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lundi 11 novembre 2013

Bon Jour du Souvenir.

J'ai été éduqué dans un antimilitarisme viscéral. Je dois à mes parents de m'avoir transmis cette haine sans nuances pour l'uniforme, les guerres et les armes, qui s'est transformée graduellement en anti-autoritarisme général, car j'en suis venu à ne pas supporter, non plus, toutes ces mimiques de l'armée et de la prison que sont les appels à l'école primaire, le fait de se mettre en rang, d'avoir un numéro pour aller manger (moi c'était 98), de garder le silence, de demander la permission pour aller pisser, de ne pas se voir reconnaître le droit de vivre sa propre vie.

À chaque année, quand j'étais à l'école secondaire, l'armée canadienne tenait un kiosque dans la grande place, près des casiers, dans ma polyvalente. Ça devait durer une semaine. Parfois, ils venaient jusqu'à deux ou trois fois par année. Toutes les fois, c'était sous un autre visage que se présentait l'armée: cadets, réserve, forces régulières. Ce sont des ados de 14 à 16 ans qu'on tentait de séduire, de préparer à rentrer dans les rangs, avec des promesses stupides et un dessein réellement meurtrier.

Les cérémonies qui entourent le Jour du Souvenir ne sont qu'une autre manifestation du militarisme rampant que nous subissons, de cette discipline prussienne imposée aussi dans les écoles et les usines. Un jour du Souvenir qui glorifie le soldat mort pour rien, qui a fortement tendance à oublier les pertes civiles, et qui a presque banni le mot « horreur », de la même manière que ces reconstitutions pseudo-historiques de batailles oublient de mentionner que la plupart des soldats de la guerre de Sept ans (et de plusieurs autres) sont morts de maladie et de faim, et non pas d'une balle au coeur, prétendument héroïquement.

En ce Jour du Souvenir, je me souviens que beaucoup de mes semblables ont déserté les tueries et les guerres impériales, qu'illes ont fraternisé avec l'ennemi lui aussi libéré de sa haine, ou qu'illes ont désobéi, et que malgré la honte nationale qui préfère les oublier, moi je les admire.

lundi 26 août 2013

Communiqué contre l'armée égyptienne et toute forme de tyrannie.

Ceci est une (ma) traduction en français d'un communiqué récemment émis en anglais sur le site Void Mirror. Je réagis, par la publication de ce texte, au triste et inexplicable soutien à l'armée par un vaste pan de ma communauté.

Communiqué d'anarchistes d'Égypte (Tahrir-ICN), 17 août 2013

Les évènements des jours passés sont la dernière étape d'une séquence d'évènements par lesquels l'armée a pu consolider sa poigne sur le gouvernement, visant à terme la mort de la révolution et un retour à l'État policier/militaire.

Le régime autoritaire des Frères Musulmans devait partir. Mais ce qui l'a remplacé montre bien la vraie nature des militaires d'Égypte. Ce nouveau régime n'est pas moins autoritaire, pas moins fasciste... et certainement cette fois-ci plus difficile à renverser.

Le massacre perpétré par l'armée contre les partisans de Morsi aux places Nahda et Raba'a a fait environ 500 mort-e-s et 3000 blessé-e-s (du moins, c'est ce qu'en dit le ministère de la Santé - la réalité risque d'être bien plus dramatique). C'était un acte prémédité de terrorisme d'État. Son objectif est de diviser le peuple et de pousser les Frères Musulmans à augmenter leurs activités de milice, afin de se venger et de se protéger. Cela permettra éventuellement à l'armée de dépeindre tous les Islamistes comme des terroristes et de créer un « ennemi intérieur » commode, ce qui leur permettra de garder le régime militaire dans un constant état d'urgence.

Aujourd'hui, ils s'attaquent aux Frères musulmans, mais demain, il iront contre toute personne qui osera les critiquer. Déjà, l'armée a déclaré l'État d'Urgence pour un mois, accordant à la police et l'armée des pouvoirs d'exception, et un couvre-feu a été déclaré dans plusieurs provinces entre 19h00 et 6h00. L'armée a maintenant les mains libres afin de supprimer toute dissidence. Nous vivons réellement un retour aux jours d'avant la révolution, alors que la loi sur les mesures d'urgence, en place depuis 1967, avait créé une structure de vaste répression et de déni total des libertés.

La nature du nouveau régime est claire. Il y a quelques jours seulement, dix-huit nouveaux gouverneurs ont été choisis, la majorité provenant des rangs de la police et de l'armée, ou même du l'ex-gouvernement Moubarak. Parallèlement, les attaques contre les travailleurs/euses en grève qui luttent pour leurs droits se poursuivent (notons par exemple l'agression et l'arrestation des ouvriers des aciéries à Suez). Le régime militaire a également déclaré la chasse aux activistes révolutionnaires; des journalistes ont été battus et arrêté-e-s; des étrangers/ères menacé-e-s alors qu'illes étaient témoins d'évènements tragiques. Les médias locaux et internationaux répandent des demi-vérités et inventent des récits qui servent un certain agenda politique. La contre-révolution est en marche et elle sait comment anéantir l'unité du peuple, dans son effort de division pour mieux régner.

