mardi 29 décembre 2009

Bande de crétins

Je parle des badauds qu'on a sélectionnés hier à Radio-Canada pour dire qu'ils étaient prêts à accepter les nouvelles mesures dans les avions (une fouille plus complète et l'interdiction des bagages à mains) afin de "sauvegarder leur sécurité". Leurs témoignages, unanimes, nous donnaient j'espère une fausse idée de l'opinion publique.

Mais si c'est réellement ainsi que nous fonctionnons, prêt-e-s à tout abdiquer non pas par peur, mais parce que "les voies de l'État sont impénétrables", c'est nous en général que je traite de bande de crétins. Des complotistes prétendaient, il y a quelques mois, que les vaccins contre le H1N1 comportaient une puce électronique GPS qui permettait en outre à tout moment d'arrêter notre coeur de battre. C'est ridicule. L'État n'a pas besoin de nous injecter des puces à notre insu. Quand il le fera, ce sera avec notre accord.

lundi 28 décembre 2009

Ma soeur en Grande-Bretagne

Elle a remporté un concours (basé sur le talent) et avec ça un voyage de trois semaines au Royaume-Uni. Son objectif: bloguer à partir de plusieurs auberges de jeunesse du pays. Ma soeur étant une voyageuse invétérée, infatigable et accessoirement journaliste, ses péripéties risquent d'être vraiment amusantes et instructives. Elle publiera plusieurs textes, mais aussi des vidéos.

Pour tout lire, cliquez sur le titre des articles (je le mentionne parce que ça m'a pris deux jours pour le comprendre).

Voici l'adresse du blogue francophone.

mardi 22 décembre 2009

David Fortin frappe encore une fois

Je trouve vraiment fascinant ces histoires entourant les jeunes disparus du Québec. C'est impossible pour moi de condamner les parents qui font ce qu'ils peuvent pour retrouver leurs enfants, et j'ai déjà, dans l'histoire de Nicholas Royer, il y a plusieurs années, varloppé la réaction des médias face à ce drame dans le journal étudiant de mon cégep (Nicholas étant un compatriote de Victoriaville, j'avais été varloppé à mon tour).

Je ne peux pas non plus condamner la présence des panneaux publicitaires énormes qui ont trôné sur la 20 pendant les mois qui ont suivi la disparition de Cédrika Provencher - c'était ça ou Macdo. J'ai toujours été ému par la poésie involontaire de son avis de recherche: "Elle portait une robe soleil vert lime et des sandales de plage". Redites-le, vous verrez que ça sonne bien. J'aimerais avoir un pareil épitaphe.

David Fortin était ostracisé par ses camarades de classe, qui le traitaient de fif et l'humiliaient constamment sous l'oeil indifférent de la direction. Ce n'était pourtant pas un minus: il pesait 75 kilos et mesurait 1m73. Il aurait sans doute été capable de se défendre, pourrait-on dire. En ce qui me concerne, j'ai aussi été battu, agressé, menacé à l'école, et je sais très bien que faire le poids est complètement insuffisant. Je sais aussi qu'à l'école, des plus vieux et plus musclés peuvent vous faire des attouchements sexuels en public sans qu'il y ait de conséquences. Il y a une sorte de silence qui règne chez les écoliers et écolières en regard de l'oppression: on se prépare à la vie d'adulte, quoi. Si ça se trouve, face à ça, David Fortin a juste réagi plus vivement que la plupart des victimes: il a décrissé. Franchement, je comprendrais pourquoi.

Dans les jours suivants il a frappé l'imaginaire collectif québécois. David Fortin par-ci, David Fortin par-là. Si j'en parle aujourd'hui c'est qu'on l'aurait reconnu dans un vidéo d'entrevue de Guy Lafleur. Ce serait si beau si c'était vrai. Le voir s'amuser et avoir la christie de paix.

mercredi 16 décembre 2009

L'hélicoptère de TVA s'est écrapou.

J'ai écrit un poème pour souligner ce drame affreux. Vous pouvez le lire sur mon blogue littéraire.

vendredi 11 décembre 2009

Communiqué urgent des anarchistes d'Athènes

Voici une traduction très libre de ce communiqué publié en anglais sur le blogue de La Commune.

Le 9 décembre 2009
Depuis plusieurs jours, une incroyable orgie digne d'une junte se déroule en Grèce.

Voici des exemples:
1) Des policiers avec des armes à feu dans les manifestations.
2) Des raids en motocyclettes sur les manifestant-e-s.
3) Des policiers qui suivent des manifestant-e-s pacifiques à la trace, puis les arrêtent indistinctement et de manière sauvage.
4) Des mises en scène comme la prétendue tentative d'assassinat du recteur du Pritanea.
5) Un nombre immense d'accusations au criminel et d'arrestations de gens jeunes et vieux.
6) La fermeture d'écoles sous le prétexte de la grippe porcine et le passage à tabac et sans merci d'étudiant-e-s souhaitant se rendre à l'école.
7) L'arrestation de jeunes manifestant-e-s par des flics infiltrés.
8) Une collaboration accrue entre les Néo-Nazis de "L'Aube Dorée" et la police.
9) Des rencontres secrètes entre Chrysohoides, les patrons des médias télévisés et les journalistes afin de décider du contenu des reportages à la télévision.
10) Des caméras secrètes et des hélicoptères en vol nous surveillant de manière constante.
11) Le décret de la tolérance zéro qui fait qu'une simple pierre ou une orange pas mûre lancée contre une banque est considérée comme une ignominie et sert de prétexte à une intervention policière musclée.
12) Le bannissement des manifestations et des attroupements à caractère politique dans certaines zones, accompagné d'une intimidation massive de la part des policiers, ainsi que d'abusifs fichages et contrôles.
13) Des attaques de pirates informatiques contre Indymedia, contre des sites de squats, contre des "TVXS" (en opposition aux "TV" devant les frontières) et l'effacement de commentaires sur les mêmes sites.
14) Des invasions et des ARRESTATIONS PRÉVENTIVES dans beaucoup d'espaces autogérés.
15) D'une manière très orwellienne, les anarchistes et les autres rebelles sont désignés par les termes de "fascistes" et de "Nazis"!
16) Comme l'aurait fait la junte, les autorités ont décidé de supprimer le droit d'asile (dans les universités).

ET C'EST LOIN D'ÊTRE TOUT!

Plusieurs de ces évènements se sont passés dans l'isolement, alors que certains types de répression ne s'étaient pas vus depuis la junte, au pouvoir entre 1967 et 1974. D'autres types de répression sont simplement tout à fait nouveaux et ne s'étaient jamais vus auparavant. Historiquement, jamais nous n'avons eu à faire face à autant d'abus dans un laps de temps aussi court! Il semble que les autorités se sont accordé le pouvoir d'activer un plan d'urgence qui se révéle en fin de compte être une copie conforme du décret de la Junte en 1967.

Nous vivons une période plus qu'historique. Nous sommes en train d'être les témoins, pour la première fois depuis 1967, d'une tentative de putsch commanditée par une force policière fasciste. Si la démocratie parlementaire se révèle néanmoins être capable de commettre ces crimes odieux, nous réalisons que la junte, une fois décrétée, sera située plusieurs crans au-dessus. Les slogans anarchistes, dans les rues, commencent donc à faire tout un vacarme: "MORT À LA JUNTE!" scandent-ils, enflammés.

Une alliance entre procureurs, recteurs, gens aisés, médias télévisés et police s'est formée. Et encore, il y en a certainement d'autres parmi les élites, locales ou étrangères, qui se sont jointes à cette large collusion.

On entend même parler de gens qui disparaissent. Le climat est lourd, comme il l'était sous la junte.

MAIS CE N'EST PAS LE TEMPS DE RESTER SILENCIEUX! CE N'EST PAS LE TEMPS DE PRENDRE UNE PAUSE!
TOUT LE MONDE DANS LES RUES - OCCUPONS TOUS LES ESPACES!
AIDEZ-NOUS À ÉCRASER CETTE NOUVELLE JUNTE EN GRÈCE!
1967, 2009: L'HISTOIRE SE RÉPÈTE!

Un autre scandale "ECR" passe inaperçu.

Sur la même page que la question maudite concernant l'identité sexuelle des jeunes qu'on peut trouver dans le cahier d'activités du cours ECR de secondaire 2, se trouve quelque chose de bien plus ridicule et qui est pourtant passé inaperçu. Je vous laisse deviner.


Voici ce que moi j'ai repéré:


Eh non, vous n'avez pas halluciné! Il s'agit réellement d'une reprise de la théorie des humeurs, qui date de l'Antiquité et qui est depuis longtemps périmée!

jeudi 10 décembre 2009

Quoiqu'en dise ma verge, je ne suis pas un garçon.

Il fallait bien cet incident (repris chez Renart, Lagacé, Asselin, le Tviste, Notre Terre québécoise, Pour une école libre, plusieurs forums politiques) pour faire sortir de leurs gonds les défenseurs invétérés de la tradition, du "gros bon sens" et des bonnes vieilles valeurs conservatrices et aussi pour condamner cette maudite réforme qui est tellement un recul face à l'école d'avant, celle où on répétait inlassablement les mêmes conneries pour les apprendre par coeur et où on recevait la strappe au moindre faux-pas[1].

Il y a de drôles de coïncidences: t'alleure j'écrivais un billet sur le féminisme, et un autre t'alleure j'écrivais sur l'éducation; maintenant je vais mélanger les deux.

La réaction générale face à la présence d'une question sur l'identité sexuelle dans le cours de religion post-réforme me dégoûte: elle n'est pas mieux que la pensée de cet espèce de fou d'Yvon Dallaire qui croit que l'ambiguïté sexuelle est une déviance. Grossièrement, on dit qu'il faut éviter de fucker les jeunes dans leur identité[2], que leur poser des questions c'est mal, ou que ceux-ci ne sont pas assez mongols pour ne pas connaître leur sexe - ce qui est une absurdité puisqu'on parle ici d'identité sexuelle, et non de genre.

J'ai lu l'explication de Gougeon (citée par Asselin), l'auteur du livre en question, et cela ne m'a pas vraiment convaincu de rien. Donc, ce passage serait en fait une simple blague, un détail visant à faire réagir l'élève? Rien à foutre de la question après tout, c'est la réaction qui compte.

On hurle à l'hérésie dès qu'il est question de l'identité sexuelle. Surtout quand on en parle à l'école. Il ne faut surtout pas faire réfléchir les jeunes sur leur identité, sur comment ils se sentent! On risquerait de leur mettre des idées dans la tête... ou de leur faire découvrir quelque chose sur eux-mêmes qui ne soit pas "agréable" à nos standards socio-culturels.

Les gens qui croient qu'on ne peut pas avoir une identité sexuelle différente de notre genre vivent dans le passé ou sont fortement influencés par des idées patriarcales et essentialistes. En cela, le débat qui a entouré l'incriminant choix de réponse a eu du bon: il nous a permis de voir que plusieurs leaders d'opinion (et les suiveurs d'opinion) n'étaient pas ouverts au point d'accepter que nos écoles "produisent" des transgenres ou des gens qui comme moi, ne ressentent pas d'affiliation à un sexe ou à l'autre[3]. Et pourtant! L'ambiguïté dans l'identité sexuelle était socialement acceptée, autrefois, dans d'autres civilisations. Cette acceptation était même généralisée chez plusieurs nations amérindiennes. Les two-spirits, ça vous dit quelque chose?

