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dimanche 16 mars 2014

Des miettes de manif du 15 mars.

UNE PERSONNE AVEC UNE CANNE QUI MARCHE TRÈS LENTEMENT

–Vous allez à la marche monsieur? me demande une vieille dame appuyée sur une canne.
–Ben... pas vraiment. Je vais dans cette direction.
Je pointe le nord.
–Vous devriez venir. Par solidarité.
–Ouin... Je sais pas.
–Moi je me suis fait brutaliser par la police. Depuis ce temps-là je suis malade. Vous savez pas ce que c'est.
J'ai un rire de malaise.
–Je me suis déjà fait brutaliser aussi, madame.
Je pense à la fois où les flics ont gratuitement brisé mes lunettes en mille miettes en les tordant dans tous les sens, et m'ont menacé, alors que j'étais menotté, de fourrer le mur de béton avec ma tête si je la fermais pas. Je l'ai pas fermée. Il ont fourré le mur avec ma tête. Mais je vais quand même pas raconter ça à la dame. Interprétant mon silence, elle continue:
–Pas assez, visiblement. Je vous souhaite de vous faire brutaliser encore, pour que vous compreniez réellement.
Elle part. Je la recroise quelques minutes plus tard. Elle me répète:
–Je vous souhaite de vous faire brutaliser!

Au fond, je méritais peut-être de me faire dire ça.

***

DEUX PACIFISTES NON-VIOLENTS

Deux types dans la vingtaine et coiffés de longues crêtes de coq harcèlent un jeune homme qui porte un masque de Guy Fawkes sur le front en lui disant quelque chose comme: « c'est interdit. » J'imagine qu'ils lui ont aussi dit que si les manifs tournaient mal, c'était à cause d'hostie de casseurs dans son genre. Ensuite, les deux gars s'approchent de policiers qui surveillent, en bordure de manif. Ils pointent le manifestant et disent quelque chose comme: « Regardez-le, lui là-bas. Il porte un masque. C'est interdit. »

Puis ils partent. Alors je leur crie après pour leur demander quel est leur problème. Ils se retournent, me pointent et me font cette menace :

« On va revenir pour toi! »

***

PIÈGE

Avant même que les manifestant-e-s entrent sur Chateaubriand, l'escouade cycliste avait déjà pris place dans l'entrée des ruelles et un peloton était caché sur Bélanger. Je m'en suis moi-même rendu compte trop tard: la manifestation s'était déjà engagée dans la rue et mes cris d'avertissement n'ont rien donné. Il n'y avait selon certain-e-s rien d'autre à faire que de se lancer sur cette rue-là, c'était bouché partout.

Les flics savaient exactement ce qu'ils faisaient. Le piège était grossier, facile, et la manif s'est précipitée dedans joyeusement.

mardi 18 juin 2013

Tamarrod manifeste ce soir contre le régime à Louxor

J'ai promis de fermer ma gueule. Impossible pourtant de ne pas faire la chronique de ce qui s'apprête à se passer à Louxor. Depuis hier, la situation devient de plus en plus tendue. Le gouvernement Morsi a décidé de nommer un radical islamiste, au passé obscur, gouverneur de la région. J'expliquerai plus tard pourquoi.

Une bonne partie de la population semble en désaccord, dont, bien évidemment, les gens du mouvement Tamarrod (Rébellion). Après l'annonce de la nomination, des gens se sont déjà précipités pour bloquer le palais du gouverneur. Les manifestant-e-s veulent l'empêcher physiquement d'exercer ses fonctions.

Un camion-haut-parleur vient de passer dans ma rue. Sur les autres balcons, les résident-e-s se regardaient tous et toutes; certain-e-s éberlué-e-s, d'autres excité-e-s. Cinq jeunes (dont un ado de peut-être 15 ans) invitaient la population à descendre pour manifester devant le palais du gouvernorat, hurlant au micro qu'il fallait venir à bout de ce gouvernement "terroriste". La manif est prévue dans une demie-heure. Je n'y serai pas, malheureusement; mais je vais tenter de me tenir au courant du fil des évènements.

samedi 13 avril 2013

Occupation des bureaux d'Agnès Maltais et manif de soutien

Hier matin, une dizaine de militant-e-s lié-e-s à l'OPDS ont réussi à investir les bureaux de la ministre Maltais. Illes ont occupé le site pendant environ quatorze heures, avant de quitter volontairement vers une heure du matin. En soirée, sur les réseaux sociaux, d'autres militant-e-s ont décidé d'organiser une manifestation spontanée en soutien aux occupant-e-s.

Quand je suis arrivé sur les lieux (vers 20h45) nous devions être une trentaine. Pendant le rassemblement, nous avons seulement vu cinq ou six policiers, qui sont repartis aussi rapidement qu'ils étaient apparus. L'évènement a été couvert modérément par deux grands médias, à ma connaissance: Le Devoir et Radio-Canada, qui a envoyé un caméraman sur les lieux. Ce dernier est remonté dans sa voiture avec quelques images, après quelques minutes seulement. J'ai entendu dire que CUTV était aussi passée par là, un peu plus tôt, mais qu'elle était repartie couvrir les casseroles ressuscitées.

Les occupant-e-s ont connu plusieurs problèmes: deux personnes, qui ne se sentaient pas particulièrement bien, ont dû partir en cours d'occupation. De plus, les militant-e-s n'avaient pas amené suffisamment de nourriture, et la manifestation de soutien n'a pu procéder au ravitaillement[1], malgré l'héroïque tentative d'incursion aidée par notre fameuse diversion réalisée avec l'aide d'une poubelle, notamment.

À un certain moment, alors que nous faisions le piquet devant les portes de la Tour de la Bourse depuis plusieurs heures déjà, étonné-e-s de voir personne, j'ai entendu quelqu'un faire cette constatation: « Illes ont été invisibilisé-e-s. » Et c'est vrai. « Si ça avait été des étudiant-e-s, là-dedans, la police et les médias auraient débarqué en quelques minutes » a fait remarquer un-e autre.

La nuit dernière, c'était le désert[2].

Assez peu de gens appuient les nouvelles réformes de Mme Maltais, ou du moins beaucoup y sont opposé-e-s. Mais au fond de nous-mêmes, qu'est-ce qu'on s'en câlisse, collectivement, du sort des plus pauvres. Ce monde-là ne vaut même pas assez pour qu'on fasse un spectacle de leur arrestation. Les médias l'ont au contraire bien montré: illes méritent juste qu'on les ignore.

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[1] Un agent de sécurité a expliqué qu'il se ferait renvoyer s'il permettait qu'on apporte de la nourriture, qu'il avait des enfants à nourrir et blablabla. Il faut vraiment pas croire en ce qu'on fait pour sortir des arguments de même. Je trouve ça triste.

[2] Je ne veux surtout pas reprocher aux militant-e-s d'être resté-e-s chez eux. Il faisait mauvais, plusieurs l'ont su assez tard en lisant un statut Facebook, d'autres l'ont juste pas su. En plus, c'était vendredi. Une rumeur (je n'ai aucune idée de sa véracité) dit que quand on vous arrête un vendredi, il y a des chances pour que vous passiez la fin de semaine en-dedans.

samedi 23 mars 2013

22 mars - Nos vies sont minables

Je me souviens de l'immense fête désordonnée du 22 mars 2012. Il y avait plus de jouissance que de colère ce jour-là. Une preuve sans doute que le plaisir est un moyen de pression parmi tant d'autres. J'ai fait plusieurs grèves étudiantes, mais celle de 2012 est la seule pendant laquelle j'ai refusé de faire autre chose que de m'amuser, et je crois pas avoir mal fait, ni avoir été le seul. Les gens se sont mis tous nus, ils ont organisé des assemblées de quartier, et c'est pas faux non plus de dire que les voisin-e-s ont commencé à se parler.

Les observateurs/trices ont appelé cette ça une crise sociale.

Maintenant, les autorités font tout pour écraser ce qui reste de créativité et de contestation. En ajoutant les arrestations de ce soir, on en arrive à peut-être un total de 500 (je dois cette estimation à une gentille personne) depuis le Sommet sur l'Enculation. On mesure depuis l'étendue de notre défaite. Il y a des mécanismes plus imposants que le seul PLQ qui se sont mis en marche pour nous vaincre ; une vague réellement mondiale de conservatisme et d'autoritarisme, et un facteur souvent mis de côté, qui est la perte de légitimité des pouvoirs civils face au pouvoir policier (exemple: Marc Parent vs Guy Hébert). Nous reviendrons peut-être là-dessus prochainement.

