vendredi 24 février 2012

Intimidation des pro-grève.

Je pense qu'il est exagéré de prétendre que le MERSQ est la grande victime de la grève. Les médias et la ministre de l'éducation laissent quant à eux croire que l'intimidation viendrait juste d'un bord. C'est complètement faux. Les huées, dans des AG occupées majoritairement par des gens opposés à la grève, c'est aussi fréquent que dans les AG qui comptent une vaste majorité de gens favorables à la grève.

Notons qu'à l'AG de vote de grève de l'AFESH, une des associations les plus militantes du Québec, il n'y eut des protestations réelles s'approchant de huées qu'une seule fois: lorsqu'un pro-grève avait fait une accusation illégitime envers nos collègues de psycho et de sexo. Les gens qui ont protesté suite à ce débordement étaient... surtout des pro-grèves.

Les huées, commentaires déplacés et applaudissement sont une question de force de la culture démocratique, et non pas d'appui ou de rejet de la grève.

Pendant la journée de piquetage du 10 novembre dernier à l'UQÀM, nous en avons vu de toutes les couleurs: coups de poing au visage, forçage de blocus, bousculades. Apparemment, un étudiant frustré aurait même jeté un verre rempli de liquide à la face des piqueteurs/euses. Un crétin m'a également menacé de me passer dessus en char. Ce genre de trucs arrive constamment. Mais on ne va pas se plaindre à TVA quand des individus adoptent un tel comportement (à moins bien sûr que ce soit la police qui soit responsable des abus). Mise à jour: Non c'est pas vrai on se plaint finalement.

Je me suis fait très souvent huer pendant des périodes de questions suivant des conférences, lors de débats ou d'autres évènements. Une huée, ce n'est pas intimidant si on ne se laisse pas intimider. C'est un simple manque de respect et de savoir vivre. Pour être intimidé-e, il faut au minimum être inquiété-e, ou avoir peur.

Cela dit

Manquer de respect, intimider, bousculer un-e camarade réticent-e à nos valeurs ne sert pas du tout la cause défendue. Ça excite les extrêmes, ça peut provoquer une confrontation complètement contre-productive mais surtout, ça peut transformer quelqu'un en martyr. Les porte-paroles du MERSQ l'ont parfaitement compris. À cours d'arguments, illes tentent actuellement de passer pour les victimes. J'ai une grande confiance dans le calme platonique de mes ami-e-s activistes; je les ai vu agir. Mais chaque polarisation des camps amène dans nos rangs une nouvelle marée de cons.

Si donc je prend un-e pro-grève sur le fait en train d'intimider réellement ou d'agresser un individu sous le simple prétexte d'avis divergents, je lui enfonce un balai dans le cul et je m'en sers comme pancarte à la manif du 1er mars.

Et je prierais aussi à mes ami-e-s de me laisser faire.

jeudi 23 février 2012

manifestation étudiante du 23 février.

Entre 8 000 et 12 000 personnes[1] se sont réunies au Square Phillips, aujourd'hui, pour dénoncer la hausse des frais de scolarité. Après quelques heures de marche, les étudiant-e-s ont fait un arrêt au Parc Émilie-Gamelin, devant l'UQÀM. Ensuite, après qu'une partie des manifestant-e-s aient quitté la foule, celle-ci s'est divisée en deux groupes. L'un d'eux, le plus gros, s'est dirigé vers les bureaux du ministère de l'éducation sur la rue Fullum. Il comptait pas moins de 600 personnes. Bloqué plusieurs fois et ralenti par l'escouade antiémeute qui tentait de piéger les manifestant-e-s, il a dû faire quelques détours avant de parvenir à l'édifice de la rue Fullum.

Simultanément, un autre groupe, profitant de la diversion créée par ce premier groupe, s'est précipité vers le Pont Jacques-Cartier, parvenant à bloquer la circulation pendant près de 45 minutes. Ce second groupe comptait, selon mes sources, entre 250 et 300 personnes.