Cette histoire montre une fois de plus que même des gens qu'on considère généralement comme éclairés ne sont souvent même pas en mesure de laisser tomber leurs vieilles idées nauséabondes et de déconstruire une fois pour toutes leurs paradigmes dégueulasses et contre-émancipatoires. Parce que nier que l'enfant peut avoir une identité sexuelle indéterminée ou inverse à son genre biologique, c'est réellement répressif.

Alors suffit les clichés. Je ne suis pas un garçon parce que j'ai une verge. Et une femme à barbe peut être belle.

Mise à jour: Le plus dommage là-dedans c'est que, convaincu-e-s de l'absence de sens critique chez les jeunes, on leur aura jamais demandé leur avis.

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[1] Une femme passée chez les Soeurs de Sainte-Anne dans les années cinquante me conta, il y a un an de cela, qu'elle se souvenait encore de la douleur qu'elle avait ressentie quand une religieuse en colère lui avait donné la claque de sa vie simplement parce qu'elle avait levé le bras pour saluer sa petite voisine alors qu'elle était en rang avec ses camarades de classe. Pas bouger!
[2] Cette loque humaine de Denise Bombardier parle du "viol moral" des enfants. "C'est un âge où on ne met pas, on n'introduit dans la tête des enfants un tel relativisme. [...] C'est le politiquement correct [le responsable]." Au contraire, je dirais que c'est violer moralement l'enfant que de lui imposer un choix de réponse impossible, et que c'est le politiquement correct qui empêche Mme Bombardier d'ouvrir les yeux sur l'identité sexuelle des jeunes de 12 ans ou de leur refuser un sens critique. Le politiquement correct a toujours traité les jeunes comme des animaux. (L'extrait a été trouvé ici.) Comme on peut s'y attendre, Bombardier a la réaction la mieux formatée et la plus caractéristique - pour ne pas dire prévisible.
[3] Finalement des ambigus "fonctionnels" qui ne se mettent pas de jupes en public. ... Là je sens que les gens qui me connaissent vont rire de moi. Notez toutefois que je suis parfaitement au courant que j'ai l'air normalement masculin. Mais je ne fais pas pousser le poil exprès. Et cela ne change rien à ce que je ressens à l'intérieur.

lundi 7 décembre 2009

Cinq minutes hier.

Plus quinze à attendre dans la salle pour être bien certain que je ne me transformerais pas en quelque chose de dangereux après l'injection.

L'autre jour, à la polyclinique (sans rendez-vous), ma blonde et moi avons attendu moins d'une heure pour une chirurgie pas du tout urgente et tout à fait mineure.

Je dois avoir un bon karma.

vendredi 4 décembre 2009

Gérontocratie et éducation

Alors que je terminais mon secondaire cinq, j'écrivais ce paragraphe dans le rapport de mon projet personnel (sorte de travail final au Programme d'Éducation International):

"Si j’avais pu, j’aurais, tel un serpent, craché du venin contre la société actuelle et ses failles : l’iniquité, la manipulation des informations, etc. Évidemment, on n’aurait pas lu mon livre jusqu’au bout. On m’aurait traité de marginal, de militant agressif et aveugle ou d’intellectuel manqué. Et mon message ne se serait pas rendu. Mais, en employant un univers fictif, je peux faire en toute impunité la synthèse de notre monde en employant des exemples et des illustrations littéraires. "

Marginal, militant agressif? Vraiment? Plus je me relis, plus je me rends compte de l'incroyable pression conformisante que nous subissions tous et toutes à l'école secondaire et comment moi-même j'ai été affecté par cette pression. Maintenant, je n'ai pas peur de me faire traiter de militant agressif; je m'en délecte même. En quoi étais-je différent à cette époque?

Je me souviens qu'on avait censuré un de mes premiers très bons textes au journal étudiant (le Mille-pattes) parce que j'avais appelé celui-ci le Mille-Plate et que j'avais enjoint gaiement les lecteurs et lectrices à s'en servir comme papier-cul au lieu de venir se plaindre dans un langage monosyllabique que mes chroniques étaient remplies... d'OPINIONS![1] J'avais ensuite cloué le dernier clou dans mon cercueil journalistique en m'attaquant au bal des finissants. "C'était pas mauvais ton article, mais il s'attaquait à une activité organisée et financée par l'établissement. La direction ne l'a pas laissé passer." Voilà comment "l'adulte responsable" avait réagi face à ma charge à fond de train contre un évènement qui, pourtant, était d'une grossièreté à faire pâlir les bons bourgeois.

Un camarade et moi avions aussi été censurés à l'intercom (nous annoncions les activités de l'asso à chaque semaine) parce que nous avions fait de l'humour. La direction nous avait ensuite gratifiés d'un sermon de la mort dans la salle de conférence de l'école.

Il paraît que c'est pire en Ontario: peut-être vous souvenez-vous du jeune écrivain de Cornwall qui avait passé quelques trente(?) jours en prison simplement parce qu'il avait écrit de la fiction. Des camarades avaient freaké en lisant sa nouvelle littéraire et la police avait fouillé sa chambre à la recherche des plans d'une bombe.

Mes opinions n'étaient pas marginales (encore), je n'étais pas un "militant agressif": on n'acceptait tout simplement pas le débat à l'école, ou quand il était accepté il fallait qu'il soit encadré et approuvé dans chaque échange, de sorte qu'il reste toujours confortablement installé dans les normes...

Les militaires venaient recruter des jeunes brutes naïves à chaque mois. "Mets ton nom là-dessus, ça t'engage à rien" qu'y disaient. Les enseignant-e-s ne semblaient pas y voir de problème. Si j'avais alors été prof de français je n'aurais pas manqué d'insulter avec grâce ces planqués. D'un autre côté, je ne suis pas étonné. Il y a sans aucun doute une majorité de pommes pourrites dans les facultés d'enseignement: plusieurs feraient d'ailleurs de bon-ne-s candidat-e-s aux auditions de Loft Story. Des hommes qui aiment le hockey et qui font rouler leurs biceps, des filles-caniches qui, coordos dans des camps de jour, tyranisaient les jeunes moniteurs/trices à coups de sacoches et d'airs supérieurs. Dans ces conditions les possibilités sont grandes de ne rencontrer, au cours d'un cheminement scolaire complet, que trois ou quatre profs dispensant un savoir vraiment émancipatoire.

Ajoutons à ça l'attitude de plus en plus débilement zélée de l'élite baby-boomer blasée qui dit jusque dans le Devoir que la jeunesse est décadente (ma blonde leur répondrait en riant que Socrate le prétendait déjà il y a plus de deux mille ans).

À ce sujet, voilà que, passant au vieux centre commercial de Victoriaville, il y a quelques mois, je tombe sur cette pancarte:

"INTERDIT AUX ÉTUDIANTS
Sur les heures de cours".
.
.
Nous sommes dans une société vieillissante, une société de vieux dans laquelle on attend des jeunes qu'ils le soient le moins longtemps possible. Voilà pourquoi on essaie à tout prix de les rendre cons, grabataires, dociles, séniles et fermés à toute originalité. Voilà pourquoi je n'étais pas la même personne quand j'avais seize ans. J'avais peur et j'étais écrasé. J'étais jeune; je voulais être libre mais je devais être vieux.
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[1] Alerte! Cet individu PENSE!

Se dire allergique aux "-istes"...

... C'est plus très original.

mardi 24 novembre 2009

L'environnement, Beauchamp, l'ONU.

Line Beauchamp est fière, les écolos embourgeoisé-e-s d'Équiterre complaisant-e-s: le Québec compte réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20% (sous le seuil de 1990) avant 2020. Le Québec a-t-il les moyens d'arriver à ses objectifs? Je pense qu'il est facile de faire des promesses à long terme et de ne pas les tenir. La ministre de la pollution est persuadée qu'on peut le faire; mais rien n'est encore chiffré et selon elle, les entreprises ont déjà "fait beaucoup d'efforts". Elle nous remet sur le nez le "projet de société" qu'on lance sans arrêt aux politicien-ne-s dans nos manifs afin de nous préparer à faire des sacrifices.

La ministre parle de la voiture électrique; mais cette fausse solution (les usines produisant massivement ce véhicule vont continuer de polluer) a avec le temps dans les discours atteint la même texture vaporeuse que la voiture volante. On parle de transports en commun mais on ne fait presque rien en-dehors de Montréal avec les autoroutes, les petites villes, etc. Un aller simple de Montréal à Québec, en autobus, coûte 53$ chez Orléans Express. C'est plus cher que d'utiliser un service de co-voiturage, plus cher que de louer une voiture à quatre personnes. Si le gouvernement veut désengorger les autoroutes, il sait où frapper, mais ne le fait pas.

Peur de la décroissance et du lobby des entreprises? Pourtant, quand les voitures se venderont moins, les champs ne se videront pas pour autant de leur fertilité. Les rivières ne cesseront pas de couler. Ce qu'il faut, c'est améliorer notre qualité de vie, pas augmenter une croissance illusoire qui se nourrit d'actes inutiles qu'on appelle d'une manière générale le "travail".

La production alimentaire industrielle est une des plus grandes sources de GES. Si un comportement individuel peut réduire l'émission de gaz à effet de serre, en plus de l'utilisation du vélo et du métro, c'est bien celui-là: consommez moins de viande. Consommer moins de fucking viande, c'est pas compliqué[1]. Pas besoin de devenir végétarien-ne. Mangez-en quand il y a de la visite, ou au restaurant. Certainement, plusieurs diront que de toute façon, étant donné le "Climate Gate", il n'est plus nécessaire d'avoir recours à toutes ces mesures. Sauf qu'ignorer imbécilement le problème du réchauffement global ne permettra pas de:
- protéger la biodiversité;
- empêcher le smog de survoler le Québec entier en été;
- réduire les maladies pulmonaires et les cancers causés par la pollution atmosphérique;
- empêcher les terres agricoles de se désertifier;
- protéger les forêts;
- réduire le problème de la congestion routière;
- rendre l'eau des rivières potable;
- réduire la famine dans le monde;
- éliminer le H1N1;
- bref de répondre aux urgences environnementales qui demandent notre intervention, INDÉPENDAMMENT de la véracité ou non du "mythe" du réchauffement global créé par l'humain.

L'ONU et la démographie

L'idée voguait dans l'air depuis quelques années, et maintenant l'ONU se met de la partie. Il faudrait réduire le nombre de naissances pour sauver la planète. J'ai autrefois défendu le mouvement extinctionniste parce que je considérais (et je considère toujours) que l'humain est un parasite nuisible sur la Terre et qu'il met la marde partout. À ce sujet j'ai entendu il y a quelques années une histoire amusante à propos de Tchernobyl (je pensais que c'était peut-être une légende urbaine tellement elle m'apparaissait cynique).

En effet, après la catastrophe que l'on connaît tous et toutes, certaines zones naturelles des alentours ont été étudiées par des scientifiques, qui y ont trouvé un écosystème dynamique, vierge à nouveau, et plus diversifié que ce qu'on voit parfois dans des réserves. Pourquoi? Simplement parce que ces zones n'étaient plus occupées par les humains!