Au cours des deux derniers jours, il y a eu une augmentation des conflits religieux. Jusqu'à cinquante églises et institutions chrétiennes ont été attaquées. Ni la police ni l'armée n'ont été vues sur les lieux, en train de protéger les édifices appartenant à la communauté chrétienne. Car c'est en fait dans l'intérêt à la fois de l'armée et des Frères Musulmans d'exciter les tensions et de répandre la terreur et la haine dans le peuple. Ils luttent pour le contrôle de l'État pendant que le sang de la population coule dans les rues.

Nous condamnons les massacres aux places Raba'a et Nahda, les attaques contre les travailleurs/euses, contre les activistes et les journalistes, nous condamnons la manipulation du peuple par des gens qui ont l'ambition du pouvoir, et les attaques à caractère religieux. Pour que la révolution se poursuive, le peuple doit rester uni dans son opposition contre les abus et la tyrannie du pouvoir, peu importe contre qui la répression est dirigée.

À bas les militaires d'Al-Sissi!
À bas les raclures du régime Moubarak et l'élite financière!
À bas l'État, tout le pouvoir à des communautés autogérées!
Longue vie à la révolution égyptienne!

lundi 21 novembre 2011

les tanks dans les rues, l'armée au pouvoir.

Je n'avais pas besoin de beaucoup de lucidité pour dire, il y a quelques mois:

« C'est un peu con de dire que le renversement de Moubarak fut une révolution: allumez câlisse, il y a des tanks dans les rues, LES MILITAIRES SONT AU POUVOIR! »

Maintenant que ça a recommencé à péter, parce que les militaires (représentés par la police) sont plus lents à rendre le pouvoir au peuple qu'à mettre le doigt sur la gâchette et sous la jupe des Égyptiennes qui ont le culot de contester, plusieurs commentateurs/trices, ahuri-e-s, décident de garder le silence. Le « printemps arabe » n'a définitivement plus la cote, malgré les nouvelles qui nous parviennent encore assez souvent.

Beaucoup se taisent et attendent, même des universitaires et des spécialistes[1] qui n'en croient pas leurs oreilles parce qu'illes avaient été pris dans l'élan d'enthousiasme révolutionnaire des jeunes arabes (le silence n'est pas total: on nous présente quelques analyses de temps en temps, notamment ici, mais ça date d'un mois). Les plus chiant-e-s sont ceux et celles qui ont admiré le mouvement en disant tout haut: «Regardez comme ils sont chouettes, ils veulent devenir comme nous! » Quand les mêmes contestations surviennent ici, justement parce qu'on cherche à devenir «comme nous», ces commentateurs/trices deviennent soudainement aussi impoli-e-s que des mini-Moubarak.

La fin de la dictature Moubarak et Ben Ali[2] (on parlera pas de la chute de Kadhafi, parce que sincèrement je connais rien à la Libye) ne fait que laisser plus de place à d'autres tendances tout aussi totalitaires qui étaient écrasées de peine et de misère par l'ancienne élite. En Égypte, c'était l'armée ; en Tunisie, la religion[3]. Je n'irai pas bêtement dire que «la nature a horreur du vide», parce que la nature, eh ben ça existe pas. Mais disons que sous la dictature, il est possible de passer outre un problème en mettant le problème en prison.

Maintenant, il y a une résurgence de problèmes, dont la pourriture a entretemps atteint le coeur de la pomme. Dans chaque cas, l'origine de la contamination est une confiance aveugle et stupide envers des fous irrationnels et avides. Je refuse de croire que les jeunes révolutionnaires, ceux et celles qui ont tout donné pour la liberté, ont été les premiers/ères à accepter de nouveau leur sujétion. Mais pour une personne qui parvient à comprendre un peu les mécanismes du pouvoir, il y a dix personnes qui n'apprennent rien et qui d'ailleurs, contrairement à ce qu'elles en disent, n'étaient pas là à Tahrir en février 2011[4].

Même si tout n'est pas encore terminé, nous pouvons déjà conclure de l'expérience égyptienne que 800 morts, ce n'était pas assez pour renverser la dictature. Vous pensiez que c'était terminé, le meurtre et la répression? Pantoute. Kin, vlà un petit 22 morts pour vous le rappeler. Si c'était si facile après tout, on vivrait dans les jardins d'Éden depuis 1917.

***

Message à A...

En mai, tu m'as dit reviens dans 18 mois, tu vas voir, rien ne sera comme avant. Les enfants ne quêteront plus dans les rues, ce sera la démocratie et tout et tout. Mais l'échéance approche. Quand je reviendrai (inch'Horus), il restera plus que six mois. Je sais que je ne serai pas épaté.

Ce que je ne sais pas, c'est si toi tu auras changé. Tu disais avoir confiance en l'armée égyptienne. Tu disais que c'était la meilleure du monde, qu'elle était « correcte », invaincue et qu'elle agissait toujours de manière loyale. Tu as vanté les mérites de la Nation et tu disais plus ou moins que tu comptais sur la gloire du drapeau égyptien pour amener la démocratie et la liberté au pays.