Ce soir, le mouvement a été écrasé comme jamais. Il n'y avait aucun prétexte pour arrêter tout ce monde-là. Et pourtant, ça ne fera pas scandale. La police a attendu patiemment d'avoir la légitimité et l'assentiment - ou du moins, l'indifférence - de la population avant d'appliquer "à la lettre" le règlement municipal P-6, qui interdit pratiquement toute manifestation non-autorisée préalablement. Ces arrestations, elles sont carrément souhaitées par une masse de crétin-e-s. Les faiseurs/euses d'opinion tout d'abord, qui relaient entre autres les plaintes des pauvres "commerçant-e-s" (on parle ici des propriétaires des grands hôtels) quand illes n'appellent pas directement à la violence[1], et une bonne partie des braves et honnêtes payeurs/euses de taxes, à qui c'est déjà arrivé au moins une fois d'être pogné-e-s dix minutes dans le trafic ou qui haïssent d'une haine de larbin tout ce qui pousse à gauche d'Éric Duhaime.

Mais ce n'est pas tout: le SPVM ne s'est pas contenté de prendre des manifestant-e-s en souricière, arrêtant gratuitement des gens absolument sans aucune agressivité. Il a nettoyé les rues environnantes, forçant des gens à rentrer dans des commerces, bloquant des portes et séquestrant quasiment des citoyen-ne-s épouvanté-e-s. Il a déclaré tout être humain persona non grata dans les rues d'une partie du centre-ville. Et cela, sans provocation ni méfait. Dans l'indifférence.

Notre défaite la plus manifeste, c'est celle-là. Je regarde l'avant-2012, et je me rends compte qu'on avait plus de droits à cette époque qu'aujourd'hui. Nous l'aurons payée cher, cette période de bourgeonnement que le gouvernement a qualifiée de crise.

Je suis triste et déjà nostalgique de cette ère qui n'a duré que quelques mois et pendant laquelle je me suis senti en même temps libre et menacé. Je la compare à l'épouvantable grisaille de 2013. Nous marchons à nouveau en rang, et gare à celui ou celle dont le jupon trop floconneux dépasserait! Le gouvernement parlait de crise. Eh bien moi, il me semble que c'est ça que j'appelle une crise: être une machine et aller travailler. Être une machine et étudier des trucs moches. Être une machine et être obligé-e d'être une hostie de machine.

Ce que nous avons vécu l'an dernier, ce n'était pas une crise. C'était sortir de la crise. Pour quelques mois.

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[1] Carl Monette, de Radio-X Montréal, sur la manif du 26 février: "Moi j'taurais passé la gratte là-dedans hier."

mardi 26 février 2013

Les « accrocs » avec la police.

Je trouve encore une fois que les journalistes manquent de classe vis-à-vis de la couverture de la manifestation de cet après-midi. Tout d'abord, nous étions certainement plus de 2000-3000, chiffre avancé par Le Devoir, bien que je n'aie aucune idée de notre nombre exact. La foule ne s'étendait pas sur une zone particulièrement grande mais elle était beaucoup plus compacte qu'à l'habitude.

Je suis également assez écoeuré que des hosties d'ignorant-e-s couvrent les évènements relatifs au mouvement étudiant. Illes ont passé des mois à écrire CLASSÉ au lieu de CLASSE, et semblent maintenant avoir oublié que ASSÉ prenait un «É», même si l'organisation a été fondée en 2001. J'ai même déjà vu un beau « UQUAM » écrit en gras dans le titre d'un article. Vraiment pitoyable: on dirait qu'illes le font exprès. Leur tendance ridicule à estimer une foule une heure avant son départ pour la marche me dégoûte également. Mais passons.

Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé aujourd'hui. Tout allait bien, jusqu'à ce que les flics décident de bloquer Saint-Denis pour aucune bonne raison, pas trop loin du Carré Saint-Louis. Les balles de neige ont alors fusé de partout. Et je dis bien balles de neige. J'étais à un endroit assez élevé, j'ai pu tout voir. Le seul projectile qui ne ressemblait pas à une balle de neige était un unique bâton de pancarte, qui est arrivé assez tardivement. Mais les flics avaient déjà établi leur stratégie et plaçaient leurs pions. Projectiles ou pas, le SPVM aurait de toute façon tout fait pour nous disperser à ce moment-là.

Bravo en passant et merci aux Black Blocs qui ont démonté en urgence des grands pans de clôture pour permettre aux manifestant-e-s de traverser le Carré Saint-Louis et d'en sortir par une autre extrémité en toute sécurité. Dommage que des « pacifistes » considèrent toujours que ces radicaux/ales représentent une menace. Une menace, certes. Pour leurs relations publiques de merde.

C'est après, et seulement après une grosse tentative de dispersion que j'ai pu observer de réelles répliques de la part de la foule. Par exemple, alors que nous étions divisé-e-s en petits groupes, une personne que je ne connais pas a balancé une sorte de retaille de madrier sur une autopatrouille qui passait dans une petite rue, abîmant la peinture et arrachant complètement un miroir. Je ne peux absolument pas condamner le geste. 

Les justifications des forces policières, elles, sont d'une rare pauvreté. On démolit pas des gueules pour quelques balles de neige, n'en plaise à ce post-pétainiste de Ian Lafrenière. Le reste de leur argumentation pour légitimer leur intervention « ciblée » (tellement ciblée que leur gaz irritant a enfumé tout le quartier, j'imagine qu'ils sont contents les porcs d'avoir fait pleurer des enfants), constituée de déformations de la réalité et sans aucun doute de mensonges. En effet, cette bande de goujats trouve toujours le moyen de faire passer des bouteilles de bière vides ou même des canettes de Pepsi pour des cocktails Molotov[1]. Sans aucun scrupule, la police lance presque au hasard des mensonges d'une grande vulgarité et d'une nature profondément diffamatoire, et ce dans l'impunité la plus totale. Quand on n'est pas habitué-e-s de les croire imbécilement, on s'habitue à les ignorer. Pourtant, il faut bien que cela cesse un jour. Et il faudrait pour cela que les médias de masse cessent de relayer leurs bêtises sans poser de questions.

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[1] Et il y a ceci d'inexplicable: comment se fait-il que tout le monde ait des cocktails molotov et que personne n'en lance jamais?

jeudi 17 janvier 2013

Informe.

“Therefore the consumation of forming an army
is to arrive at formlessness. When you have no
form, undercover esponiage cannot find out
anything, intelligence cannot form a strategy.”
(Sun Tzu, The Art of War)

Can't stop Kaos est une brochure sur le Black Bloc publiée en 2010. Ça m'avait échappé. C'est sur ses origines et son histoire. C'est un intéressant travail.

lundi 27 août 2012

Rentrée forcée à l'UdeM

Les rumeurs et témoignages se multiplient. L'UdeM est redevenue, comme au printemps dernier pendant quelques jours, une université occupée. Alors que les levées de cours à l'UQAM n'ont pas provoqué d'intervention policière, les udemien-ne-s ont dû faire face à une coercition sévère. Les agents de sécurité de l'institution ont entre autres séquestré des étudiant-e-s (ceux-ci n'étaient pas barricadés) qui avaient simplement refusé de s'identifier, vandalisé le matériel de CUTV et forcé des professeur-e-s à rentrer en classe.

Le climat est dégueulasse. Guy Breton, le recteur, a passablement réussi à transformer son université en État totalitaire. Ce n'est d'ailleurs pas de sa propre initiative que la police est entrée dans le Pavillon Jean-Brillant. Breton doit assumer ses responsabilités dans toute cette histoire: c'est réellement ce petit Mussolini minable qui entretient le chaos à l'université, lui et ses copains du gouvernement.

Aucune stabilité n'est possible dans ce contexte. Plus de répression entraînera encore plus de désordre, et les gouvernant-e-s seraient naïfs de croire que les résultats de leurs décisions n'auront pas de conséquences à long terme, même si dans les prochains jours, le mouvement venait à s'effondrer complètement.

mercredi 22 août 2012

Le Groupe Altus qui compte les manifestant-e-s.

Radio-Canada a dépensé un montant x afin de connaître le "vrai" nombre de manifestant-e-s aujourd'hui, grâce à l'aide du groupe Altus.