J'ai fait une petite recherche pour tester la véracité de cette rumeur et je suis tombé sur cet article, notant les multiples effets négatifs des radiations sur les insectes mais qui disait aussi: "Cependant, d'autres scientifiques contestent cette étude et affirment que l'absence d'activités humaines dans le secteur de l'explosion a été bénéfique pour la nature."

Imaginez: la présence humaine à elle seule peut être plus dommageable pour l'environnement qu'un accident nucléaire...

Tout pour dire que de faire disparaître l'humain de certains endroits, sans pour autant les en chasser en faisant pleuvoir de l'uranium, ne me semble pas une mauvaise idée. Mais ce rapport de l'ONU me semble cacher quelque chose de croche. On sait très bien que les pays occidentaux n'ont pas besoin de contrôle de naissance: la taille des familles y est déjà petite. C'est donc les pays pauvres que l'on vise. Pourquoi donc utilise-t-on cet argument de cette façon? Pourquoi une baisse démographique dans les pays émergents ne deviendrait pas plutôt un moyen pour les familles de ne pas diviser en des parcelles trop petites leur héritage? Ou un autre truc du genre, pseudo-humanitaire?

Je vois très bien pourquoi l'ONU fait un lien entre gaz à effet de serre et démographie dans les pays émergents: on veut troquer. Vous ne faites pas d'efforts pour réduire vos GES, ok. Mais par exemple vous faites pas de bébés.
__________

[1] En ce qui me concerne, ma consommation est passée, en un an, d'environ 80-90 kg de viande à un peu moins de 20 kg (soit environ trois repas par semaine accompagnés de viande). Je voulais aller plus loin (objectif 9 kg) mais je suis trop souvent invité à souper par des amateur-e-s de boeuf qui sont hélas, malgré ce défaut, des gens trop remarquables pour que je cesse de les fréquenter.

vendredi 20 novembre 2009

Aux masculinistes et aux "féministes"

Le débat fait rage depuis des années déjà et je n'arrive pas à m'identifier au discours d'aucun groupe identifié par les médias. Je me sens attaqué depuis au moins cinq ans dans ma non-identité par cette bande d'hystériques et le malaise commence sérieusement à m'affecter. Et le pire c'est qu'entre ces bandes de demeuré-e-s, des courants de pensée non moins insipides comme celui qui a mené à la création de Les Québécois ne savent plus draguer se font un nom en accusant à tort et à travers les "mâles" québécois de plein de conneries. Lisez le blogue et vous comprendrez pourquoi j'ai envie de pisser sur cette bande d'hosties de sans-desseins. Où se trouve donc le discours alternatif?

Ailleurs mais pas très loin des pro-drague, les masculinistes croient que le féminisme est responsable de la prétendue perte des droits des hommes à la paternité, à leur rôle traditionnel et blablabla. Mais regardez le taux de suicide chez les jeunes hommes homosexuels et vous comprendrez si c'est le féminisme ou le patriarcat qui est en train de détruire les hommes de l'Occident (et du Québec). Une de mes connaissances s'est fait battre par son père quand ce dernier a appris qu'il était gay. Pas en 1983. Pas en 1995. En 2008.

Il y a certains discours de vieilles "féministes" de droite qui me dégoûtent, mais selon moi c'est dans l'identité de genre qu'on impose aux hommes qu'on peut trouver les responsables du profond malaise: il existe toujours une pression immense sur les jeunes hommes visant à en faire des petits toughs sportifs et pragmatiques qui ne montrent jamais leurs émotions. On leur impose toujours une mentalité de compétition et non de coopération, pensant que c'est la meilleure manière de les pousser à se surpasser: mais les vieux machistes, comme les vieilles machistes, sont bien mal placé-e-s pour connaître les sources de motivation des jeunes d'aujourd'hui.

Certain-e-s diront que les hommes vivent des difficultés parce qu'ils n'ont pas encore appris à "réinventer leur masculinité": c'est une idée nauséabonde, dangereuse et sexiste. Un homme n'a pas besoin d'être "masculin", comme une femme n'a pas besoin d'être "féminine". Les gens sont comme ils sont, et leur identité est la leur propre, pas celle de leur genre.

Je suis féministe et pourtant je me sens constamment blessé par les propos des féministes "mainstream" du Québec. Certain-e-s machistes parlent des excès des "féministes radicales": tout dépendant de ce qu'on entend par ce terme, je les trouve souvent bien plus ouvertes au dialogue, intéressantes et bien plus tolérantes que les vieilles chroniqueuses proto-féministes comme la Bombardier qui, au lieu de tenter de se découvrir en tant qu'individus uniques, ont décidé de singer les schémas mentaux traditionnellement masculins (autrement sexistes, oppressants, discriminatoires, hiérarchistes, méprisants, religieux) en pensant ainsi se libérer. Quand cela ne me fait pas souffrir, cela me fait pouffer de rire.

J'ai hâte qu'on puisse enfin vivre débarassé-e-s de ces vieux curés et de ces vieilles prêtresses de la différenciation. J'ai un nom avant d'avoir une prostate.

"Le mouvement queer radical refuse d'obéir. Au capitalisme rose. À l'hétéro-société. Aux règles des genres binaires. À toutes les lois ennemies de la liberté, de l'égalité. Et aux ennemies d'une Terre verte, sans frontière étatique et sans frontière sexuelle."
- Les Panthères roses

vendredi 13 novembre 2009

Les religions et les doigts accusateurs

Un des arguments faciles de la droite est de condamner les gens conscientisé-e-s, les "manifesteux", les activistes, etc. en les accusant de se concentrer sur Israël, les publicités sexistes et autres "maux mineurs" tout en ne condamnant jamais les VÉRITABLES menaces à la paix et à la liberté, soit tout ce qui incarne l'Islam, c'est-à-dire le Hezbollah, le Hamas et pourquoi pas les pédophiles.

Je voudrais clarifier ma propre position: je fourre le Coran et je m'essuie dans la Bible. Toute religion est une menace, une escroquerie, une maladie. Et l'Islam comme les autres, parce qu'au lieu de prescrire l'atteinte d'un état spirituel, cette religion prescrit pratiquement une gymnastique morale et physique absurdement contraignante. Comme dans toutes les autres religions, les fidèles ont gardé de l'Islam les mauvais côtés tout en jetant aux vidanges les bons. Alors qu'on prêche un Islam traditionnel, ou "révisé", ou "moderne", ou "adapté aux réalités occidentales", ou "Nouvel Âge", j'en ai rien à battre, c'est un paquet de menteries moyenâgeuses, un piège à cons.

L'autre jour, j'ai lu un article de Martineau sur la scientologie. Le chroniqueur s'étonnait qu'on puisse croire qu'un dictateur galactique, Xenu, ait pu faire exploser, voilà plusieurs millions d'années, des extraterrestres dans un volcan, étendant dans l'atmosphère les grumeaux des âmes des défunts (appelés thetans). D'un autre côté, Dieu aurait détruit Sodome parce que les gens y pratiquaient le sexe anal... (Entre autres choses.)

Toutes les religions sont condamnables, et j'ai participé à des actions en visant plusieurs, mais comme la majorité des gens, je ne peux pas être partout. Pourquoi j'irais me pogner contre les Musulman-e-s? La droite conservatrice le fait déjà avec bien plus d'énergie que le ferait toute la gauche du monde, jetant des bombes payées à même nos poches sur la tête de gens innocents qui n'ont rien demandé, menant partout des guerres idiotes au nom d'une démocratie imaginaire, inspirée par un zèle imbécile.

Voici donc la réponse que j'adresse aux accusateurs/trices qui me demandent tout le temps "mais où étais-tu donc quand Mohammed Al-Machin a prononcé une conférence? Mais où étais-tu quand blablabla?": je me branlais dans le Coran! C'est clair? J'ai peut-être pas assez le sens des priorités pour vous?

mercredi 11 novembre 2009

Celle que j'préfère, c'est la guerre de 14-18.

Le 11 novembre 1918, la guerre la plus absurde de l'histoire (elles le sont toutes) se terminait dans la désolation. Il va falloir encore attendre quelques temps avant que les soldats soient alertés de ce développement: 11 000 personnes de plus crevèrent sous le feu alors que certains des généraux organisant les offensives savaient que l'armistice avait été signée.

En tout, 10 millions de personnes sont décédées, et 20 millions sont restées handicapées. Pour quoi? La liberté? L'égalité? Manger? Non. La fierté nationale de quelques aristocrates. On instrumentalise encore périodiquement la mort des conscrits et autres pauvres volontaires de Vimy en vantant la performance extraordinaire des soldats canayens contre des Boches sans visage.

À Vimy justement il y a un monument formidable dédié à la mémoire des 60 000 soldats canadiens morts inutilement au cours de la Grande Guerre. Les vieilles tranchées entourant le site sont un lieu de rencontre pour les amateurs d'érotisme en plein air: plusieurs personnes ont été mises en prison pour avoir, disons-le, "profané" ce lieu sacré par des actes "illicites".

Or après des années de massacre et de larmes, il me semble que pour soigner les blessures, l'amour sur la Crête de Vimy, c'est la plus belle chose qu'on pouvait y faire.

mardi 10 novembre 2009

Fermeture d'un Couche-Tard.

Un Couche-Tard a été fermé à Beloeil suite à la syndicalisation des employé-e-s. Renart Léveillé en parle sur son blogue. Je partage une bonne partie de son analyse: il faut être vraiment naïf pour penser que l'entreprise a fermé la succursale pour des raisons financières. Mais de toute façon était-ce le message que la compagnie voulait réellement faire passer?

Il est clair que les grandes entreprises oeuvrant au Québec mènent une guerre d'usure contre la syndicalisation. Elles ne veulent pas que les employé-e-s s'organisent et elles sont prêtes à sacrifier momentanément une partie de leurs profits pour installer la peur dans la tête des travailleurs et travailleuses.

Des employé-e-s qui ont peur ne tenteront jamais de s'emparer de leurs droits.

Mais alors que nous sommes en (queue de?) crise économique, il me semble que la colère doit bien gronder dans quelques coeurs. Quand donc comprendrons-nous que nous pouvons faire trembler la terre? Quand donc les patrons commenceront-ils aussi à avoir peur?



J'ajouterais: Fiat justitia ruat coelum.

lundi 2 novembre 2009

Comment les policiers justifient un meurtre.

La relecture de cette fameuse enquête sur l'assassinat de citoyen-ne-s par des agents de la paix et disponible sur le blogue d'Arwen m'a fait réaliser qu'il y a une constante troublante dans plusieurs cas étudiés: un grand nombre d'hommes armés de couteaux foncent sans raison sur des policiers les tenant en joue avec un revolver avant d'être abattus par un nombre incroyable de balles.

C'est presque toujours le même schéma. Jamais ils ne restent à une certaine distance en hurlant: "N'approchez pas!". Ils ne font pas quelques pas en avant simplement pour les menacer. Ils FONCENT littéralement, à toute vitesse et d'une manière complètement illogique sur les braves policiers qui craignent alors pour leur vie et qui tirent pour tuer.

Dans plusieurs cas, même, un homme qui, s'enfuyant dans un premier temps après avoir commis un vol, fait volte-face et se jette avec un couteau sur un agent qui le tient en joue. C'est ce qui est arrivé entre autres lors de l'assassinat de Jorge Chavarria-Reyes, qui avait volé en 1990 du pain, de la viande et des oeufs. Idem pour Vianney Charest, qui avait cambriolé ses employeurs en 2007.

