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lundi 2 décembre 2013

Du lynchage de Gab Roy.

J'avoue avoir écouté la fin de Tout le Monde en Parle par voyeurisme. Sans aucune pitié, j'attendais de voir Gab Roy se faire défoncer la gueule. Cela dit, j'ai été à la fois surpris et découragé par la tournure de la discussion.

Tout d'abord, je n'ai absolument pas d'avis éclairé à donner sur Trouble - Voir, ni sur l'embauche de Gab Roy par le journal. Malgré tout, je trouve qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans les médias de masse ces dernières semaines. Des médias (notamment des radios poubelles) qui font ouvertement dans le sensationnalisme ont dénoncé cette nouvelle section du Voir. Des éditorialistes de La Presse, qui ne se gênent souvent pas pour publier des mensonges et des interprétations tendancieuses ont notamment été très offensé-e-s. Nathalie Collard, par exemple, ne se gêne pas:


Je ne sais pas si c'est dans la politique de La Presse d'insulter rédacs chefs des autres médias, mais j'imagine que c'est correct, vu que c'est juste le Voir. Car ne vous en faites pas, il n'y aura pas de représailles. Le Voir n'a pas les moyens, comme TVA et le Journal de Montréal, d'entrer dans une guerre d'usure contre Power Corp.

Beaucoup de « journalistes » sont déçu-e-s de se rendre compte que le Voir se transforme: illes se plaignent que le journal autrefois culturel se change graduellement en brochure publicitaire et feuille de chou sensationnaliste. On pourrait leur retourner cette critique. La réaction imbécile de tous les médias de masse vis-à-vis de la concurrence du journalisme citoyen a toujours été d'ajouter des feux d'artifice un peu partout. Au lieu de miser sur la rigueur pour concurrencer l'amateurisme des utilisateurs/trices moyen-ne-s d'Internet, les médias de masse ont décidé d'utiliser leurs budgets impressionnants pour nous en mettre plein la vue, avec des concours rocambolesques, des explosions pis des dinosaures géants en 3-D. 

Aujourd'hui, plus que jamais auparavant, les médias de masse sont de plus le reflet de notre élite et de ses valeurs: la compétition, l'ambition, le luxe. Je ne peux pas croire une seconde qu'une émission comme « Dans l'oeil du dragon » aurait pu voir le jour à Radio-Canada il y a quinze ans, malgré son état de décrépitude déjà avancée. Normal qu'on apprécie pas la formule plus artisanale d'acteurs/trices qui ne sont pas passé-e-s par les canaux officiels.

On se plaint de la présence de Gab Roy au Voir: mais c'est l'arbre qui cache la forêt. L'appel « humoristique » à l'agression sexuelle des Femen, par Michel Beaudry du Journal de Montréal, n'a pas déclenché autant de controverse. Je crois pouvoir me poser également de sérieuses questions sur les blagues sexistes à répétition qu'on entend à «La soirée est encore jeune». Nous baignons dans une culture machiste et il n'y a pas de média qui soit vraiment épargné. Quant aux autres types de propos inacceptables, rappelons que Le Soleil avait publié, en 2012, un article ouvertement fasciste, qui était un appel à la violence tout à fait nostalgique des années trente. Pour faire changement, ce n'était pas humoristique du tout. Est-ce que des leaders d'opinion ont à ce moment-là interviewé et planté impitoyablement les rédacteurs en chef qui ont pris la décision de publier? Est-ce qu'illes ont même exprimé un mépris minimal? Peut-être, mais ça n'a pas fait grand bruit.

Guy A. Lepage lui-même n'est pas pur de toute controverse, et il n'a pas de leçon à donner dans la lutte contre l'homophobie et les blagues de mauvais goût. Au Bye Bye de RBO, en 2006, lui et son équipe avaient créé un sketch sur les Outgames, dans lequel les homosexuel-le-s sont représenté-e-s selon des stéréotypes que je croyais disparus de la télé depuis les années 90. Je leur accorde bien une chose, à RBO: c'était cave à un point tel que je ne me suis pas vraiment senti offensé, même si on m'a traité de « fif » pendant toute mon enfance et mon adolescence, que ça m'a fait perdre des ami-e-s et que je n'ai pas pu assumer ma bisexualité avant le cégep, par peur des agressions. Je n'avais d'ailleurs pas repensé à ce sketch à l'humour passé date avant aujourd'hui. Ajout: Une facebookeuse a aussi fait un rapprochement pertinent avec le passage de Nelly Arcan à TLMEP.

Questionner « l'utilité » d'une personne

Le bon docteur Réjean Thomas n'est pas non plus en reste. De la manière la plus moraliste possible, il a demandé à Gab Roy s'il se sentait « utile ». Ça m'a tout de suite fait penser à un discours de l'autoritaire et stalinien George Bernard Shaw:

Questionner « l'utilité » de quelqu'un est une chose totalement dégoûtante. C'est oppressif et moralisateur. Il est également présomptueux de se dire soi-même utile, surtout dans les termes utilisés par ce docteur aimé de tous et toutes. 

Je ne peux m'empêcher de voir dans sa position une profonde contradiction: en effet, il accuse à peu près Gab Roy de ne pas utiliser son influence pour créer quelque chose de bon, quelques minutes seulement après avoir admis signer le manifeste des Janettes - un groupe que je trouve profondément intolérant. Quand on a la notoriété du Dr. Thomas, quand on fait à ce point l'unanimité, il me semble que de prendre position dans un débat aussi irrationnel auprès du groupe le plus controversé (et digne compétiteur des Islamistes en termes de conneries) n'est pas sans risques de tomber dans une oeuvre destructrice - un droit que je ne lui contesterai cependant pas. Mais dès qu'on prend position de cette manière, il faut renoncer à notre pureté angélique, c'est le minimum.

Sur Dominic Pelletier

Il y a longtemps que je connais les diatribes de cet individu, qui s'est exprimé sur Radioego.com sous les pseudonymes de Lekinny et de Redhat. La manière avec laquelle l'entrevue s'est déroulée sur Trouble - Voir est certes complètement absurde. Gab Roy est un sexiste. Même quand il ne parle pas de relations hommes-femmes, même quand il ne fait pas d'humour, le vocabulaire et les concepts sexistes persistent. Il était une des pires personnes pour passer ce type en entrevue. Un peu comme si Stephen Harper, fraîchement anobli par le Heritage Front[1], avait passé Mussolini en entrevue pour se moquer de ses idées antidémocratiques.

Mais je n'adhère pas à la position du plateau de Tout le Monde en Parle. Je ne pense pas que de faire sortir cet individu de l'anonymat relatif dans lequel il se complaisait par le passé est nuisible.

Au moment où Dominic Pelletier se ridiculisait dans un vidéo sur le site du Voir, la plupart de ses audios les plus violents ont disparu. C'est peut-être lié... Et je m'en mords les doigts aujourd'hui: j'aurais dû faire des copies. La vérité, si on se donne la peine de l'admettre, c'est que Dominic Pelletier a subi un lynchage médiatique, qu'il n'aurait jamais vécu si on ne l'avait pas déterré du fameux Far Web où il avait déjà plusieurs adhérents (peut-être dangereux!). Le montrer en public n'est certes pas exempt de tout risque: il est en effet possible que quelques hommes, qui ne le connaissaient pas, deviennent ses émules. Mais à ce titre, on pourrait aussi se demander si commémorer la tuerie de la Polytechnique ne risquerait pas d'inspirer de nouveaux tueurs misogynes. Et pourquoi ne pas questionner la célèbre entrevue donnée par Radio-Canada à Karla Homolka?

Selon moi, cacher des faits sociologiques ou historiques sous le tapis, ça participe de la loi du silence et de la pensée magique. On espère très fort que si on évite de parler d'un sujet, le problème va finir par s'évaporer. Or, j'ai la conviction qu'on ne peut régler un problème sans le connaître et le comprendre, et sans informer toute personne susceptible d'y être confrontée.

Donc: je suis d'accord pour dire que l'entrevue sur Trouble - Voir était une mauvaise idée, mais pas pour les raisons largement avancées ce soir, que je trouve invalides.