Une recherche sur le site web nous apprend que cette firme ne semble pas avoir de nombreuses expériences dans le domaine de l'estimation de manifs. Le site de Radio-Canada nous affirme qu'il y a eu deux calculs: un à la Place du Canada, alors que la foule était immobile, et un autre plus tard, coin Bleury et Sherbrooke.

Je ne remets pas en question le deuxième résultat obtenu, qui l'aurait été avec des compteurs à mains, même si on ne connaît pas vraiment la méthodologie. Idéalement, il aurait fallu rester immobile et cliquer sur le compteur une fois toutes les dix personnes. Il m'arrive de le faire en comptant par bloc de 100 personnes mentalement, et de noter chaque bloc sur une feuille de papier avant de multiplier. C'est moins fiable mais ça fait l'affaire. Pour y arriver, il faut repérer un goulot d'étranglement: souvent un coin de rue ou une avenue plus étroite que les autres, qui nous permet de réduire au maximum l'incertitude.

Les calculs selon la densité dans un espace donné ne sont selon moi absolument pas fiables. Tout d'abord parce qu'il n'y a jamais autant de gens sur la ligne de départ qu'en plein milieu de la manifestation. Faire un calcul à 14h35, c'était une idée foireuse, étant donné que nous ne sommes parti-e-s que bien plus tard. Comme des milliers d'autres manifestant-e-s aguerri-e-s, j'ai l'habitude d'arriver au moins une demie-heure après le début "officiel" d'une grande manifestation.

Interviewé par SRC, Jean-François Grenier, directeur de la filiale recherche marketing du Groupe Altus, dit que c'est à l'avantage des manifestant-e-s de gonfler leur nombre. On pourrait répondre que c'est à l'avantage d'une grande firme très capitaliste qui fait dans l'immobilier que de proposer des estimations conservatrices vis-à-vis d'un mouvement qui se méfie de la corruption dans le monde de la construction. Rappelons aussi que ce ne sont PAS des scientifiques, mais des entrepreneurs dont l'objectif est de réaliser des profits. Si par exemple les évaluateurs/trices étaient arrivé-e-s à un résultat significativement différent lors des deux comptages (il faut croire que le Groupe Altus arrive à un chiffre d'environ 12 000 les deux fois), il aurait été malaisé de présenter cette anomalie à Radio-Canada. Dans le cas d'études scientifiques, ces anomalies sont toujours relevées. En d'autres mots, ce n'est pas parce que Radio-Canada les a payés une fortune pour qu'ils estiment une foule que le Groupe Altus est un acteur neutre et fiable dans le débat. Un peu tiré par les cheveux, vous dites? Et pourquoi remettre alors en question l'honnêteté des organisateurs/trices des manifs?

Cela dit, j'ai toujours eu moi-même des estimations plus basses que celles des organisateurs/trices des manifestations. Parfois même plus basses que celles de la police. Je pense que les organisateurs/trices ont souvent un excès d'enthousiasme quand illes comptent les manifestant-e-s. Ça inclue les gens du mouvement des Cols Rouges, de Radio-X et des fans des Nordiques.

Radio-Canada cite (sans guillemets) M. Grenier à propos de la manifestation du 22 mars, qui remet en question le nombre de 200 000, qui a été largement retenu par la population:

« Pour contenir une telle foule [200 000 personnes] dans la Place du Canada, un espace de 13 000 mètres carrés, il y aurait dû y avoir 12 personnes au mètre carré ».

Cela dit, une foule déborde souvent de tous les côtés. Elle ne se limite pas au petit espace d'une place, d'un parc ou d'un square. Et quand la marche est partie, il y a encore du monde qui arrive et d'autres qui empruntent des rues parallèles! À l'inverse, avant même qu'une marche se termine, les gens évacuent déjà massivement (pas juste 10%!). Se fier sur la densité d'une foule lors du rassemblement de fin de parcours, c'est ridicule.

M. Grenier a déjà parlé de calcul de foule. C'était en 2003 à Radio-Canada. Il dit que le calcul le plus efficace se fait alors que la foule est compacte: on peut alors calculer la densité. Quand la foule est en mouvement, c'est « plus difficile ». En ce qui me concerne, je crois plutôt le contraire: les calculs de densité d'une foule, lors d'une manifestation, ne valent pas un clou. Le Groupe Altus a beau déployer des moyens impressionnants avec des modèles mathématiques, informatiques et un facteur de dispersion, je ne pense pas qu'on puisse se servir de telles informations.

Une foule compacte compte environ 2,6 personnes au m2, selon M. Grenier. En admettant qu'on aurait calculé la foule du 22 mars selon cet unique critère, on serait arrivé-e-s à un résultat de 34 000 personnes. Toute personne expérimentée vous répondrait en riant que le 22 mars dernier, nous n'étions bien entendu pas que 34 000 personnes. Une telle foule ne ressemble tout simplement pas à ça. Mais un simple calcul de débit nous permet aussi de remettre en doute un tel résultat. Sur Sherbrooke, en effet, les manifestant-e-s du 22 mars marchaient d'un pas rapide; et ça a duré une heure et demie. Je le sais car je suis resté posté du début à la fin au même endroit, avant de suivre le cortège. Si nous avions été seulement 34 000 personnes, il aurait fallu que le débit ne soit que de 6,25 personnes à la seconde. Ce qui est hautement improbable. À vue de nez, après la manifestation, j'en était plutôt parvenu à un débit moyen de 20 personnes par seconde au minimum, ce qui nous ramène à 108 000 manifestant-e-s. Même si c'est un calcul non-scientifique, je pense que ça vaut autant que le calcul de densité de M. Grenier et de sa firme.

Je le répète: le meilleur moyen d'estimer une foule de manifestant-e-s est de contrôler un point de passage. Avec un compteur à mains. Les journalistes de Radio-Canada n'ont pas besoin d'embaucher une firme pour le faire. Illes auraient pu simplement acheter trois compteurs à 5$ et envoyer des gens sur un coin de rue, un viaduc ou un parvis d'église. Même en admettant que les chiffres d'Altus soient plus fiables, c'est encore du gaspillage d'argent.

Mise à jour: des espèces d'imbéciles de Quebecor parlent de 5000 personnes. C'est carrément de la désinformation.

Photo de la manifestation du 22 août (?). Par Laurie Lee.

jeudi 2 août 2012

Une victoire libérale entraînera plus de chaos.

Certaines personnes croient voir en Jean Charest le représentant de l'ordre et de la stabilité. Elles sont contentes de voir que « Charest tient son bout » devant les méchant-e-s étudiant-e-s. C'est d'une stupidité rare étant donné que la folie autoritaire du PLQ a plutôt provoqué une perte totale de contrôle. Je me demande d'ailleurs si les gains appréhendés chez les libéraux ne sont pas attribuables en partie aux leaders d'opinion qui matraquent sans cesse que le désordre profite aux libéraux. En répétant sans cesse ce message, ils donnent en quelque sorte la licence aux crétin-e-s pour soutenir Charest. Il y a certains processus dans la psychologie des masses qui sont étranges.

Au début de l'hiver, dans des manifestations regroupant à peine quelques centaines de personnes, on riait des gens qui criaient des slogans anticapitalistes. Hier, ils étaient plusieurs milliers à crier leur opposition au capitalisme, et plus personne ne riait. Les médias de masse, les politicien-ne-s et les autres acteurs/trices du pouvoir semblent ne pas avoir encore compris ce qu'illes ont provoqué avec leurs coupures, leurs mensonges et leur mépris. L'absence de flexibilité a radicalisé la jeunesse. Une bonne partie de cette jeunesse ne fait plus confiance aux institutions « démocratiques » qui l'ont trahie. Elle ne fait plus confiance aux médias qui devaient en principe couvrir les évènements avec neutralité. Elle ne fait plus confiance à la police qui ne la protège pas. Elle ne fait plus confiance aux juges qui la condamnent et qui soutiennent financièrement ce parti criminel et corrompu pour s'acheter une fonction.

La loi 12 (connue sous le nom du projet de loi 78) n'a, elle, fait qu'augmenter la contestation. Chaque nouveau mensonge entraine plus de colère. Souvenez-vous ce qu'une petite blague de Plan Nord a pu provoquer! Et que dire alors du même parti qui s'érige maintenant comme « défenseur unique du droit d'étudier »...

Imaginez ce que provoquerait une victoire libérale aux prochaines élections! Ce serait l'émeute spontanée, et j'y serais pour rien. Souvenez-vous de la victoire de Sarkozy en 2007. Son régime répressif n'a rien pu faire contre. Ceci n'est pas une menace, ni même un avertissement. C'est seulement une information qui doit remettre quelques petites choses en perspectives. Plus de répression = plus de désordre.

