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samedi 6 juillet 2013

Oui, c'est un coup d'État.

Beaucoup d'Égyptien-ne-s, d'expatrié-e-s haïssant Morsi et de simples observateurs/trices, sont choqué-e-s par la réaction par les chefs d'État des démocraties libérales, qui ne voient pas d'un très bon oeil le renversement des Frères musulmans en Égypte, et de plusieurs politologues et éditorialistes, qui utilisent sans ménagement l'expression «Coup d'État» en le condamnant sauvagement.

Je ne vais envoyer que deux liens. L'un est un court texte sur Facebook, et l'autre une interview sur lemonde.fr, mais ils sont selon moi relativement représentatifs. En gros, on argue que d'avoir chaviré les Islamistes, ce n'était pas un coup d'État, mais une (deuxième) révolution; qu'on passe totalement outre le rôle de la population dans toute cette histoire.

La mobilisation menée par Tamarod fut effectivement formidable, et la légitimité de la contestation a en quelque sorte dépassé la légitimité du gouvernement lui-même, à la suite de la remise d'une pétition de 22 millions de noms et de toutes les manifestations monstres. Du moins, en théorie. Car la légitimité est une chose complexe.

Et c'est cette légitimité qui est remise en cause par cette suite d'évènements. Pas étonnant tout d'abord qu'une forte minorité de parlementaristes et électoralistes d'Occident soient choqué-e-s par ce coup d'État. Rappelons que selon eux, les Égyptien-ne-s de (l'ancienne) opposition ont en quelque sorte rejeté les résultats d'une élection démocratique comme il s'en fait partout en Occident. C'est aussi la défense utilisée par de nombreux/euses partisan-e-s des Frères musulmans.

J'ai dit à quelques reprises, je pense (dans, malheureusement, des billets qui ont disparu), que l'Égypte avait à nous en apprendre sur nous-mêmes[1].

Le réflexe des électoralistes a été très vif: si on sanctionne un tel coup d'État dans un pays «émergent», sous prétexte que le gouvernement élu ne respecte pas ses promesses, ou prend des allures d'un régime autoritaire, il faut éviter de faire deux poids, deux mesures. Qu'en est-il effectivement du gouvernement américain, qui espionne ses citoyen-ne-s, et tente de faire rôtir toute personne (je pense notamment à Snowden et Manning) qui libère des informations critiques sur lui? Qu'en est-il de nos propres gouvernements corrompus, qui donnent presque l'impression de violer quotidiennement les lois électorales, qui bâillonnent les journalistes, scientifiques, archivistes, qui détruisent graduellement notre filet social et notre environnement?

Mais qui irait dire qu'il serait légitime, pour l'armée canadienne, de remplacer Stephen Harper par Justin Trudeau, moins de 72 heures après une manif qui serait plus grosse que les autres, et d'en profiter pour mettre aux arrêts la moitié du gouvernement?

Rapport de force

Les défenseur-e-s du coup d'État affirment que les élections qui ont mené Morsi au pouvoir étaient de toute façon truquées. Les arguments utilisés sont divers: les Frères musulmans auraient acheté les votes des plus pauvres et profité de leur analphabétisme, il y aurait eu 12 millions de faux bulletins (un peu comme en Bulgarie, tiens), de l'intimidation devant les bureaux de vote, etc. Ces informations sont fragmentaires et je ne peux garantir leur totale véracité, la démagogie étant fort à la mode dans ce genre de contexte. Mais c'est tout à fait possible.

Cela dit, souvenons-nous qu'un rapport de force est aussi l'apanage des élections libres en Occident. Qui ne se souvient pas de la défaite d'Al Gore aux mains des Républicains? Et qui ne se souvient pas de la tentative de putsch démocratique de Stéphane Dion, qui a, avec sa coalition, presque réussi à renverser le gouvernement minoritaire de Harper en décembre 2008? Cette mini-crise[2] de légitimité a été réglée par le rapport de force supérieur du premier ministre, beaucoup plus que par le respect le plus strict de la loi et de la démocratie. Harper avait alors utilisé la peur des séparatistes afin de justifier son refus de laisser l'opposition (pourtant majoritaire) de prendre la relève. Et que dire du récent échec de la loi antiavortement au Texas? Les progressistes ont tout simplement réduit à néant la «démocratie» texane grâce à leur rapport de force (physique!) supérieur.

La démagogie, le mensonge, les manipulations diverses, les dépenses illégales, la corruption et les actions de perturbation caractérisent autant la démocratie naissante de l'Égypte que nos propres régimes occidentaux. Je poserais donc cette question aux partisan-e-s du pustch militaire: pourquoi? Pourquoi Morsi et pas Obama, ou Nieto? Les pro-putsch auraient-illes aussi appuyé les militaires du Mexique, si ceux-ci avaient décidé de chavirer l'actuel président, lui aussi contesté dans le cadre de manifs historiques? Que pensent-illes du Coup d'État de 2009 au Honduras, qui était plus que légal et avait été validé le jour même par les tribunaux?

En ce qui concerne les pro-Morsi d'Occident, dont je peine à comprendre la mentalité, je me demande où illes étaient en 2002, quand Chavez, lui aussi un leader autoritaire et épeurant, mais démocratiquement élu, a été temporairement renversé dans le cadre d'un putsch.

Une différence entre révolution et coup d'État?

Wikipédia, de manière assez idéaliste, dit ceci: «On le distingue [le coup d'État] d'une révolution en ce que celle-ci est populaire». C'est je crois, en effet, une excellente définition de ce que l'on perçoit avec beaucoup de romantisme comme une révolution: un mouvement guidé par une sorte de conscience collective et une population qui agit comme un bloc monolithique. Plusieurs des Égyptien-ne-s eux-mêmes parlent d'une "seconde" révolution: comme si une révolution se résumait au transfert du pouvoir d'un parti à un autre! La révolution me semble au contraire être un continuum plus long, qu'elle soit «par étapes» ou permanente, selon l'expression marxiste. À l'intérieur de cette révolution, eh bien, il peut y avoir des coups d'État. Les révolutions sont rarement légales! Il peut aussi ne pas y en avoir de coup d'État, par exemple quand le chef du régime déchu fuit sans avertissement dans un autre pays et que les révolutionnaires ne font que combler le vide. Ou encore, quand les opposant-e-s combattent longuement les forces armées et finissent par encercler le bunker présidentiel, avant de liquider le tyran après un siège sanglant.

Quand le leader refuse de démissionner, il n'y a pas de scénario à l'eau de rose. Là-dessus, les opposant-e-s et les partisan-e-s de Morsi devraient s'ouvrir les yeux. Oui, ce fut un coup d'État. Mais non, en comparaison de ce qui se passe ailleurs, ce n'est pas un scandale absolu: les gens qui souhaitent exercer le pouvoir ne respectent les lois que quand ça les arrange, et la légitimité s'assoie en général finalement sur un rapport de force brute, dans laquelle la légalité et les tribunaux ne sont que des éléments. Ceux-ci sont d'ailleurs la plupart du temps moins importants que le nombre de fusils, quand il se trouve que les citoyen-ne-s ont perdu leurs illusions.

Conclusion

El-Baradei, le chouchou de tout le monde, et qui a refusé l'an dernier de participer aux élections, la qualifiant de mise en scène, vient d'être nommé premier ministre de l'Égypte. Nommé, pas élu. Et dans un contexte où la constitution est suspendue, par ailleurs. C'est un revirement inattendu.