C'est toujours la même histoire, et ça arrive au moins deux fois par année. Il y a quelque chose qui cloche là-dedans.

samedi 31 octobre 2009

Personne ne veut d'une enquête publique...

... Sauf 80% des Québécois-e-s. Et il n'y aura pas d'enquête publique, parce qu'il n'y a personne pour faire pression sur le gouvernement. Les syndicats corporatistes refusent (la CSN refuse un peu moins fort, mais bon). Les entreprises sont tout sauf intéressées. Les médias hésitent. Le pouvoir étatique, quant à lui, n'accepterait pas facilement qu'on fasse une enquête sur sa propre corruption. Ce serait l'effondrement de sa crédibilité.

Si les gens veulent une enquête publique, il faut qu'ils aillent au front, qu'ils se battent. Les Villanueva (dans le sens le plus large) se sont battu-e-s pour une enquête publique. Leur combat a sans aucun doute renforcé la neutralité vacillante des magistrats.

Je voulais organiser quelque chose la semaine dernière, mais je me suis rendu compte que mon réseau était éparpillé en Suisse, en Amérique latine et Italie. Connaissez-vous un collectif qui s'est formé pour répondre par la bouche de nos canons aux puissant-e-s? S'il y en a pas, je suis prêt à en former un avec des intéressé-e-s, de préférence à Montréal[1].

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Richard Bergeron se rapproche dangereusement des deux autres candidat-e-s à la mairie, si on tient compte des intentions de vote. J'ai entendu dire que les partisan-e-s les plus progressistes de Harel ont peur que Tremblay se faufile entre Bergeron et l'ancienne péquiste. "Un vote pour Bergeron, c'est un vote pour Tremblay." Cette expression mal vieillie devrait être renouvelée. Je propose: "Un vote pour Harel ou Tremblay, c'est un vote pour la mafia." D'ailleurs, parmi les trois candidat-e-s, il y en a un seul qui n'a pas demandé la protection de la police par peur... du peuple.

L'attaque répétée des médias contre Bergeron, comme quoi ce serait un théoricien du complot, commence à me faire perdre mon calme. Foglia a dit que les gens qui croyaient à une inside job étaient des imbéciles (au mieux). Ce matin, il le répète en s'appuyant sur l'autorité des autres journalistes "de tous les grands médias occidentaux". Pas très convaincant comme appel, quand on connaît la manière avec laquelle l'information est traitée par ces mêmes journalistes. C'est quand même étonnant de voir Foglia s'appuyer sur ses collègues, lui qui ne se gêne jamais pour afficher un caractère pseudo-révolté de gamin attardé. Le voir se moquer de Bergeron avec les autres langues sales, incapable de trouver un angle original à la situation[2], me donne l'impression qu'il est resté malgré tout un enfant de choeur qui se masturbe de temps en temps dans le jubé. Donnez-nous aujourd'hui, notre feuille de choux quotidienne... Qu'il avale donc ses salades tout seul.

Je ne crois pas à la théorie du complot, et je ne voterai pas pour Bergeron, mais je trouve que la critique mainstream à laquelle fait face Projet Montréal manque réellement de contenu.

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[1] Xavier Dionne, de l'UQÀM, a écrit l'autre jour un fort intéressant texte qui va à peu près dans le même sens que moi. Je me sens tout à coup moins seul.
[2] La stratégie habituelle des populistes est de compter sur un ou deux arguments seulement, qui seront généralement relativement insignifiants et/ou tordus. Ce ne sera pas "Avec moi vous ne mourrez plus de faim", mais plutôt "Mon adversaire est un athée pédophile qui a mangé ses enfants en riant". Peu importe la réponse mesurée et cohérente dudit adversaire, on continuera à matraquer sans cesse la même chose, sans même prendre la peine de contreréfuter la défense.

Théoricien du complot.
Théoricien du complot.
Théoricien du complot.
Théoricien du complot.
Théoricien du complot.

C'est ce qui se passe présentement et dans la plupart des campagnes électorales. On répète inlassablement la même connerie jusqu'à ce qu'elle se soit enracinée profondément dans les cerveaux des électeurs et électrices, malgré leur esprit critique, malgré leur méfiance. C'est du conditionnement mental et ça marche très bien. Des histoires racontent que des gens se sont conditionnés à avoir un orgasme au son d'une clochette...

mercredi 28 octobre 2009

A.

Ça commence et c'est mal parti. J'ai changé d'idée, et j'ai décidé de me faire vacciner le plus tôt possible (en décembre...) parce que l'anticipation des prophètes de malheur semblent se vérifier, pour une fois. Même si je ne suis pas à risque personnellement (je suis en rédaction à la maîtrise, si c'est le bordel j'emprunte quelques livres et je m'enterre dans ma chambre jusqu'à temps que ça passe), je suis du genre à attrapper tous les virus qui passent et comme mes colocs (des fumeurs qui boivent beaucoup d'alcool) sont très à risque et m'ont traité de maniaque parce que j'avais acheté du softsoap antibactérien - même pas du gel antiseptique! - je ne veux pas être exposé aux cochonneries que leur insouciance ramènera dans notre appartement (qui accessoirement est de la taille d'un module de station spatiale, sans être plus aéré).

Ma première idée était de compter sur la psychose pour m'en sortir. C'était bien parti, les médias ont tellement fait un cas avec le AH1N1 que je me suis dit que me faire vacciner était une précaution inutile, alors que 99% de la très anxieuse et docile population serait de toute façon protégée.

J'ai changé d'idée quand l'autre jour, dans un wagon bondé du métro, j'ai vu un CRÉTIN tousser à pleins poumons sans protéger ses voisin-e-s à l'aide du creux de son coude, étendant des bactéries quinze kilomètres à la ronde. J'ai changé d'idée quand j'ai vu quelqu'un qui venait de se moucher s'essuyer la main contre un poteau sur la ligne orange.

Je ne crois pas que le vaccin soit la meilleure manière de combattre une pandémie. Mais un conspirationnisme dénué d'instinct de survie non plus. Selon moi, l'hygiène et le civisme sont les deux meilleures manières de combattre une telle maladie. Et justement, c'est l'incapacité de la collectivité à faire preuve d'intelligence devant ce phénomène mondial qui m'a convaincu de me faire vacciner au plus maudit. Bref, ce n'est pas contre le virus que je veux être protégé en me faisant vacciner, c'est contre VOUS!

LA VENGEANCE DES PORCS

Vous cherchez un responsable à la pandémie et au décès des écoliers? Vous avez envie de vous laisser séduire par les théories qui rendent responsables des laboratoires d'entreprises pharmaceutiques? Regardez plutôt dans votre maudite assiette. Plusieurs grippes dangereuses ont une origine animale et se déclarent dans les zones d'élevage industriel.

samedi 24 octobre 2009

Pourquoi on organise pas une manif contre la corruption?

Personne y a encore pensé? Il me semble que le climat, la frustration et le cynisme mériteraient une réaction proactive. Nous pourrions la tenir la veille ou le lendemain des élections et en profiter pour tout casser (casser les idées reçues et l'immobilisme, bien entendu).

jeudi 22 octobre 2009

L'effigie de Bush massacrée

Voilà un petit vidéo de défoulement que je viens de créer pour souligner le passage de Bush à Montréal. Je l'avais téléchargée sur Youtube, mais la politique de droits d'auteurs du site web a décidé que la trame sonore était une violation de je-ne-sais-plus-trop quel principe stupide.

video

Bush à Montréal

La manifestation a débuté vers 11h00 devant le Queen Elisabeth. Vers midi et demie, nous étions quelques centaines (300 maximum) à dénoncer la présence de l'ancien Président des USA, invité par la Chambre de Commerce à présenter une conférence sur son le bilan de son passage au pouvoir. Il faisait froid et le brouillard humide n'aidait pas, mais l'évènement fut quand même plaisant.
Des gens avaient apporté une effigie grandeur nature de Georges W. Bush, plantée au bout d'un bâton. Après l'avoir battue à coup de pals, on la brûla dans la plus grande gaieté. Soulignons le zèle d'Armand Vaillancourt, qui a entretenu le feu de joie avec tout ce qu'il a trouvé sur place (pancartes, boîtes vides, etc.), et qui n'est parti que quand il ne restait plus rien à brûler (d'accessible).



Un peu après 13h00, les policiers ont décidé de réouvrir la rue. Les manifestant-e-s se sont alors dégonflé-e-s, le crachin les ayant trempé-e-s jusqu'aux os. Un peu avant que nous soyions définitivement refoulé-e-s sur le trottoir, un policier a bien essayé de déclencher les hostilités en bousculant une petite jeune femme qui passait en vélo sans raison apparente; mais quand il a vu les kodaks pointés dans sa direction, il a abandonné sa proie.



Les flics ont également apporté des chiens et des chevaux pour nous intimider. Les maîtres canins ont reçu des souliers dans la gueule en guise de réponse à cette menace.
Édition: Il paraît qu'il y aurait eu cinq arrestations.

mardi 20 octobre 2009

L'état de nos rues.

J'ai regardé le débat entre les candidat-e-s à la Mairie de Montréal à Radio-Canada. Un vrai foutoir, un rendez-vous manqué. Bergeron, de Projet Montréal, a décidé d'adopter la rhétorique d'un adéquiste qui serait écoeurant de pureté, se présentant comme l'adversaire des "vieux partis". Pas impressionnant. Quant aux deux autres, ils jouaient au jeu de la pomme la plus pourrite, s'accusant mutuellement d'être le/la plus corrompu-e.

En ce qui me concerne, je viens de me rendre compte que je ne suis même pas inscrit sur la liste électorale. Oui, je sais, ça fait dur. Faut croire que je suis tellement habitué à ne plus voter que je ne prends même plus la peine de vérifier si j'en ai encore le droit.

Pourtant, l'autre jour, je me suis dit que voter aux élections municipales ne serait pas si immoral que ça. Élire des délégué-e-s pour s'occuper de l'état des routes sur un très petit territoire comme une municipalité me semblait pas a priori encourager un système répressif. Mais la corruption est si grande, et le pouvoir de la Ville de Montréal nous écrase tellement qu'il me devient impossible de cautionner une telle institution.

La réaction des médias devant les histoires de crime organisé et de contributions anonymes est cependant très amusante. Certain de tenir un scoop, on annonce que la mafia, les partis politiques, les syndicats et les hommes d'affaires seraient liés par de très édi-fientes amitiés. Tiens tiens...

Et dire que les journalistes font mine d'être étonné-e-s.

Et dire qu'ils ont été étonné-e-s aussi de voir des jeunes péter des vitrines le 15 mars dernier.

Ramasser des éclats de verre: 200$.
Réprimer le peuple: 10 000$
Ignorer la collusion dans l'attribution des contrats: ça n'a pas de prix.

Dommage que les gens aient peur ou ne soient intéressé-e-s qu'à leur bonheur illusoire de consommateurs abusés. Les bouttes d'asphalte décollés du pavé voleraient. En veux-tu du nid-de-poule en vlà.

jeudi 15 octobre 2009

Keny Arkana

A-t-elle des cheveux?

lundi 12 octobre 2009

Hommage à Falardeau au Lion d'Or: "Nous vaincrons!"