Les gens ne se soumettent pas devant un scrutin, qu'ils reconnaissent ou non la légitimité du régime « démocratique ». Et ils font bien! Quand vos droits sont violés, aucune majorité, si puissante - ou silencieuse - soit-elle, ne peut avoir raison sur vous[1]. Et un score de 30-35% aux élections n'est pas du tout un mandat clair d'accomplir n'importe quoi.

Charest entretient une division telle qu'on en a rarement vue au Québec. Eh bien! La division crée plus de chaos. Vous pensez que la police peut régler le problème? Elle va l'aggraver. Les gens ont de moins en moins peur de la police comme force répressive. Défier la loi et confronter la police est devenu anodin. La manifestation d'hier en est la preuve.

Vous voulez que tout ça s'arrête? Eh bien soutenir le PLQ, c'est bien la pire chose que vous pouvez faire pour rétablir la paix sociale. Avec le PLQ, le chaos est garanti.

Mais en ce qui me concerne, je m'en fiche un peu. Un gouvernement péquiste, dirigé par une (ex) châtelaine hyper-riche ne ferait qu'entretenir l'illusion de progrès un peu plus longtemps. Nos vies s'amélioreraient-elle tant? Je n'en suis pas certain.

Alors votez pour qui vous voulez. Nous... eh bien nous allons nous adapter.


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[1] Aux gens qui souligneraient que les étudiant-e-s forcé-e-s d'être en grève contre leur gré voient leurs droits violés, je répondrais deux choses: 
1. peut-être que les étudiant-e-s pro-injonction font au contraire partie d'une majorité silencieuse qui écrase les droits d'une minorité d'étudiant-e-s trop pauvres pour étudier dans les conditions imposées par le gouvernement.
2. Peut-être que la grève vise justement à préserver leurs droits contre les nouvelles règles budgétaires. Entre deux maux, le moindre est toujours le deuxième: celui qui conteste le premier.
Cela dit, leur point de vue reste défendable sur certains points. La possibilité de se dissocier d'un mode d'action me semble être un principe important dans toute société libre.

lundi 14 mai 2012

« museler les médias » ou répondre au harcèlement?

En fin d'avant-midi, aujourd'hui, se tenait une vigile en soutien aux personnes arrêtées relativement aux actes commis jeudi dernier dans le métro de Montréal.

Une foule gigantesque de journalistes, caméramans et photographes s'est aussi mobilisée pour couvrir la comparution des activistes ainsi que la vigile en question.  Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais jamais assisté à un évènement qui fut autant médiatisé.  Aussi, je ne comprends absolument pas les reproches faits par Brian Myles (le président de la FPJQ) comme quoi les médias auraient été « muselés » par les personnes présentes.

Beaucoup de gens ont en effet bloqué les caméras à l'aide de grands bouts de tissu.  Plusieurs journalistes ont été également engueulés et il y a même eu des bousculades (notons que ce n'est pas rare que des journalistes trop insistant-e-s provoquent des bousculades).

Les organisateurs/trices ont aussi appelé les personnes présentes à ne pas faire de commentaires aux médias.  Cela dit, à aucun moment, je ne me suis senti inquiété par les manifestant-e-s.  À ma connaissance, les gens qui se sont finalement adressés aux médias n'ont pas été empêchés de le faire.  Seulement, les gens ont insisté pour que la foule ne soit pas abusée dans son droit à l'existence paisible.  Et ce qui s'est passé pendant cet évènement, c'était de l'abus.  Les photographes se sont conduit-e-s comme de vulgaires paparazzis, insultant plusieurs activistes au passage, gueulant, utilisant un langage vulgaire et parfois même intimidant.  J'ai par ailleurs vu un photographe saisir un drapeau d'une main, et prendre des photos de l'autre.  La jeune femme qui tenait le drapeau en question est restée d'un calme placide, malgré les provocations répétées.

Quand j'ai demandé au photographe d'aller plus loin pour prendre ses clichés, il a pris une posture de victime, arguant que les journalistes ne donnaient jamais leurs photos à la police et que plusieurs d'entre eux appuyaient le mouvement de grève.

Mais ce n'est pas de ça qu'on les accuse, au contraire: les médias diffusent l'information de la police, et c'est ça le problème.  Ils servent de relais à la répression étatique.  Sachant que les droits des quatre accusé-e-s ne seraient pas respectés par une police de moins en moins contrôlable, les médias auraient dû refuser de publier leurs photos dans leurs quotidiens, étant donné surtout la faiblesse de la preuve.

Non contents de publier servilement les photos, ils en ont rajouté en diffusant de fausses informations sur plusieurs personnes, concernées ou pas par la lutte étudiante.

Depuis le début du conflit, je me suis plaint trois fois à certains médias qui ont purement et simplement colporté des mensonges.  J'aurais pu le faire un bien plus grand nombre de fois[1], mais dans les cas qui nous intéressent, les journalistes ne se sont que renvoyé la balle.  Une fois, La Presse s'est justifiée en prétendant qu'elle n'avait fait que relayer les informations non-vérifiées diffusées par PC.  Une autre fois, un journaliste avait signé un article et accepté la collaboration d'un autre journaliste, qui m'avait mal cité sur mon blogue. Après avoir reçu ma plainte, il a rejeté la responsabilité sur son collaborateur (de Victo...).  Jamais il n'y a eu de contrôle, jamais il n'y a eu de vérifications.  Pourtant, une simple recherche sur Google aurait parfois suffi.  Et les réponses à mes questions ont été minables et pleutres.  Les journalistes qui ont commis les impairs ne sont souvent même pas en mesure d'assumer le contenu de leurs articles devant des quidams. 

Mais ce matin, c'était pire encore.  Les journalistes et photographes se sont livré-e-s à du harcèlement!  Pourquoi devoir expressément prendre mille photos (sans doute pas bonnes en plus)?  Pourquoi hurler après des adolescentes qui déplient un tissu devant les caméras?  Pourquoi aller jusqu'à prendre en photo, par-derrière, les gens qui en empêchaient d'autres de prendre des photos (avec les mêmes foulards et bouts de tissu)?   Pourquoi toute cette intimidation?

Vous pourrez remarquer qu'en revanche, je n'ai pas assisté à la perturbation du travail de journalistes de la presse écrite et de la radio.  Une femme de CBC News se promenait d'ailleurs avec un microphone au milieu de la foule, librement.  Elle est restée dans les parages jusqu'à ce que je parte.  A-t-elle été intimidée?  Pas à ma connaissance.  Pourquoi?  Parce qu'elle NE NOUS HARCELAIT PAS!

Cela ne l'a pas empêchée d'enregistrer ma conversation avec un ami à notre insu, tout bonnement.  Elle tenait son micro dans le creux de son bras, subtilement, dos à nous, comme si elle prenait une pause.  Mais comme le micro pointait vers nous, j'ai jeté un coup d'oeil à son magnétophone en étirant le cou: le chronomètre roulait!

Que le lieu soit public ou non, prendre des milliers de photos d'individus sans leur consentement, les filmer à trois pouces du visage, les enregistrer à leur insu, c'est une agression et un manque flagrant de respect.  Ce n'est la plupart du temps pas une pratique journalistique acceptable.

C'est aussi de la provocation.  On aurait dit que les journalistes des grands médias, les derniers ayant été ciblés à juste titre par Force Étudiante Critique, avaient massivement décidé de chercher les claques.

Je crois avoir repéré Rima Elkouri dans un coin.  Non pas en plein milieu de la foule, mais en bordure.  Elle avait un calepin et prenait des notes en interviewant un jeune.  En ce qui me concerne, je ne vois pas de problème à ça.  C'était (en apparence du moins) le seul acte de journalisme véritable auquel j'ai pu assister ce matin.  On verra bien si ça se traduit par une analyse rigoureuse.

Bien sûr, par la suite, les caméras ont flairé la bonne affaire et se sont rameutées.  L'entrevue a été perturbée.  Pas la faute à Mme Elkouri, mais aux rapaces de la télé.

Les journalistes dignes de ce nom ne peuvent qu'avoir honte des agissements de tels parasites de l'information.