Maintenant, il est une des personnalités les plus majeures du gouvernement, un gouvernement intérimaire destiné à renverser la tyrannie naissante, mais qui massacre les manifestant-e-s dans les rues (37 morts en 24 heures, minimum). Les pro-Morsi sont bien entendu de drôles d'oiseaux, mais la solution apportée par les militaires - l'arrestation de centaines de membres du parti et du Président au départ[3], et maintenant l'assassinat de manifestant-e-s, pacifiques ou pas - reste tout de même d'une grande brutalité.

Il est étonnant que dans ce contexte intellectuel, tous et toutes frappent le mur de la «démocratie». Les pro-Morsi disent la défendre. Les anti-Morsi la disent mise en péril. On compare le président déchu à Hitler, lui aussi élu «démocratiquement», et on prétend défendre la souveraineté du Peuple. Sans se rendre compte qu'il y a peut-être quelque chose qui cloche avec cette hostie de démocratie, et que c'est peut-être pour cela que l'Égypte continue de brûler.

La démocratie telle que comprise dans nos institutions nationales, ce n'est pas le règne d'un peuple solidaire, bienveillant et unifié sur l'État. C'est consentir à la loi du plus grand nombre. Et c'est un consentement forcé, contre lequel il n'existe aucune espèce de dissociation possible. D'où la nécessité absolue de défendre nos libertés au-delà de ce que peut penser le nombre le plus puissant, qu'il représente 10, 34 ou 99,9% de la population totale.

Les défenseurs/eures de la démocratie, pro et anti Morsi, peuvent bien être perplexes: la situation actuelle montre bien les failles de leur système, qui donne deux choix aux Égyptien-ne-s: un régime élu et dictatorial ou un régime modéré et illégitime. Il ne faut cependant pas croire que les habitant-e-s de la rive du Nil sont tous des naïfs/ives. Beaucoup d'entre eux s'interrogent sérieusement et arrivent à des constats bien plus pertinents que ce qu'on peut en dire à partir de l'extérieur.

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[1]Je vais prendre un exemple concret qui va me servir d'analogie. Un jour, alors que je prenais un minibus avec des collègues, nous sommes passé-e-s devant une charrette tirée par un âne d'une maigreur inquiétante. La réaction fut immédiate: « Regardez comment ils traitent les animaux ici. C'est désolant. » J'ai alors demandé à l'auteur du commentaire s'il mangeait de la viande, dans son propre pays. Il n'était pas idiot, il connaissait le sort cruel réservé aux animaux d'abattage en Amérique du Nord. Il a admis que les choses n'étaient finalement pas si différentes. Les Égyptien-ne-s ne sont pas plus barbares que nous.
[2] C'était tellement extraordinaire comme moment. Il y avait tellement personne dans les manifs.
[3] Ça ne me dérange pas qu'ils aillent en prison, mais les militaires devraient aussi songer à s'arrêter eux-mêmes.

vendredi 5 avril 2013

Votre travail ne sert à rien.

Bon. Blogger trouve que mes commentaires sont trop longs. J'ai donc décidé de répondre à un commentaire en publiant un nouveau billet.

***

Si vous travaillez et que vous vous êtes posé-e des questions sérieuses sur votre travail, il y a de bonnes chances pour que vous vous soyez rendu-e compte, avec le temps, qu'une énorme partie de vos tâches ne riment à rien. Vous avez certainement également aussi déjà remarqué que des collègues ou des patron-ne-s étaient tout simplement des nuisances et que l'entièreté de leur oeuvre était contre-productive. Peut-être même que vous avez déjà travaillé dans une entreprise ou pour un organisme dont l'activité était tout simplement nuisible pour le "bien commun".

Eh bien, sans entrer dans la rédaction d'un article compliqué avec des statistiques et des calculs - je le ferai une autre fois, si j'ai le temps - je pense qu'une grande partie de notre activité économique est ainsi: elle est inutile et ne se traduit pas en amélioration de notre jouissance quotidienne.

Malgré les promesses de la technologie, nous travaillons toujours des dizaines d'heures par semaine, et si les horaires n'ont pas tant changé, le stress, lui, a augmenté dans de nombreux secteurs (comme si c'était possible) et dans à peu près tous les milieux de vie. Et maintenant en plus, les retraites sont menacées comme jamais.

J'en ai déjà parlé sur ce blogue: rien de ce qui se passe n'est logique. Une usine qui ferme, ce devrait normalement être une bonne nouvelle: puisque le travail est achevé! Mais non, tout le monde pleure, et on décide parfois de la garder en vie artificiellement pour ne pas perdre des emplois.

Ça ne fonctionne pas, entre autres choses parce que notre économie est basée sur la croissance, sur l'activité, plutôt que sur la nécessité et le plaisir. Vous connaissez l'histoire du trou de Keynes? J'ai pas mal l'impression que de créer une nouvelle version nulle du I-Phone toutes les années, c'est pas mal équivalent à creuser un trou pour en remplir un autre.

Tenez, je vous renvoie à un lien de droite. Lisez la partie sur les "limites". Et vous allez comprendre en même temps comment il se fait que Bastiat, cet économiste de la droite pure, a pu me rendre encore plus fainéant.

On valorise la culture de l'effort, et ça donne ce que ça donne. Quand bien même que vous seriez payé avec l'argent volé à des orphelin-e-s pour noyer des chatons à la douzaine, vous vaudrez toujours mieux qu'un-e chômeur/euse ou qu'un-e assisté-e social-e. Notre système de valeurs fera que quand vous rentrerez chez vous, avec votre hostie de boîte à lunch en métal et votre cravate, vous vous direz, fier/fière d'être un-e "contributeur/trice": "Une autre journée de travail accomplie avec sens du devoir et du respect de la chose bien faite."

Mais peut-être que vous avez déjà fait ce genre de constatation, et je m'en excuse si je m'étends là-dessus pour rien.

Je pourrais emprunter le vocabulaire des gestionnaires et vous parler de productivité, d'efficacité, etc. Mais ce n'est pas vraiment dans mes schémas de pensée. Je pense plutôt que chaque heure de travail gaspillée peut se compter en perte de jouissance. Face à cela, je vois deux solutions - mais il en existe sûrement plusieurs autres. Soit on rend le travail (inutile) jouissif (et donc ce ne sera plus du "travail"), soit on réduit le travail (utile) à un strict minimum. Je propose déjà quelques pistes pour y arriver:

- venir à bout de l'obsolescence programmée;
- remplir les villes de potagers et de vergers;
- fermer la plupart des agences de pub;
- fermer le gouvernement;
- détruire toutes les armes.

À partir de là, je pense qu'on peut organiser une société sans plus perdre la moitié de notre temps à galérer pour rien. Comment « organiser » cette société? Eh bien je sais pas, de diverses façons selon les goûts du moment, selon les désirs des individus et groupes desquels elle sera formée, je m'en câlisse! Tant que je resterai libre.

jeudi 31 janvier 2013

Anars et Black Bloc en Égypte

Les libertaires de 2011

J'ai toujours été pessimiste face à l'impact de l'anarchisme en Égypte. Pendant que les révolutionnaires chaviraient le gouvernement de Moubarak, parfois en criant des hymnes à leur dieu, je ne voyais pas un avenir en couleurs pour les petits groupes nouvellement formés, comme Black Flag et le Libertarian Socialist Movement. Les gouvernements Moubarak et ensuite militaire ont été prompts à dénoncer les militant-e-s anarchistes, les poursuivre, les stigmatiser...

Malheureusement, comme mon arabe est particulièrement faible, il est difficile pour moi de connaître l'étendue de ce phénomène a posteriori.

Mais le fait est que je suis passablement certain que les anars de la première phase de la « révolution » n'étaient pas une menace aussi sérieuse que le prétendaient les autorités. Plutôt menacé-e-s que menaçant-e-s, les anars égyptien-ne-s.