Bref: une réfutation idiote

Ne vous mettez pas en colère pour rien: je trouve que Simon Jodoin et Gab Roy ont mérité de se faire passer un savon à la télé[2], et ailleurs dans les journaux. Mais je n'ai pas apprécié l'hypocrisie de beaucoup de participant-e-s au lynchage. Je n'ai pas apprécié non plus les sophismes (comme l'appel à l'imbécilité du public, qui ne serait pas à même de comprendre des blagues), les encouragements à garder le silence sur des propos haineux, l'opportunisme des vautours qui se sont servi-e-s de ces évènements pour se remonter. Je ne comprends pas non plus la décision de provoquer une rencontre entre ces trois-là et des femmes dont les enfants ont été assassinés. Il me semble que c'était obscène. 

Ce soir, tout le monde a été con[3], et je ne vois pas de quoi m'en réjouir. Je vois seulement de quoi débrancher la télé pour de bon.

________________
[1] Une organisation d'extrême-droite de laquelle, comme la Northern Foundation, Harper a été proche.
[2] Quand au troisième homme présent à TLMEP, eh bien j'men câlisse, je le connais à peine. Mais à première vue il a l'air d'être coupable par association.
[3] Il faut pas s'étonner. C'est quand même de la télé.

vendredi 13 septembre 2013

Défi relevé.

La pub originale:

Ma nouvelle version:



Trop facile. Presque rien à changer. Essayez vous aussi!

Merci à Sortons les Radios-Poubelles pour la piste.

mardi 30 juillet 2013

Cher M. Paquet: ta yeule.

Voici une nouvelle lettre d'insultes. Cette fois-ci, j'ai pris acte du débat entre certain-e-s intellectuel-le-s en relevant encore le niveau littéraire. C'est comme du Bourdieu en plus moche : j'aime ça.

Cette lettre concerne les propos dégueulasses de Martin Paquet vis-à-vis des itinérant-e-s. Mais je l'ai pas encore envoyée, parce que j'ai peur qu'il me poursuive pour agression.

« Cher M. Paquet,

j'ai écouté deux segments du « 2 à 4 » concernant le problème de l'itinérance à Montréal. Ma première réaction fut la recherche de second degré dans chacune de vos déclarations.

Mais après une évaluation globale de votre degré d'intelligence, j'ai estimé que la notion même d'ironie est sans doute trop complexe pour les capacités de votre esprit, habitué à l'humour gras, aux faux syllogismes, à l'extrapolation et à la propagande haineuse. Des procédés auxquels, je le crois, votre cerveau de plante verte se livre en partie inconsciemment, par une sorte d'instinct contre-nature. À la manière d'un rat attiré par le poison à rats, le mensonge et l'exagération vous font saliver sans que vous ne puissiez rien y faire.

C'est donc l'indifférence face à votre existence qui a rapidement pris le pas sur la curiosité. Mais de nouveaux éléments me sont venus en tête au cours des dernières heures. En effet, je me rends compte que votre émission est en voie de devenir petit à petit un laboratoire miniature de la renaissance du totalitarisme au Québec. Elle représente une sorte de microcosme de l'imaginaire, nourri par votre fiction paranoïaque et intolérante. Cela m'amène à vous parler des théories de Hannah Arendt sur la banalité du mal, qui sont revenues à la mode grâce au récent film de Von Trotta sur le Procès Eichmann. Arendt décrivait ce criminel nazi, en résumé, comme une personne incapable de penser et voyait dans sa médiocrité la raison pour laquelle il avait commis des actes abominables. De même, vous vous êtes réifié vous-même, c'est-à-dire que vous avez fait de vous votre propre outil, et débitez maintenant, à la manière d'un automate, des grossièretés convenues et formatées. Vous n'êtes au bout du compte pas un génie du mal, mais un être-machine. Et le processus qui vous a amené jusqu'à cet état est fascinant.

Maintenant, je ferais volontiers une recherche exhaustive sur votre cas, mais après seulement deux heures d'examen, j'ai ressenti une douleur vive juste au-dessus de ma tempe droite, signe sans doute que le volume de mon cerveau se contracte à votre écoute. Je fais donc face à un dilemme : dois-je risquer la lobotomie intellectuelle au seul bénéfice de la science? Ne serait-ce pas plutôt vous qui en mériteriez une? Peut-être, paradoxalement, qu'une telle opération vous stimulerait en retirant la partie moisie.

Ces constatations m'amènent par ailleurs à me poser une question plus fondamentale : mon vomi est-il moins dégueulasse que vos propos?

Reste la pertinence de cette lettre. Pourquoi perdre mon temps, en effet, avec ce courriel. Vous faire part de mes questionnements pourrait avoir l'air de mettre en péril l'expérience. A contrario, je vous assure qu'elle en fait totalement partie. C'est une sorte de sonde, semblable à Mars Polar Lander ou Phoenix. Celles-ci tentaient de déterminer s'il y avait sur la planète rouge présence d'eau ou non.

Donc je vous pose la question : votre boîte crânienne est-elle essentiellement formée d'eau? Ou au contraire, le réseau de vos cinq neurones forme-t-il une structure à la texture semblable au raisin sec?

***

Il est tout à fait normal pour vous de n'avoir rien compris à ma lettre. Vous n'êtes pas le premier être binaire à lire difficilement les mots contenant plus de deux syllabes.

Je vous résume donc l'essentiel pour que vous éviter toute confusion : ceci était une lettre d'insultes tournant autour de votre imbécillité.

Bien à vous,

c'est signé.»

Un ancien flic fait de l'agitation haineuse à Choi Radio-X.

Je ne pense pas que ça surprendra beaucoup de monde, mais les propos haineux et violents se poursuivent à Radio-X, plus que jamais. Dans le cas qui nous intéresse, Martin Paquet, ancien policier devenu animateur-poubelle à Montréal et son collègue s'amusent à parler contre les itinérant-e-s. Malgré qu'il est modéré par son co-animateur, Paquet en vient même à souhaiter la mort d'itinérant-e-s et à insister sur le fait qu'il n'exagère pas.

Paquet, qui avait apparemment l'habitude de « faire des filatures » quand il était encore en service, dit s'être fait « agresser » par des itinérant-e-s à plusieurs reprises sur le Plateau. Ce qu'il entend par là: il s'est fait aborder par des itinérant-e-s qui voulaient de l'argent: « Moi là quand je marche, pis qu'il y a un estie de sale qui pue la marde qui s'est pas lavé depuis je sais pas combien de temps [...] »

Il raconte ensuite que deux itinérant-e-s sont entré-e-s en conflit pour des raisons apparemment territoriales. Sa réaction:

« La bataille va pogner ça va être le fun, peut-être que les deux vont se péter la tête sur le trottoir pis on va s'en débarrasser, on va en avoir deux de moins dans'à ville. »

Il en profite pour exagérer grossièrement le problème:

« À Montréal, astie, on peut pas marcher nulle part sans se faire écoeurer par ces gars-là. »

Sans surprise, par la suite, il appelle à la répression policière contre les mendiant-e-s et les Squeegees. 

Et dire qu'après ça, à la moindre dénonciation, ça part en poursuites judiciaires et les opposant-e-s doivent jusqu'à organiser des spectacles pour financer la défense des accusé-e-s. Une manne pour les avocat-e-s, dommage que Denis Poitras puisse pas en profiter.

Cet épisode odieux nous rappelle aussi dans quel genre de climat intellectuel peut avoir évolué cet ex-flic ordinaire. Quand un porc assassine un-e pauvre et se fait traiter ensuite pour choc nerveux, combien parmi ses collègues se félicitent en privé du fait qu'il y a un crotté de moins à Montréal?

mercredi 3 juillet 2013

Pourquoi je déteste certaines émissions historiques à Radio-Canada.

Au risque de paraître snob et d'en choquer plusieurs, je dois avouer que j'évite généralement les émissions de radio traitant spécifiquement de sujets historiques et anthropologiques au Québec. Plus particulièrement, j'évite les émissions de Serge Bouchard: ce n'est pas un secret, je l'ai dit il y a plusieurs mois. J'avais promis de consacrer un billet sur le sujet - on me l'a par la suite rappelé à plusieurs reprises. Comme il est malheureusement difficile de naviguer à travers les sources radiophoniques, je n'ai pas encore pu produire de recherche exhaustive. En revanche, à l'aide de plusieurs exemples et d'une comparaison avec d'autres types de podcasts, je souhaite pouvoir montrer les failles importantes dans la réalisation de ces émissions radio-canadiennes.