Aux autres: vous vous demandez pourquoi certaines personnes s'attaquent à vous pendant des manifestations, en vous engueulant et parfois même en vous lançant des balles de peinture?  Vous répliquez toujours, scandalisé-e-s, que ces gens-là vous empêchent de faire votre job.  Eh bien justement.  Vous la faites pas, votre job.  Vous êtes une nuisance pour le réel et vous entretenez l'illusion.  Mais il n'est pas trop tard pour changer.

Mise à jour: Finalement, Rima Elkouri soutient ses collègues agresseurs.  J'ai vu deux personnes, au minimum, s'adresser directement aux médias hier.  Les entrevues se sont faites dans le calme.  Pourquoi Mme Elkouri n'a-t-elle pas la décence d'avouer qu'elle a fait cette entrevue de plusieurs minutes avec un jeune homme?  Pourquoi a-t-elle écrit son article seulement sur la prétendue répression des médias?   Pourquoi n'a-t-elle même pas pris la peine de faire un reportage honnête et de citer les personnes interviewées?

________


[1] Notons la merde nazie relayée par le journal de Québec, qui prétendait que la CLASSE était affiliée à l'UCL, une organisation anarchiste!  Notons aussi l'ignorance de plusieurs journalistes, dont quelques-uns sont malgré tout favorables à la cause étudiante (ex: Michèle Ouimet).  Sachez, chers/chères journalistes, qu'un reportage plein de faussetés, même quand celui-ci nous est favorable, reste nuisible à notre cause!

jeudi 3 mai 2012

Ambiance de sommet à Victo?

Le cégep de Victo a décidé de fermer ses portes à partir d'hier.  «La direction du cégep de Victoriaville a pris la décision de suspendre ses activités à compter de 18 heures ce mercredi 2 mai, et ce, jusqu'au lundi matin 7 mai, 6 h 30.»

Pourquoi?  La réponse est nébuleuse, mais il est évident que c'est directement en lien avec la venue de Charest.  Sur place, on parle de lock-out. 

Toutes les précautions sont prises pour que Victo survive à un potentiel état de siège.  J'ai été informé hier que les pompiers avaient même fait la tournée des commerces pour s'assurer qu'aucune chaise et/ou autre objet massif ne se retrouve à l'extérieur, pour éviter qu'ils servent à commettre des crimes.  C'est un peu cave comme idée, mais plusieurs pensent - sans doute à tort - que ça va barder. 

À Victo, la SQ spécule.  Elle vient de décider d'informer les citoyen-ne-s que la 116 serait fermée à toute circulation demain.  Apparemment pour mieux «encadrer» la manifestation. 

Les puissant-e-s s'inquiètent.  On attend plusieurs milliers de personnes, de toutes les tendances progressistes.  Combien répondront à l'appel?  Il est encore impossible de le savoir.  Les dés ne sont pas encore jetés.

Il est cependant fort probable qu'on revive l'épisode Montebello 2007.  Le Sommet du Partenariat pour la Sécurité et la Prospérité avait, dans une bien plus petite ville, amené quelques milliers de contestataires.  Plusieurs avaient établi un campement sur place.  Il y avait eu un affrontement assez violent après que la SQ ait décidé de provoquer les manifestant-e-s par des grenades lacrymos lancées à tout vent.

À Victo, je ne pense pas que les flics de la SQ vont se gêner pour les utiliser.  Équipez-vous bien, au cas où.

Combien coûteront les dispositifs de sécurité installés à Victo?  Il est presque impensable que la SQ entoure le complexe hôtelier d'une clôture.  Trop d'espace ouvert.  Pas de goulot d'étranglement.  Je l'ai déjà mentionné.  Si la SQ et la ville de Victo s'inquiètent tant (assez pour que le maire, en panique, fasse une déclaration vidéo sur la Toile), quelles limites dépasseront-ils pour faire régner l'ordre et permettre aux délégué-e-s du PLQ de saboter notre avenir en toute quiétude?

Il est probable, ironiquement, que rester à Montréal aurait finalement été un choix judicieux pour Jean Charest et sa clique.  Victoriaville est en plein coeur du Québec, à mi-chemin entre la capitale et la métropole (ou presque).  Se rendre là, c'est facile.  Pensaient-ils pouvoir organiser leur petite réunion en catimini?

Mise à jour:

Le tracé de la clôture fourni par Pwel.

La météo.

mercredi 2 mai 2012

la manif à Victo.

Remise à jour (8 mai 2012)

Un certain Yves Claudé, professeur de sociologie et troll à temps plein, a décidé de me diffamer sur plusieurs sites Internet, dont Vigile.net, Ledevoir.com et etat-critique-blog-politique.com.  Il insinue que cet article diffuse des informations qui montrent la "collusion" entre policiers/ères et "casseurs/euses".  En d'autres mots, ce billet serait la preuve formelle que je serais un casseur en puissance, et que mes efforts servent à légitimer une opération policière violente.  C'est de la pure paranoïa.  

M. Yves Claudé n'en est pas à ses premières armes dans la diffamation.  Il a l'habitude d'enterrer Internet sous ses accusations hystériques et souvent mensongères.  Sa stratégie?  Répéter mille fois le même message sur tous les réseaux, dans les boîtes de commentaires de blogues et des mass médias.  Il accuse toute personne dissidente avec agressivité, il déforme le propos des textes d'origine, il fait de la citation partielle, etc.  Je suis loin d'être la seule victime de cet exercice.  En 2010, M. Claudé a reçu une mise en demeure après avoir diffamé la CRAP (Coalition contre la répression et les abus policiers), prétendant que ses membres étaient liés au crime organisé.

Dans ce cas-ci, l'objectif avoué est de légitimer une conduite dangereuse et violente envers les "casseurs" PRÉSUMÉ-E-S.  Ici, il parle de "neutraliser" ces mêmes "casseurs"[3].  Cette manière d'encourager la haine et la violence de la part de ce soi-disant sociologue peut mener à des affrontements entre manifestant-e-s, augmenter la tension et ironiquement venir justifier une répression policière plus intense. 

Le reste de ce texte est l'original, publié avant la manifestation du 4 mai.

***

On m'annonce que le départ de la manifestation, à Victoriaville vendredi (17h00), sera sans doute devant le Wal-Mart et donc à l'écart du centre-ville, dans une partie de Victo qui ressemble un peu à Brossard.

La 116 (161) est une des routes principales les plus passantes à Victoriaville.  Une voie rapide qui s'embarrasse assez peu de piéton-ne-s.  Soyez prudent-e-s!


Comme vous pouvez le voir sur cette carte (cliquez pour agrandir), Le Victorin est situé au Nord-Est de la ville (entouré en bleu), et il est entouré de quelques commerces, de sous-bois, d'un quartier résidentiel et de terres agricoles.  Le Wal-Mart, ainsi que d'autres magasins à grande surface, sont situés au sud.  À l'extrême-sud se situe la Grande Place des Bois-Francs, qui est un centre commercial.

Le cégep est au sud-ouest de la carte, entouré d'un trait rouge. Juste à l'Est: la Polyvalente Le Boisé.

Sur la photo, juste au sud du Victorin, apparaît un chantier.  La photo commence à dater.  Aujourd'hui, au même emplacement, figurent quelques autres commerces, dont une succursale de la chaîne de restaurants Paccini, et peut-être encore un terrain vague.  Et surtout plusieurs espaces supplémentaires de stationnement.


Voici à quoi ressemble le fameux hôtel.  Un peu drabbe, mais relativement sécuritaire pour des gens pas trop fiers qui veulent prendre des décisions importantes à l'écart, en raison de la tranquillité du voisinage.  La principale salle de conférence, c'est l'aile sud, en blanc sur la photo.  Regardez comme les fenêtres sont gigantesques.  Cela dit, il y a 14 salles de réunion différentes.  Dans laquelle seront Charest et ses acolytes?  Je l'ignore.  Je souhaite que les gens de Victo réussissent à le découvrir et diffusent l'info vendredi*.

Comme vous pourrez le constater, barrer la route ne suffira pas à empêcher des militant-e-s motivé-e-s de passer.  Les alentours du Victorin sont un véritable gruyère.  Pas aussi facile à défendre que le Centre des Congrès.  Pas aussi facile de faire des arrestations de masse qu'en plein centre-ville de Montréal, de Québec ou de Sherbrooke.  Le salut de la SQ serait sans doute le recours à des chiens.  On ne souhaite bien entendu pas que ça se produise, mais surveillez quand même les policiers.


