lundi 15 avril 2013

Tremblez, mortel-le-s, devant la dangereuse ASSÉ.

La journaliste Sarah-Maude Lefebvre, qui publie assez souvent des articles sur le mouvement étudiant dans le Journal de Montréal, a annoncé que plusieurs parents « refusent d’envoyer leurs enfants dans des établissements affiliés à l’ASSÉ ». L'article, comme de nombreuses autres oeuvres de Mme Lefebvre, est tout à fait biaisé, bien entendu. Il ne traite que d'un cas: celui de M. Éric Bordeleau, qui affirme toutefois qu'il laissera son fils choisir son cégep.

Tout d'abord, si vous êtes un-e jeune, et que vos parents essaient de vous imposer des choix, je ne peux vous conseiller qu'une chose: éloignez-vous d'eux! Partez le plus loin possible! Et refusez surtout de ressentir de la culpabilité.

Ensuite, j'aimerais faire part de ma propre expérience dans la FECQ/FEUQ/FAÉCUM. Nous savons déjà que ces trois associations sont très proches (la FAÉCUM est d'ailleurs membre de la FEUQ). Par exemple, Julie Bouchard et Jonathan Plamondon, deux des superstars de la grève de 2005, ont tous deux passé à la FAÉCUM après leur cégep approfondissant pendant leur mandat (comme si c'était possible) la culture du secret. La FAÉCUM prétend d'ailleurs actuellement faire preuve de transparence: elle est en campagne de hausse de cotisation. Eh bien, les temps changent! Pour connaître des détails du budget et des propositions de congrès, quand j'étais au bacc, il a fallu aller aussi loin que voler des documents[1]. De plus, quand je passais alors à côté des Conseils Centraux (qui se déroulaient dans l'alvéole de la cafétéria, au Pavillon Jean-Brillant), eh bien c'était le branle-bas de combat. Il ne fallait surtout pas que j'entende ou que je vois quoi que ce soit.

Un jour, (ça devait être vers 2007 ou 2008), nous avons appris que Jean Charest donnait un déjeûner-conférence à HEC-Montréal[2]. Nous (les associations étudiantes d'histoire, de socio et d'anthropo, une poignée de personnes de l'ASSÉ, entre autres) avons donc décidé de manifester devant le pavillon principal de l'école d'administration. Pas de chance: la FAÉCUM avait aussi décidé d'organiser un rassemblement! La FAÉCUM, constituée alors presque uniquement d'hommes aux gros bras, a essayé par tous les moyens de tout gâcher. Nous voulions entrer; elle nous a dit de rester dehors, à grands renforts d'intimidation. Je n'étais pas fort sur la désobéissance, et si je suis finalement entré, c'est parce que plusieurs y sont parvenu-e-s avant moi.

Nous sommes donc entré-e-s massivement. La FAÉCUM a suivi.  Nous avons contourné le seul garde de sécurité, puis nous avons abouti devant la cafétéria chic de HEC, où se déroulait le déjeûner. Nous n'avons pas pu faire irruption dans la salle: au même moment, les gorilles de la FAÉCUM nous bloquaient le chemin. Ils étaient si gros que je ne pouvais même pas voir par-dessus leur épaule. Tout ce que je voyais, c'était des flashs: les journalistes prenaient des photos des crétins de la FAÉCUM qui tentaient de nous contenir. J'ai alors réussi à me frayer un peu un chemin (pas très agressivement) avec une pancarte qui disait: « Nous aurons la gratuité, ou vous aurez la guerre ». Au même moment, un-e photographe du Devoir a pointé son appareil sur moi. N'appréciant pas trop ça, un des mini-flics des fédés m'a envoyé son épaule dans la face. Le lendemain, en première page du Devoir, c'est cette photo qu'on pouvait voir: un clown qui jongle, des boeufs style FTQ qui bloquent le chemin, et moi dans un coin qui perd l'équilibre avec ma pancarte. Ce ne sont pas les militant-e-s de l'ASSÉ qui m'ont bousculé ce jour-là.

Des histoires comme celle-là, j'en ai vécu plusieurs, et j'en ai entendu des dizaines. En temps de tension, on parle de bousculade, d'exclusions très anti-démocratiques (par exemple, on peut demander à un-e candidat-e de ne pas se présenter au Bureau Exécutif parce que le/la candidat-e a un frère/une soeur qui est contre la FAÉCUM[3]), d'intimidation, etc. En temps de paix, les dépenses sont ridiculement exagérées, et comme d'hab' on a pas accès aux chiffres. Le pire c'est que quand des membres entrent en masse dans les bureaux de la FAÉCUM pour avoir accès à des documents auxquels illes ont droit, elle joue à la victime. Pas fort. J'ai même entendu dire que la FAÉCUM saoûlait les délégué-e-s des associations-membres pendant les congrès dans l'espoir que le lendemain, la gueule de bois leur enlèverait toute combativité. J'ai entendu dire que ça MARCHAIT.