Le mythe de l'historien et du vieux sage au Québec

Nous avons, au Québec, une indécrottable tendance à détester les intellectuel-le-s, et de leur préférer quelques figures de grands sages âgés. Parmi eux, bien entendu, quelques historiens et anthropologues (et quelquefois sociologues) ont une place de choix, mais ils ne sont pas seuls. Pensons seulement à Jacques Languirand et Hubert Reeves, dont la crédibilité dépasse largement leurs sphères de compétences. Ils sont philosophes, observateurs, analystes, des hommes érudits qui sont écoutés quand ils sonnent l'alarme sur un phénomène inquiétant. Ils peuvent dire n'importe quelle connerie, les gens les écoutent avec un air imbécile et rempli d'admiration béate.

Il me semble parfois qu'on fait assez peu de place, ici, à d'autres personnes que ce type de sages à la science infuse et à l'expérience centenaire. Ce que nous appelons souvent (et peut-être à tort) l'élite intellectuelle, au Québec, est une gérontocratie masculine. Personne n'est écouté de la même façon que ceux-là, personne ne peut se donner le droit de dire comme eux des monologues de plusieurs heures à la radio et de renouveler l'expérience à chaque semaine (mis à part les animateurs de la radio-poubelle). Et l'avenir ne promet pas de changements brusques. Serge Bouchard et André Champagne seront assurément un jour remplacés par Mathieu Bock-Côté, Éric Bédard et compagnie. Sans surprise, et malgré l'abondance de femmes sociologues et d'historiennes d'un grand talent, c'est le même type d'hommes bien conformes et souvent conservateurs qui formeront les bases de l'establishment. Les femmes de radio sont plutôt reléguées au rôle d'intervieweuses - elles ont du pouvoir mais pas d'autorité. Elles posent des questions mais ne possèdent pas de réponses.

En bref: pas de place, à la radio, pour l'histoire culturelle et sociale, ni pour les femmes « sages », ni vraiment pour les idées jeunes.

Serge Bouchard et l'histoire à Radio-Can

Serge Bouchard fait partie du groupe d'hommes à la crédibilité immortelle. Loin des chantiers de recherche et des laboratoires, loin du terrain, il peut se permettre de déballer l'histoire de ce que lui et ses recherchistes jugent important. Il est extrêmement rare que son émission soit motivée par la publication récente d'études - ou quand ça arrive, il le mentionne peu ou pas - et il est impossible de savoir si son émission n'est que le pâle résumé d'une seule source: la plupart du temps, il ne fait que parler d'un sujet sans s'arrêter, ne donnant la parole à presque personne. Dans «les Remarquables oublié-e-s», les invité-e-s sont rares, les citations d'auteur-e-s aussi. Il faut souvent se fier à la seule autorité de Serge Bouchard, à son savoir encyclopédique et surtout à ses choix parfois douteux en matière de références. Le fait est: Bouchard ne sait pas tout. On ne peut être spécialiste (et c'est le cas en histoire comme ailleurs) de tous les personnages, de tous les thèmes. Bouchard en donne pourtant l'impression.

Mais quand on est payé-e grassement, quand on a une équipe de recherchistes avec nous, il est essentiel de lire beaucoup, et surtout de lire des articles et livres diversifiés. Or, dans les bibliographies fournies sur le site de les Remarquables Oubliés, non seulement on rencontre un nombre anormalement élevé de trucs écrits par Denis Vaugeois, mais la plupart des références sont datées ou de mauvaise qualité. Plusieurs liens sont maintenant brisés (ce ne serait pas le cas si les sites vers lesquels menaient les liens étaient scientifiques) et se limitent à des synthèses minables, parfois produites par des non-scientifiques souvent très biaisé-e-s[1]. Ce genre de bibliographies, dont les références sont d'ailleurs souvent partielles (pas de nombre de pages, souvent pas de date de publication, ou pas de nom d'édition) n'est même pas digne d'un travail de première année de cégep.

Prenons l'exemple de Sacajawea. N'importe quel-le chercheur-e en histoire, si on lui donnait le mandat de faire une recherche rapide sur elle, aurait le réflexe de consulter immédiatement deux moteurs de recherche: celui de sa bibliothèque universitaire et un autre, plus direct, menant vers des articles numérisés et disponibles en ligne. En quelques minutes, on peut donc trouver des dizaines de titres. Par exemple, avec Jstor et le site de la bibliothèque de l'UQAM. On peut se rendre compte qu'il s'est écrit des choses bien plus récentes sur Sacajawea et son contexte que les livres de Denfenbach (1929) et de Herbard (1933).  J'en profite pour vous faire remarquer que le nombre incroyable de références montre assez bien que Sacajawea ne fait pas partie des « oubliées » dans la tête de tout le monde, ni Jeanne Mance, à laquelle Serge Bouchard consacre aussi une émission (apparemment un collage de résumés de deux ou trois livres, comme les autres).

Serge Bouchard ne joue pas le rôle qu'il se donne dans cette émission, celui d'une espèce de justicier de l'histoire qui en montre « l'envers ». Il fait comme on a toujours fait pour soi-disant élever le public à l'amour de la Nation: des biographies clinquantes et criardes d'aventuriers/ères, avec en prime un générique tout droit sorti d'un film de Ridley Scott. Ça fait des années que les historien-ne-s ne font plus ça. L'art de la biographie lui-même ne correspond plus à cela. Vouloir nous faire connaître tous et toutes les héros et héroïnes de la colonisation, d'Étienne Brûlé à Marie-Josèphe-Angélique, c'était à la mode dans les manuels scolaires... des années cinquante, dans lesquels on passait plus de pages à montrer les exploits formidables de Dollar-des-Ormeaux que de parler de l'industrialisation ou de mouvements migratoires. C'était des biographies idéalisées, peu critiques, peu analytiques. C'est exactement ce que Serge Bouchard fait dans son émission.

On me dira que c'est une émission de vulgarisation, et que je devrais peut-être faire preuve de compréhension. Mais le fait est: quand on vulgarise la science, ce n'est généralement avec une métho vieille de soixante ans. Les journalistes scientifiques qui essaient d'expliquer l'atome à des non-initié-e-s ne vont en général pas se limiter au modèle de Thomson. Pourquoi? Parce que nous n'en sommes plus là et que tout le monde parle du boson de Higgs depuis des mois. Pourquoi devrait-on tolérer, en sciences sociales, que les vulgarisateurs/trices, de un, passent outre le travail récent des chercheurs/res, mais en plus, accaparent personnellement autant d'attention, se présentant presque comme les seul-e-s interlocuteurs/trices fiables avec qui parler d'anthropo, d'histoire et de socio?

L'autre principale émission de Bouchard, «Les Chemins de travers», m'énerve encore plus, malgré l'absence de plate biographie cette fois. Il passe une heure entière à parler tout seul avant d'interroger finalement des invité-e-s, parfois assez mal choisi-e-s en deuxième heure. Dans son émission sur «le scotch, whisky et cie», à cours d'inspiration musicale - peut-être que les recherchistes devraient fouiller davantage! - il a même eu le front de faire jouer «la Tribu de Dana» et de se plaindre, plus tard, qu'on « ne donne pas assez d'importance à la traite des fourrures dans l'histoire du Canada ».

Sans commentaires.

Les autres

Les autres émissions de radio traitant d'histoire, à la Première Chaîne, sont à peine mieux, excluant les documentaires, qui sont souvent bien réalisés.  «C'est une autre histoire» est aussi nettement supérieure aux autres: Jean-François Nadeau ne fait pas semblant d'être LE spécialiste, il pose des questions à ses invité-e-s, qui sont présenté-e-s comme les interlocuteurs/trices crédibles et qui sont souvent les auteur-e-s des ouvrages dont Serge Bouchard, ailleurs, ne ferait que «s'inspirer».

En revanche, Histoires d'objets est une vraie blague qui traite plus de faits divers que de l'histoire matérielle. C'est tout à fait adapté à la tangente de divertissement que semble prendre SRC depuis un bout de temps[2]. Par ailleurs, la présentation de l'émission, sur le site web, est ridicule. En voici un exemple:

«Un historien dit tout sur la monnaie de carte. »

Ah ouais? Quel historien?

«Un criminologue parle de l'énorme marché des cartes de crédit volées.»

Quel criminoloooooogue?

 L'émission ne manque pourtant pas de nommer les reporters, et toutes leurs activités ludiques:

«Marie-Michèle Giguère suit un cours d'orienteering, un sport très en vogue dans plusieurs parties du monde. Le but : gagner une course en pleine forêt armé simplement d'une boussole et d'une carte géographique.»