Si vous êtes assez nombreux/euses, je pense qu'il sera possible de plus ou moins encercler l'hôtel le Victorin.  Il faut seulement faire preuve d'audace[1].

Voici l'hôtel en plus gros plan.  Regardez à quel point il y a de l'espace à découvert.  Partout autour.  Incroyable.

Vous avez jamais fait de manif dans ces conditions?

Eh bien moi non plus.

Mise à jour:  Les transports:

Liste des départs en autobus prévus par les associations étudiantes jusqu’à maintenant:
- Collège de Valleyfield, 13h00.
- UQAM (Parc Émilie Gamelin), 14h30.
- Université Laval (Université Laval - Pavillon Charles-De Koninck 1030, avenue des Sciences-Humaines, Quebec, QC G1V 0A6), 15:00.
- UdeM (3200, rue Jean-Brillant), 14h.
- McGill et Concordia (coin Sherbrooke et McTavish, en arrière de l'édifice Bronfman. Pour réserver on peut envoyer un courriel à victoriaville4may@gmail.com.),14h
- Collège de Maisonneuve, 14h00.
- Cégep de Saint-Laurent, 13h00.


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*Mise à jour: Des verts, sur Facebook, m'apprennent qu'un bal des finissant-e-s a été déplacé pour laisser la place au Conseil Général du PLQ.  Le Conseil Général va donc se faire dans la salle qui aurait dû servir aux finissant-e-s.
[1]Si vous manquez votre coup et que vous vient l'idée tordue de saccager le centre-ville, sachez que ce serait pas gentil du tout.  Au centre-ville (sur Notre-Dame Est), il n'y a que des petits commerces, ou presque.  Ça ne fonctionne pas du tout comme à Montréal ou Québec.  Pas de grand siège social de multinationale, pas de boutique Simon, Guess, Gap, etc. Les gros commerces capitalistes sales sont, comme je l'ai déjà mentionné, au sud, près du point de départ de la manif.  Sur Notre-Dame-Est, il y a trois petites succursales de banques, le bureau du député Claude Bachand, et c'est pas mal tout. Donc s'il-vous-plaît, sortez au centre-ville si vous voulez (le Café Shad, comme je l'ai dit plus tôt, est très bien et on peut y boire de l'alcool), mais souvenez-vous qu'il y a rien à casser.
[2] Je fais une note de bas de page supplémentaire à laquelle renvoie, comme vous le voyez, aucune partie du texte pour vous dire que l'AGEECV (l'asso du Cégep de Victo) souhaite que la manif soit pacifique et qu'elle se fasse dans le calme.
[3]"Il devient donc de plus en plus nécessaire de protéger les manifestations contre les casseurs. C’est ce que les manifestants de ce samedi 5 mai à Victoriaville se sont employés à faire en neutralisant les individus masqués, bien déterminés à ne pas être victimes des mêmes exactions que celles qui ont été perpétrées la veille, dans un contexte où il est possible que les casseurs, tout en provoquant la répression policière, aient atteint physiquement non seulement des policiers, mais aussi des manifestants, avec leurs projectiles potentiellement mortels."

jeudi 26 avril 2012

Hostie de grosse manif.

Le centre-ville de Montréal était cerné de flics.  Un nuage de gaz irritant l'a complètement recouvert pendant une bonne demie-heure.  De Saint-Laurent à Berri, les passant-e-s toussaient, parfois à en cracher leurs poumons.  Je ne comprends pas pourquoi les flics ont eu tant recours à ces émanations toxiques pour disperser une manifestation qui ne s'est, justement, jamais dispersée.

La foule était beaucoup trop compacte et le risque de panique collective trop élevé.  C'était vraiment, vraiment une mauvaise idée.  Quand les gens, qui n'avaient aucune idée que la manifestation était devenue illégale, se sont mis à reculer, des appels au calme ont fusé de toutes parts.  Quelques badauds, plus lâches que les autres, ont continué de pousser, manquant de piétiner des jeunes.

On m'a demandé au moins dix fois ce qui se passait, en m'arrêtant sur un coin de la rue.  J'ai fini par me décourager de tout expliquer.  À la fin, je pointais seulement l'immense nuage de gaz qui se diffusait sur Sainte-Catherine.  «Il se passe... ça.»  Pendant que tout le monde courait à en perdre haleine, un journaliste, ne comprenant rien à l'urgence de la situation, a demandé à un médic s'il pouvait répondre à quelques questions. Celui-ci s'apprêtait à s'occuper d'une jeune femme au visage et aux yeux rougis.  «Pas le temps», a-t-il répondu sèchement au jeune reporter.

La foule s'était divisée.  Les gens criaient.  La plupart remontaient un bout de foulard sur leur nez pour éviter de respirer l'air devenu difficilement respirable.

***

Qu'est-ce qui a mené à un tel chaos?  Pas mal de choses.  Des chandelles romaines - pas vraiment aussi dangereuses que la police le prétend - ont éclaté.  Ça, c'est illégal.  Ensuite, des adeptes du Black Bloc ont décidé de frapper des cibles; illes ont été très sélectifs/ives en ne s'attaquant uniquement qu'aux banques.  Plusieurs vitrines ont éclaté.  Les activistes ont été plutôt avares: une vitre par banque seulement, et on passe à la suivante.  Le manège a duré plus d'une dizaine de minutes, pendant lesquelles des pacifistes huaient les anarchistes.  Apparemment, cette tension aurait provoqué des accrochages physiques.

Puis, les gens de l'arrière nous ont appris que la manifestation avait été déclarée illégale.  Mais la foule était immense.  Minimum 7 000.  Comment une telle foule peut-elle se disperser?  Une foule qui n'a aucune idée qu'elle est en train de commettre une infraction?

Quelques minutes plus tard, la tête de la manifestation se fait charger et gazer.  Tout a déboulé à partir de là.

Je n'ai rien vu après ça.  J'ai entendu dire que des voitures avaient été vandalisées, d'autres auraient flambé.  J'ai remarqué qu'à un certain moment, plusieurs dizaines d'individus qui ne semblaient pas du tout être des étudiant-e-s s'étaient regroupés de manière plus ou moins organisée.  Dont plusieurs gens visiblement intoxiqués par l'alcool.  Des bums du centre-ville, un peu désœuvrés?  Des jeunes fatigués de magasiner, de boire et soudainement dégrisés par le désordre?

L'attaque des banques et de la méga-librairie Chapters, c'était signé.  Mais qui s'est attaqué-e à la vitrine de la petite boutique de chapeaux de la rue Sainte-Catherine?

Tir manqué?  Émulation maladroite des Black Bloc par des gens qui ne comprennent pas tout à fait l'objectif de cette tactique? Casse gratuite faite par des ivrognes qui n'ont pas eu droit à leur émeute du CH?  Ou attaque sincère vis-à-vis d'un commerce qui ne vend pas des chapeaux éthiques?  J'aimerais bien le savoir.

De mémoire, cette manifestation fut la plus grosse jamais réprimée à Montréal. Jamais, dans la métropole, autant de gens ont été visés simultanément par la violence policière.

lundi 23 avril 2012

Rassemblement pour le jour de la Terre : 300 000, vraiment?

J'ai de sérieux doutes sur le nombre de 300 000 personnes avancé par les organisateurs/trices de l'évènement d'hier, qui s'est tenu au centre-ville de Montréal.  Oui, il y avait une foule gigantesque, et oui, je me rends de plus en plus compte que la majorité de mes connaissances résidant à Montréal y étaient.  Mais 300 000, c'est 16% de la population de Montréal.  C'est énorme.  De plus, aucune photo jusqu'à date ne me permet d'estimer la foule de manière globale.  Et comme le trajet n'était pas assez long et que la maudite main géante empêchait tout le monde de circuler, je ne vois pas comment il a pu être possible d'évaluer autrement la foule qu'au pif.

Le 22 mars dernier, il aurait été pratiquement impossible de compter la foule comme je le fais parfois, par bloc de 20 ou 100 personnes.  J'ai calculé selon un débit moyen observé pendant une heure et demie sur la rue Sherbrooke.  C'était extrêmement imprécis mais encore possible.

Impossible de calculer le débit alors que la marche est autant ralentie par un tel bouchon.  Comment, alors, en est-on venu-e-s à cette conclusion?  J'ai entendu dire que d'autres organisateurs/trices se fient essentiellement sur une question d'espace.  On se demande combien de personnes rentrent par exemple à la Place des Spectacles, et si la Place des Spectacles est remplie, eh bien il y a environ tant de manifestant-e-s.