"Nous vaincrons", c'est l'éternel slogan des très bruyants jeunes du RRQ, qui selon moi ne sonne pas aussi bien que "On va les avouère!" et qui en plus d'être trop pompeux à mon goût a été sur-utilisé au cours de la soirée d'hommage à Falardeau au Lion d'Or. Soirée très peuplée d'ailleurs (peut-être 370 personnes dans cette salle de 300 places) et en gros pas du tout minable, bien que certains discours, trop longs et/ou peu originaux aient été légèrement ennuyants ou carrément épeurants (quand un révolutionnaire quelconque tint à peu près ce discours: "On les a avertis que s'ils s'attaquent à la mémoire de Falardeau, il vont se rendre compte qu'ils se sont attaqués à plus fort qu'eux! On les a avertis!", les hurlements fanatiques de la moitié droite de la salle m'ont fait un peu paniquer).

Le seul moment vraiment intéressant de la première partie fut ce numéro très senti de la flûtiste-poète accompagnée d'un pianiste: j'en suis presque tombé en bas de ma chaise. Il faut bien accorder ça au mouvement indépendantiste: il recrute de bon-ne-s artistes polyvalent-e-s qui offrent des performances de très grande qualité et d'une diversité infinie. (Le numéro en question suivait le témoignage très ordinaire du très ordinaire Patrick Bourgeois[1], bruyamment accueilli par ses amis - les petits révolutionnaires de terrains de jeu du RRQ.) Le poème intitulé "J'ai oublié" était d'une longueur appréciable et rythmé - c'était pas un haïku de coin de comptoir - et le morceau de flûte très complexe (du Doppler). L'ambiance musicale et visuelle était également très bien choisie: bref, il a bénéficié d'une mise en scène vraiment géniale pour un spectacle organisé à la dernière minute.

Notons quand même la performance plus qu'acceptable de Jules Falardeau, le fils de l'autre, qui a rappé avec son copain "Le Paysan". Il avait un bon flot. Le beat et les paroles étaient très recherchés aussi.

La deuxième partie a été plus que correcte, avec l'interprétation très réussie du Screw, une des chansons entendues dans le film Le Party et qui a été composée par Richard Desjardins. Loco Locass a été par contre franchement plate (mais où est donc passé Chafiik?) avec l'interprétation de "La Censure pour l'échafaud" et "Les Géants". "La Censure pour l'échafaud" n'est pas une mauvaise toune (surtout qu'elle fait référence, avec un jeu de mots, au film de Louis Malle), mais "Les Géants" est un des pires textes que j'ai entendus de ma vie: c'est une gaffe de la Saint-Jean qui a souffert d'over-exposure.

Paul Piché a toutefois été très entraînant et le témoignage de Luc Picard, qui clôturait l'évènement, était émouvant. Ce qui devait suivre fut cependant un peu étrange: l'animateur de la soirée qui conclut simplement par "C'est un bel hommage" et l'ovation debout devant un poster de Falardeau accroché au plafond de la scène.

En bref, le show a certes duré un peu trop longtemps, ce qui fait que le public commençait à devenir plus éméché que respectueux vers la fin, mais il nous a permis quelques belles découvertes et, bien entendu, a permis aux spectateurs et spectatrices de connaître l'entourage de Falardeau.

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[1] Le gars qui voit des "fédéraleux crissement débiles" partout.

dimanche 11 octobre 2009

Hommage à Falardeau - Lion d'or

Je serai présent au Lion d'Or ce soir pour assister à l'hommage organisé à Montréal en souvenir du décès de Pierre Falardeau.

Loco Locass et Paul Piché, entre autres, performeront. Il paraît aussi que plusieurs séquences de films de Falardeau seront également projetées et que plusieurs textes seront lus par des personnalités connues. J'ai appris entre les branches que la soirée d'hommage a été préparée avec une générale technique seulement, ce qui fait que la présentation risque d'être assez conviviale.

Une flûtiste-poète a aussi été invitée par les organisateurs/trices de la soirée.

Mes raisons d'y être ne sont pas politiques (même si, comme je l'ai laissé entendre plus tôt, je reconnais une grande valeur à l'ensemble de l'oeuvre du cinéaste), mais comme certains numéros inédits en vaudront vraiment la peine, je ferai sans doute un retour là-dessus plus tard.

samedi 3 octobre 2009

Le FSQ: Un autre Québec en marche.

Une amie qui préfère conserver l'anonymat m'a traîné au Forum Social Québécois en 2007. J'étais pas si enthousiaste au départ mais finalement, j'ai beaucoup apprécié, étant donné que c'est ma fréquentation de cet évènement qui m'a fait connaître le mouvement pour une décroissance conviviale et qui m'a mis en contact avec le groupe The Untakens, qui malheureusement aux dernières nouvelles était mort. J'ai alors découvert qu'il y avait un salut hors de l'ASSÉ, de la NEFAC et du PCR, et que plusieurs regroupements aux tendances très libertaires existaient à l'extérieur de ce qu'on considère généralement comme le milieu anarchiste de Montréal. Ils étaient réseautés au point d'avoir des associations amies jusque dans le Vermont et le Maine.

Les journées de séminaire de l'Institut Fraser (ce think tank de droite qui conseille par ses études biaisées les plus hauts placés de notre gouvernement), disaient quelques conférenciers en 2007, visent à faire contrepoids à ce genre d'évènements en proposant une journée de débats sur les politiques publiques qui ne soit pas contrôlé par l'establishment nationaliste étatiste. Sauf que cet évènement auquel j'ai participé deux fois ne vise en fait que l'abrutissement des jeunesses dorées. Quand un élément dissident fait surface au cours des discussions en "ateliers", on lui refuse le droit de parole et s'il insiste, on sort l'artillerie lourde en envoyant des grands parleurs caler les individus en question. Et puis en plus, au cours des trois dernières années il n'y a eu peut-être qu'une ou deux conférencières, contre environ vingt-cinq hommes, les femmes étant réléguées aux postes traditionnels de gestion de la liste d'invité-e-s.

Le FSQ est la seule place où j'ai pu m'exprimer en toute sincérité sans avoir à faire face à des huées. C'est peut-être une question d'affinités, me direz-vous: peut-être. Mais comme les structures du FSQ sont plutôt lâches, et que la formule des ateliers n'est pas du tout uniforme, les participant-e-s visitent le site avec une curiosité naturelle d'être humain, sans attentes particulières, prêt-e-s à l'écoute et à l'échange. Il n'y a pas de "tenue décontractée suggérée" comme à l'Institut Fraser. Ni de dogmes comme dans les partis politiques. Il y règne certes une organisation mais aussi une sorte de doux chaos qui permet à tout le monde de s'impliquer un peu. Comme, vous savez, quand il y a une fuite de gaz et que des gentil-le-s habitant-e-s des environs, qui n'ont pourtant jamais rien fait que se fier sur l'Autorité, apportent du café aux gens qui attendent dehors en robe de chambre.

Le seul problème, c'est que la dernière fois, il y avait des partisan-e-s de Québec Solidaire dans chaque atelier qui commençaient toutes leurs phrases par "Nous à Québec Solidaire..." ou par "Enfin un parti qui...", faque si j'en entends un s'essayer cette année je le slogue.

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À propos, au Devoir, Stéphane Baillargeon a donné la parole à la professeure Anne-Marie Gingras : «Je vais leur dire [aux jeunes du FSQ] qu'il faut construire la critique de la société à partir des institutions existantes et non pas contre elles. On ne peut pas faire table rase de tout et rêver de repartir à neuf. Le nihilisme anarchiste de certains radicaux dessert l'analyse fine et nuancée. C'est un des problèmes de la gauche actuelle.»

Ça m'a fait bien marrer. "L'anarchisme nihiliste" au Québec, c'est quoi, deux cent personnes maximum... dont:
- deux personnes qui arrivent à publier un article ou un essai de temps en temps;
- une à trois personnes sur le conseil exécutif de l'ASSÉ;
- une quinzaine de personnes qui tiennent des blogues que personne lit (je fais autant partie de ces personnes que de ce personne);
- une centaine d'individus qui vont dans les manifs et/ou qui cherchent de la nourriture dans les poubelles.

Alors comme ça, l'activité de ces gens-là, qui sont à placer dans les ennemis de l'intellectualisme (je m'étouffe de rire) est un des problèmes de la gauche actuelle... Sans nous, les syndicats corporatistes auraient tellement le champ libre pour pratiquer leur lobbyisme collabo, ce serait-y pas formidable! Le radicalisme gauchiste québécois est en voie de disparition et sa voix ne se fait jamais entendre sur la place publique - ou on ne l'écoute pas sérieusement. Comment peut-on imputer une responsabilité à quelque chose qui n'existe pas? Quand j'ai lu ce médiocre article de Baillargeon, la gueule m'est tombée, et elle n'est toujours pas remontée. La gauche actuelle, dans ce qu'elle a de modérée, de pitoyablement réformatrice, d'allergique à l'audace et d'antidémocratique, bref dans ce qu'elle a de facalienne, de michel-vennienne et de jean-françois-liséenne[1], est entièrement responsable de ses propres déboires. Comme on dit: "Pendant que la droite essaie de gagner, la gauche essaie d'avoir raison."

Et depuis quand le fait d'imaginer un monde différent, avec des institutions différentes, est-il nocif? C'est l'espoir de voir venir au jour un monde différent qui a conduit nos ami-e-s de la Pointe Libertaire et leurs autres camarades à fonder le Centre Social Autogéré et à commettre de formidables attentats végétaux. Et ce sont les modéré-e-s "ne voulant pas lutter contre, mais à l'intérieur des institutions" qui les ont abandonné-e-s à leur sort après pourtant les avoir appuyé-e-s dans une déclaration commune.

Néanmoins, ayant moi-même déjà été victime de citation imaginaire dans La Presse, je donne encore à Mme Gingras le bénéfice du doute. Quant à Stéphane Baillargeon, eh bien qu'il mange donc d'la marde.
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[1]Il faut piquer des idées à la droite... telle que le totalitarisme.

samedi 26 septembre 2009

Salut pourriture: on va s'ennuyer de toi.

Le décès soudain de Nelly Arcan a été un choc; j'aime les récits d'autofiction parce que je trouve qu'ils manquent réellement de pudeur. Car si connaître des vérités sur quelqu'un est très révélateur, connaître ses mensonges est atteindre un degré d'intimité encore plus grand. Nelly Arcan était quelque chose comme une porte-étendard de ce genre littéraire. Et comme elle était une porte-étendard qui se vendait bien, sa disparition a retenu beaucoup d'attention.

Mais voilà les hommages funèbres troublés par le décès du non moins célèbre Pierre Falardeau, ce nationaliste violent qui prenait plaisir à insulter les morts. "Salut pourriture", c'est ce qu'il a servi à Claude Ryan après la mort de celui-ci. Les chroniqueurs des grands médias n'ont pas encore ressorti de la poussière cette phrase-choc, à part de manière trompeusement subtile: peut-être ont-ils reçu des instructions, ou peut-être ont-ils trouvé qu'un pareil titre pour un de leurs articles manquerait cruellement d'originalité.

Mais ailleurs que dans la presse professionnelle ça se déchaîne. Les "salut pourriture" fusent de partout, par milliers. Ces lâches s'imaginent-ils lui remettre la monnaie de sa pièce? Falardeau est mort. Il s'en crisse. Il est trop tard.