Le premier groupe, informé du blocage, a décidé de bloquer la rue Ville-Marie (qui est plus ou moins une autoroute à cette hauteur) afin de garder l'attention sur lui et de diviser l'effort des forces policières. Puis, il a décidé d'aller soutenir le blocage du pont, informé des difficultés faites aux manifestant-e-s par les policiers.

Car entretemps, l'escouade antiémeute s'était déployée sur le pont et partout dans les environs. Les étudiant-e-s ont fini par être repoussé-e-s, un peu avant que les manifestant-e-s du premier groupe parviennent à l'entrée du pont. Les deux foules ont alors fait jonction et les policiers ont continué de suivre la manifestation, tout en tentant de diriger la foule vers le Nord. Malgré les menaces d'encerclement, les étudiant-e-s, au nombre de 1 000 environ, ont continué de marcher. Illes ont notamment pris d'assaut le stationnement de la tour de Radio-Canada, lançant des slogans tels que "Nous sommes tous des porte-paroles", avant de marcher sur René-Lévesque. Quelques dizaines de minutes plus tard, après 16h00, la manifestation est retournée au Parc Émilie-Gamelin, après avoir traversé de manière assez périlleuse la rue Labelle, entre René-Lévesque et Sainte-Catherine.

Cette manifestation, plus imposante que celle du 20 février (organisée essentiellement pour les gens de Montréal) est véritablement un message envoyé à l'État québécois. Les étudiant-e-s sont mobilisé-e-s et prêt-e-s à faire des actions de perturbation. La manifestation d'aujourd'hui n'était pas une simple occasion de s'exprimer doucement comme des enfants-modèles qu'on nous demande d'être; ce fut un moyen de pression véritable, un avant-goût de ce qui s'en vient.

Les actions d'aujourd'hui, qui se sont tenues en marge de la manifestation de 13h00, furent presque spontanées et improvisées: et pourtant, elles ont réussi à déjouer le dispositif de l'État. Laissons au gouvernement le loisir de deviner à quoi pourront ressembler des actions préparées et mûries longtemps d'avance.

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[1] J'en suis arrivé au résultat de 8 000 en comptant les manifestant-e-s par blocs de 100 personnes. C'est un minimum et une estimation très conservatrice. Les organisateurs/trices et la police ont estimé quant à eux la foule à 10-15 000 personnes.

dimanche 19 février 2012

Au Vieux-Montréal.

J'appuie les arrêté-e-s du cégep du Vieux-Montréal. Oui, peut-être que l'occupation et les barricades furent une mauvaise opération de relations publiques, mais la colère des étudiant-e-s, ainsi que les moyens utilisés, étaient totalement légitimes.

Les jeunes qui ont renversé des divans contre les portes pour empêcher les flics de passer et qui se sont défendu-e-s physiquement ne sont coupables que d'un acte de résistance ordinaire et nécessaire face à l'oppression d'une direction qui croit que le cégep lui appartient, d'une police de plus en plus méprisante face à la population et d'un gouvernement corrompu.

Les journalistes pourront dire ce qu'illes voudront, ils n'étaient pas à l'intérieur du cégep pendant le siège. Illes ne peuvent pas savoir réellement ce qui s'est passé, et moi non plus d'ailleurs.

samedi 18 février 2012

Équité intergénérationnelle - frais de scolarité.

Mise à jour: Un texte bien mieux documenté (et me devançant d'un jour) a été rédigé par l'étudiant en droit Simon Crépeault sur le même sujet. Il répond aussi à plusieurs autres arguments du gouvernement sur la hausse des frais de scolarité.