Alors bon.  En ce qui me concerne, je n'aurais certainement pas estimé la foule à moins de 80 000 personnes.  Mais c'était peut-être le double.  J'en ai aucune idée, j'étais à l'intérieur et la seule impression générale que j'ai pu avoir, c'est sur le flanc du Mont-Royal, en arrivant au parc Jeanne-Mance.

On peut assez facilement en conclure que les manifestations des derniers mois sont beaucoup plus historiques que les célèbres manifestations des Cols Rouges de 2010, ces contribuables en colère contre le gaspillage de fonds de l'État québécois.  Notons que le mouvement semble plus ou moins avoir perdu de sa cohésion, puisque leur site web ne répond plus.

Rappelons aussi qu'une manifestation de plus de 10 000 personnes est en temps normal très rare au Québec.  En quelques mois, les étudiant-e-s à eux seul-e-s ont réussi à organiser plus de rassemblements de cette taille que l'ensemble du Québec en peut-être une décennie.  L'ampleur de la contestation n'est pas sans précédents - il faut replacer chaque conflit dans son contexte - mais elle est impressionnante.

Le succès de la grande marche du Jour de la Terre est sans aucun doute une conséquence directe de cette mobilisation.  Il est impensable que sans le conflit étudiant, "300 000" personnes se soient réunies au centre-ville pour dénoncer le bilan de Charest et de Harper en environnement.  Les personnalités et artistes qui se sont chargé-e-s de faire la promotion de l'évènement ne se seraient sans doute d'ailleurs pas déplacé-e-s uniquement pour les femmes innues.  Illes ne se sont pas déplacé-e-s à Québec. 

Où je veux en venir: il semble y avoir une certaine contamination dans la contestation.  Ce n'est bien entendu pas généralisé.  Si je crois que la mobilisation est exceptionnelle, je ne nous crois pas du tout en contexte « révolutionnaire », que cette révolution soit un printemps « québécois », « érable », « étudiant », ou whatever.  Il est probable que les forces vives de cette contestation ne parviennent même pas à élire un autre gouvernement aux prochaines élections.  Et même si un nouveau gouvernement était élu, il est fort peu probable qu'il se sente réellement investi d'un mandat de changement social.  L'effervescence est très forte, mais elle reste minoritaire.

***

J'ajouterais quelques remarques sur la manifestation d'hier.  Premièrement, j'ai été ulcéré de voir que l'escouade antiémeute s'est déplacée expressément au Parc Émilie-Gamelin pour se livrer encore à un exercice scandaleux de provocation.  Rappelons que la CLASSE avait appelé ses membres à se réunir près de l'UQAM afin de se joindre plus tard et en masse au grand rassemblement.  Les flics en armure ne sont pas sortis de leur minibus, mais le pick-up haut-parleur du SPVM a donné l'ordre aux manifestant-e-s de bien se comporter, nous avertissant de conséquences terribles en cas d'actes illégaux.  Mon petit doigt me dit qu'on n'a pas servi les mêmes avertissements à la "paisible" foule de "300 000" personnes et que cette action policière consistait en un profilage politique particulièrement intimidant.  Pourtant, le petit rassemblement de la CLASSE était constitué d'une foule aussi bigarrée que plus loin vers l'ouest: enfants, étudiant-e-s, familles complètes, travailleurs/euses et retraité-e-s, etc.

Je trouve de plus très mauvaise l'idée de permettre au service d'ordre - chargé de former les limites de la «main» - de provoquer une congestion dégueulasse aux abords du parc, et de rendre ainsi la vie de tout-e-s les manifestant-e-s pogné-e-s au milieu très désagréable.  Créer un bouchon, dans une manifestation monstre, est dangereux et stupide.  De plus, on m'a pratiquement donné l'ordre, à moi et à une co-manifestante, de rester dans un des hosties de doigts de la main, de manière très autoritaire et impolie.

Nous n'avons pas marché assez longtemps: quelques centaines de mètres et c'était déjà terminé.  Je trouve que pour des organisateurs/trices qui attendaient plus de 100 000 personnes, le trajet manquait sérieusement d'ambition.

Je remarque aussi que beaucoup des manifestant-e-s pris-es au milieu de la foule, sur la ligne de départ, ont agi de manière irresponsable.  Les gens poussaient, promenaient des pousse-pousses au milieu de la masse déjà compacte, rendant toute évacuation pratiquement impossible.  Et continuaient malgré tout d'affluer, aggravant le problème.  Il aurait pu y avoir des accidents.  Pensez-y la prochaine fois.  Et là, je parle aux vieux et vieilles qui nous font habituellement la morale sur la vitesse au volant et ou qui veulent nous coller un couvre-feu jusqu'à 25 ans.  Ceux et celles que j'ai vu hier pousser tout le monde en tas pour vous rapprocher de l'avant de la marche.  Vous manquez dangereusement d'autodiscipline et en plus c'est à peine si vous criez des slogans.  Mais c'était pas un festival, hier.  C'était une manifestation.  C'était politique.  Spectacle de Mes Aïeux ou pas.

Ce n'est pas que je ne respecte pas votre manière de vous exprimer, et que je ne suis pas heureux de voir que vous prenez enfin la rue pour défendre une cause.  Mais il ne faut pas mettre un certain facteur de risque de côté.  Une foule compacte remplie de gens sans jugement est bien plus dangereuse que 1000 émeutiers/ères.

Bref.  Je sais bien que vous avez l'habitude de marcher par contingents lors de la marche syndicale du premier mai, de vous faire appeler avant de vous mettre en marche.  Je sais que vous êtes habitué-e-s à ce que des haut-parleurs diffusent des bruits de foule à votre place.  Mais vous avez pas besoin de ça.  Vous avez juste à être créatifs/ives, à prendre des initiatives.  Mais surtout, quand vous voyez une foule compacte devant vous, arrêtez d'avancer.

lundi 9 avril 2012

Le printemps québécois - pas le mien.

Les tenant-e-s du printemps érable, du printemps étudiant ou du printemps québécois ne m'interpellent que peu avec leurs beaux discours. Habituellement, quand je sais que quelque chose est en train d'échouer, je ferme ma gueule afin de ne pas augmenter les chances d'échec. Mais actuellement, je ne sais juste absolument pas comment on pourrait en venir à entrer dans une nouvelle ère d'effervescence extraordinaire et, pour paraphraser le Refus Global, d'anarchie resplendissante en quelques semaines.

Oui, il y a des choses assez spéciales qui se passent. Par exemple, que les gens se mettent à monter spontanément sur scène dans un spectacle pour s'emparer du micro, comme l'a fait Benjamin Huppé à la soirée "Nous", c'est sans doute un symptôme de quelque chose. Même si c'était pour à peu près rien dire qui sorte de l'ordinaire. Le public habituel de ce genre d'évènements (comme le public du ironiquement plutôt politiquement correct Combat contre la langue de bois, dont j'ai fait partie une fois) est d'ordinaire poli et relativement apathique. Quelques actions d'éclat et manifestations furent aussi mémorables.

Mais peut-on réellement parler d'un contexte semblable au Printemps arabe? Rappelons que cette série d'évènements qualifiés à ce moment-là de révolution avait été déclenchée par une simple étincelle: un jeune Tunisien qui s'était immolé par le feu, désespéré de ne pouvoir gagner sa vie même humblement dans un pays gouverné par un tyran. Il n'a fallu que ça pour que toute la tension, insupportable dans les mois précédents - je l'avais sentie en Égypte - se relâche d'un coup. Un poing fermé qui s'ouvre et fleurit.

Ici, un mouvement de taille respectable essaie de faire plier le gouvernement sur un seul point, sans que la population ne se sente visiblement interpellée par autre chose que la fluidité de la circulation à Montréal. Certes, il y a des appuis, et certains sont de taille. Mais rien de réellement spontané. Pas d'allumette dans la mare d'essence surchauffée. Même les électrochocs d'Aveos et du budget fédéral n'arrivent pas à mobiliser plus que 7 000 personnes pour une marche d'une heure et demie.

Pour mobiliser les foules, il faut encore et toujours passer des tracts pendant des jours, faire de la logistique, annoncer partout, crier à en perdre la voix. C'est plus facile qu'en temps normal. Mais ce n'est pas une explosion. Ce n'est pas le printemps érable. Ce n'est même pas un printemps. C'est la grisaille et le mépris qu'il faut continuer à subir à l'extérieur du cercle de nos allié-e-s politiques. Si c'était un printemps révolutionnaire, il n'y aurait aucun besoin de se justifier sans arrêt, de se défendre dans des points de presse et dans des émissions stupides, de faire des memes sur Richard Martineau.