Pourtant, on se souvient des impressions qui nous venaient d'Égypte à partir janvier 2011: celle d'une « révolution » sans chefs, avec des quartiers auto-organisés, des assemblées populaires, des grèves et la fondation de syndicats. Rien pour calmer les anars d'Égypte ou d'ailleurs!

La « révolution »

Je n'ai pas cru à l'anarchisme en Égypte pour plusieurs raisons. Comme tout le monde, bien entendu, j'ai tout d'abord été enthousiasmé par l'organisation autonome des révolutionnaires. Je me suis dit que malgré le conservatisme et le conformisme, malgré le patriotisme maladif et la tendance de la population à suivre des chefs charismatiques, le désir de désordre organique et de défi peut gagner sur la servilité. Mais ça, c'était au début. Quand le mouvement s'est répandu, je me suis bien rendu compte, malgré l'aveuglement volontaire des experts d'ici, que la « révolution » tournait au religieux. Des leaders ont gagné en popularité: assez rarement des laïcs[1]. Et rapidement, c'est la prière du vendredi qui permit d'assembler le plus de monde. On l'imagine plutôt mal ici, mais au Caire, on n'entendait alors pas que le chant du muezzin (qui n'est d'ailleurs pas aussi insupportable qu'on le prétend souvent, quand bien sûr on n'habite pas juste à côté d'un crachoir) mais un sermon en entier, diffusé par les mêmes haut-parleurs. Non pas l'habituel concert de chants mais une seule voix, sévère et agressive, et des millions de Cairotes qui se prosternent.

Et vous vous souvenez des masses qui manifestaient à Tahrir? Je me rappelle d'une discussion d'experts prétendant que la « révolution » égyptienne ne serait pas religieuse. Tout ça sous le hurlement uniforme de la foule: « Dieu est grand! Dieu est grand! »

En 1789, les révolutionnaires français ont détruit la religion, cassé la Sainte-Ampoule, renié le Pape. En 1936, les révolutionnaires espagnols ont brûlé les églises en riant. Mais dans l'Égypte de 2011?

Le fait est, aussi, que les femmes ont participé à cette révolution et qu'elles ont tout perdu en quelques mois. À ce titre, les officiels du gouvernement militaire n'ont pas vraiment mieux fait que les Frères Musulmans, violant des manifestant-e-s, leur imposant des « tests de virginité » et les accusant pratiquement d'être des dévergondées qui « couchaient dans les mêmes tentes que les hommes sur Tahrir ». Oh, quel scandale.

En résumé: il y a eu peu d'espoir pour la liberté. Le problème venait bien plus de la servilité que des autorités. Et ce fait a été confirmé par la victoire écrasante des Frères Musulmans, surpassant... le candidat de l'ancien régime au sprint final.

Tout n'est pas noir.

Depuis quelques jours, une nouvelle force terrifie tous les autoritaires d'Égypte: des black blocs fleurissent partout, protègent les foules contre les agressions des fanatiques et de la police, et attaquent eux-mêmes les institutions oppressives. Au départ, comme les sources étaient uniquement internes au mouvement anarchiste international, je n'y ai pas vraiment cru. On voyait quelques photos de manifestant-e-s masqués, avec une légende qui disait « Black Bloc ». C'était peu convaincant. Ensuite, quelques observations plus consistantes, mais toujours à l'intérieur du milieu anarchiste. Je me suis dit que ce devait être un fait anecdotique.

Puis, ça a débordé dans les médias sociaux, puis dans les médias de masse, qui ne peuvent plus ignorer le phénomène, même le New York Times. Les critiques sont souvent acerbes, chez les Égyptien-ne-s comme chez les étrangers/ères. Sans surprises, beaucoup de démocrates croient que ces révolutionnaires radicaux ne font que mettre le trouble et risquent de servir, au bout du compte, la répression par le régime. On parle aussi d'immaturité politique.

Mais une des pages Facebook du Black Bloc d'Égypte a 36 000 likes. Ce n'est peut-être pas grand-chose dans un pays de 82 millions d'habitant-e-s, mais il faut rappeler que le taux d'alphabétisation est bas, et le nombre de connexions à Internet aussi. Il est difficile d'évaluer l'ampleur du phénomène, mais selon un journaliste de Al-Ahram, complètement dépassé par les évènements: « Pour faire face à ces attaques imprévisibles, le comité de la sécurité nationale de la Chambre basse a organisé une réunion d’urgence. Il s’agissait pour eux de comprendre le danger que représente les Black Block pour mieux les combattre. »

Rappelons que des contestataires ont attaqué, dernièrement, des commissariats, plusieurs bureaux appartenant aux Frères Musulmans, et même le Palais présidentiel, déclenchant de multiples incendies.

Sont-ce vraiment des anars?

C'est la première question que je me suis posée. La rhétorique est semblable. Les slogans sont souvent libertaires. Des photos les montrent parfois avec des drapeaux noirs avec un A cerclé[2]. Il y a une connexion directe dans les tactiques, le discours, etc. Cependant, tout cela cohabite avec la présence, un peu partout, du drapeau égyptien. Et certaines déclarations suggèrent qu'illes ne s'attaquent pas directement à l'État, mais seulement aux Frères Musulmans. Il est encore possible que plusieurs participant-e-s aux Black Blocs n'adhèrent pas à tous les principes de l'anarchisme.

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[1] Il y a aussi eu quelques libéraux, comme El-Baradei, le favori des journaux de l'Occident.

[2] Notez que les islamistes égyptiens s'affichent aussi, assez souvent, avec des drapeaux sur lesquels la couleur noire est dominante. Aussi, la mention est importante.

vendredi 25 janvier 2013

À propos d'un débat autour des libertarien-ne-s

Il y a un mini-buzz actuellement autour de l'émission La Cour du roi Pataud, diffusée le jeudi sur le site web des Douteux, et qui présente des débats politiques d'une heure. Cette semaine, Marc-André Cyr (chargé de cours à l'UQAM et blogueur au Voir) et Émilie Jolie (du très sous-estimé Couac!) affrontaient Arielle Grenier et Éric Duhaime. Le sujet: libertarianisme vs anarchisme.

Quasiment la moitié des blogues anarchistes de ma blogoliste diffusent le vidéo. Mais franchement, je n'ai pas été impressionné. Ce type de débats est sans doute la première raison qui me pousse à écrire plutôt que de débattre en public, avec un micro, en prenant des notes et en montant le ton pour couvrir la voix de mes adversaires. Franchement, ce genre de foutoir me fait chier, et c'est pourquoi il ne me serait jamais venu à l'idée de remplacer Marc-André ou Émilie. Cela dit, je m'étonne toujours dans ce genre de discussions qu'on parle si peu des féroces forces qui, il me semble, dévorent réellement nos chances de s'émanciper.

C'est la question du rapport à l'État qui a dominé à travers ce débat pas très poli. Là-dessus, plusieurs questions sont restées en suspens: comment, en effet, distribuer les ressources en situation d'anarchie. Comment remplacer le système de protection étatique par un système de protection basé sur le volontariat, mais sans que ce soit de la charité - concept exécrable s'il en est. Les réponses sont multiples, mais on en a peu évoqué. Et là est une des difficultés gigantesques de parler d'anarchie à des gens tels que Duhaime et Grenier: difficile pour eux d'embrasser avec leur peu d'imagination un modèle fondamentalement différent, ou plutôt, la cohabitation de plusieurs modèles différents. Car certaines personnes ont leurs horizons mentaux bloqués. La tendance des gouvernant-e-s «révolutionnaires» à émuler à la perfection le régime qu'ils ont autrefois combattu en est un excellent signe.

