Le 23 mars dernier, j'ai publié un billet dans lequel je parlais de perte de légitimité des pouvoirs civils face aux flics. En effet, la vague de cynisme qui frappe le Québec a des effets pervers: les citoyen-ne-s, qui veulent qu'on fasse le ménage, abandonnent les politicien-ne-s au profit des flics, qui ont gagné en légitimité malgré toute leur violence et leurs mensonges.
Je rêvais de pouvoir élaborer sur le sujet, et l'actualité nous a donné de nombreux exemples de ce que je veux avancer. Le fait est que le pouvoir public, au moins à la Ville de Montréal, mais sûrement à de nombreux autres endroits ou paliers, est en train de basculer. Et le mouvement semble de plus en plus rapide. Dans un discours de plus en plus répandu, la police, qui est aux yeux de beaucoup constituée de héros remplis de droiture, est opposée à une classe politique corrompue, pleine de verrues, et proche de la mafia. On l'a bien vu quand le pouvoir civil, représenté par Guy Hébert, a décidé d'affronter Marc Parent, le chef du SPVM, et également quand Applebaum s'est chamaillé avec Yves Francoeur (de la Fraternité) sur l'histoire des horaires de flics. Dans le premier cas cité, avant même qu'on connaisse le fin mot de l'histoire, le public et les médias avaient déjà pris parti: Hébert le mécréant, Parent l'agneau de Dieu. C'était d'ailleurs très grave que Hébert demande la démission de Parent, mais assez banal que la Fraternité exige celle de Hébert. C'est une question de contexte, dira-t-on: Hébert a demandé que Parent décrisse parce que ce dernier était droit (il a dénoncé la collusion), et la Fraternité a demandé la tête de Hébert parce que ce dernier était croche (il a essayé de renvoyer celui qui l'a dénoncé). Mais franchement, la question n'est pas de savoir qui a tort ou raison: la question, c'est de savoir qui gagne et qui perd. Il est sans doute vrai que les politicien-ne-s et technocrates sont les principaux/ales artisan-e-s de leur propre défaite. Mais vous croyez vraiment que Parent est irréprochable? Peut-être pas tant que ça.
En ce qui concerne Applebaum, rappelons qu'il a fait appel au pouvoir provincial, effrayé par la tentative d'intimidation de la part du paramilitaire Yves
Francoeur. Si ce dernier, connu pour sa rigide brutalité verbale, a
réussi à faire peur au politicien de carrière, ce n'est pas pour rien.
Par ailleurs, le SPVM n'est pas aussi propre que l'uniforme immaculé de son patron. Seulement, il n'y a pas, actuellement, d'enquête publique sur la police pour venir tout salir. Celle-ci s'en tire de toute façon généralement en réglant ses problèmes à l'interne, souvent dans le secret. Ça n'empêche pas quelques informations de passer au travers du filtre (et je ne parle même pas, ici, du profilage, de la répression politique et des meurtres[1]). Mais ça ne semble pas troubler autant les braves gens que nos histoires de trottoir.
Le pouvoir civil ne lutte que faiblement contre le pouvoir policier à Montréal. Je suis tombé sur l'entrevue d'Anarcho-Panda, donnée à CKUT, qui exprime exactement la même inquiétude. Ici, il s'étonne que ce soit le SPVM qui prenne les décisions au sujet de l'accès du public au Conseil de Ville: il a d'ailleurs lui-même été refoulé à l'entrée, apparemment expressément sous l'ordre de la police.
Or, la séance du Conseil traitait entre autres, justement, de l'abrogation possible du règlement P-6, un règlement pour lequel le SPVM a fait marcher son puissant lobby en s'exprimant longuement devant élu-e-s, journalistes, magistrats, etc.
Personne pour y voir un grave conflit d'intérêt? Personne pour condamner publiquement les abus policiers immondes qui ont par ailleurs eu lieu pendant le rassemblement anti-P6?
Si Applebaum et sa bande avaient la moindre conscience de ce qui leur arrive, illes auraient immédiatement appuyé la motion d'abrogation proposée par Projet Montréal, afin d'affaiblir l'impunité policière. Mais le fait est: le pouvoir public ne peut se passer de son bras armé, ne serait-ce que pour censurer et menotter des citoyen-ne-s en colère, même quand ce bras est en train de le forcer à s'asseoir sur sa matraque.