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Plusieurs observateurs/trices affirment que la hausse des frais de scolarité permet de rétablir l'équilibre entre les générations. Guy Breton, recteur de l'UdeM, affirme dans un texte d'opinion:

«Les droits de scolarité actuels et la proportion du coût de la formation qu'ils représentent sont, en dollars constants, une fraction de ce qu'ils étaient il y a 20, 40 ou 60 ans. Il y a ici une question d'équité intergénérationnelle. »

Marc Simard, mon grand insignifiant favori, en rajoute. Il dénonce le sophisme des étudiant-e-s... Mais si le Sophisme avait une mascotte, son costume serait certainement fait en peau de Marc Simard.

« Le graphique reproduit dans La Presse du 15 février démontre qu'avec les hausses de droits de scolarité décrétées par le gouvernement Charest, ceux-ci rejoindront en 2016-2017 le niveau qu'ils avaient en 1968 en tenant compte de l'inflation. »

Le problème avec cet argument, c'est que si la durée 1968-2018 est rigoureuse quand on veut tracer un portrait global de l'enseignement universitaire contemporain au Québec (l'UQÀM a été créée en 1969), elle ne tient pas quand on veut parler d'équité intergénérationnelle.

Les médias nous sortent régulièrement ce graphique depuis bientôt un an:


Donc, pour avoir connu des frais de scolarité équivalents à la fin de la présente période de hausse, il faut avoir étudié AVANT 1968.

Or, la plupart des leaders pro-hausse actuels ont fait leurs études APRÈS 1970. Quelques exemples:

En fait, pour avoir étudié dans une situation similaire aux étudiant-e-s de la fin de la présente décennie, il faudrait être né-e avant 1949. Ce qui nous amène aujourd'hui à un âge minimum de 63 ans, et 69 à la fin de la hausse.

Parmi ceux et celles qui ont payé l'éducation des jeunes ayant profité de frais de scolarité plus bas, il y en a énormément qui sont déjà mort-e-s, et la plupart sont à la retraite ou le seront assurément en 2018. Avec qui essaie-t-on donc d'être équitables? L'équité intergénérationnelle n'est pas rétroactive après la mort. De plus, comme les jeunes risquent de payer gros pour la retraite de leurs aîné-e-s, qui ont pour la plupart profité d'une meilleure accessibilité universitaire qu'eux, la hausse actuelle des frais de scolarité risque d'accentuer plutôt que de corriger les « écarts » observés.

Mais de toute façon, cette notion d'équité[1] intergénérationnelle est totalement creuse. Quand elle est utilisée, c'est non pas pour combattre une injustice, mais réellement pour revenir en arrière. C'est un concept profondément conservateur qui nie tout progrès social. Mais par-dessus tout, il nie l'intention première de tout parent: soit de s'assurer que sa progéniture vivra dans un monde meilleur que le sien.

Et je vais accepter que mes camarades qui débutent actuellement leurs études, qui traversent leur adolescence ou qui sont pas encore nés payent des frais de scolarité plus élevés quand les personnes qui devront bénéficier de cette équité aideront les premiers colons de la Nouvelle-France à défricher leurs terres.

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[1] Crisse que je hais ce mot-là.

vendredi 17 février 2012

le moralisateur de la Tour de la Bourse.

Un avocat a dénoncé l'action d'hier à la Tour de la Bourse, à Montréal.

Il dit ceci: « S'exprimer en brimant la liberté de travail et le droit d'accès à une propriété privée des personnes qui assument honnêtement un lourd fardeau fiscal, afin entre autres de combler le déficit lié à des droits de scolarité beaucoup trop bas, ne constitue rien d'autre qu'une nuisance qu'il faut dénoncer. »

Mais une petite recherche sur l'auteur nous permet de constater qu'il travaille pour la grande firme Dunton-Rainville.

Laquelle firme a reçu 2,5 millions de dollars après avoir été choisie sans soumission et de manière totalement douteuse pour un contrat de la ville de Laval. 903 000$ en honoraires. 3,5 millions de dollars entre 2007 et 2009. Laquelle firme est aussi mêlée, de près ou de loin, au scandale des compteurs d'eau.