Aussi, il fallait que le débat tourne autour de visions simplistes de la gauche et de la droite, dans un cadre théorique et thématique imposé par Duhaime, malgré le fait que son duo avec Arielle Grenier n'a absolument pas été en mesure de passer à l'offensive pendant l'heure entière. Et c'est ce qui m'a déplu: on a encore mis de côté les questions de fond.

Ce que j'admire du discours féministe radical, c'est de pouvoir s'attaquer entre autres à l'abstraction la plus violente: des traits culturels profondément enracinés et nocifs. Dans la théorie de l'anarchisme, j'observe trop souvent des tentatives d'évitement de ce genre de discussions: ce qui fait que je me retrouve le plus souvent à confondre les rhétoriques simplement marxistes et les discours franchement libertaires. Et pourtant! L'école, le travail, le conformisme! Pourquoi en parle-t-on si peu? On en a toujours que contre les lois et l'argent.

A contrario - et c'est assez singulier, parce que c'est pas mon genre - c'est réellement quand j'entends ou que je lis des intellos plus «modéré-e-s», voire réfos (Chomsky, Baillargeon et Foucault, par exemple) que je parviens généralement à identifier nos problèmes réels, qui transcendent notre rapport à l'État, au capitalisme et à toutes les autres grandes structures visibles: il y a clairement quelque chose de pourri en nous. Notre rapport à l'autorité et à la liberté (qui sont RÉELLEMENT opposés, quoique pourraient en dire certain-e-s libertarien-ne-s) ne se limite pas à ce qu'on pense de l'État. Et c'est d'ailleurs pourquoi j'ai été relativement interloqué par les attaques du duo Cyr-Joli. J'ai eu l'impression qu'on a eu recours à plusieurs reprises au sophisme de l'homme de paille.

En ce qui me concerne, je pense que Duhaime et Grenier détestent sincèrement l'État et la bureaucratie, avec toutes les contradictions que cela entraîne. Je n'ai pas de difficulté à croire, non plus, Duhaime quand il affirme qu'il a déjà dénoncé la brutalité policière, en tant que libertarien. Grenier sur ce dernier sujet? Sais pas.

Mais peu importe leur haine de l'État, illes restent selon moi des autoritaires. Illes l'ont prouvé de diverses façons au cours de la dernière année mais aussi au cours de l'émission. Le recours au travail comme valeur suprême est un excellent cas de figure, comme les références au mérite et la foi dans le prétendu «libre-contrat», un élément heureusement repéré par les équipiers/ères anars. Plus généralement, j'ai entendu Duhaime et/ou(?) sa gang de minables faire l'apologie de l'autorité traditionnelle et déplorer sa prétendue déconstruction au cours des dernières années (alors que j'observe, moi, à travers le retour des uniformes et du vouvoiement à l'école, un retour en force de cette autorité nauséabonde). Et il est évident qu'il y a aussi une forte contradiction entre la xénophobie paranoïaque de Duhaime face aux immigrant-e-s issus de pays musulman-e-s et les libertés individuelles. On n'a pas non plus relevé la contradiction sur les impôts et les fonctions régaliennes de l'État: si les riches peuvent refuser de payer pour les soins de santé des pauvres, pourquoi les pauvres devraient-illes payer pour protéger le produit d'un vol[1]?

Les autres ténors québécois de la pensée « libertarienne », surtout présent-e-s à la radio, sont encore pires. Réjean Breton, aristoraciste à l'insupportable voix patricienne, gagnerait entre autres à être dénoncé ou du moins, déconstruit et décrédibilisé.

Et il n'y a de toute façon pas que l'État et le capitalisme qui méritent d'être jetés à terre. L'oppression pourrait facilement leur survivre.

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[1] « Voleurs, défendez votre bien! Ce n'est pas à nous de le faire. »

lundi 3 décembre 2012

Une libération.

Mandy Hiscocks, accusée dans les suites du G-20 de Toronto et emprisonnée pendant presque un an par des oppresseurs dans la prison pour femmes Vanier, a finalement été libérée. Vous pouvez lire de ses commentaires sur ce blog.

Notez que plusieurs accusé-e-s du G-20 n'ont pas encore reçu leur sentence et sont toujours en procès. Non, ce n'est pas terminé. Cette histoire ne sera terminée que quand nous aurons l'anarchie.

Fuck la prison, fuck l'État, fuck le capitalisme et toute forme d'autorité.

« So thanks to you, state, for giving me some of the information and tools i need to be more of a pain in your ass. »
- Mandy Hiscocks

mercredi 3 octobre 2012

Cabaret anarchiste le 5 octobre!

Cabaret Anarchiste, spécial SCANDALE, vendredi 5 octobre



Le Bloc des auteurs-es anarchistes a l'illustre plaisir de vous inviter à son cabaret, spécial SCANDALE, le vendredi 5 octobre 20:00 au DIRA. Qu'est-ce qu'un scandale pour vous?

Scandale: n. m. Indignation. Événement révoltant. Bruit, vacarme. Affaire peu claire qui est mise au grand jour.

Véritables événements révolutionnaires, ces cabarets thématiques sont un lieu carnavalesque de dérision du pouvoir et d'envolées lyriques de toute sorte. Les performances y sont les bienvenues et un micro-ouvert est mis à la disposition de quiconque voulant déclamer sa flamme de révolte. Les sous amassés lors du cabaret serviront à financer la parution du prochain volume de Subversions, la seule anthologie de fiction anarchiste au monde!

Cabaret Anarchiste - spécial "SCANDAL"
Vendredi 5 octobre 2012, 20:00 @ DIRA, 2035 Blvd St-Laurent, Montréal
Micro ouvert / Entrée gratuite / Alcool et bouffe.

awb@daemonflower.com https://www.facebook.com/events/473509216015591/?ref=ts


Anarchist Cabaret, SCANDAL special, Fri Oct 5th

The Anarchist Writers Bloc warmly invite you to their next cabaret, this time the theme is Scandal candal-themed cabaret vendredi 5 octobre 20:00 au DIRA. What's a scandal to you?

Scandal: n.

1. A publicized incident that brings about disgrace or offends the moral sensibilities of society.
2. A person, thing, or circumstance that causes or ought to cause disgrace or outrage.
3. Damage to reputation or character caused by public disclosure of immoral or grossly improper behavior; disgrace.
4. Talk that is damaging to one's character; malicious gossip.

Truly revolutionary events, these themed cabarets are a carnival-esque derision of power and celebration of poetic outbursts. A mic stays open all night to welcome any and all performances. Funds raised will go towards the next volume of Subversions: the only anarchist fiction anthology in the world!

Anarchist Writers Bloc - SCANDAL SPECIAL
Friday Oct 5th 2012, 8:00 PM @ DIRA, DIRA, 2035 Blvd St-Laurent, Montreal Open Mic / Free / Food & drinks

mardi 28 août 2012

Un tract trouvé dans mon quartier en mai dernier.

Trouvé à Villeray et toujours d'actualité.
Cliquer pour agrandir.

vendredi 13 juillet 2012

Les assemblées de quartier

Je vous encourage à faire un tour à vos assemblées populaires autonomes de quartier. Il y en a un peu partout, surtout à Montréal.

Je me présente habituellement à l'assemblée de Villeray, qui fonctionne (encore, heureusement) sous une forme qui est à mi-chemin entre assemblée générale et forum. Ce mode de fonctionnement encourage les initiatives et la participation à un point que je ne pouvais absolument pas m'imaginer auparavant. L'assemblée n'ayant pas (encore) de pouvoir décisionnel, l'autorité est dissoute au maximum.  Et jusqu'à maintenant, ce n'est pas du tout ennuyant. En fait, c'est amusant. Et c'est surtout un formidable lieu de débats et d'échanges.