Le pouvoir policier est de plus un des seuls qui puisse répondre à des critiques par des accusations au criminel et des arrestations immédiates: le cas de Jennifer Pawluk, mais aussi de la twitteuse «Frogsarelovely» montrent que ces malades-là ne se gênent plus pour se servir de leurs nouvelles (?) prérogatives. Il faut croire que si auparavant, il y avait quelqu'un, quelque part, pour tenir les chiens en laisse, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Et les attentats (déjoués ou pas[2]) ne sont que de nouvelles pierres ajoutées à la prison qu'on nous bâtit[3]. Et non, ces murailles ne visent pas à protéger. Si elles visaient à protéger quiconque, elles auraient été élevées autour des puissant-e-s, pas autour de nous.
__________________
[1] Que dire par exemple de l'initiation douteuse pendant laquelle des agent-e-s se sont livré-e-s à une agression sexuelle avant de forcer le ptit bleu à conduire en état d'ébriété? Il y a aussi cette histoire glauque de détournement de fonds par un inspecteur du service du renseignement.
[2] Je ressens de la peine pour les familles des mort-e-s, mais aussi un désarroi intense pour les victimes atrocement mutilées. C'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet.
[3] « Christian G. Dubois, estime que l’attentat de Boston montre qu’il est important de conserver le règlement P-6. » (Source.) J'imagine que Joanne Marcotte décrirait Dubois comme un « humaniste libéral ».
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mardi 23 avril 2013
jeudi 13 décembre 2012
La trahison du PQ.
Le PQ est loin de l'époque pendant laquelle ses député-e-s portaient le carré rouge. On navigue maintenant de déception en déception, sans d'ailleurs que la plupart des péquistes, pourtant souvent progressistes, ne pensent à critiquer leur parti en public. Illes tiennent leur rang et c'est sans doute ce qui fait le plus mal à la société québécoise. Le PQ coupe là où le PLQ n'aurait jamais osé. La droite reproche au PQ de reculer: mais le PQ ne recule que sur ses mesures progressistes, menacé qu'il est par les mass médias et les agences de notation. La droite reproche finalement au gouvernement de faire ce que la droite veut.
J'aurais pu croire qu'on aurait pu arriver à des résultats complètement différents avec ce gouvernement. Avant les élections, j'avais imaginé deux scénarios: ou bien les mesures progressistes du PQ seraient poussées en avant, alors que les mesures nationalistes seraient bloquées par les partis d'opposition; ou bien l'opposition (en l'occurrence la CAQ) ne laisserait passer que les mesures nationalistes, bloquant tout progrès et transformant le PQ en Parti Conservateur du Canada, exaltant ses éléments xénophobes et obscurantistes. Il semble que nous soyons confronté-e-s à un scénario intermédiaire. Mais aurait-on pu réellement s'attendre à autre chose?
Dans tous les cas, la contestation est inexistante. La FECQ et la FEUQ, qui ont de toute façon fort à faire en dénonçant l'ASSÉ et en gérant les défections massives dans leurs rangs (bien fait pour eux!), sont muettes comme des carpes. L'ASSÉ grogne un peu, mais comme à l'habitude, à travers le filtre des mass médias, il n'en ressort qu'un petit filet de paroles qui est tout de suite dressé comme un épouvantail pour effrayer les braves travailleur-e-s qui sont tellement bon-ne-s de se lever à tous les matins et de polluer notre air de Longueuil à Rimouski. Et l'ASSÉ, encore, ne semble intéressée qu'à cet inutile Sommet sur l'Éducation.
Je me sens pas trahi par le PQ parce que j'ai trahi le PQ autour de 2006 en adoptant le drapeau noir une fois pour toutes. Mais je suis triste pour les gens qui attendaient tant de sa part et qui viennent d'être trahis par lui. Triste surtout parce que la plupart continuent de le défendre.
Après les élections, j'étais muet. Si je peux remercier les péquistes de ma connaissance d'une chose, c'est d'avoir été prudent-e-s avant de me faire la morale. Je sentais venir le fameux « tu vois, les élections peuvent changer quelque chose » comme une escouade de flics en armure lancée à 100km/h dans les rues de Montréal. Mais ils n'ont rien dit, me privant d'ailleurs du plaisir de leur répondre maintenant: « tu vois, les élections sont inutiles. »
La seule chose que nous conservons pour le moment, c'est ce maudit pseudo-gel des frais de scolarité dont, finalement, je me crisse un peu. Le reste nous file entre les doigts comme de l'eau, incluant l'essentiel désir de révolte.
