émancipe réellement doit comporter plusieurs caractéristiques qui le rapprochent plus du jeu que du travail tel qu’on le connaît dans notre société capitaliste. Coeus nous a parlé du plaisir qu’on peut ressentir dans le service à la clientèle… mais ce n’est pas du travail, ça, c’est de la socialisation.

Le parasitisme

Je n’achète pas cette vieille notion libérale de bon pauvre / mauvais pauvre, qui revient au XXIe siècle sous l’avatar de BS invalide / BS valide. Donc, passons. J’y reviendrai plus tard si on me le demande.

J’aimerais cependant qu’on règle la question une fois pour toutes avec les « BS » : ils/elles ne sont PAS des parasites. Au contraire, en ne travaillant pas, en réduisant la productivité moyenne et en consommant ridiculement peu, ils/elles ralentissent l’économie et sauvent la planète de la faillite écologique causée potentiellement par la surconsommation.

Imaginez-vous si tout le monde travaillait. Je sais que dans une société idéale gérée avec intelligence, 0% de chômage nous permettrait tout simplement de mieux distribuer les tâches afin de répartir l’effort et de le réduire partout là où il y a surcharge. Mais dans notre société illogique et irrationnelle, parce que capitaliste et basée sur cette notion puante qu’est la croissance, 0% de chômage ne permettrait pas à l’ouvrier et à l’ouvrière de souffler un peu. Le surplus de la production causé par l’absence de chômage serait consommé sans que les gens aient la bonne idée de réduire leurs heures de travail... au lieu de s’acheter un deuxième écran plat et un troisième Blackberry.

Les écosystèmes ne pourraient tout simplement pas survivre à cette croissance supplémentaire et à la pression sur leurs ressources causées par la surconsommation.

Car les véritables parasites de la Terre, ce ne sont pas les BS : ce sont les consommateurs/trices. Les plus nocifs parmi ces parasites sont les riches.

mardi 28 juillet 2009

Tuer un homme.

"La meilleure manière de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire," a dit Félix Leclerc. Cette maxime est reprise à toutes les sauces par les amant-e-s du travail, qui crachent sur l'aide sociale, arguant que la dépression nerveuse, ça n'existe pas, le capitalisme ne faisant que des heureux au sein de notre société Ronald McDonald. Ces demeuré-e-s (il faut ne jamais avoir travaillé pour aimer le travail - ou être stupide) essaient de nous faire croire que le "travail rend libre" toutes les personnes "aptes". (Quant aux invalides, eh bien l'émancipation ne leur sera jamais offerte, tant pis.)

L'aide sociale actuelle force littéralement le ou la bénéficiaire à ne rien faire, et c'est bien ça le noeud du problème. Impossible de faire quoi que ce soit sans trahir sa condition de personne "apte au travail". Pour vraiment mériter le statut d'inapte, il faut être sale, laid, vraiment idiot et de préférence atteint d'une pathologie mentale ou physique. Sinon? Coupure. Retour au montant de base de... 564$ par mois, soit 6800$ par année.[1]

Le résultat: les gens qui ne sont pas en mesure de travailler sont encouragés à ne rien faire du tout. Ni peinture, ni bénévolat, ni musique, ni tricot. En cela, je suis d'accord avec un autre passage de la chanson de Leclerc, qui porte à confusion dans sa syntaxe et qui est peu utilisé par les pères fouetteurs de la société québécoise: "Non je crois que la façon la plus sûre de tuer un homme / C'est de l'empêcher de travailler en lui donnant de l'argent." Dans le sens où interdire à une personne (homme ou femme) de faire quoi que ce soit, tout en lui donnant de l'argent, c'est une belle façon de la transformer en larve mort-vivante.

En revanche

Je trouve que la meilleure façon de libérer un être humain, c'est de le payer... juste sans rien lui demander.

Arbeit macht Frit!
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[1]En ce qui me concerne je vis dans un appart surpeuplé de Saint-Michel avec 10 000$ environ par an, et j'arrive à peine à m'acheter de quoi bouffer. Avec seulement 6800$ par an, je vous l'assure, je tomberais d'inanition. Il faut vraiment être un connard ou une connasse pour dire que les assisté-e-s sociaux sont plus confortables que les contribuables. Je vais vous dire: si vous êtes moins confortable que des "BS aptes au travail", c'est que vous faites un salaire ridicule, que vous ne payez donc pas d'impôts, que les "BS" ne sont pas à votre charge et que leur situation ne vous regarde donc pas.

mardi 9 décembre 2008

Le nombre d'étudiant-e-s

Il va augmenter malgré la hausse des frais de scolarité, en raison de la récession économique.