Avec quoi l'avocat en question paie-t-il ces impôts qui le rendent prétendument moralement supérieur? Avec les taxes municipales! Ce ne sont pas les étudiant-e-s qui sont responsables dudit déficit et plus largement de notre faillite sociale, mais bien les gens qui se donnent de l'importance et négocient des ententes aux coûts astronomique avec des dirigeant-e-s complaisant-e-s, souvent mêlé-e-s à des affaires de corruption.

Illes s'en mettent plein les poches, et braillent quand on reprend une partie de ce qu'on a donné.

Je suis content que les manifestant-e-s d'hier aient bloqué la route à M. Boyd (que celui-ci soit mêlé directement ou non aux scandales) et à toute sa bande.

samedi 4 février 2012

Retour sur la brutalité policière du 27 janvier.

Un vidéo montrant des flics attaquant des manifestant-e-s lors du blocage du ministère de l'éducation à Montréal circule actuellement sur Internet et dans les mass médias. Le porte-parole du SPVM est passé en entrevue à Radio-Canada. Il prétend que les étudiant-e-s ont encerclé les policiers et les ont empêchés de partir; ce qui expliquerait le poivre de cayenne et les coups de matraque!

Eh bien qu'il mange d'la marde, l'hostie. Comme on le voit clairement sur le vidéo, les policiers en question n'étaient en aucun cas encerclés. Ni eux, ni leurs véhicules. De plus, personne n'empêchait les voitures de partir. Au contraire, on les empêchait d'entrer dans le stationnement! Et puis s'ils voulaient à ce point sortir, ils n'avaient qu'à faire un U-turn. Ce qui a d'ailleurs été conseillé à plusieurs reprises par des manifestant-e-s.

Répétons aussi que le cowboy au poivre de cayenne nous a menacé-e-s dès le départ avec sa bombe. Je peux témoigner. Il n'y a pas eu de gradation dans la tension. Le malabar avait déjà dans l'idée, à 8h00 ce matin-là, qu'il allait trouver le moyen de nous asperger avec son petit joujou. Alors leurs justifications minables, ils peuvent se les mettre. De même que leur pseudo enquête qui débouchera au mieux sur une petite tape sur les doigts.

Ceci est toutefois un abus qui après tout, reste mineur en comparaison de ce qui arrive quotidiennement aux jeunes de la rue, aux jeunes tout court, aux itinérant-e-s, aux travailleuses/eurs du sexe, aux accros à la drogue, aux minorités visibles. Cependant, c'est un signe très clair que le printemps sera très, très difficile pour les activistes étudiant-e-s, même les plus paisibles. Le SPVM a des comptes à régler!

mardi 31 janvier 2012

"Don't fuck with notre éducation"

Je relaie le message.
"
(MANIF ÉTUDIANTE : Préparez vos pancartes et amenez votre bonne humeur, votre solidarité et votre créativité! - STUDENT DEMONSTRATION: Get your posters ready, bring your solidarity and your creativity!)

La langue, les classes sociales, les origines, le campus, le quartier... Autant de barrières qui ont toujours divisé les étudiant-es dans leurs combats et continuent d'affaiblir le mouvement.

Language, class, race, origin, campus, neighbourhood... These barriers have divided students in their struggle and continue to weaken the movement.

Pourtant, n'oublions pas ce qui nous rassemble: un ennemi commun, un gouvernement néolibéral qui fait la sourde oreille aux revendications de la population, des menaces concrètes a l'accessibilité de l'éducation, une emprise grandissante du secteur privé sur les services publics, un système qui nous plonge dans l'endettement.

Yet, we do not forget what brings us together: a common enemy, a neoliberal government deaf to the demands of the population, a concrete threat to the accessibility of education, a private sector intent on seizing public services, a system which forces us into debt.

Les événements du 10 novembre dernier nous convainquent que tous les étudiant-es doivent dépasser les frontières traditionnelles qui les divisent pour combattre toute hausse des frais de scolarité et la marchandisation de l'éducation.