Note aux lecteurs/trices intéressé-e-s: quand tu fais une émission de radio, tu nommes tes invité-e-s sur ton site web.

Quant à la première de «C'est toujours la même histoire», ce fut relativement décevant. On a invité les mêmes historiens que d'hab, et on a traité du sujet avec une totale absence de profondeur. Peut-être cependant que ça peut s'améliorer.

Ailleurs

Il y a des podcasts d'historien-ne-s partout dans le monde, mais il est facile de comparer les émissions de SRC avec «Le Salon Noir», «La Fabrique de l'histoire» et «Les lundis de l'histoire» à France Culture.  Une émission plus vulgarisée est également diffusée à France Inter. Dans tous les cas, l'accent est mis sur l'invité-e, même quand l'animateur (c'est généralement un homme) est un monument vivant comme Jacques le Goff. Même quand le sujet touche directement à l'époque étudiée par l'animateur. Les sujets d'émissions touchent aux recherches actuelles. Les interlocuteurs/trices (et des femmes invitées, il y en a beaucoup cette fois) sont des spécialistes du sujet traité. Toujours. On peut penser que cela peut amener des complications: en effet, ne parler que de recherches actuelles suppose qu'on limite le nombre de thématiques. Pourtant, les émissions susnommées traitent de toutes les époques, de toutes les régions du monde. On n'y retrouve pas la même étroitesse d'esprit qu'à Radio-Can, où l'accent est mis presque uniquement sur l'histoire du Québec/Canada.

Avec le nombre de profs d'histoire, au Québec, et de thésards/ardes provenant de tous les champs, il serait possible de nous payer des émissions d'histoire rigoureuses, intéressantes et au contenu diversifié, qui ne mettent pas en vedette qu'un seul et unique vieux raconteur adoptant toujours la même et plate approche.

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[1] Dont un lien par exemple vers nul autre que l'Autjournal!
[2] Message aux décideurs/euses de Radio-Can: vos niaiseries sont aussi divertissantes que des jokes de pets.

samedi 13 avril 2013

Occupation des bureaux d'Agnès Maltais et manif de soutien

Hier matin, une dizaine de militant-e-s lié-e-s à l'OPDS ont réussi à investir les bureaux de la ministre Maltais. Illes ont occupé le site pendant environ quatorze heures, avant de quitter volontairement vers une heure du matin. En soirée, sur les réseaux sociaux, d'autres militant-e-s ont décidé d'organiser une manifestation spontanée en soutien aux occupant-e-s.

Quand je suis arrivé sur les lieux (vers 20h45) nous devions être une trentaine. Pendant le rassemblement, nous avons seulement vu cinq ou six policiers, qui sont repartis aussi rapidement qu'ils étaient apparus. L'évènement a été couvert modérément par deux grands médias, à ma connaissance: Le Devoir et Radio-Canada, qui a envoyé un caméraman sur les lieux. Ce dernier est remonté dans sa voiture avec quelques images, après quelques minutes seulement. J'ai entendu dire que CUTV était aussi passée par là, un peu plus tôt, mais qu'elle était repartie couvrir les casseroles ressuscitées.

Les occupant-e-s ont connu plusieurs problèmes: deux personnes, qui ne se sentaient pas particulièrement bien, ont dû partir en cours d'occupation. De plus, les militant-e-s n'avaient pas amené suffisamment de nourriture, et la manifestation de soutien n'a pu procéder au ravitaillement[1], malgré l'héroïque tentative d'incursion aidée par notre fameuse diversion réalisée avec l'aide d'une poubelle, notamment.

À un certain moment, alors que nous faisions le piquet devant les portes de la Tour de la Bourse depuis plusieurs heures déjà, étonné-e-s de voir personne, j'ai entendu quelqu'un faire cette constatation: « Illes ont été invisibilisé-e-s. » Et c'est vrai. « Si ça avait été des étudiant-e-s, là-dedans, la police et les médias auraient débarqué en quelques minutes » a fait remarquer un-e autre.

La nuit dernière, c'était le désert[2].

Assez peu de gens appuient les nouvelles réformes de Mme Maltais, ou du moins beaucoup y sont opposé-e-s. Mais au fond de nous-mêmes, qu'est-ce qu'on s'en câlisse, collectivement, du sort des plus pauvres. Ce monde-là ne vaut même pas assez pour qu'on fasse un spectacle de leur arrestation. Les médias l'ont au contraire bien montré: illes méritent juste qu'on les ignore.

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[1] Un agent de sécurité a expliqué qu'il se ferait renvoyer s'il permettait qu'on apporte de la nourriture, qu'il avait des enfants à nourrir et blablabla. Il faut vraiment pas croire en ce qu'on fait pour sortir des arguments de même. Je trouve ça triste.

[2] Je ne veux surtout pas reprocher aux militant-e-s d'être resté-e-s chez eux. Il faisait mauvais, plusieurs l'ont su assez tard en lisant un statut Facebook, d'autres l'ont juste pas su. En plus, c'était vendredi. Une rumeur (je n'ai aucune idée de sa véracité) dit que quand on vous arrête un vendredi, il y a des chances pour que vous passiez la fin de semaine en-dedans.

mercredi 20 mars 2013

Les délires homophobes de Radio-Pirate.

Pendant que des manifestant-e-s qui n'ont rien fait de mal se font arrêter sous les applaudissements des chroniqueurs/euses et commerçant-e-s qui s'inquiètent pour le chiffre d'affaires des grands hôtels, la campagne de publicité du gouvernement contre l'homophobie provoque des réactions d'une violence verbale inouïe. La droite n'a aucun problème avec les dépenses en répression et un État qui investit massivement dans le viol de nos droits et libertés, mais elle refuse que «ses taxes» servent à financer la lutte contre la discrimination.

Jeff Fillion, qui anime toujours à sa station de web-radio, a plongé dans un délire haineux encore plus profond. J'ai cru en premier lieu que ses déclarations dérangeantes - et dignes d'un dérangé - avaient passé inaperçues, mais elles ont finalement été ridiculisées par les animateurs de « La soirée est encore jeune » vendredi dernier

J'aurais aimé en faire une analyse fermement dénonciatrice, mais je pense que le résumé, accompagné de plusieurs citations, suffira. Notez que je n'ai pas tout mis, même si ça peut sembler difficile à croire.

Les deux extraits sont disponibles sur RadioEGO.com. Le premier est celui qui va le plus loin dans la haine et daterait du 7 mars dernier.

Je résume les propos:

- Fillion et sa bande trouvent que deux gars qui s'embrassent, c'est dégueulasse, même si en théorie ils « n'ont rien contre l'homosexualité ».
- Il affirme qu'on parle trop d'intimidation en public, que c'est devenu une frénésie, que tout le monde a quelque chose de laquelle on peut rire et qu'on ne devrait alors pas faire grand cas de cela.
- Fillion tombe dans les stéréotypes: il parle des gays qui travaillent dans des boutiques de vêtements et qui ont des voix féminines comme étant une règle absolue.
- Lui et ses co-animateurs disent que les homosexuel-le-s sont des cas « exceptionnels » et ne représentent que 2-3% de la population. Cet argument revient à quelques reprises. « Ça reste dans la marginalité de la population », parvient à articuler un de ces singes savants.
- Il prétend à quelques reprises que « l'homosexualité n'est pas comme l'hétérosexualité », refusant de mettre sur un pied d'égalité le couple gay du couple hétéro. Il affirme d'ailleurs que les gays qui se marient veulent juste des avantages fiscaux, alors que dans son couple, c'est la famille et les « valeurs » qui sont importantes.
- Il est frustré à l'avance de devoir expliquer à sa fille ce qu'est l'homosexualité. C'est un argument qui est repris par la suite. Sous-entendu: le gouvernement viole leur liberté de choisir le moment où ils répondront enfin aux questions de leurs enfants sur l'homosexualité.
- « Les enfants ont pas à affronter des hommes avec des pinchs qui se frenchent. » Suivi d'un classique « dans mon temps, ça se passait pas de même. »
- Fillion affirme faire son coming out d'homophobe: « Chus limite! Chus juste sur le bord ! » 
- « Que quelqu'un qui par choix ou parce qu'il est né de même [...] »
- Fillion ne peut pas contrôler son dégoût envers les homosexuels: « On contrôle pas ça. Ça nous écoeure. »
- Il s'attaque ensuite à Jasmin Roy. « Jasmin Roy, qui représente tout ce qui nous énerve. » « Il se sert de son homosexualité pour devenir victime de toute, là. »
- L'animateur avertit ensuite le gouvernement. « Vous allez reculer. » « Les gens vont avoir un ras-le-bol, un trop-plein. » « Laissez-nous tranquilles avec les gars qui se frenchent. »
- On lit une lettre d'auditeur pendant l'émission: « une phobie c'est une peur. Trouver que quelque chose est anormal n'est pas une peur. Une peur est souvent causée par une ignorance. Ce qui n'est pas le cas de l'homophobie. On sait c'est quoi. Et ça nous fait pas peur. De plus évolutionnellement parlant il n'est pas normal qu'une espèce développe un comportement qui ne favorise pas la survie de cette espèce. Si tout le monde était homo, l'espèce s'éteindrait en moins de 120 ans. »
- Jeff en rajoute: « J'ai un côté rationnel. [...] Quand on utilise le rationnel, ben, effectivement, on est obligés de dire que... oui on l'accepte, mais ya un boutte... ça marche pas! Rationnellement! » 