Nous avons formé plusieurs comités à Villeray. Certains se chargent de communications, d'autres ont pris la décision de rédiger un manifeste. Pour ma part, je fais partie d'un comité évaluant la possibilité de fonder un Centre Social Autogéré dans le quartier. Je ne sais pas si ça aboutira un jour, mais le seul fait d'en parler me semble un immense pas en avant.  Ça fait longtemps que j'y pense.

Les assemblées de quartier sont la suite des casseroles. Souvenez-vous: pendant quelques semaines, les gens ont commencé à se parler dans les rues, à faire connaissance, à faire des choses qui sortaient de l'ordinaire, à s'exprimer au coin de la rue en face de chez eux. C'était plaisant, non?

Eh bien, c'est encore comme ça. Dans les assemblées de quartier! Où les gens parlent des enjeux qui touchent leur milieu de vie, font librement des propositions, font avancer les choses indépendamment du gouvernement municipal, provincial ou fédéral.

Devant la mauvaise volonté des puissant-e-s, le «Printemps Érable» ne peut rien amener. Il ne faut rien attendre de ces ploucs, ni d'élections futures. D'ailleurs, après un mouvement de contestation gigantesque, c'est toujours pour l'ordre et la sécurité que les votant-e-s votent. Si vous vous attendez à autre chose, vous serez déçu-e-s.

Il est possible que ces assemblées, en admettant qu'elles survivent, soient la seule victoire réelle du mouvement, notre seul gain. Une nouvelle preuve que l'anarchie, ça fonctionne et que c'est bon.

Venez donc. Et s'il n'y en a pas dans votre quartier, vous pouvez en organiser. Vous pouvez chercher de l'aide en contactant d'autres assemblées.

mardi 29 mai 2012

Le forum de Charest: un piège supplémentaire vs l'anarchie.

Nous disposons de peu d'informations sur la nouvelle proposition du gouvernement, dans laquelle serait notamment inclue un « grand forum », selon Le Devoir, sorte d'États généraux de l'éducation.  Je me demande cependant sérieusement si ce nouveau forum ne risquerait pas d'être une répétition ultime du dernier «forum» sur l'éducation, pendant lequel toutes les organisations raisonnables ont dû claquer la porte.

Charest et son gouvernement corrompu n'ont obéi qu'à un seul impératif depuis le début de la crise: satisfaire leurs alliés du milieu des affaires, qui sont de plus en plus présents dans le monde de l'éducation postsecondaire. Combien d'hommes et femmes d'affaires profiteraient de l'occasion pour parasiter les discussions, avec l'appui bienveillant du PLQ?

Un des seuls gains de quatre mois de grève peut-il être un simple spectacle de marionnettes?

J'avoue que la grève m'a radicalisé, comme elle a radicalisé plein de monde. Non pas dans mes aspirations, qui n'ont du reste pas changé, mais dans ce qui est nécessaire à mon contentement.  En effet, à défaut de pouvoir vivre dans un monde libre, avant, je me serais contenté d'une éducation gratuite, émancipatrice et de qualité dans une société relativement saine.  C'est pour ça, entre autres, que j'ai manifesté.  J'avoue avoir manifesté et écrit dans l'espoir de voir naître des réformes.  Malgré mes espérances profondément révolutionnaires (et déçues avant même de s'insinuer dans mon esprit).

L'urgence de vivre et revivre l'anarchie

Maintenant, il n'y a qu'un seul mot qui parvienne à se frayer un chemin jusqu'à mes lèvres: anarchie.  L'anarchie, c'est la seule chose que je suis prêt à accepter et à rechercher.  En-deçà, il n'y a aucun compromis acceptable. Je ne peux prôner aucune négociation. Le seul dialogue possible ne peut servir qu'à démontrer l'absurdité du concept d'autorité.

Ce n'est pas seulement une question de désillusion face à notre pouvoir politique vis-à-vis du gouvernement.  Je savais déjà que nous allions perdre, que le système est pourri et répressif.  En revanche, je n'avais pas prévu que nous nous rendrions aussi loin.  Pas prévu non plus que malgré tout le chaos, tous les sacrifices, tous les moyens de pression, le gouvernement et cette hideuse chose qu'est l'opinion publique[1] ne cèderaient pas de terrain. Imaginez la lutte nécessaire à une réforme du régime, qui conduirait à la proportionnelle et des élections à date fixe. Ou simplement à la fin de la corruption. Imaginez maintenant les mêmes efforts mis dans une société déjà libérée: les effets auraient été explosifs. Il y a certains mécanismes qui visent juste à nous ralentir.  Les huiler demande plus d'efforts que s'en débarrasser, simplement.

Je n'avais pas prévu non plus goûter à l'anarchie en face de chez moi. C'est arrivé sur la rue Cartier il y a une semaine, lors des premiers balbutiements du mouvement des casseroles. C'était une anarchie diluée, mise en pratique par des gens qui ne savaient pas vraiment ce qu'ils faisaient (mais ils le faisaient bien!).  Des enfants, des immigrant-e-s, quelques adultes et une lointaine voisine crinquée que je connais un peu et qui transforme tout ce qu'elle touche en or. C'était une anarchie ténue et floue, mais assez pour qu'elle sorte de l'anarchie théorique (ou l'anarchie d'anarchistes) et assez pour que que j'en devienne accro.

Plusieurs commentateurs/trices dénoncent le fait que nombre de «casseroleux/euses» ne savent pas pourquoi illes tapent sur des casseroles.  Certain-e-s vont même jusqu'à en faire un symptôme du conformisme indécrottable qu'on attribue souvent avec un grand mépris aux Québécois-es[2]. Pourtant, illes ont plus à craindre, justement, des gens qui font ça par pur plaisir de faire du bruit que des gens qui le font pour dénoncer la loi 78, la corruption, la hausse des frais de scolarité ou n'importe quoi d'autre. Les gens qui font des trucs par sens du devoir sont bien moins dangereux que les gens qui font les mêmes choses par plaisir.

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[1] Elle existe, hélas, tant que les gens y croient ou lui donnent de nouveaux noms, comme la «majorité silencieuse».
[2] Les gens (habituellement de droite) qui disent ça font toujours la promotion d'un conformisme parallèle, basé sur le culte de la personnalité de quelques riches, surnommés dans ce contexte « gens qui réussissent », ou « créateurs de richesse ». Ce n'est pas un caractère libéral qui leur fait tenir ce genre de discours, mais leur aigreur.  Illes sont habitué-e-s aux flatteries et s'attendent à en recevoir de tout le monde.

vendredi 27 avril 2012

Lancement de Subversions II

Un collectif d'auteur-e-s (le Bloc des Auteur-e-s Anarchistes), duquel je fais partie, lance son nouveau recueil à Montréal, jeudi le 3 mai prochain à 17h à la Casa del Popolo (4873 Saint-Laurent).  Un lancement sera aussi organisé le 5 mai à 17h Québec, au bar coopératif L'Agitée.

Je ne vous ai pas assez vanté ce collectif disparate et extraordinaire, qui réunit toutes les tendances de l'anarchisme à travers l'expression poétique et littéraire.  Nous avons déjà produit un recueil bilingue (français et anglais), très riche en créativité et en anarchie.  Le nouveau (qui est en cours d'impression) regroupe des auteur-e-s francophones, anglophones... et italophones!  Il y a des textes d'anglos qui écrivent en français, des textes de francos qui écrivent en anglais: c'est un joyeux chaos!