Et les puissant-e-s profitent du temps mort pour placer leurs pions, parce qu'eux ne sont pas aussi épuisé-e-s que nous. Illes ont encore cette énergie parce qu'on ne s'est jamais vraiment attaqué-e-s à eux. Et qu'alors qu'on luttait bénévolement, eux, illes étaient payé-e-s des centaines de milliers de dollars pour nous envoyer leurs flics, leurs injonctions, leurs lois ridicules et liberticides, leurs chroniques nauséabondes.
Au printemps dernier, il n'aurait fallu à la population qu'un seul pas supplémentaire pour monter dans le sentier révolutionnaire. Mais elle a préféré se rasseoir et attendre que le gouvernement change tout. Un militant de Québec Solidaire m'avait bien confirmé partager ce désir. Il m'avait dit, dans une station de métro: « Je ne veux pas me sentir toujours délégué. » Sous-entendu: « je ne veux pas avoir le contrôle de ma vie, c'est trop de problèmes à régler. »
***
Je crois de moins en moins au progrès lent du réformisme. Le système le refuse plus souvent qu'autrement. Sinon c'est la menace de décote. Il FAUT privatiser et détruire notre environnement, c'est un impératif du capitalisme. Devant la tyrannie des agences de notation et des banquiers austères qui habitent dans des palais, il n'y a aucun compromis possible. Devant l'horreur du nationalisme et de l'irrationnel, le savoir ne peut faire aucune concession.
Nous devons tout détruire.
J'aurais pu croire qu'on aurait pu arriver à des résultats complètement différents avec ce gouvernement. Avant les élections, j'avais imaginé deux scénarios: ou bien les mesures progressistes du PQ seraient poussées en avant, alors que les mesures nationalistes seraient bloquées par les partis d'opposition; ou bien l'opposition (en l'occurrence la CAQ) ne laisserait passer que les mesures nationalistes, bloquant tout progrès et transformant le PQ en Parti Conservateur du Canada, exaltant ses éléments xénophobes et obscurantistes. Il semble que nous soyons confronté-e-s à un scénario intermédiaire. Mais aurait-on pu réellement s'attendre à autre chose?
Dans tous les cas, la contestation est inexistante. La FECQ et la FEUQ, qui ont de toute façon fort à faire en dénonçant l'ASSÉ et en gérant les défections massives dans leurs rangs (bien fait pour eux!), sont muettes comme des carpes. L'ASSÉ grogne un peu, mais comme à l'habitude, à travers le filtre des mass médias, il n'en ressort qu'un petit filet de paroles qui est tout de suite dressé comme un épouvantail pour effrayer les braves travailleur-e-s qui sont tellement bon-ne-s de se lever à tous les matins et de polluer notre air de Longueuil à Rimouski. Et l'ASSÉ, encore, ne semble intéressée qu'à cet inutile Sommet sur l'Éducation.
Je me sens pas trahi par le PQ parce que j'ai trahi le PQ autour de 2006 en adoptant le drapeau noir une fois pour toutes. Mais je suis triste pour les gens qui attendaient tant de sa part et qui viennent d'être trahis par lui. Triste surtout parce que la plupart continuent de le défendre.
Après les élections, j'étais muet. Si je peux remercier les péquistes de ma connaissance d'une chose, c'est d'avoir été prudent-e-s avant de me faire la morale. Je sentais venir le fameux « tu vois, les élections peuvent changer quelque chose » comme une escouade de flics en armure lancée à 100km/h dans les rues de Montréal. Mais ils n'ont rien dit, me privant d'ailleurs du plaisir de leur répondre maintenant: « tu vois, les élections sont inutiles. »
La seule chose que nous conservons pour le moment, c'est ce maudit pseudo-gel des frais de scolarité dont, finalement, je me crisse un peu. Le reste nous file entre les doigts comme de l'eau, incluant l'essentiel désir de révolte.
Et les puissant-e-s profitent du temps mort pour placer leurs pions, parce qu'eux ne sont pas aussi épuisé-e-s que nous. Illes ont encore cette énergie parce qu'on ne s'est jamais vraiment attaqué-e-s à eux. Et qu'alors qu'on luttait bénévolement, eux, illes étaient payé-e-s des centaines de milliers de dollars pour nous envoyer leurs flics, leurs injonctions, leurs lois ridicules et liberticides, leurs chroniques nauséabondes.