Par la suite, Jeff et ses co-animateurs tombent dans une digression raciste, dans laquelle ils s'accordent pour dire qu'un mécanicien noir ou « taliban » est moins attirant qu'un mécanicien blanc. Mais ils reviennent rapidement au sujet du jour.

- « Comme société, nous n'avons pas à payer à heure de grande écoute pour voir des hommes qui s'embrassent. » 
  
Mais ça ne dure pas longtemps. Fillion décide de s'attaquer à d'autres déviances, dont le « naturalisme » (sic). « On s'entend-tu que ça, c'est de la maladie mentale. ok, on va se le dire. Je veux pas vous empêcher d'y aller, je veux pas vous crisser en prison, mais moi, si un de mes amis me dit là, que si lui il veut passer deux semaines, les semaines de la construction dans un village nudiste, avec ses enfants, ben crisse, il est pu mon chum. [...] Mon numéro de téléphone tu l'as pu, t'as pu mon e-mail, t'es pu sur mon Facebook, décrisse. »

Même si Fillion a affirmé qu'il ne recommandait pas la prison pour ces malades-là, L'extrait se termine sur cette touche:

« J'me dis ouin, c'est déviant, mais chacun ses déviances... Mais non crisse, d'après le dessin du gouvernement [des pancartes routières] y'amènent leurs enfants! Câlissez-moi ça en prison ce monde-là! Y'amènent leurs enfants! [...] Mais le gouvernement, c'est la tolérance et l'ouverture. C'est tu beau hein? »
 
Le pire c'est qu'il se lance entretemps dans une tirade sur la liberté, défendue selon lui par la droite et les « pirates »: « Les gens de droite, beaucoup les pirates, on veut de plus en plus de libertés individuelles. » Ben oui, c'est ça.

Dans un deuxième extrait plus récent, qui date peut-être d'hier, il s'attaque à l'homosexualité présumé du hockeyeur Josh Gorges. Tout l'extrait tourne autour de remarques homophobes à caractère sexuel. Les animateurs parodient la voix d'homosexuels stéréotypés, parlent de sodomie, se moquent de Price et suggèrent en blague que ses mauvaises performances seraient reliées à son homosexualité:
« Peut-être que Price a besoin de boules chinoises pour performer. ». Les animateurs imitent des hommes qui halètent lors d'un acte sexuel, et font des propositions parodiques qu'ils attribuent au conjoint présumé de Gorges, du style:

« Mets juste tes culottes, et mets des talons hauts. »
« Garde ton gant de hockey pour me masturber. »

« Enlève ta visière [...] Mèq t'arrives, j'vas te licher partout... »

C'est pas compliqué, en bref: les animateurs de Radio-Pirate, surtout Fillion, se livrent à des actions de harcèlement envers des personnes (nommées!) et encouragent la haine.

mardi 26 février 2013

Les « accrocs » avec la police.

Je trouve encore une fois que les journalistes manquent de classe vis-à-vis de la couverture de la manifestation de cet après-midi. Tout d'abord, nous étions certainement plus de 2000-3000, chiffre avancé par Le Devoir, bien que je n'aie aucune idée de notre nombre exact. La foule ne s'étendait pas sur une zone particulièrement grande mais elle était beaucoup plus compacte qu'à l'habitude.

Je suis également assez écoeuré que des hosties d'ignorant-e-s couvrent les évènements relatifs au mouvement étudiant. Illes ont passé des mois à écrire CLASSÉ au lieu de CLASSE, et semblent maintenant avoir oublié que ASSÉ prenait un «É», même si l'organisation a été fondée en 2001. J'ai même déjà vu un beau « UQUAM » écrit en gras dans le titre d'un article. Vraiment pitoyable: on dirait qu'illes le font exprès. Leur tendance ridicule à estimer une foule une heure avant son départ pour la marche me dégoûte également. Mais passons.

Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé aujourd'hui. Tout allait bien, jusqu'à ce que les flics décident de bloquer Saint-Denis pour aucune bonne raison, pas trop loin du Carré Saint-Louis. Les balles de neige ont alors fusé de partout. Et je dis bien balles de neige. J'étais à un endroit assez élevé, j'ai pu tout voir. Le seul projectile qui ne ressemblait pas à une balle de neige était un unique bâton de pancarte, qui est arrivé assez tardivement. Mais les flics avaient déjà établi leur stratégie et plaçaient leurs pions. Projectiles ou pas, le SPVM aurait de toute façon tout fait pour nous disperser à ce moment-là.

Bravo en passant et merci aux Black Blocs qui ont démonté en urgence des grands pans de clôture pour permettre aux manifestant-e-s de traverser le Carré Saint-Louis et d'en sortir par une autre extrémité en toute sécurité. Dommage que des « pacifistes » considèrent toujours que ces radicaux/ales représentent une menace. Une menace, certes. Pour leurs relations publiques de merde.

C'est après, et seulement après une grosse tentative de dispersion que j'ai pu observer de réelles répliques de la part de la foule. Par exemple, alors que nous étions divisé-e-s en petits groupes, une personne que je ne connais pas a balancé une sorte de retaille de madrier sur une autopatrouille qui passait dans une petite rue, abîmant la peinture et arrachant complètement un miroir. Je ne peux absolument pas condamner le geste. 

Les justifications des forces policières, elles, sont d'une rare pauvreté. On démolit pas des gueules pour quelques balles de neige, n'en plaise à ce post-pétainiste de Ian Lafrenière. Le reste de leur argumentation pour légitimer leur intervention « ciblée » (tellement ciblée que leur gaz irritant a enfumé tout le quartier, j'imagine qu'ils sont contents les porcs d'avoir fait pleurer des enfants), constituée de déformations de la réalité et sans aucun doute de mensonges. En effet, cette bande de goujats trouve toujours le moyen de faire passer des bouteilles de bière vides ou même des canettes de Pepsi pour des cocktails Molotov[1]. Sans aucun scrupule, la police lance presque au hasard des mensonges d'une grande vulgarité et d'une nature profondément diffamatoire, et ce dans l'impunité la plus totale. Quand on n'est pas habitué-e-s de les croire imbécilement, on s'habitue à les ignorer. Pourtant, il faut bien que cela cesse un jour. Et il faudrait pour cela que les médias de masse cessent de relayer leurs bêtises sans poser de questions.

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[1] Et il y a ceci d'inexplicable: comment se fait-il que tout le monde ait des cocktails molotov et que personne n'en lance jamais?

jeudi 7 février 2013

sophisme ordinaire à la radio poubelle

Je viens d'écouter un des extraits les plus pauvres de l'histoire de la radio poubelle sur le plan argumentatif. C'est tellement de la sophistique cheap que l'écoute en vaut réellement la peine. Allez-y, vous allez voir, c'est drôle.

Je vais commenter seulement quelques sophismes et malversations. Analyser l'entière séquence serait interminable.

Le premier sophisme en est un de long haleine et joue sur les glissements de sens. Une tactique populaire chez les tribuns populistes qui comptent sur le manque d'attention de leur auditoire, une attention souvent détournée par un discours émotif.