The events of 10 November confirm our conviction that students must transcend the traditional boundaries which divide us in the fight against tuition hikes and the commodification of our education.

Pour la gratuité scolaire, soyons solidaires, coordonnons nos actions, unissons nos voix pour combattre ensemble le gouvernement!!!

For a free education we stand in solidarity, we coordinate our actions, we unite our voices to fight together against the government!!!

The solitudes in solidarity. Les solitudes solidaires."

Il y aura aussi un bloc anticapitaliste.

lundi 30 janvier 2012

La pr0nographie d'Anne Archet.

L'écrivaine anarchiste Anne Archet (qui tient aussi deux blogues[1]) m'a gentiment remis une copie numérique de son livre, Pr0nographe, fragments érotiques, afin que je puisse en faire la critique sur mon blogue. J'ai tout d'abord pensé publier celle-ci en exclusivité sur mon blogue littéraire[2], prévu à cet effet, mais ça n'aurait pas du tout rendu justice à l'auteure.

J'avais déjà lu son recueil de sirventès, constitué de petits poèmes satiriques et disponible gratuitement sur Internet. Ce recueil, rempli d'audace, est modifié régulièrement par Anne Archet, qui en est maintenant à sa version 2.2. Il est par ailleurs possible de lire les textes directement sur son blog flegmatique.

Je considère important de consacrer une longue introduction à l'auteure avant de me lancer dans la critique de pr0nographe.

L'auteure, sa démarche, son anarchisme

Anne Archet est une des plus anciennes blogueuses encore actives que je connaisse. Une entrevue datant de 2004 est d'ailleurs toujours disponible ici. Quand elle a commencé, c'est à peine si je connaissais ma propre adresse courriel par coeur: c'est pas peu dire. Ça n'en dit cependant pas long sur son contenu, qui est selon moi resté frais et original pendant toute cette période. Elle a su se renouveler.

J'ai déjà cherché à régler des comptes avec Anne au cours de mes tribulations. Après qu'elle eût parlé des Dogons, un peuple qui m'énerve profondément, j'avais dit : « Être un-e universitaire pédant-e n'est pas une condition essentielle à la liberté. » Bien entendu, je pense aujourd'hui le contraire de ce que je pensais d'Anne Archet alors[3]. Je considère que la pédanterie d'Anne Archet, dans ce qu'elle a de volontairement caricatural et provocateur, sert essentiellement à combattre la sincère pédanterie d'aristos trop raffiné-e-s pour parler de sexe.

Le premier contact avec les textes d'Anne Archet peut être difficile. Elle apparaît au premier regard franchement trop tournée vers elle-même. Mais si vous avez lu suffisamment d'autofiction - et pas juste Nelly Arcan - vous ne serez pas choqué-e-s par des histoires qui, de manière dominante, la mettent en scène. C'est le cas dans ses Cahiers, et c'est aussi le cas dans son livre (qui reprend beaucoup des mêmes textes) : elle se transforme, par ses récits érotiques ou introspectifs, en objet de désir. Ça a pour plusieurs quelque chose de choquant. Mais une fois que cet inconfort est dépassé, et qu'une partie des inhibitions morales sont tombées, on apprécie mieux la qualité strictement littéraire des textes et la valeur, que je qualifierais de sans doute libératrice, du contenu. Anne Archet réécrit pratiquement la définition du politiquement correct et de l'indécence. Les références parfois érudites décourageront aussi les gens trop prudes de la considérer comme la quintessence de la vulgarité. Que l'auteur-e le prétende ou non, il n'y a pas QUE de la baise dans sa littérature.

Anne Archet est anarchiste. J'ai récemment parlé d'Anne Archet à quelques ami-e-s actifs/ives dans le milieu libertaire à Montréal. Plusieurs ne la connaissent pas, d'autres ne savent pas quoi penser d'elle. Elle-même suggérait dans l'entrevue citée plus haut que les anars étaient trop « pudibonds ». On pourrait en dire vraiment beaucoup sur le sujet.