J'ai passé mon cégep dans la FECQ et ce ne fut guère mieux. Et en plus ce fut pendant la grève de 2005, dont tout le monde parlait jusqu'à l'année passée, et dont personne ne parlera plus jamais. Les assemblées générales semblaient très démocratiques (croyez-moi, j'étais directeur du scrutin, même si ça ne plaisait pas à tout le monde), mais je me suis bien rendu compte, avec cynisme, que c'était au bout du compte l'exécutif de la FECQ qui décidait quand la grève devait commencer, et quand la grève devait finir. Je n'ai été là-dedans qu'un pion manipulable et je le regrette amèrement. Merci à deux étudiant-e-s aux pieds nus de me l'avoir fait comprendre.

Le camp de formation de la FECQ avait à lui seul coûté une fortune. J'ose pas imaginer combien coûtaient les congrès. Et il y avait des ateliers réservés à l'élite du mouvement étudiant desquels les membres ordinaires étaient exclu-e-s. Leur gestion du conflit à venir était tellement opaque que le merveilleux atelier sur le Plan d'Action ne m'avait foutrement rien appris, à part que toutes les actions étaient secrètes. Le règne du huis-clos. Ça ne s'est pas arrangé après la grève, puisque des exécutant-e-s sont allé-e-s jusqu'à renverser des décisions prises en congrès, à l'intérieur d'une instance officieuse et douteuse surnommée « Lavage de Linge Sale en Famille », ou LLSF, pour les initié-e-s. La FECQ, ça a toujours été une tyrannie à la FTQ-Construction. La FEUQ est pareille, voire pire. Récemment, on « apprenait » que l'irréprochable Martine Desjardins exerçait une pression sur les associations membres pour que celles-ci revoient leurs revendications à la baisse. Disons qu'on est loin du fameux « commander en obéissant » du Subcomandante Marcos.

Il y a des trucs moches à l'ASSÉ aussi. Il y a eu des histoires glauques sur lesquelles je ne reviendrai pas pour l'instant. Mais d'une manière générale, je me suis toujours senti moins méprisé, plus écouté, et en meilleure sécurité avec l'ASSÉ qu'avec les fédés. Et cela, indépendamment de ma plus grande proximité idéologique avec elle. Quand j'étais avec la FECQ et que je voulais ressusciter la PEN (La Presse Étudiante Nationale), je n'aimais pas vraiment l'ASSÉ. J'étais idéologiquement confortable avec ce que la FECQ disait. Mais personnellement, je me sentais comme une sous-merde qui n'avait accès à rien. Pas d'infos, pas de décisions, pas de budget, et il fallait toujours tout payer. C'est vrai, il y avait beaucoup de partys. Mais c'était à peu près tout le temps dégueulasse et plein de vomi. Vous n'avez qu'à taper "initiations UdeM" sur Google, vous allez en apprendre de belles sur la culture de pas mal d'institutions qui font pas la grève. Et le phénomène n'est pas grossi par la lentille des médias. C'est mille fois pire en vrai. L'UQAM, à côté de l'UdeM ou de McGill, c'est un cloître, quoiqu'en disent les bourgeois-es excité-e-s. Aux parents: vous pensez qu'un cégep ou qu'une université asséenne va transformer votre progéniture chérie en barbares dissipé-e-s? Vous avez rien vu, crisse. Faites-vous en donc pas avec ça et laissez les jeunes respirer.

Si j'étais actuellement un-e étudiant-e et que je me magasinais un cégep, je ne choisirais pas selon l'affiliation comme Éliane Laberge le suggère. En revanche, je ne me réjouirais pas non plus d'avoir à passer plusieurs années dans une institution affiliée à la FECQ. Si j'aboutissais dans un tel cégep, je militerais contre. Pas le choix.

Mise à jour (17/04/2013- 14h18): L'intoxication médiatique se poursuit chez Radio-X Montréal. L'attitude est paternaliste à l'extrême. Heureusement, personne ne les écoute.

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[1] Je ne suis pas l'auteur de ce vol, mais j'aurais bien voulu.

[2] Je sais que ça sonne bizarre, mais apparemment il faut réellement dire "à" HEC, l'acronyme signifiant (c'est sous-entendu) l'École des Hautes Études Commerciales, et non Hautes Études Commerciales. Je me suis fait reprendre à quelques reprises. Mais dites donc ce que vous voulez.

[3] J'invente même pas ça. Mais chuuuut. C'est un secret.

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