Les deux animateurs commencent par remettre en question le soutien de la cause par la majorité des étudiant-e-s du Québec. Duhaime affirme:

« L'écrasante majorité des étudiants ne sera pas véritablement représentée. Parce que les étudiants, c'est pas toute des carrés rouges, pis c'est pas toute des syndicalistes des associations étudiantes. [L'écrasante majorité] C'était soit des carrés verts, soit du monde qui voulait finir leurs études pis qu'y en ont rien à foutre de l'activiste syndical [...] ». (vers 2min10)

Dans la phrase suivante, le sens glisse déjà. Duhaime se demande pourquoi les carrés verts n'ont pas de chaise au Sommet, les associant donc subtilement à « ceux qui s'en foutent » pour gonfler virtuellement leur nombre et ainsi augmenter leur légitimité. On pourrait répondre que la clique de Duhaime n'a tout simplement pas à parler pour ceux et celles qui s'en foutent, principalement parce qu'illes s'en foutent! Mais passons.

Ensuite, Duhaime nous sort une statistique de son chapeau:

« Ça nous intéresse pas 70% des étudiants qui étaient contre la grève qu'est-ce qu'y en pensent. (2min45) »

D'où vient cette statistique? En fait ce n'est pas une statistique. Souvenez-vous qu'on matraquait le fait, pendant la grève étudiante, que «seulement 30% des étudiant-e-s étaient en grève», présumant souvent par ailleurs que ceux et celles « qui étaient retourné-e-s sur les bancs d'école » avaient accepté la décision du gouvernement alors que c'était plutôt une question de rapport de force. Les étudiant-e-s ont cédé à l'argumentum baculi! Ça ne signifie pas qu'illes ont changé d'idée. Il faut vraiment avoir des tendances totalitaires pour le croire.

Juste sur le plan de la question de la grève, rappelons aussi qu'au 22 mars 2012, 310 000 (sur 400 000) étudiant-e-s étaient en grève, limitée ou illimitée. Même Quebecor l'a affirmé. Mais on ne peut pas pour autant en conclure que tout ce beau monde était en faveur de la grève, comme on ne peut conclure que les non-grévistes y étaient opposé-e-s unanimement.

C'est le coanimateur de Duhaime qui se rend coupable du glissement final sur le sujet: « On parle que c'est une minorité d'universitaires qui étaient contre la hausse. » (9min09)

Récapitulons. On passe de « une majorité écrasante de gens qui s'en foutent et de carrés verts », à « 70% d'étudiant-e-s contre la grève » pour en arriver à l'assertion finale « une minorité était contre la hausse » en guise de conclusion. Chaque partie du sophisme soutenant la suivante. Mais comment a-t-on pu arriver à cette conclusion à partir des faits énumérés précédemment? C'est ridicule!


***

La discussion se poursuit, l'indignation monte. Les deux co-animateurs reçoivent Germain Belzile (prof à HEC) en entrevue. J'ai déjà parlé de lui il y a longtemps: je l'ai rencontré à un séminaire de l'Institut Fraser. Disons qu'il a l'art des citations stupides[1].

Le sujet de l'opinion des étudiant-e-s sur la hausse revient donc. Selon les trois individus, les associations étudiantes ne représentent pas correctement leurs membres, mais ceux-ci sont forcé-e-s de y appartenir. Belzile cite d'ailleurs l'article 20 de la Déclaration universelle des droits de l'homme:

« 1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association. »
 
Belzile se fiche pas mal du premier point (violé par des dispositions de la loi 12, qui provoquait la suspension des droits associatifs dans certains cas), c'est le deuxième qui l'intéresse. Je me permets de faire une parenthèse (encore) car ce n'est pas la première fois que ce sophisme est utilisé pour attaquer les associations étudiantes. Tout d'abord, ce n'est pas le cas partout. Dans plusieurs associations étudiantes, il est possible de se faire rembourser sa cotisation. Il en va de même pour les assurances collectives négociées par les associations facultaires. C'est souvent compliqué (j'aimerais que ce soit plus facile) mais on ne peut affirmer que c'est impossible.


En fait, la formule Rand est souvent utilisée comme prétexte par les grosses assos de centre, centre-droite (comme la FAÉCUM) pour empêcher les assos modulaires (ou des associations facultaires, comme la CALESH vers 2006), trop à gauche et contestataires, de se faire reconnaître.

Par ailleurs, personne n'est forcé d'aller au cégep et à l'université! A contrario, nous sommes tous et toutes associé-e-s de force à une grande institution, sous peine d'expulsion ou de prison: l'État. Et cela contrevient certainement à l'article 20.

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[1] Dans l'extrait choisi, vers 17 min: « Les gens qui ont encouragé ça au printemps passé vont avoir contribué au breakdown de l'ordre public aussi parce que c'est rendu normal et acceptable de casser des vitres, d'endommager des voitures, d'intimider des gens... Je suis catastrophé. »

samedi 8 décembre 2012

Un racisme tellement banal.

Martineau, à Maurais Live, nous compare à des « Japonais ». Ou plus précisément à une image folklorisée, stéréotypée et archaïque des touristes japonais.

Racisme ordinaire et banal dans la ville de Québec.



« Ça prouve que nous sommes tous devenus des Japonais. Tu voyages, maintenant et les Japonais ne regardent pas la Tour de Pise. [...] Ils ne regardent que par l'entremise d'une lentille. [...] Tsé sont tous comme ça les Japonais. »

Lien vers l'émission originale du 6 décembre 2012.

lundi 15 octobre 2012

Mme Stéfanie Trudeau et les pédophiles

C'est une prétention d'animateurs de CHOI Radio X de croire qu'on la traite moins bien que des pédophiles. Dans le contexte, même après que des preuves assez déroutantes aient pointé du doigt la force policière, une certaine droite radicale continue de défendre la loi et l'ordre au-delà de tout droit élémentaire à l'existence.

Stéfanie Trudeau devient soudainement la victime de l'heure à protéger. Dans des tirades remplies de contradictions et de cris stridents, les défenseurs de la policière attaquent une gauche qu'elle prétend être (trop) acharnée sur son cas. Si je condamne totalement les insultes sexistes dont fait actuellement l'objet l'agente - ce n'est d'ailleurs pas exclusif aux « gauchistes » puisque Dominic Maurais, aussi de Radio X, a sous-entendu que Mme Trudeau avait peut-être une vie amoureuse décevante[1] - je pense cependant qu'il est normal qu'une personne reconnue comme oppressive passe un mauvais quart d'heure, étant donné surtout que l'individu en question n'a pas été renvoyé de son poste, mais seulement suspendu. La première étape en vue de sortir d'un cycle d'oppression, c'est d'identifier les sources d'oppression comme telles et que cette dénonciation soit généralisée.

Maintenant, est-ce que Mme Stéfanie Trudeau est « moins bien traitée qu'un pédophile »? La figure du pédophile est devenue au cours des dernières années l'ennemi absolu du bien. Les populistes n'hésitent pas à dépeindre leurs adversaires politiques comme des allié-e-s de pédophiles, ou à faire l'amalgame entre pédophiles et d'autres abuseurs/euses. C'est le cas notamment, sans surprises, du Journal de Montréal[2] et de Radio X, dans l'extrait mentionné en début d'article. Il semble en fait ne subsister plus que cette menace sur la famille canayenne, la faim et la violence ayant été réglées depuis des siècles.

Une fois (enfin!) qu'un-e abuseur/euse d'enfants est identifié-e et/ou condamné par le public, il se met en place un système très efficace d'exclusion et tout dépendant de la gravité du méfait, l'agresseur-e peut faire de la prison. Le/la pédophile ne trouve personne pour le/la défendre en public et je ne crois pas qu'on entendra un jour une personnalité publique dire « c'est assez! » devant l'intimidation et de l'humiliation publique que les condamné-e-s pour abus sexuels pourraient subir. C'est en pensant à eux, d'ailleurs, qu'une masse ahurie de crétin-e-s hystériques souhaitent voir la peine de mort rétablie au Canada.

Mme Trudeau n'a pas perdu son emploi. Dans le pire des cas, elle passera quelques mois à classer des dossiers bien au chaud dans un bureau. Elle n'est pas en prison. Elle ne fait pas face au dégoût profond et à la répulsion absolue que le public entretient vis-à-vis de la pédophilie. Elle ne fait même pas face à des accusations au criminel. Pourtant, si son caractère agressif et ses nombreuses voies de faits commises ne font pas d'elle une pédophile, ses méfaits la classent certainement dans la même catégorie que n'importe quel malfrat, bandit ou maquereau. Et on ne dit pas de ces derniers qu'ils ont en fait simplement besoin d'un psy.