Ce que j'ai entendu sur elle, venant de lecteurs/trices anars plus ou moins assidu-e-s, relève sinon généralement de l'ignorance ou d'un vague rejet : on a même évoqué des rumeurs selon lesquelles elle serait folle et/ou mythomane. Le fait est que peu de gens semblent la connaître personnellement (du moins à Montréal), et que de toute façon, les anars un peu individualistes[4] sont plus ou moins bien vu-e-s par un milieu fortement influencé par des communistes (libertaires). Et le fait est que la fiction elle-même, comme la poésie et l'art, ne sont pas encore très à la mode dans l'orbite anarchiste québécois, assez drabe merci. On le voit lors de chaque Cabaret Anarchiste : parmi les rares gens qui se présentent au DIRA à cette occasion, j'en reconnais peu qui se présentent autrement à des manifs ou à des assemblées. Cette tendance peut sans doute expliquer mieux que la pudibonderie l'absence de reconnaissance de la part de beaucoup de lecteurs/trices anarchistes, et c'est triste, surtout considérant l'effervescence entourant toujours le Salon du livre et le Festival de Théâtre, qui ont lieu en mai. Mais c'est un autre débat.

L'éloge du sexe sous toutes ses formes

Pr0nographe est une sélection des meilleurs textes d'Anne Archet, auxquels il faut ajouter de l'inédit, notamment une mise en contexte amusante dans laquelle son amante tombe par accident sur ses Cahiers. C'est sans doute dans ces paragraphes dédiés aux explications hésitantes d'Anne qu'on retrouve le plus de sincérité : il y a là-dedans une sorte d'introspection sur son approche et des accusations, on le sent, que l'auteure se lance à elle-même afin de se mettre à l'épreuve. Le reste du livre est une suite parfois discordante de textes relativement courts (une page en moyenne) et hilarants. Anne Archet disserte sur tout et joue tous les rôles : dominée, dominatrice, observatrice, cocufiée, cocufiante, baisée par un chien, etc. Elle a en outre une innombrable quantité d'orgasmes. Elle n'oublie presque rien ni personne, même si les hommes homosexuels et les transgenres ne sont définitivement pas son sujet de prédilection.

Elle traite de sexualité avec une aisance qui désarçonne. Les écrivain-e-s avorté-e-s comme moi savent très bien à quel point il peut être difficile d'écrire une bonne scène de baise sans la surcharger ou au contraire sans paraître trop mécanique. Anne connaît le dosage parfait.

Trop mais.

La faiblesse la plus importante du recueil est sans aucun doute son ambition. Pr0nographe, c'est 160 pages de récits de baises successifs. Je n'y vois pas vraiment de répétition, ce qui est en quelque sorte un exploit. Mais cependant, je vous suggère d'essayer de le lire en petites doses quotidiennes[5]. Pr0nographe n'est pas une oeuvre qu'on peut lire le soir et dont l'intrigue nous transporte, et qui nous empêche de dormir. C'est un livre qu'on peut lire entre ami-e-s, tout haut, ou en toute intimité; quelques pages par jour.

C'est aussi un livre qu'on pourra relire.

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Il est possible de se procurer le Ebook d'Anne Archet pour 5$ en contactant directement l'auteure ou en l'achetant sur
Amazon ou Smashbooks. Visitez son site web pour connaître plus de détails, je vous envoie pas de liens directs.

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[1] Soit Lubricités: Les cahiers d'Anne Archet et Le blog flegmatique d'Anne Archet.
[2] Je me promets de régler la question de mon blogue littéraire prochainement.