Falardeau était un homme d'une vulgarité phénoménale, voire unique. Lors d'entrevues, il s'attaquait même souvent aux journalistes. Il a en outre traité David Suzuki de japonouille et chiâlé contre le Congrès juif canadien. C'est que Pierre Falardeau était un folkloriste anglophobe et régionaliste. Il n'acceptait pas que les critiques viennent de l'extérieur (lire: du Canada).

Mais il y avait quelque chose de beau et de profondément naïf dans les positions extrêmes qu'il prenait. C'est peut-être pour ça qu'à seize ans, j'étais très impressionné par ses discours, me déplaçant même une fois jusqu'à Trois-Rivières pour en écouter un. Pierre Falardeau avait aussi accepté de devenir "personne ressource" pour une recherche au cégep sur l'art engagé que j'avais décidé de mener avec deux amies. Avec ma collègue et moi, il avait été d'une amabilité et d'une patience admirables.

Pierre Falardeau parlait de manière à ce que n'importe qui (de familier avec le joual) soit en mesure de le comprendre. Pour cette raison c'était choquant. Il disait nègre au lieu de dolichocéphale ou, comme l'écrirait Babacar Sall, mélanoderme. Ses propos ne revêtaient pas le lustre opaque de l'anthropologie vaguement raciste de certains "savant-e-s" et chroniqueurs/euses vendu-e-s. Ils étaient compris parce qu'ils étaient sensibles[1].

Aurait-il aussi autant parlé si on l'avait laissé faire en paix ses films? Plusieurs de ses projets sont tombés à l'eau - refus de subvention. Je soupçonne l'ostracisme politique. Et pourtant, le vide politique et social de certaines oeuvres subventionnées est beaucoup plus subversif. Et pourtant, n'en déplaise aux admirateurs béats et admiratrices béates de Robert Lepage (le grand artiste) et de Denys Arcand (l'hostie de bourgeois), Falardeau avait quelque chose dans ses films de plus proche du peuple. Qui ne s'embarraissait pas des snobberies tellement appréciées des critiques. Qui était bien plus proche de l'esprit de Mon Oncle Antoine ou de l'Âge de la machine. Avec des vrais personnages.

De savoir que tout ça disparaîtra avec Falardeau, que c'est son oeuvre de pamphlétaire qui survivra (au moins à court terme), ou plutôt l'analyse de son oeuvre pamphlétaire par des crétin-e-s sans intelligence, provoque en moi un fort mécontentement. En fin de compte, ce seront les limaces méprisantes mais polies de Power Corporation qui auront le dernier mot.

Salut pourriture. On va s'ennuyer de toi.

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[1]On dira dans les milieux patriotes que Patrick Bourgeois, cet immonde polémiste nationaliste, sera le digne successeur de Falardeau, en porteur unique de son héritage: foutaise. Bourgeois n'a pas d'âme, et c'est précisément pour ça qu'il cherchera à s'emparer de celle des autres.

dimanche 20 septembre 2009

Hors-d'oeuvre revendique l'attentat contre Martineau.

Ça s'était passé près d'un Ikéa. Apparemment, un bum pro-Villanueva l'aurait menacé devant sa blonde et ses enfants. C'est ce qu'il disait sur son blogue. Il paraît que ce serait un gars de Hors-d'oeuvre qui serait l'auteur des menaces. Le groupe de marxistes défend l'acte en affirmant que l'individu en question souhaitait surtout discuter. Je sais que je suis en retard dans les nouvelles, mais je ne peux m'empêcher de trouver ça amusant.

Je connais Hors-d'oeuvre presque seulement au travers d'anecdotes racontées par mon entourage (et des membres de Hors-d'Oeuvre) et encore plus superficiellement par le site qu'ils entretiennent somme toute assez rarement. Les activistes de ce groupe plus ou moins structuré semblent spécialisés dans les menaces ("Des représailles seront envisagées envers les dissident-e-s"), la diffamation et les actes de sabotage. Leurs ennemis préférés sont entre autres les primitivistes, les postmodernistes, les gens ayant une certaine renommée et la police, mais ça arrive aussi qu'ils s'attaquent à du monde au hasard.

Dans le cas des menaces proférées contre Martineau, eh bien j'avoue que je ne sais pas qui croire. Martineau est un menteur et les gens de Hors-d'Oeuvre sont des ivrognes frustrés fanfarons et pas fiables. Le premier aurait pu exagérer une menace, les seconds auraient pu imaginer en être les auteurs.

L'ASSÉ s'est-elle stalinisée?

Ça a commencé il y a quelques années quand on a demandé aux associations étudiantes intéressées par la formation d'une nouvelle coalition (semblable à la CASSÉE de 2005) de payer des cotisations de la même manière que si elles avaient été membres à part entière de l'ASSÉ... sans pour autant pouvoir voter en tant qu'association membre. Ça a commencé quand on a menacé les petites associations étudiantes de réduire leur pouvoir en imposant un droit de vote proportionnel à la population des assos (un projet qui est heureusement tombé à l'eau - cela va sans dire, après qu'un "commissaire", par ailleurs membre de la plus grosse asso de l'ASSÉ, ait été nommé pour étudier la situation). Ça s'est poursuivi quand l'ASSÉ a demandé aux membres de sa liste d'envoi par courriel de s'identifier... Maintenant, pour s'inscrire sur leur forum, il faut même téléphoner et se justifier.

Il y a quelques années, j'ai écrit un article pour le journal de l'ASSÉ, l'Ultimatum. La réaction approximative, quand j'ai offert mes services à la rédaction: "On te connaît même pas, mais c'est pas grave, shoote ton article." J'ai ainsi écrit un article, paru non pas sur du papier journal banal, mais dans une revue au papier glacé. Personne ne m'a contrôlé. On m'a simplement renvoyé l'article pour que je corrige quelques fautes (il en reste). Ça, c'était en 2006. Est-ce que la même chose serait possible maintenant? Si oui, que l'ASSÉ suive donc l'exemple de son propre journal de propagande.

Même les manifs de l'ASSÉ sont maintenant parfois contrôlées comme le seraient un cortège de fanatiques de la scientologie: au cours de la dernière manif-action à laquelle j'ai participé, il nous était impossible de savoir vers où on se dirigeait: allions-nous bloquer le pont Jacques-Cartier? Occuper la chambre de commerce de Montréal? Seuls les organisateurs, muets comme des carpes, le savaient, se parlant à distance avec dans leurs walkie-talkie. "On a peur des fuites", m'expliquèrent-ils. Plus précisément, ils craignaient que les flics soient mis au courant. "Vous n'avez qu'à me chuchoter dans l'oreille, alors. Personne entendra." Mais apparemment, j'avais trop l'air d'un flic. Les flics de l'ASSÉ, que je connaissais pourtant personnellement, refusaient même de me donner un indice. Pourtant, ils entraînaient à leur suite, sans les avoir consulté-e-s ni informé-e-s, presque 300 manifestant-e-s. Ça ressemblait à une initiation de club de cégep.

De la même manière, pendant certains moments chauds des dernières années, on a exclu des journalistes des congrès de l'ASSÉ à plusieurs reprises, pour discuter de ce que je considère comme étant des conneries sans importance. Où sont donc les belles valeurs de démocratie et de transparence de l'ASSÉ? Il me semble que c'étaient ces mêmes valeurs qui distinguaient ce groupe de l'autre grabataire conglomérat d'associations étudiantes (la très péquiste FEUQ, qui a récemment décidé de noyauter la TéluQ).

mardi 15 septembre 2009

La lecture du manifeste du FLQ: de la violence.

La reconstitution de la bataille, un évènement militaire, exposait bien plus de haine et de violence! On y aurait vu des gens faire semblant de s'entretuer avec des guns en plein après-midi! Tout un spectacle à montrer à nos yeux pudiques. Je vais vous dire, si les nationaleux n'avaient pas fait de menaces contre cette débilité teintée de militarisme de héros-bonbons, j'en aurais peut-être proféré moi-même...

Le manifeste du FLQ est un des premiers grands textes politiques québécois qui s'adressait à du monde ordinaire, dans un vocabulaire que tout le monde pouvait comprendre.

Le texte est d'ailleurs pas si violent que ça: quelques passages seulement, dont aucun n'appelle directement au meurtre. Il n'a d'ailleurs pas été écrit, si je ne m'abuse, par les membres de la cellule qui ont liquidé Pierre Laporte.

Rien n'a été plus violent, dans cette histoire, que la répression de l'État qui a suivi, et qui se poursuit encore aujourd'hui. Lisez le rapport de la Commission Keable et vous reconnaîtrez que le pouvoir auquel les felquistes s'attaquaient était bien plus violent, meurtrier, sauvage et haineux qu'eux.

On ne peut pas attaquer le manifeste en disant que les auteurs étaient des meurtriers, ou qu'ils avaient du moins quelque chose de vaguement violent derrière la tête, si on ne réserve pas le même traitement critique à l'autorité qui réprime le peuple.

Tiens, pourquoi ne pas lire le texte des discours de Georges-Étienne Cartier sur les deux peuples fondateurs? Ce serait correct, même si le Canada, construit sous ces auspices, a par la suite tué Louis Riel, bastonné des ouvriers en grève, fait mourir de faim des milliers de personnes, subventionné des entreprises minières qui empoisonnent des réserves d'eau potable, exproprié des citoyen-ne-s?

La lecture du manifeste du FLQ était peut-être moins politically correct que la reconstitution, mais c'était un exercice beaucoup plus sain. Crier stupidement "Nous Vaincrons" est encore plus sain que de se masturber mentalement en regardant des soldats se faire exploser la gueule à coups de mousquets. Être nostalgique en entendant "Faites vous-mêmes votre révolution dans vos quartiers, dans vos milieux de travail" est encore bien plus sain que de jouir de voir des colonnes de militaires se mettre en place en attendant de glorifier un moment d'apotéose de la sauvagerie qui est à l'origine de la création de notre État.

dimanche 6 septembre 2009

Le FLQ et le moulin à paroles.

Je me demande sur quel ton Luck Mervil prononcera cette phrase, qui figure au début du Manifeste du FLQ: "Bourassa dans l’année qui vient va prendra de la maturité : 100 000 travailleurs révolutionnaires organisés et armés !" Je descendrais à Québec juste pour ça.

La conférence de presse donnée par les organisateurs/trices est disponible en vidéo.

Y paraît aussi que Batlam (de Loco Locass) déclamera le poème de Roland Giguère, La main du bourreau finit toujours par pourrir. En tout cas, c'est ce que suggère le vidéo de présentation de l'évènement. Le site web ne donne pas encore de détails là-dessus.

"Grande main qui pèse sur nous
Grande main qui nous aplatit contre terre
Grande main qui nous brise les ailes
Grande main de plomb chaud
Grande main de fer rouge

Grands ongles qui nous scient les os
Grands ongles qui nous ouvrent les yeux
Comme des huîtres
Grands ongles qui nous cousent les lèvres
Grands ongles d'étain rouillé
Grands ongles d'émail brûlé

Mais viendront les panaris
panaris
panaris

La grande main qui nous cloue au sol
Finira par pourrir
Les jointures éclateront comme des verres de cristal
Les ongles tomberont
La grande main pourrira
Et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs."