Au printemps dernier, il n'aurait fallu à la population qu'un seul pas supplémentaire pour monter dans le sentier révolutionnaire. Mais elle a préféré se rasseoir et attendre que le gouvernement change tout. Un militant de Québec Solidaire m'avait bien confirmé partager ce désir. Il m'avait dit, dans une station de métro: « Je ne veux pas me sentir toujours délégué. » Sous-entendu: « je ne veux pas avoir le contrôle de ma vie, c'est trop de problèmes à régler. »
***
Je crois de moins en moins au progrès lent du réformisme. Le système le refuse plus souvent qu'autrement. Sinon c'est la menace de décote. Il FAUT privatiser et détruire notre environnement, c'est un impératif du capitalisme. Devant la tyrannie des agences de notation et des banquiers austères qui habitent dans des palais, il n'y a aucun compromis possible. Devant l'horreur du nationalisme et de l'irrationnel, le savoir ne peut faire aucune concession.
Nous devons tout détruire.
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mardi 16 novembre 2010
La pétition, le MCNQ et le budget.
J'espère que les auteur-e-s de la célèbre pétition (le site de l'ASSNAT est encore planté) se rendent compte qu'illes sont en partie responsables du momentum. Avec les grèves étudiantes qui s'ajoutent par-dessus ça et la manif du 23 novembre, les prochains jours pourraient être cruciaux pour la contestation du pouvoir. Il faut que ça lève!
L'opposition aux corrompu-e-s et aux décisions antisociales: vl'à un vrai mouvement "grassroot".
jeudi 4 décembre 2008
Le gouvernement de Harper est maintenu.
L'annonce vient de se faire devant Rideau Hall, vers 11h55. Harper est parvenu à convaincre la Gouverneure générale de remettre le vote de confiance et la session de l'assemblée à la fin janvier, après une rencontre qui a duré de plusieurs heures dans la résidence de la Cheffe d'État.
Harper trouve sa légitimité dans la nécessité de stimuler l'économie. Il affirme que l'économie passe avant tout, et que le NPD, le PLQ et le PCC doivent collaborer et travailler ensemble pour le bien du pays. Il n'accepte pas que l'opposition n'ait pas de vision ou de plan pour améliorer la croissance. Il parle également longuement du Bloc Québécois: il ne peut pas concevoir que la coalition présumée soit dépendante de séparatistes. "Notre Canada inclut le Québec. Pour le Bloc Québécois, leur Québec n'inclut pas le Canada. [...] Cette différence transcende toutes les autres différences entre les autres partis [fédéralistes]. Je ne veux pas me mettre en position de dépendre du Bloc Québécois pour gouverner le pays. [...] On doit considérer les partis selon l'intérêt du pays tout entier."
Bref, la stratégie de Harper est de marginaliser le Bloc et de justifier ses actes par deux duperies: la défense de son projet idéologique et l'unité fédérale. Il tente de détourner le débat qui s'oriente actuellement selon un axe gauche-droite et consultation-huis clos vers un débat national. Divide ut regnes; il divise pour régner.
Harper trouve sa légitimité dans la nécessité de stimuler l'économie. Il affirme que l'économie passe avant tout, et que le NPD, le PLQ et le PCC doivent collaborer et travailler ensemble pour le bien du pays. Il n'accepte pas que l'opposition n'ait pas de vision ou de plan pour améliorer la croissance. Il parle également longuement du Bloc Québécois: il ne peut pas concevoir que la coalition présumée soit dépendante de séparatistes. "Notre Canada inclut le Québec. Pour le Bloc Québécois, leur Québec n'inclut pas le Canada. [...] Cette différence transcende toutes les autres différences entre les autres partis [fédéralistes]. Je ne veux pas me mettre en position de dépendre du Bloc Québécois pour gouverner le pays. [...] On doit considérer les partis selon l'intérêt du pays tout entier."
Bref, la stratégie de Harper est de marginaliser le Bloc et de justifier ses actes par deux duperies: la défense de son projet idéologique et l'unité fédérale. Il tente de détourner le débat qui s'oriente actuellement selon un axe gauche-droite et consultation-huis clos vers un débat national. Divide ut regnes; il divise pour régner.
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