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lundi 4 novembre 2013

Mon vote

Ça faisait une éternité que je ne suis pas entré dans un bureau de vote. J'y suis finalement allé hier. Que mes lecteurs/trices bien-pensant-e-s ne se réjouissent pas tout de suite cependant: je n'ai pas voté pour Projet Montréal, un parti que j'abhorre, un parti qui me donne de l'urticaire, mené par un autoritaire obsessif qui se soigne pas. J'ai pas voté non plus pour un-e indépendant-e: le seul qui passait presque le test était selon moi Denis Mcready, mais il s'est retiré en début de course. Les autres m'ont découragé après avoir prononcé en moyenne deux mots.

Pour dire vrai, je suis allé voter comme on prend une marche. Je suis entré, j'ai vu qu'il y avait pas de file (s'il y en avait eu une, ça aurait d'ailleurs été suffisant pour me dissuader - scandaleux non?), j'ai écrit « fuck you » sur mes trois bulletins de vote, j'ai tout mis dans le ballot et je suis parti.


Je me demande maintenant pourquoi je l'ai fait. Des raisons, j'en avais en partant de chez moi. Je me suis dit que j'y allais juste pour le fun. Juste pour prendre une marche et visiter l'école primaire de mon voisinage. Juste pour le trip d'écrire «fuck you». Pour voir si c'est aussi extraordinaire qu'on le dit.

Voter n'est pas un sacrifice héroïque

Ma première constatation est que voter est d'une facilité extrême, du moment qu'on a pas de problème de mobilité. Il n'y a rien d'héroïque là-dedans. Les gens qui s'enorgueillissent sans arrêt de « faire leur devoir de citoyen » ne se rendent pas compte de la simplicité stupide de leur acte. Pour une certaine classe de gens, qui sont adultes, possèdent une voiture et vivent dans un certain confort économique, les élections ne sont qu'une sorte de jeu duquel ils retirent un mérite disproportionné, né de la stigmatisation d'un large groupe présumé trop paresseux pour même avoir quelque chose à crisser de ce cirque. La plupart de ces chevaliers de la démocratie ne se livrent pourtant pas à autre chose qu'à une très bête partisanerie, et je parierais que beaucoup n'ont pas pris la peine d'étudier en profondeur les candidatures de chacun-e de leurs champions. Leur «devoir de citoyen», c'est un écran de fumée pour se donner bonne conscience. D'ailleurs il y en a plein là-dedans qui franchissent les lignes de piquetage au Renaud-Bray même-si-on-les-appuie-mais-c'est-la-fête-à-mon-ami, j'en suis sûr.

Si ces gens-là avaient réellement fait leur devoir de citoyen, et en admettant que le devoir de citoyen veuille vraiment dire quelque chose, ils seraient en prison, comme Youri, et comprendraient enfin que de réellement défendre l'opprimé-e, c'est considéré comme un crime. Illes comprendraient aussi que quand on donne tout, eh bien... on se retrouve avec rien.

Je me sens idiot et faible

C'est ma deuxième constatation. En revenant chez moi, j'ai réfléchi sur les véritables raisons de mon acte. Pourquoi suis-je allé me mettre en ligne? Est-ce que ce n'est pas, au fond, par paresse? Parce que j'étais écoeuré de me faire harceler par tout le monde et que je n'avais plus envie de passer des heures à me justifier lors de discussions interminables? Est-ce que j'ai cédé aux insultes et au paternalisme? Parce que c'était plus facile socialement de dire que j'étais allé dans l'isoloir? Je ne sais pas. J'espère que non.

J'ai entendu sans arrêt ce fameux « Au moins, va annuler ton vote! ». Personne n'a jusqu'à maintenant offert une réponse rationnelle. J'ai eu le droit à « voter c'est acheter le droit de chiâler », ou « des gens sont morts pour défendre ce droit ». Rien de satisfaisant. Que des slogans incohérents et des phrases bien-pensantes.

Mais maintenant que je l'ai fait, j'ai l'impression d'avoir envoyé un faux message. Celui d'avoir cautionné le système, malgré le « fuck you » sorti de mes tripes. C'est peut-être ça, au fond, que les gens attendent de moi, réellement. Que je cautionne. Que je dise que j'accepte les règles du jeu.