C'est un de mes poèmes préférés. C'est pas formidable?

Je comprends pas tout à fait les arguments des défenseur-e-s de l'évènement, par contre. Je vois dans ce spectacle une réponse à reconstitution de la bataille des Plaines. Je suis dans le champ? Si je ne le suis pas, comment se fait-il qu'on justifie la lecture du fameux manifeste en disant que c'est une partie de notre histoire et que même si on n'en est pas fiers, il faut quand même en faire mention? La batailles des Plaines, on en est pas fiers et fières non plus. Et pourtant, c'est justement parce que les nationalistes voulaient éviter de fêter une défaite qu'ils chiâlaient.

Faut dire, je suis content de voir que les nationalistes québécois-es aient décidé de répondre à une reconstitution militaire par une reconstitution littéraire. Je me serais attendu à pas mal moins smatte de leur part.

vendredi 4 septembre 2009

La prison: à quoi bon.

Les député-e-s agitent leurs sceptres de papier devant le gouvernement conservateur afin de faire abolir la libération au sixième de la peine dans les prisons fédérales. Même le Bloc, cette fois-ci, est d'accord pour augmenter la répression. Yves Boisvert a décidé de jouer le même jeu en brandissant de manière très populiste les immortels exemples de Vincent Lacroix et de Earl Jones.

Je me fiche bien du sort des deux malfrats de la finance, ainsi que celui des mafieux qui contrôlent depuis la tôle (de toute façon) des réseaux aussi élaborés que la bureaucratie de l'État, mais je commence à me fatiguer d'entendre cette rhétorique pro-répression. Quand j'entends ce genre de vomissage de tripes autoritaristes, même si certaines personnes m'apparaissent parfois de bonne foi dans leur utilisation de syllogismes douteux, je ne peux m'empêcher de me méfier en me disant que je serais mieux de m'attendre à voir mes libertés diminuer.

Car l'extérieur est une prison de toute façon, surveillée par des escouades en tout genre dont l'une lira même peut-être un jour mes propos séditieux. L'école est une prison, le bureau aussi. Pourquoi aligner des détenu-e-s derrière des barreaux? Les aligner en rangs derrière des pupitres et les forcer à demander la permission pour demander la permission d'aller pisser (c'est le comble de l'asservissement) reviendrait au même. Pourquoi ne pas simplement les fouiller quotidiennement comme aux douanes, ou à l'épicerie? Pourquoi ne pas les cribler de dettes? Les faire travailler 50 heures pour un frigidaire? Après, vous allez voir, quand quelqu'un trouvera quelque chose de gratuit dans les poubelles, ces anciens criminels vont être les premiers à exiger la prison pour le profiteur.

Les néo-libéraux conservateurs de ce monde n'aiment pas donner des libertés aux êtres humains. Pourtant, ce sont eux qui parlent le plus de la liberté: celle des marchandises. Les marchandises, dans leur utopie nauséabonde, devraient circuler de manière très fluide, reproduisant grâce à la main invisible du marché un chemin semblable à celui du cycle de l'eau.

Dès lors, le seul moyen pour l'être humain de circuler sans entraves, dans un monde pareil, ce sera de... devenir de la marchandise. D'ailleurs on aura pas à attendre longtemps: cette transformation s'opère déjà.

jeudi 27 août 2009

Mes sphères les plus agréables...

Renart L'éveillé, dans son texte d'hier, nous présentait une critique assez étrange des anarchistes (et plus accessoirement une critique de l'anarchisme, et pratiquement pas de critique de l'anarchie). Cette critique me semble affectée par plusieurs idées reçues. Elle est d'autant plus contrariante que la photo choisie par l'auteur pour figurer sous le titre du billet est celle d'un homme qui dégueule.

Bakouchaïev a déjà écrit un commentaire fort pertinent là-dessus sur son blogue, et aussi je ne vais répondre qu'à cette partie du texte: "La pensée gravite dans des sphères bien plus agréables que les simples considérations domestiques, pour ne nommer que celles-là, et leur monde s’en trouve changé : le problème c’est que l’écart entre ce nouveau monde et celui effectif est énorme, d’où le déficit de liberté individuelle qu’on nous rabâche de toutes les manières."

Je ne vois pas en quoi le discours des anars évite les considérations domestiques. Il me semble que Proudhon, déjà au XIXe siècle, traitait de la chose domestique. Il a justement écrit un bouquin là-dessus, qui fait la promotion du mutuellisme. Chomsky a aussi parlé à plusieurs reprises du cadre qu'il voulait proposer à la société pour remplacer le capitalisme industriel. Ce ne sont que deux auteurs (j'en connais peu anyway) mais il y en a une pléthore d'autres. Du reste, les exemples de la Commune de Paris et des collectivités anarchistes espagnoles ayant surgi de nulle part pendant la guerre civile suffisent, je crois, à montrer que des anarchistes ont en effet fait grand cas des considérations domestiques. La vérité, c'est que les considérations domestiques sont au centre du discours anarchiste, justement.

Chez les blogueurs anars, il y a Bakouchaïev qui a parlé d'économie participative à plusieurs reprises, Anarchopragmatiste qui a discuté d'anarcho-mutualisme avec son pote Tremblay. Steffen, de la ZLÉA, a parlé de sa vision concrète d'un monde libertaire. En ce qui me concerne, je suis en train d'écrire une longue série de billets qui s'intitule: "Comment l'anarchie est-elle possible". Même si je n'ai pas encore parlé en termes sérieux du mode de réponse aux besoins élémentaires (il n'y a que les fous pour être sérieux), j'ai clairement affiché mon intérêt à ce chapitre en rédigeant mon anale analyse du travail.

La pensée des anars est la plupart du temps très terre-à-terre, contrairement à ce que plusieurs semblent prétendre. La plupart des anars se moquent des concepts ridicules et illusoires telles que l'ordre public, la décence, la morale et le contrat social. Ils/elles se moquent de Dieu. Et il y en a même, parmi les anars, qui n'étant pas marxistes, rejettent les idées de lutte de classes. Comment, dès lors, peut-on les accuser d'avoir la tête dans les nuages?

La logique des théoricien-ne-s anarchistes peut souvent sembler plus lourde que celle des autres, mais c'est simplement parce que ce n'est pas elle qui est la norme ici-bas. Si nous vivions au milieu d'un monde anarchiste et que vous essayiez de faire gober aux habitant-e-s incrédules l'idée de contrat social ou de consubstantiation, ou encore celle de la double nature du Christ, personne pigerait rien et on dirait que ce sont des sornettes de pelleteux de nuages. Locke, Hobbes, Rousseau? Pfff.

Il est donc d'autant plus probable que ce sont les autres qui aient la tête dans les nuages, en appuyant le statu quo au sein d'un système absurde. La famine qui sévit au sein des États capitalistes est réellement un signe que ces autres n'ont pas plus à branler des considérations domestiques, sinon des leurs propres, puisqu'aucun élément dans leur mode de pensée n'arrive à trouver assez de concrétude dans la réalité pour nourrir avec succès toute la population terrienne.

Sommes-nous resté-e-s pogné-e-s dans des sphères agréables? Que veut-on dire par là? Les sphères agréables de l'esprit humain, il me semble que ça a toujours été Dieu, la Nation et le Sport. Les réponses faciles et l'évacuation expéditive du questionnement à travers le divertissement. Ce genre de choses. En quoi donc l'anarchisme gravite-t-il seulement dans les sphères agréables?

Renart parle d'écart entre monde effectif et "nouveau monde". Il dit que cet écart est grand; moi je pense que the objects in the mirror are closer than they appear. Les jardins collectifs (pour ne pas dire communistes), les cafés-coops, les foires de troc, les parties de soccer improvisées et l'appui massif des organismes sociaux au CSA montrent que les gens ne sont pas étrangers ou particulièrement hostiles à des modes d'organisation spontanée sans chefs, sans hiérarchie et étonnament proches de la vision utopiste qu'ont plusieurs de l'anarcho-syndicalisme. Les nombreux exemples d'auto-gestion à petite échelle sont aussi des preuves que techniquement, supprimer le pouvoir un peu partout, c'est viable.

lundi 24 août 2009

Des complots pour sauver le monde

Je vous annonce que j'ai lancé mon nouveau blogue littéraire hier soir, sur Wordpress. J'explique dans le texte Ouverture le but de mon projet.

En gros, je fais ça parce que je déplore le fait que je n'ai jamais osé rien faire de beau et d'absolument ludique ici. Jusqu'à maintenant, j'ai osé publier une seule nouvelle littéraire sur Les Tribulations du Mouton Marron, même si mon "Manifeste pour de meilleurs excréments" et mon "Manifeste morbide" ont quelque chose de franchement gratuit. D'ailleurs pour le dernier texte, qui n'était pas réellement politique, j'ai reçu des commentaires différents de personnes totalement différentes de ceux de mon lectorat habituel (par ailleurs fort limité en quantité mais pas en qualité). Signe que je peux rejoindre un autre public avec mes propos scabreux puant le petit bourgeois en révolte contre toute forme d'autorité.

Ne vous en faites pas, je n'abandonnerai pas mes tribulations pour autant. Pour vous qui visitez mon blogue de temps en temps, Des complots pour sauver le monde sera un complément. Je vous informerai d'ailleurs ici même de l'avancement de ce nouvel outil d'expression, et vice-versa; les deux blogues resteront toujours liés.

samedi 22 août 2009

De la misère des animaux.

Il y a eu mon chat qui est mort avant que je puisse revenir de Montréal, il y a trois ans. Malade et paralysé des jambes arrières. Il a souffert pendant deux jours avant de se laisser aller. Je me suis consolé vite: il a eu une belle vie. Mon subconscient n'était pas consolé, lui. Des fois, il m'arrive encore de rêver à lui. Je le vois surgir d'entre les morts, le crâne ouvert et les orbites vidés. Je pense que j'aurais voulu pouvoir revenir à temps pour lui donner mon ok. Peut-être c'était ça qu'il attendait. En fait il devait s'en câlisser tellement il avait trop mal, mais en tout cas j'aurais trouvé la paix plus rapidement.

Il y a eu l'oie de notre étang, qui n'avait pas pu défendre le canard domestique qu'elle avait adopté et qu'elle protégeait comme sa propre progéniture. Quand j'ai retrouvé le canard, le cou rongé par un renard et courbé dans une position impossible[1], l'oie était silencieuse. J'ai attrapé le cadavre avec une perche et je l'ai mis dans un sac de plastique avant que mon père l'enterre. Je me souviens très bien, l'oie gossait sur le sac pour faire sortir son compagnon.

Après, elle est devenue agressive et a fini par s'enfermer dans sa solitude, attaquant mon chien (immense mais effrayé) de temps en temps quand elle s'emmerdait.

L'oie, après avoir perdu son ami de toujours, a pris l'habitude de chasser tous les oiseaux qui avaient la mauvaise idée de s'approcher de l'étang... sauf les canards de passage. J'aurais aimé pouvoir la voir s'envoler avec eux et plus jamais revenir patauger au milieu de la gadoue dans laquelle elle était obligée de passer l'hiver.

Il y a le chien qui, depuis qu'il est passé en-dessous d'un char (son âge avancé lui a érodé les réflexes), boîte en souffrant le martyr.