On aurait pas non plus besoin de leaders, de porte-paroles ou de prolifiques artistes pour parler à notre place.

***

Cet après-midi, quand je suis passé au Carré Berri pour assister un peu au rassemblement pour le Printemps québécois, j'ai remarqué qu'il y avait quand même pas mal de monde: entre 600 et 1000 vers 14h30. Sans doute les mêmes orateurs/trices que d'habitude: Gabriel Nadeau-Dubois (qui a répété le même discours que l'autre jour), Dan Bigras, des syndicalistes, etc. J'ai aussi aperçu Jean Barbe et, je crois, Marie-Ève Rancourt, mais je ne sais pas s'illes ont pris la parole. C'était un bel évènement qui a attiré une belle foule malgré la pluie, bien que je ne partage pas l'enthousiasme de plusieurs participant-e-s.

Si vous voulez vous y rendre et tenter d'inscrire votre nom sur la liste des discours (je sais pas si c'est encore possible), vous avez, il paraît, jusqu'à 22h00.

Et si vous voulez alimenter la lutte, vous pouvez aussi participer, samedi le 14 avril, à la marche pour un printemps québécois, qui débute au Parc Jeanne-Mance, à Montréal.

Même si je ne crois pas que nous allons vivre des changements importants au cours des deux prochains mois, il y a quand même de faibles chances pour que le mouvement croisse lentement jusqu'à mener à quelque chose d'incohérent, de chaotique, de désordonné, d'indiscipliné, et de savoureux. Il n'y a pas qu'une seule manière de déclencher une révolution. Il n'y a pas que le printemps qui soit favorable à la liberté.

dimanche 1 avril 2012

manif nationale à Sherbrooke

Quand : lundi, 2 avril, 14:00 – 17:00
Où : Parc Jacques-Cartier, Sherbrooke

Voici l'appel à la manifestation:

"Depuis maintenant plus de six semaines, des centaines de milliers d'étudiants et d'étudiantes sont en grève générale illimitée contre l'augmentation des frais de scolarité. Le 22 mars dernier, près de 200 000 personnes étaient dans les rues de Montréal. Une telle mobilisation est unique dans l'histoire du Québec. Le 22 mars, ce n'était que le début! Manifestons dans la circonscription de Jean Charest! Des actions seront organisées Du transport sera organisé partout à travers le Québec."

Les autobus partent à partir de Montréal au Carré Berri à 10h30.

La météo sera bonne.

Vous savez ce que c'est: s'il y a en-dessous de 10 000 personnes qui y vont, on dira ensuite dans les médias que le "mouvement s'essouffle". Alors que 5 000-10 000 personnes dans une manif à Sherbrooke, c'est encore tout à fait considérable. Faites attention à ce que vous allez ressentir en lisant les journaux le lendemain.

mercredi 28 mars 2012

blocage du port de Montréal

Ce matin, un groupe de plus de 700 étudiant-e-s est descendu sur la rue Pie-X à Hochelaga jusqu'à un accès du Port de Montréal, qu'il a bloqué pendant plus d'une heure, avec le soutien de quelques travailleurs/euses. Un peu plus tard, le groupe est parti vers l'Est afin d'appuyer des manifestant-e-s qui avaient décidé de bloquer la voie ferrée. C'est à ce moment que l'escouade antiémeute s'est déployée. Alors qu'il n'y avait eu aucune violence ni même une résistance particulièrement active de la part des manifestant-e-s, les policiers/ères ont abusé du poivre de cayenne sur une une foule de jeunes, dont quelques mineur-e-s, en plus d'en frapper plusieurs autres à la tête, dont un étudiant qui devait peser moins de 57 kilos et qui voulait simplement parlementer.

Les manifestant-e-s ont ensuite décidé de prendre la rue Ontario et de crier des slogans appuyant les travailleurs/euses en conflit. Les manifestant-e-s ont ensuite paradé devant les bureaux du ministère de l'éducation, du loisir et du sport avant de descendre sur Notre-Dame. La marche s'est terminée au Parc Émilie-Gamelin, devant l'UQÀM.

Les agissements violents de la police ont fait au moins deux blessés légers, et plusieurs autres personnes ont été intoxiquées par le gaz au poivre.

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Je trouve que la couverture médiatique de ce genre d'évènements devient de plus en plus absurde. En plus de banaliser honteusement les abus policiers, on en vient à réduire l'action à ses conséquences sur la circulation automobile. C'est dégoûtant.

mercredi 21 mars 2012

Manif demain, 13h00, Montréal, Place du Canada.

C'est à la Station Bonaventure. Si vous n'avez pas l'habitude des manifs, sachez que lors d'un rassemblement de cette taille, on attend généralement entre 40 minutes et une heure et demie avant de se mettre à marcher. Donc vous pouvez arriver en retard.

Quelques personnes ont montré, à mon grand étonnement, des inquiétudes face à la présence de la police lors de cette manifestation. Rappelons que c'est une manifestation nationale et que les chances pour qu'une répression massive ait lieu sont presque nulles.

Je comprends tout à fait qu'on n'y aille pas pour des raisons politiques, à cause de l'éloignement, ou d'un empêchement, mais la peur de la répression n'est absolument pas une bonne excuse. Hier, plusieurs étudiant-e-s se sont réuni-e-s devant les bureaux de Bachand, sur Côte-des-Neiges[1], et malgré la présence de plus de vingt policiers/ères plutôt agressifs/ives et méprisant-e-s, il n'y a pas eu d'affrontement. Idem au 600, rue Fullum.

Il y a aussi le fait qu'il est à peu près impossible de brutaliser une foule de plus de 8 000 personnes au Québec. Et demain, nous serons certainement plus que 50 000 (je m'attends à ce que nous soyons peut-être même au-dessus de 100 000). Donc il faut selon balayer cette menace du revers de la main. Venez donc.

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[1] Les bureaux les mieux gardés que j'aie jamais vus. La SQ était là. N'oubliez pas que le même édifice comprend aussi une clinique de pédiatrie. Des dizaines de femmes enceintes et de couples avec enfants passent par le même couloir qui conduit au bureau du ministre.

lundi 19 mars 2012

Blocage au ministère de l'éducation (Fullum)

Je reviens d'une manifestation ayant eu pour objectif de bloquer les bureaux du ministère de l'Éducation à Montréal, au 600 rue Fullum, dès 7h00 ce matin. Pendant ce temps, d'autres manifestant-e-s maintenaient le blocage complet du Cégep Maisonneuve.

Environ une centaine de personnes sont restées pour maintenir le blocage du 600, rue Fullum, malgré les menaces de l'escouade antiémeute venue pour réprimer la foule. Comme je suis arrivé vers 10h00, je n'ai pas vu grand affrontement. Il semble bien toutefois que les étudiant-e-s aient bel et bien réussi à bloquer complètement l'édifice pendant un certain temps, puisque ce n'est qu'à mon arrivée que les employé-e-s ont pu parvenir à entrer. Quelques employé-e-s rébarbatifs et dégoûté-e-s, visiblement, par le gouvernement, ont toutefois décidé de ne pas rentrer au bureau (du moins pas tout de suite), s'attirant les applaudissements de la foule et plusieurs poignées de main.

Le blocage s'est ensuite transformé en manifestation. Nous nous sommes rendu-e-s jusqu'au Parc Émilie-Gamelin, devant l'UQÀM, avant qu'une personne nous annonce qu'elle savait où se trouvait Jean Charest. Nous avons donc continué de marcher vers le centre-ville, feintant à quelques reprises pour tromper l'escouade anti-émeute qui tentait d'anticiper nos mouvements. Quand nous sommes arrivé-e-s à destination, nous n'étions malheureusement plus que trente à cinquante. Un manifestant a alors fait une déclaration au mégaphone, reliant la lutte étudiante au Plan Nord, qui vise à "crosser les Innus" à grands frais, alors que l'argent investi (80 milliards?), pourrait être transféré en éducation ou bien tout simplement pas dépensé.

Plusieurs liens ont été donc faits avec les luttes sociales et démocratiques actuelles, que ce soit la lutte contre la corruption, la brutalité policière et les gaz de schiste. Malgré la petite taille de la manifestation, le discours était donc varié et dynamique.