Ce n'est pas qu'un petit recueil.  On parle de nous comme si de rien n'était dans le Voir.  Le premier volume est distribué dans beaucoup de pays et les exemplaires disponibles à la vente sont devenus plutôt rares.  Le deuxième recueil est préfacé par Raoul Vaneigem et Marge Piercy.

Le lancement est gratuit.  Et en plus, il y aura de la musique et des lectures de textes.  Venez!

Voici un lien vers le communiqué du Bloc des Auteur-e-s Anarchistes.

jeudi 29 mars 2012

Élèves du secondaire: il faut désobéir.

Plusieurs administrations d'écoles secondaire frappent les jeunes qui tentent de tenir un débat sur la hausse des frais de scolarité, ou encore sur la grève. Abusant de droits qu'ils n'ont pas sur la liberté et sur l'intégrité des mineur-e-s, ces même administrations ont recours à une intimidation qui utilise la violence psychologique et la contrainte physique.

La plupart du temps, les élèves sont seulement sermonné-e-s ou suspendu-e-s. J'aurais pu d'ailleurs consacrer ce billet à dédramatiser cette condamnation qu'est une suspension de quelques jours, ou encore une retenue à l'école. Selon moi, une suspension équivaut cependant réellement à une peine, et non pas à une punition. Quant à la retenue, c'est aussi réellement une séquestration, au même titre que la prison. Ces pratiques sont la plupart du temps abusives et contre-productives.

Mais quelques directions qui comptent dans leurs rangs plusieurs brouets de poubelles mini-hitlériennes[1] ne se sont pas contentées des peines habituelles. Elles se servent de la terreur pour parvenir à leurs fins. Dans un cas particulier, une direction en est même venue à menacer un jeune de l'accuser au criminel, et cela avec la complicité de deux flics. J'imagine mal l'angoisse qu'a pu ressentir l'élève en question, qui n'avait pourtant fait que créer une page Facebook pour discuter de la grève.

Ce qu'on impose aux mineur-e-s, ces humains à qui on n'accorde aucun droit, n'est que le fantasme de ce qu'on veut imposer aux adultes: une société de dépendance épurée, homogène, totalitaire, déprimante, réglée à la seconde près. On pense parfois que tout se joue aux élections; d'autres pensent que tout se joue dans la rue, pendant des manifs: moi je pense que l'école est pour beaucoup dans la game du pouvoir. C'est un modèle expérimental à la fois de la prison et du travail. On ne peut pas se battre à la place des élèves du secondaire, mais en ce qui me concerne, je les encourage à faire le nécessaire pour dégager des espaces de liberté. IL FAUT DÉSOBÉIR!

Voici le message que j'adresse aux jeunes des écoles secondaires, peu importe leur âge:

Je vous encourage à vous révolter massivement contre la tyrannie des directions de vos écoles. De vous révolter contre tout-e prof qui s'allierait à cette tyrannie. Illes vous forcent à assister à des cours souvent inutiles, vous forcent à adopter un code vestimentaire, parfois même à porter un uniforme. J'ai même entendu dire que dans certains collèges, on forçait les jeunes hommes à porter les cheveux courts. Les horaires sont réglés, les cloches vous rappellent à la classe comme la cloche rappelle les détenu-e-s à leur cellule, et on vous poursuit jusque dans la rue quand vous tentez de fuir ce lieu qui meurtrit la liberté et vous enferme dans un carcan de conformisme abject.

L'école ne vous émancipe pas! C'est vous-mêmes qui le pouvez, par vos propres moyens, avec votre curiosité, votre soif de savoir, votre soif de liberté. La polyvalente ou le collège ne sont que des obstacles à votre apprentissage réel. Le compromis que vous faites en vous rendant chaque matin à l'école (vous acceptez de vivre une situation d'esclavage en échange d'une alphabétisation de qualité souvent médiocre) ne peut plus tenir.

Nous, les jeunes-vieux, nous n'avons pas su nous révolter pendant que nous endurions le calvaire que vous vivez maintenant. Si nous l'avions fait, vous n'auriez peut-être pas, aujourd'hui, à traverser cette épreuve de marde. Nous ne l'avons pas fait parce que peu d'entre nous ont fait l'effort intellectuel de comprendre ce qui se passait. Maintenant que nous avons fini l'école secondaire, souvent depuis plusieurs années (bientôt neuf ans dans mon cas), nous ne pouvons que nous sentir responsables de ce qui vous arrive. Nous vous devons en quelque sorte quelque chose.

Je vous enjoins de vous libérer de cette dictature. Vous pouvez le faire tous et toutes ensembles. Les directions pourront toujours suspendre quelques individus, elles ne pourront jamais suspendre tout le monde en même temps. Vous pouvez utiliser l'anonymat sur Internet pour éviter d'être retracé-e-s par les usurpateurs qui vous punissent.

Vous pouvez prouver que le monde peut changer et évoluer sans autorité. Faites-le et nous allons vous soutenir. Faites-le et vous allez vous en souvenir toute votre vie.

Des hostie de vieux cons vous diront que vous n'avez pas l'esprit critique nécessaire pour mener à bien une lutte politique ou sociale. Ce sont des gens séniles. Ne les écoutez pas. Si déjà vous êtes en mesure de comprendre ce texte avec votre raison et vos émotions, eh bien vous avez ce qu'il faut pour tout transformer.



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[1] Insulte empruntée à Claude Gauvreau.

mardi 13 mars 2012

Retour sur le cabaret.

Il semblerait que plusieurs féministes se soient mises en colère suite au cabaret anarchiste du 9 mars dernier au DIRA, et ce pour plusieurs raisons tout à fait légitimes. En gros, les critiques qui ont été faites concernent l'absence de parité dans les numéros (environ 4 femmes contre environ le double d'hommes), le non-respect du thème de la soirée ainsi qu'un numéro en question présenté par deux personnes (un homme et une femme) qui a mis tout le monde très inconfortable. Malheureusement, je n'ai pas parlé aux personnes ayant émis les critiques. Les commentaires négatifs me sont parvenus par des intermédiaires. Donc si vous faites partie des auteur-e-s de la critique en question, eh bien dites-le.

Sur une note positive, cela dit, les performances des trois femmes en solo - trois membres de l'AWB, par ailleurs - on été très belles. La chanteuse de Die Satchko a, je trouve, un très grand talent[1]. De plus, sa chanson sur les sorcières rappelait inévitablement le célèbre groupe féministe, que ce soit volontaire ou non. Une des autres femmes a parlé des Mujeres Libres et elle a déclamé un très beau poème, traduit de l'espagnol au français simultanément, écrit par une des militantes de l'organisation espagnole. La dernière participante a lu un texte, délicieux et très vindicatif d'une auteure féministe.

Une des performances a aussi consisté à permettre à tous et à toutes de prendre des livres au hasard dans la section féministe de la bibliothèque libertaire et de citer des passages choisis spontanément.

D'autres performances, exécutées par des hommes, avaient le féminisme pour sujet central. Deux ou trois numéros seulement sont sortis du thème (dont le mien)[2]. Et c'est normal! C'est une soirée à micro ouvert. Les gens arrivent avec ce qu'ils ont à offrir. Le thème de la soirée est habituellement une trame de fond qui sert à inspirer, pas à contrôler.

Le comité d'organisation n'a aucun contrôle sur le nombre de performances faites par des femmes ou des hommes. Il prend ce qui vient. J'admets qu'habituellement, le mode d'inscription sur la liste de numéros m'apparaît plus clair.