Des animateurs de la radio poubelle accusent la gauche en général, et Laurent Paquin surtout, de vouloir intimider Mme Trudeau. Peut-être devraient-ils relativiser. Il s'agit non pas d'un acte coercitif contre la policière, mais bien un acte de défense, au même titre que la réaction d'un écolier bousculé par des bullies.


Il ne faudrait pas non plus penser que les insultes contre l'agente 728 sont une réaction violente de membres de groupuscules antipolice. J'y vois plutôt l'inverse. Isoler Mme Trudeau du reste de ses collègues, comme Breivic a été isolé de l'extrême-droite européenne, est une manière très commode de nier une certaine parenté d'idées. Mme Trudeau est un bouc-émissaire. Mais pas seulement chez la droite à la Dominic Maurais. C'est aussi le bouc-émissaire des braves gens bien intentionnés, qui encouragent généralement la police en disant qu'elle fait bien son travail, et dans d'autres circonstances reconnaissent l'existence de cas isolés. Sans comprendre que si on trouve autant de pommes pourrites, c'est parce qu'on les ramasse dans la bouette deux mois après la fin de la saison.



Il y a sans doute une autre chose qui motive autant d'insultes envers Mme Trudeau: le sentiment de trahison. Beaucoup de mes ami-e-s m'ont parlé de l'agente 728, récemment. À peu près aucun-e d'entre eux n'étaient des activistes antiautoritaires. Quand j'en ai parlé à des ami-e-s anarchistes, la conversation est tout de suite allée du côté des insultes sexistes. Ça s'explique: les gens qui ont réagi le plus sont ceux qui se sont sentis trahis par une police qu'ils croient encore destinée à protéger et servir le public, malgré le printemps érable. Je ne pense pas faire de l'analyse de profondeur: ça revient sans cesse dans les réactions sur Twitter, Cyberpresse, Facebook, etc. Ce sont ces gens-là qui en veulent le plus à Mme Trudeau, parce qu'elle leur a enlevé (temporairement) leur sentiment de confort et de confiance. Ou peut-être seulement parce qu'elle s'est fait prendre.

Ce sont les pires pro-police qui frappent aussi fort sur Mme Trudeau.

Une fois que Mme Trudeau sera punie, sans doute d'un petit coup de règle sur les doigts, il n'y aura rien de changé. Les flics continueront de frapper des manifestant-e-s, de procéder à du profilage racial ou social, de partir dans des croisades épiques contre des sorcières anarchistes ou communistes. Vous étiez étonné-e-s d'apprendre que le monde politique québécois est gangréné par la corruption? Attendez voir qu'on touche à la police. Une décennie de témoignages ne suffirait pas à documenter les exactions du plus grand gang criminel d'Amérique du Nord, valet d'un État mafieux auquel on donne bien plus que 3%.
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[1] « Elle peut peut-être aussi se pogner un chum aussi [...] » Source. Vers 1min30. Il essaie ensuite de se reprendre maladroitement.
[2] Ne trouvant plus la fameuse « carte des pédophiles », je vous renvoie à un article de Rima Elkouri. En passant il existe une différence assez notable entre éphébophilie et pédophilie, même si dans les deux cas, l'abus peut exister. Rappelons par ailleurs que l'âge de consentement est de 16 ans au Canada et donc que toute relation érotique entre mineur-e-s et adultes n'est pas systématiquement punie par le code criminel.

jeudi 11 octobre 2012

L'agente 728.

Est-ce que ses derniers crimes (et derniers commis en uniforme, je l'espère) étonnent vraiment quelqu'un? Est-ce que ses paroles sont réellement une exception à l'intérieur du corps policier? Et si l'histoire n'était pas sortie dans les médias, est-ce que Ian Lafrenière, ce gluant petit sociopathe, aurait annoncé le retrait de Mme Stéfanie Trudeau, visiblement en plein délire paranoïde, de ses fonctions?

Il y a maintenant des années, on déchirait des chemises, les rideaux et toute autre étoffe à portée de la main simplement parce que Freddy Villanueva aurait sauté à la gorge des deux sales flics qui molestaient son frère. C'est à peine d'ailleurs si on ne félicitait pas le porc qui l'avait ensuite descendu. Il y avait là une profonde incompréhension.

Si vous voulez vous sentir en sécurité, faites connaissance avec vos voisin-e-s et laissez la police engraisser au poste...

mercredi 26 septembre 2012

Les flaques d'eau

Je ne considère pas que l'ajout de paliers d'impôts pour les riches est une solution viable à long terme. Parce que peu importe le liquide qu'on leur prend, leur proximité du robinet à argent reste la même. Vous montez leurs impôts? Je pense un peu comme Ian Sénéchal qu'ils vont trouver un moyen d'augmenter leur créativité fiscale. D'autres, patron-ne-s, n'auront qu'à augmenter leur salaire eux-mêmes, pour ceux et celles qui en ont le pouvoir, et remettre la facture aux employé-e-s qu'illes exploitent, aux locataires de leurs immeubles qu'illes trompent, aux client-e-s qu'illes escroquent. Voyez comment nos honorables député-e-s s'en sortent. Imaginez le reste. Et de toute façon la décision de Marois ne sera pas acceptée, elle devra reculer. Le PQ lui-même n'est pas réellement un parti de gauche. Et il fait face à deux partis de droite ami-e-s des possédant-e-s.

Tant mieux toutefois si plusieurs riches acceptent simplement, et volontiers, de faire leur « juste part », par une sorte d'humanisme et de sollicitude toute aristocratique. Peut-être que ces derniers/ères accepteront un jour de vivre en anarchie[1].

Cela dit, je trouve que la tournure des évènements est passablement marrante. Les éditorialistes de droite, les leaders d'opinion bourgeois et plusieurs des possédant-e-s eux-mêmes couinent comme des loups pris dans un piège à pattes. C'est le scandale du siècle. Non, du millénaire.

Certains arguments - les mêmes qui servent toujours à justifier le mode de vie des riches - sont particulièrement populaires. On parle avec admiration du travail de ces fiers self-made men et on l'oppose en sous-entendu avec la fainéantise du pauvre. On parle de la générosité - bien involontaire - de cette classe qui, comme un choeur de magicien-ne-s, fait sortir les richesses d'un chapeau et accepte d'en laisser gracieusement une partie aux cochons avides et ingrats que nous sommes. J'ai aussi lu et relu encore ce fameux « On est 3%, on paie 30% d'impôts ». Terrible, n'est-ce pas.

L'ironie est exceptionnelle. Eux qui nous traitaient de plaignards, d'enfants gâtés, de fainéant-e-s. Et certain-e-s qui prétendaient que la hausse des frais de scolarité était en fait un gain pour les étudiant-e-s les plus défavorisé-e-s et que c'était en fait progressiste comme mesure, contre-intuitivement, parce que les pauvres n'avaient pas à payer pour l'éducation des riches, et que la hausse permettait aux étudiant-e-s riches de payer pour l'aide financière des pauvres. Si ces prétentions étaient vraies, l'ajout de paliers d'imposition s'inscrit tout à fait dans cette lignée, non?  De quoi Alain Dubuc se plaint-il donc? Surtout qu'il propose maintenant de rendre la taxe santé... progressive. Hostie d'épais.

Pratte va plus loin en disant que les riches paient déjà plus que leur part, sachant très bien que le retour du balancier de la juste part lui arrive dans la gueule avec la vélocité d'un TGV. Ses arguments sont tellement simplistes et sa panique tellement manifeste que je m'en explose la rate à chaque trois mots. En ce qui concerne la fameuse démocratie à 32% qui est en voie de devenir une expression fort populaire, je ferais remarquer aux auteurs de cette expression, ces espèces de parasites de l'intellectualisme, que Marois et Charest ont eu respectivement la victoire aussi médiocre que semblable: 24% de l'électorat. Et quand bien même auraient-illes eu chacun-e 80%! Qu'est-ce qu'on s'en crisse.

La misère

Je tiens à dire que ce phénomène étrange de la misère de riches date de longtemps. Aux alentours de 2150 AEC, Ipou-Our, scribe et ancêtre d'André Pratte, se lamentait sur le sort de l'Égypte pharaonique, attaquée de toutes part, sans doute, par des crottés, des socialistes, des fauteurs de trouble, des anarchistes, etc. Voici ce qu'il disait:

« Voyez, celui qui ne pouvait construire pour lui une barque est propriétaire de bateaux,
celui qui en avait les regarde : ils ne sont plus à lui.
Voyez, celui qui ignorait la cithare possède une harpe
Voyez, la femme qui mirait son visage dans l'eau possède un miroir de bronze.
Toute bonne chose a disparu! [...] »

« […] l’âge d’or sera oublié.
Règneront la violence, le crime et le vol […]
La hiérarchie sera détruite, toutes les valeurs seront inversées […] »

C'est fou comme les choses ne changent pas, hein?