Il y a finalement tous les animaux que j'ai trucidés avec mon père dans notre petite fermette campagnarde. À chaque fois que je voyais le couteau glisser sur le pelage des volailles, je sentais aussi la lame sur la peau de mon cou. Quand je regardais ensuite la tête ensanglantée dans le seau, quand je voyais les yeux hagards des têtes d'oies, de canards, de dindes ou de poulets s'éteindre dans la résignation, une terrible sensation s'emparait de moi; j'en ai encore des vertiges.

La première fois que j'ai vu un animal mourir, je devais pas avoir plus de sept ans. C'était à l'abattoir de Princeville ou de Warwick, je me souviens plus trop et de toute façon ça a fermé. Mon père m'avait raconté que son père (du reste pas si vieux que ça) assommait les vaches d'un grand coup de masse avant de leur trancher la gorge et de les couper en rondelles. La vache que j'avais devant moi ce jour-là était parfaitement consciente, et attachée avec des chaînes par les quatres pattes à un immense treuil qui l'avait montée à quatre pieds au-dessus du sol. Quelques secondes après qu'on lui ait sommairement ouvert la gorge, il lui manquait déjà une cuisse et son flanc droit en entier. Elle meuglait toujours. Ce cri ne s'éteignit que beaucoup plus tard, dans des borborygmes douloureux.

Je trouve donc que les gens qui s'attaquent à la chasse aux phoques ont crissement pas le sens des priorités. C'est pas parce que les phoques saignent dans la neige et qu'ils sont cutes qu'ils souffrent plus que les autres animaux. Les phoques ont encore le loisir de vivre libres. Tant qu'ils vivent. Si vous aimez les animaux, soyez conséquent-e-s et ne contribuez pas à leur élevage.

On dit souvent que les gens entassés dans leurs logements pourris ou dans le métro ressemblent à des porcs alignés devant le comptoir de l'égorgeoir. Mais c'est l'inverse. Ce sont les cochons et les poulets, logés nourris et bourrés de médicaments, qui deviennent tout en engraissant le miroir de l'humanité.

Et il n'y a rien qui souffre autant que des animaux auxquels on a mis un collier ou un numéro de série. Il n'y a rien de vivant qui souffre autant qu'un être forcé de partager la misérable condition d'asservissement des êtres humains.
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[1] Je vous jure que depuis ce jour-là je ne dis plus "ça sent le petit canard à la patte cassée".

mardi 18 août 2009

Le smog

Ça devient intolérable de vivre à Montréal pendant une partie de l'été à cause de ça. Montréal est d'ailleurs une ville dans laquelle je me suis récemment promis de ne pas élever d'enfants.

Je me souviens, quand j'étais plus jeune­, je me disais que la situation serait réellement désespérée quand le smog atteindrait jusqu'au bout de campagne dans lequel j'ai passé mon enfance, Saint-Christophe d'Arthabaska.

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Le smog a envahi le ciel du hameau de petites maisons rurales et de fermes pour la première fois il y a maintenant deux ans.

lundi 10 août 2009

Manif en soutien à Freddy Villanueva

Je n'étais encore jamais passé dans ce secteur de Montréal-Nord et j'ai été bouleversé par l'incroyable exotisme de la place. Je sais pas pourquoi. C'est pourtant un peu comme ça que je me suis toujours figuré mon chez-moi imaginaire. Des familles cordées sur les balcons des énormes blocs rectangulaires de HLM. Des femmes immenses fumant la cigarette en nous regardant passer, appuyées à moitié sur leur canne et à moitié sur la rambarde. Une femme blonde et tatouée à la voix rauque qui disait avoir fumé des joints avec Freddy. Les gens qui se joignaient graduellement à nous et ceux qui nous encourageaient d'un signe de "peace" à partir de leur logement au quatrième étage. Je sais bien que des choses de même il s'en passe aussi au centre-ville, ou tout près dans les quartiers cossus. Et j'en ai fait des manifs. Mais celle-là avait quelque chose de spécial. Je ne sais pas exactement quoi. Je me sentais un peu comme si on avait passé Tremblay et Laferrière dans le blender.

Il y avait quelque chose dans cet endroit de profondément intrigant et de sympathique.

J'habite à Saint-Michel et c'est un autre monde. C'est encore crasseux, pauvre, très multiculturel, mais chez moi c'est encore autre chose; c'est de la crasse moderne, avec des dépanneurs. Dans Montréal-Nord, la crasse date des années soixante-dix - l'air a quelque chose de vieillot, de typique et d'humble.

Voici la pancarte dont tout le monde parle. "J'étais certain que c'était que moi qui haïssait Lagacé et Martineau" m'a dit le gars à lunettes qui la portait. Paraît que j'étais au moins le huitième à le féliciter.


La police dit qu'elle a arrêté un gars avec des cocktails molotov dans son sac à dos (et pas dans ses mains). Je comprends pas. Comment ils ont su, les agents? Ils avaient des lunettes à rayons-X? C'est pas clair, cette histoire.

lundi 3 août 2009

Tuer un parasite.

Quelques personnes, suite à la lecture de mon dernier billet, ont été soit choquées, soit intriguées par le rapport que j’entretiens avec le travail. Comme le débat menaçait de devenir interminable (Coeus a écrit un commentaire très pertinent de plus de 700 mots, ça aurait dû figurer sur son propre blogue), j’ai décidé de sortir de ma boîte de commentaires (qui n’est par ailleurs pas très commode) afin de rédiger une réponse à peu près complète.

La nature de l’attachement au travail

Je pense qu’un condamné à la peine capitale, dans l’angoisse de l’attente de son exécution, peut en venir à désirer la mort et que de la même manière, les personnes qui n’ont pas d’emploi et qui meurent de faim ou d’ennui peuvent en arriver à voir une embauche potentielle comme une lumière à suivre au milieu de l’obscurité.

Mais est-ce que ce n’est donc pas davantage l’espérance d’une vie matérielle plus digne qui les motivent, plutôt que l’amour du travail? Veut-on travailler ou sortir de la grisaille quotidienne? Trouver un travail ne vise-t-il pas essentiellement à satisfaire les pressions sociales qui séparent le monde en deux clans (celui des travailleurs/euses, et celui des « oisifs/ives », ou des « parasites »)?

Il se trouve que les périodes durant lesquelles je n’ai pas travaillé (soit une bonne partie de mon enfance) ont également été les plus productives. J’étais RÉELLEMENT plus productif, par exemple, pendant l’été de mes 15 et 16 ans que maintenant : j’écrivais des romans et de la poésie. Maintenant, impossible : les études, jointes au travail, me parasitent l’esprit et me siphonnent tout ce que mon cerveau peut créer de beau. Tout est encadré par cette ignoble institution qu’est le travail, encarcané dans une hiérarchie, harnaché de normes et de contrôles de qualité.

Je ne suis pas trop paresseux pour travailler (de toute façon il y a bien des emplois qui sont pas très difficiles), je suis trop indépendant. J’accepte les critiques, mais devoir accepter l’irrationalité de la conformité me fait carrément dégueuler.

Dans notre société, ne pas avoir de job signifie en chercher une. Or, être en recherche d’emploi, c’est le comble de l’oisiveté. Pendant une période de recherche d’emploi, on a tellement l’esprit occupé qu’on arrive à rien faire d’autre qu’attendre.

Et ce qui me dégoûte le plus, c’est d’être payé pour ce que je fais. La paie, ce n’est pas une récompense, c’est ce qui m’est dû; c’est mon droit de vivre. Pourquoi il faut que je sois considéré comme un monstre si je ne trouve rien à faire en échange? Idéalement, on devrait s’assurer bénévolement de ma subsistance, comme je devrais assurer bénévolement tous les services que j’offre de bon cœur. Je sais que la société du don c’est utopique… mais on jase, là.

La mentalité de l’effort et de l’appréciation de la récompense, je gobe pas ça. La vaste majorité des efforts humains ne sont pas suivis de récompenses : ce sont des échecs matériels, ruinés par les guerres, les dettes, le favoritisme ou le loyer. Et quand il y a récompense, elle est très variable et le plus souvent décevante. C’est donc plus l’illusion de la récompense à venir que la récompense réelle qui nous motive à piocher dans l’espoir de décrocher une promotion qui ne viendra jamais. C’est ce que je désigne par le jeu de la carotte accrochée au bout d’un fil qu’on fait pendre devant le nez d’un âne. L’âne est si obsédé par la carotte qu’il oublie que quelqu’un est monté sur son dos.

Nous fonctionnons de la même manière que l’âne. Notre salaire, la récompense finale, est versé de manière arbitraire, et son augmentation est bien plus une question de rapport de force que de mérite! Pourtant nous sommes obsédé-e-s par le chèque que nous recevons à chaque deux semaines, peu intéressé-e-s par un questionnement sur l’utilité ou la signification des tâches qui nous sont imposées. Le meilleur exemple de ça c’est le fait que les employé-e-s d’une entreprise vont toujours tout faire pour garder leur usine ouverte, même quand le produit de leur travail ne sert à rien. La fermeture d’une usine ou mieux, le remplacement d’employé-e-s par des robots, dans un monde gouverné par le sens pratique, devrait être l’objet de réjouissances. Mais pourtant les employé-e-s sont mécontent-e-s, car ils/elles sont conditionné-e-s par une philosophie absurde et par le pouvoir exclusif que détient le patron sur leur moyen de subsistance. Carotte + bâton.

On pourrait aussi croire que l’être humain a le droit d’aimer le travail quand ce travail l’émancipe. Mais je considère qu’un travail qui émancipe réellement doit comporter plusieurs caractéristiques qui le rapprochent plus du jeu que du travail tel qu’on le connaît dans notre société capitaliste. Coeus nous a parlé du plaisir qu’on peut ressentir dans le service à la clientèle… mais ce n’est pas du travail, ça, c’est de la socialisation.

Le parasitisme

Je n’achète pas cette vieille notion libérale de bon pauvre / mauvais pauvre, qui revient au XXIe siècle sous l’avatar de BS invalide / BS valide. Donc, passons. J’y reviendrai plus tard si on me le demande.

J’aimerais cependant qu’on règle la question une fois pour toutes avec les « BS » : ils/elles ne sont PAS des parasites. Au contraire, en ne travaillant pas, en réduisant la productivité moyenne et en consommant ridiculement peu, ils/elles ralentissent l’économie et sauvent la planète de la faillite écologique causée potentiellement par la surconsommation.

Imaginez-vous si tout le monde travaillait. Je sais que dans une société idéale gérée avec intelligence, 0% de chômage nous permettrait tout simplement de mieux distribuer les tâches afin de répartir l’effort et de le réduire partout là où il y a surcharge. Mais dans notre société illogique et irrationnelle, parce que capitaliste et basée sur cette notion puante qu’est la croissance, 0% de chômage ne permettrait pas à l’ouvrier et à l’ouvrière de souffler un peu. Le surplus de la production causé par l’absence de chômage serait consommé sans que les gens aient la bonne idée de réduire leurs heures de travail... au lieu de s’acheter un deuxième écran plat et un troisième Blackberry.

Les écosystèmes ne pourraient tout simplement pas survivre à cette croissance supplémentaire et à la pression sur leurs ressources causées par la surconsommation.

Car les véritables parasites de la Terre, ce ne sont pas les BS : ce sont les consommateurs/trices. Les plus nocifs parmi ces parasites sont les riches.