Quant au (dernier?) numéro, je partage totalement la colère de plusieurs personnes présentes à la soirée. Je trouve que la relation qu'entretenaient le musicien et la musicienne n'apparaissait pas du tout égalitaire. Pour faire une histoire courte, l'homme a imposé toutes ses décisions sans consulter sa co-interprète, même si celle-ci semblait parfois en désaccord avec lui.

Je suis évidemment relativement déçu par la tournure des événements. Le 8 mars dernier a déjà été une épreuve suffisamment désagréable pour les féministes récupérées par certains éléments du mouvement étudiant ou nationaliste. Le cabaret aurait dû être une occasion pour les féministes d'affirmer leur présence de manière plus libre. Ce fut certainement le cas, mais ce ne fut pas parfait.

À la décharge du comité d'organisation du cabaret, eh bien... il n'y pouvait rien. Aurait-on pu mieux se préparer? Eh bien je pense que non. Déjà, je trouve qu'il y avait trop d'organisation. Si on se prépare mieux, ce sera plus une soirée à micro ouvert.

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[1] Comme le reste du groupe, d'ailleurs. Je vous conseille fortement de vous tenir au courant de leurs concerts.
[2] Notez que les trois-quarts de mon numéro a été constitué par la lecture de deux textes écrits par une femme. Ces textes ne concernaient pas directement le féminisme, mais le désir. Toutefois, cela remet en perspectives la question de la présence des femmes au Cabaret et du rôle de certains numéros produits par des hommes, qui ont été en grande partie une simple courroie de transmission pour des paroles de femmes.

vendredi 11 novembre 2011

le réalisme, le désir, l'imagination.

Ce n'est pas parce que des estimations ultraconservatrices considèrent mes idées comme étant irréalistes que je vais m'empêcher d'exiger ce qu'il y a de mieux. Les gens qui rejettent les possibilités infinies sous prétexte que le présent est inchangeable[1] sont condamnés à l'imbécilité. Pas parce que leur choix est idiot, mais bien parce que ce choix fera d'eux des imbéciles incapables de la moindre imagination.

Il n'y a rien de plus suicidaire que de moduler ses désirs en fonction de ce qui est jugé réalisable. On peut très bien ne pas croire vraiment à un renversement ou à une émancipation, mais renoncer à les désirer, c'est s'avorter soi-même.

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[1] Et même en admettant que ce soit effectivement le cas!

mercredi 2 novembre 2011

Subversions II: jusqu'au 15 novembre!

Le recueil de nouvelles Subversions, qui regroupe 16 textes de fiction écrits par 18 auteur-e-s, se diffuse lentement mais sûrement. Nous sommes maintenant présent-e-s dans plusieurs librairies de Montréal et de petites villes du Québec. D'autres livres ont été distribués un peu partout à travers le monde grâce à l'appui de notre réseau, et aussi grâce aux efforts d'AK-Press. Si tout se passe comme prévu, il sera en outre bientôt possible d'emprunter Subversions à la BanQ!

En raison du plaisir que nous avons eu à écrire et produire ce livre, le Bloc des Auteur-e-s Anarchistes a décidé de renouveler l'expérience. Voilà pourquoi nous invitons tous les auteur-e-s de fiction anarchiste à envoyer leurs nouvelles littéraires en nous contactant à cette adresse. Vous pouvez aussi trouver plus d'informations sur notre site web.

La nouvelle doit compter au maximum 2500 mots. Nous étudions toutes les candidatures en français, en anglais, en espagnol et en italien.

Le style est libre: essayez cependant de soumissionner des textes antiautoritaires, audacieux, subversifs ou engagés. Ils peuvent aussi être antimilitaristes, écologistes, féministes, ils peuvent traiter d'inégalités sociales, etc. Ils peuvent appartenir à plein de genres: science-fiction, fantasy, fantastique, psychologique, drame, policier, autofiction...

Vous n'avez par ailleurs pas besoin d'être anarchistes vous-mêmes pour proposer un texte; mais mettons que ça aide.

Nous avions fixé, comme je l'ai déjà mentionné, la date limite de réception des textes au 31 octobre, mais finalement, nous l'avons repoussée au 15 novembre. Il vous reste donc encore plus de dix jours pour nous envoyer quelque chose! Vous pouvez aussi vous greffer aux comités en nous écrivant.

Citation du mois

«Dans ma jeunesse, j'ai pu me croire révolutionnaire et ce n'est guère que dans la quarantaine (au contact de l'Espagne) que je me suis découvert anarchiste. Une telle prédisposition congénitale explique mes difficultés en matière d'autorité subie ou exercée. Si je rejette tranquillement les ordres, je ne sais pas, non plus, en donner.»

- Pierre Dansereau. (1911-2011)

vendredi 14 octobre 2011

Quinze jours pour envoyer vos textes.

Le Bloc des Auteur-e-s Anarchistes reçoit des textes de fiction libertaire jusqu'à la toute fin du mois d'octobre. Les nouvelles peuvent être envoyées en quatre langues (italien, français, anglais ou espagnol). Vous pouvez trouver plus d'informations sur le site web de l'organisation. Les meilleurs textes seront choisis dans les mois qui suivront.

samedi 8 octobre 2011

Chers occupistes (diversité des tactiques III)

Ceci est une traduction libre d'une lettre envoyée par des anarchistes au mouvement « occupiste »[1] de Wall Street.

Je pense que ça peut s'appliquer aussi au mouvement occupiste de Montréal, mais aussi aux autres mouvements qui sont actuellement en branle au Québec.

Une lettre de la part d'anarchistes.

Appui et solidarité! Nous sommes inspiré-e-s par les occupations sur Wall Street et ailleurs au pays. Enfin, le peuple prend à nouveau la rue! Le momentum autour de ces actions peut potentiellement redonner de l'énergie à la protestation et à la résistance dans ce pays. Nous espérons que ces occupations vont augmenter en nombre et en substance, et nous ferons notre possible pour contribuer à ces objectifs.

Pourquoi devriez-vous nous écouter? Brièvement, parce que nous en sommes rendu-e-s au même point depuis longtemps déjà. Nous avons passé plusieurs décennies à lutter contre le capitalisme, à organiser des occupations, et à prendre des décisions par consensus. Si ce nouveau mouvement n'apprend pas des erreurs passées, nous risquons de répéter ces mêmes erreurs. Nous résumerons ici nos leçons apprises à la dure.

Occuper, c'est pas neuf. La terre sur laquelle nous vivons est déjà un territoire occupé. Les États-Unis tirent leurs fondation de l'extermination des peuples autochtones et de la colonisation de leurs terres ancestrales, sans oublier des siècles d'exploitation et d'esclavage. Pour qu'une contre-occupation (car c'est certainement cela dont il s'agit ici) soit autrement qu'insignifiante, elle doit se souvenir de cette histoire. Mieux encore, elle devrait embrasser des deux bras l'histoire de la résistance, à partir de l'autodéfense autochtone et des révoltes d'esclaves jusqu'aux mouvements pacifistes et altermondialistes.

Les 99%, c'est pas un corps social homogène: c'est beaucoup de monde. Quelques occupistes ont présenté un discours dans lequel le fameux "99%" représente une masse plus ou moins homogène. Le visage des "gens ordinaires", qu'on nous présente souvent, est éminemment suspect: il appartient de manière prédominante à la race blanche et à la classe moyenne et de préférence solvable. C'est ce visage qui apparaît devant les caméras de télévision, même si malgré tout, cette frange de la population ne représente qu'une minorité.