[3] Après mon insulte grave à son égard, je me suis excusé, étant moi-même une sorte d'universitaire pédant. Mais cette critique ne porte pas sur ma relation avec l'auteure, alors allez lire vous-mêmes.
[4] individualistes dans le sens de Stirner.

dimanche 29 janvier 2012

Référence à l'étude du CPQ à Radio X.

Dominic Maurais, animateur à Choi Radio X, a commenté le sondage du CPQ intitulé "Étude sur les dépenses des étudiants universitaires", ironiquement le même jour que la publication de ma critique du même document. L'émission est disponible en rediffusion ici et fait partie du top 15 de la semaine.

On aura beau réfuter cent fois un mensonge, il continuera d'être répété incessamment par des joyeux imbéciles. Je concède donc la victoire cette fois-ci. Non pas parce que j'ai tort, mais parce que mon blogue est moins diffusé que Maurais Live. Je promets d'ajouter plus de rots, de pets et de femmes en petite tenue pour attirer plus de monde.

vendredi 27 janvier 2012

Blocage des bureaux du ministère par des étudiant-e-s.

Ce matin, un groupe de plus de cent étudiant-e-s s'est formé devant le 600, rue Fullum, un édifice gouvernemental abritant entre autres des bureaux du Ministère de l'Éducation à Montréal, en vue de bloquer complètement l'accès à l'édifice. L'action a été organisée par les activistes de l'ASSÉ et de la CLASSE. La CLASSE gravite autour de l'ASSÉ et a été récemment formée spécifiquement pour répondre aux coupures antisociales du gouvernement libéral, et principalement la hausse des frais de scolarité.

Au moment même où le blocage se constituait, la police se préparait à répliquer. Le groupe d'étudiant-e-s a été suivi par une autopatrouille peu après sa sortie au métro Papineau. C'est finalement une force d'intervention réduite qui s'est placée devant la petite foule réunie dans le stationnement et dans l'entrée de l'édifice: pas plus d'une vingtaine de policiers en tout. Une quinzaine ont surgi d'un minibus pour former un front devant un accès alors assez mal défendu par les étudiant-e-s, permettant à plusieurs employé-e-s de se faufiler à l'intérieur de l'édifice gouvernemental.

En ma présence, les étudiant-e-s n'ont fait preuve d'absolument aucune agressivité physique. Mais bon, je suis parti dès 10h10. Je ne sais pas ce qui se passe là-bas actuellement.

En revanche, l'action de perturbation a fait rager notre État policier embryonnaire. Dès le départ, les policiers, en sous-nombre (pour une fois), ont tenté d'intimider les étudiant-e-s. Alors qu'on descendait pour bloquer une rampe d'accès destiné à la livraison par camion et utilisée par les employé-e-s pour déjouer le blocage, plusieurs étudiant-e-s ont été bousculé-e-s sauvagement par des flics. L'un d'eux, sans aucune provocation, a menacé d'utiliser une canette de poivre de cayenne, même s'il n'était pas du tout menacé ni intimidé d'aucune manière. Ce fut le premier abus de pouvoir direct dont nous fûmes témoins. Par la suite, les mêmes policiers, qui ont par ailleurs (et sans surprise) refusé de divulguer leur numéro de matricule, nous ont bousculé-e-s et poussé-e-s avec leurs matraques.

Au cours de la matinée, la première menace a finalement été mise à exécution: alors que les policiers voulaient disperser une ligne de piquetage qui bloquait l'entrée du stationnement, les bousculades se sont multipliées et sans raison, un policier nous a aspergé-e-s d'un grand nuage de poivre de cayenne[1]. Une jeune femme a en outre été jetée sur le sol.

Et pourtant, quelques secondes plus tard, la ligne de manifestant-e-s se reformait sur la même portion de stationnement sans que les policiers n'apparaissent plus affectés par notre présence. Ceux-ci étaient déjà remontés dans leur fourgon pour se réchauffer. Bravo, la bande de débiles.
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[1] Concernant cet incident, je tiens à remercier l'étudiante en charge des premiers soins.