Je voudrais aussi poser cette question aux pauvres riches qui se lamentent sur leur sort: c'est quand, la dernière fois que vous avez passé tout un hiver avec des souliers troués? Je sais que vous vous en foutez, parce que vos voitures vous portent en flottant par-dessus les flaques d'eau. Et c'est bien ça le problème. Vous ne comprenez pas ce que c'est.

Personne ne devrait être au-dessus des flaques d'eau.

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[1] Lol.

mardi 11 septembre 2012

Anglos et francos.



Suites aux récentes élections, j'ai eu une réaction assez forte vis-à-vis des commentaires et évènements entourant l'attaque terroriste de Richard Bain. Je croyais alors avoir compris ce qui se passait. Premièrement, la responsabilité du projet du PQ de réformer la loi 101 et ainsi de priver plusieurs immigrant-e-s de leurs droits jusqu'à ce qu'illes aient appris le français, et bien sûr plusieurs autres anglophones qui risquent de tomber avec eux dans les failles du système. Deuxièmement, j'ai accordé une certaine importance à la campagne de haine et de peur des médias anglo-canadiens contre les séparatistes racistes et leur représentation d'un Québec qui serait génétiquement raciste et retardé.
                                                               
Après deux jours, j'avais déjà changé d'idée. Je considérais alors les articles publiés dans les médias anglophones comme des exceptions. Des exceptions récupérées par beaucoup de nationalistes québécois-es, et justifiant la réciproque. Vous vous souvenez peut-être combien de semaines nous avons passé à chiâler contre les conneries de Barbara Kay et de Jane Wong. Je lis parfois le Globe and Mail et La Gazette, et il y a dans ces quotidiens, vraiment, beaucoup de journalistes et éditorialistes qui étendent plus de mensonges que d'encre. Mais est-ce différent dans la presse francophone? Je n'en ai pas la moindre idée. Et quelle est exactement la proportion d'articles qui peuvent être décrits comme du Québec bashing dans la presse anglo?

Alors, qu'est-ce qui a pu exciter à ce point le meurtrier, qui avait pourtant toujours été amical avec la population francophone de son village? Le seul programme du PQ? Je ne savais pas.

En fin de semaine, j'ai assisté à un mariage, qui ironiquement célébrait l'union entre un francophone et une Britannique. J'ai trouvé que la puissance de ce symbole, quatre jours après les élections, était assez manifeste. Au cours du repas, j'ai aussi eu l'occasion de parler de ce sujet à deux ami-e-s dont la culture dominante est anglo-québécoise. Illes sont devenu-e-s assez loquaces quand illes ont finalement compris que je n'ai rien à faire du nationalisme. Et si leurs paroles ne m'ont pas du tout aidé à comprendre - c'était à peu près juste des généralisations maladroites - ça m'a fait du moins comprendre pourquoi je n'arrive pas à comprendre.

Au cours des dernières décennies, les francos et anglos se sont lancés des insultes, croyant débiter là des vérités absolues. Et pourtant, tout ce qu'il y a d'absolu, c'est la clarté réfléchissante des hosties de miroirs qu'ils invectivent en fait. Les accusations sont à peu près les mêmes de chaque côté: racisme, xénophobie, oppression linguistique, etc. Plusieurs nationalistes francos se plaignent de ne pouvoir être servis ni travailler en français dans leur propre pays, alors que plusieurs anglos prétendent qu'ils sont une minorité opprimée. Mais personne ne reconnaît que les deux communautés sont coupables d'actes de coercition. De même que la loi 101 en force plusieurs à apprendre le français, l'industrie, elle, en force d'autres à travailler ou à subir un service en anglais.  Dans cette situation, il n'est pas question de «liberté de choisir». Et puis l'absence de respect mutuel comme de communication à l'intérieur de cette foutue province fait que les deux communautés comprennent l'Autre à travers ce qu'elles connaissent déjà: elles leur attribuent les caractéristiques qu'elles haïssent chez elles-mêmes.

Ces gens qui accusent les francos d'être racistes et retardé-e-s ignorent de fait que les crimes haineux sont de loin en-deçà de la moyenne canadienne, au Québec. Après tout, accuser les autres de racisme est une excellente manière de cacher notre propre peur immonde et notre mépris pour l'étranger et l'anticonformisme! Chez plusieurs Québécois-es nationalistes, la peur de mourir en tant que nation est aussi une manière très commode d'oublier que l'anglais, en tant que langue maternelle, décroît au Québec. La culture historique anglophone de Montréal disparaîtra certainement avant la nation québécoise.

Partout où je vois qu'il devrait y avoir du respect et de l'amour, il y a de la haine et de la coercition. Oui, les gens devraient être libres de choisir. Mais ils devraient aussi savoir ce que le respect signifie. Le respect gagne où la loi échoue.

Et ne marchez pas sur les jeunes pousses, c'est notre avenir.

Anglos and Frenchies



At the end of the recent election, I had a very strong reaction to what happened with the terrorist attack in the middle of the victorious Marois speech. Then, I thought I knew why it did happen. First, I did believe in the responsability of the PQ's project to reform the bill 101 and deprive many immigrants from rights until they learn French, with some English-speakers who would fall into the system's failures. Second: English Canadian media's campaign of hatred and fear against racist separatists or often their picturing of a Québec that is genetically racist and retarded.

After two days, I changed my mind. I considered that the contemptuous articles published by English newspapers were or could be exceptions. Exceptions that were seen as rules by many Québec nationalists, justifying their means. You may remember how many weeks we talked about Barbara Kay's[1] and Jane Wong's bullshit. I sometimes read the Globe And Mail and The Gazette, and there really are journalists and columnists in these newspapers that spread more lies than ink. But is it different in La Presse, or the Journal de Montréal? I did not have any scientific clue. What exact proportion of the articles can be depicted as Québec bashing?

Then, what excited Richard Bain, who had always been friendly with the French-speaking population of the town he was living in? The PQ program alone? I did not think so. But last week-end, I was in a wedding, ironically celebrating the union between a french-speaker and a British immigrant. I found that the symbolic meaning of this wedding was powerful. During supper, I also had the occasion to talk with two friends that shared a dominant English-Quebecer culture. They were reluctant at first to talk about this subject but when they understood that I did not care about nationalism, they got very loquacious. And what I heard from them - mostly clumsy generalizations as we hear on the radio - made me understand why I do not understand.

For the last decades, the English-speaking and French-speaking populations have only shouted insults at each other, thinking there were telling the crystal-clear truth. According to me one thing has always been crystal clear: the fucking mirror they are shouting at. The accusations are basically the same: racism, xenophobia, linguistic oppression, etc. Some French-speaking nationalists complain that many can't be served or work in French in their own country, while some English-speaker federalists say they are an oppressed minority. But nobody recognize that both communities are guilty of a certain kind of coercion. As bill 101 forces French into immigrants and anglophones tongues, industry forces English into workers and customers throats. In this situation, there never is a "freedom of choice". Thus, the lack of mutual respect and communication within this province makes people of both communities understanding the other through what they already know: they give them the characteristics that they hate in themselves.

Those people accusing French of being racist and retarded ignore that the crimes related to hatred are still way lower in Québec than in ROC. For accusing others of being racist is a good way of hiding our own great fear and contempt for strangers and non-conformists. On the Québécois nationalist side, the fear of dying as a nation is a convenient way to forget that English as a first language is decreasing in Québec's demography. The historic English culture of Montréal will certainly disappear before the Québécois nation.

What I see now is that where there should only be respect and love, there is hatred and coercion. Yes, people should be free to choose. But they should also understand what respect is. Respect wins where laws fail.

Do not stamp on small shoots. These are our future.
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[1] Barbara Kay recently published a book (Unworthy creature) in which she's happy to denounce other cultures as barbaric. This may not be obvious when you read it, but I swear that in a small panel in the Excentris, last spring, she and her co-author (who appeared in "Ces crimes sans honneur") admitted that this was the real goal of all this.