C'est une erreur de passer outre notre diversité. Tout le monde ne s'éveille pas aux injustices du capitalisme pour la première fois: plusieurs populations sont ciblées par le pouvoir depuis longtemps. Les travailleurs et travailleuses de la classe moyenne qui sont en train de perdre leur confort social peuvent apprendre beaucoup de ceux qui ont été du mauvais côté de la balance de l'injustice depuis beaucoup plus longtemps.

Le problème ne réside pas que dans quelques pommes pourries. Cette crise n'est pas le résultat de la cupidité d'une minorité de banquiers; elle est l'inévitable conséquence d'un système économique qui récompense une compétition de requins dans toutes les composantes de notre société. Le capitalisme n'est pas un mode de vie statique mais un processus qui consume tout, transformant le monde entier en profit et, par la bande, en désastre. Et maintenant que tout s'en est allé nourrir l'incendie, le système s'effondre, laissant même ses bénéficiaires précédents sur le pavé. La solution n'est pas d'en revenir à des traditions capitalistes plus anciennes - revenir à l'étalon-or, par exemple - car non seulement c'est impossible, mais en plus, ce stade moins avancé du capitalisme n'a jamais davantage servi les intérêts du fameux 99%. Pour sortir de cet hostie de bordel[2], nous aurons à redécouvrir d'autres manières d'interagir.

La police n'est pas notre alliée. Illes sont peut-être des "travailleurs et travailleuses ordinaires", mais leur emploi consiste à protéger les intérêts de la classe dirigeante. Tant qu'illes resteront policiers/ères, il est impossible de compter sur eux, peu importe avec quelle cordialité illes pourront agir. Les occupistes qui ne le savent pas déjà vont l'apprendre aussitôt qu'illes vont menacer l'ordre établi. Les gens qui insistent sur le fait que la police existe pour nous protéger et nous servir vivent probablement d'une vie confortable chez les privilégié-e-s, mais vivent surtout, sans aucun doute, d'une vie obéissante.

N’idolâtrez pas l'obéissance à la loi. Les lois servent à protéger les privilèges des riches et des puissant-e-s; leur obéir n'est pas nécessairement éthiquement correct; c'est parfois même immoral. L'esclavage a déjà été permis par les lois. Les Nazis avaient des lois aussi. Nous devons, en regard de tout ça, développer notre propre esprit critique, au-delà de ce que les lois peuvent recommander.

La diversité chez les participant-e-s ne se fait pas sans diversité des moyens d'action. C'est de la tyrannie intellectuelle que de prétendre savoir par quel moyen tout le monde devrait agir afin de construire un monde meilleur. Dénoncer autrui permet aux autorités de délégitimiser, diviser et détruire le mouvement en tant qu'entité. La critique et le débat propulsent un mouvement vers l'avant, mais la poigne du pouvoir le paralyse. Le but n'est pas de forcer tout le monde à adopter la même stratégie, mais bien de découvrir comment toutes les différentes approches peuvent devenir mutuellement bénéfiques.

N'allez pas prétendre que ceux et celles qui défient la police et les lois sont nécessairement des agents provocateurs. Beaucoup de gens ont de bonnes raisons d'être en colère. Ce n'est pas tout le monde qui veut se limiter au pacifisme légal; des gens se souviennent encore comment se défendre. La violence policière ne sert pas qu'à nous provoquer: elle sert aussi à nous terroriser et à nous blesser, jusqu'à ce que la peur nous condamne à l'inaction. Dans ce contexte, l'autodéfense est essentielle.

Croire que ceux et celles qui affrontent physiquement les autorités sont en quelque sorte des allié-e-s de ces mêmes autorités, c'est non seulement illogique, mais ça s'attaque également en substance à la contestation, tout en rejetant le courage de ceux et celles qui se préparent à participer à ce type d'action. Cette allégation est par ailleurs typique des privilégié-e-s à qui on a inculqué la foi dans l'autorité et le mépris de la désobéissance.

Aucun gouvernement ni institution de pouvoir centralisé ne mettra jamais les intérêts de la population devant ceux des puissant-e-s. Ce serait naïf de le croire. Le centre de gravité de ce mouvement devrait être notre liberté et notre autonomie, et l'aide mutuelle qui peut soutenir celles-ci. Certainement pas l'attente vaine de l'arrivée d'un pouvoir "imputable". Un pouvoir "imputable", ça n'a jamais existé.

Nous ne devrions pas, en conséquence, nous contenter de faire des demandes à nos gouvernant-e-s. Nous devrions créer les occasions de réaliser les demandes par nous-mêmes. Si nous le faisons, les puissant-e-s de ce monde devront prendre nos demandes au sérieux, au minimum afin de conserver notre allégeance et notre attention sur eux. Pour établir un meilleur équilibre, il faut développer notre propre force.

D'innombrables mouvements ont appris à la dure que le fait d'établir leur propre bureaucratie, qu'elle soit "démocratique" ou pas, a finalement saboté les objectifs originels de leur lutte. Nous ne devons pas confier l'autorité à de nouveaux chefs, ni même créer de nouvelles structures décisionnelles; nous devons trouver des moyens de défendre et d'augmenter notre liberté, tout en abolissant les inégalités dans lesquelles nous avons été plongé-e-s de force.

Les occupations vont bénéficier de nos actions. Nous se sommes pas ici seulement pour "chuchoter dans l'oreille du géant". On aura beau parler, ça n'empêchera pas le pouvoir de rester sourd comme un pot. Il nous faut créer un espace pour les initiatives autonomes et pour organiser des actions directes qui affrontent la source de toutes les inégalités sociales et injustices.

Merci d'avoir lu ce message. Merci d'agir. Que vos rêves deviennent réalité.

http://www.crimethinc.com/


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[1] Je viens de trouver ce nom-là. Ça existait déjà?
[2] Le terme employé en anglais est "mess", et non "fuckin' mess". Vous savez maintenant ce que j'entendais par "traduction libre". Pour le reste, j'ai tenté au maximum de rester dans l'esprit du texte original.

dimanche 11 septembre 2011

Appel de textes pour le prochain recueil

Note: ceci est une copie conforme du texte qu'on peut trouver sur le blogue Catharsis.

Au mois de mai 2011, SUBVERSIONS, le premier recueil de fiction du Bloc des auteur-e-s anarchistes de Montréal, a laissé déferler ses mots sur le monde. À partir de là, deux choix : lire ce tome 1 ou écrire pour le tome 2!
Claviers, plumes, crayons et dactylos libertaires, vous avez jusqu'au 31 octobre 2011 pour rédiger une fiction d'un maximum de 2500 mots, à paraître dans le deuxième
recueil SUBVERSIONS.
Fondé lors du 11e Salon du livre anarchiste de Montréal en 2010, le Bloc désire promouvoir les théories et les pratiques de l'anarchisme à travers la littérature.
En tant qu'auteur.e.s anarchistes, nous luttons pour une société égalitaire, verte, libre et autogérée, par la démocratie directe et l'action directe. La littérature anarchiste participe à cette lutte. Si vous ou vos textes de fiction prennent part à cette révolution, soumettez-nous vos écrits à l'adresse suivante : awb@daemonflower.com.
Bien que nous préférons un envoi électronique, vous pouvez soumettre votre
manuscrit par la poste à l'adresse suivante: Bloc des auteur-e-s anarchistes a/s
Librairie Insoumise, 2033 St-Laurent, Montréal (QC), H2X 2T3
Cette fois-ci, en plus de l'anglais et du français, les textes peuvent être rédigés en
espagnol et en italien.
Pour plus de détails sur l'écriture, la sélection et l'envoi des textes, visitez le site Web
du Bloc (http://awb.daemonflower.com) ou communiquez avec nous au
awb@daemonflower.com.
Le volubile possible est à nos portes! Ne reste qu'à l'écrire...