D'accord, pour une fois j'ai osé rien dire, parce que je vis pas en Égypte et que non, moi non plus (et contrairement à toi) je n'étais pas sur Tahrir en février. Et surtout parce que tu me donnais un lift. Je me justifie parfois mon silence en disant que tu étais trop obstiné, et qu'il valait mieux que tu te rendes compte tout seul de l'évidence de toute façon. Je me dis aussi que peut-être que tu ne croyais pas vraiment à tout ça, que c'était une question de fierté. Je comprends parce que si jamais tu viens à Montréal un jour, je ne te parlerai pas non plus des anciennes raffineries de l'Est, de l'autoroute métropolitaine, des gangs de rue et de l'hélicoptère TVA.

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[1] Vous n'entendrez que rarement les spécialistes du monde arabe dire que le nationalisme est un problème en Égypte. Ni aucun-e commentateur/trice d'aucune autre sorte. Pourquoi? Par ce que la connexion ne se fait même pas dans leur cerveau tellement on leur a vanté la Nation. Très peu reconnaissent que le nationalisme fait partie des facteurs clefs de l'échec d'un projet collectif. Et c'est certainement pas ici au Québec qu'on va trouver des masses pour l'affirmer.
[2] L'ex-dictateur de la... Ça commence par un T. Plusieurs l'ont oublié celui-là depuis qu'on en est revenu-e-s aux vraies nouvelles.
[3] La religion en Tunisie, j'y reviendrai. Répétons aussi que la religion est bien plus présente en Égypte. C'est juste qu'actuellement, c'est encore l'armée qui est au pouvoir.
[4] Merci A... pour m'avoir signalé cette tendance.

lundi 7 février 2011

conte urbain de révolution.

Selon une source anonyme, ceci fait partie des histoires qui circulent au Caire. Aucun moyen de savoir si elle est vraie.

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Des milliers de manifestants se sont regroupés devant les forces de l'ordre, qui occupent un carrefour. Un des officiers supérieurs prend un porte-voix et annonce, d'une voix sèche:
― Partez, ou nous n'hésiterons pas à faire feu.
Les troupes lèvent à ce moment-là leurs fusils et les pointent vers la foule. Un garçon maigre comme il en court dans toutes les rues est au premier rang des manifestants. Incertain, il se retourne vers un médecin, juste derrière lui.
― Croyez-vous qu'ils vont vraiment tirer sur nous?
Le médecin pose sa main sur l'épaule du jeune.
― Ne crois pas ce qu'ils disent, mon ami. Ils essaient seulement de nous effrayer.

Alors qu'il termine cette phrase, les officiers font signe à leurs hommes d'avancer sur la foule. On réplique. Peu à peu, le chaos s'installe. La rue s'enfume. On entend le chahut flou des gens qui crient et qui s'étouffent dans le nuage nourri par les explosions de canettes de gaz. Le brouillard qui s'en dégage semble engourdir jusqu'aux bruits urbains. Puis, au coeur de l'affrontement, des claquements sinistres retentissent.

Grondement de pas de course et halètements.

Le médecin traîne un corps maigrichon jusqu'au coin de la rue avant de s'arrêter, à l'abri.
― Nous avons raison de nous révolter, pas vrai? demande le garçon.
― Oui, mon ami.

***

Sans doute, l'enfant n'est pas mort dans les bras du médecin: il aura peut-être été évacué avant que ses blessures par balles, trop graves, ne l'emportent finalement. La version à laquelle j'ai eu accès ne mentionne que son décès.

Des récits du genre, il y en a autant qu'il y a de drames. Ils sont certainement en partie imaginaires et tombent pour la plupart dans un invraisemblable mélodrame, mais ils nous font comprendre ce qu'une statistique contient.

dimanche 14 novembre 2010

Coquelicots.

Francis Dupuis-Déri est parvenu à publier un article pertinent sur le jour du Souvenir dans le Devoir. J'arrive un peu en retard, mais moi aussi, je me questionne sur la pertinence de mettre des soldat-e-s en rang et de saluer le drapeau pour l'occasion.

En mémoire des victimes, on devrait plutôt faire l'amour sur les lieux de batailles historiques et saccager des bureaux de recrutement (avec cérémonie s'il le faut).

À part de ça, j'ai répondu au célèbre poème "Au champ d'honneur" par une version de mon crû. Vous pouvez la lire sur mon blogue littéraire.

jeudi 21 octobre 2010

J'aime le féminisme (partie 2)

Beaucoup jugent le féminisme dépassé en raison du fait que les femmes "sont maintenant égales aux hommes". Or, la lutte féministe québécoise est toujours pertinente parce que les femmes ne sont toujours pas égales, même dans notre société prétendument avancée, qualifiée par Patric Jean comme un paradis pour la gent féminine.

Et ça, c'est abondamment documenté par les chiffres et les faits. Les répéter encore et encore, c'est faire exactement ce que les féministes font inlassablement à chaque jour: mais les mythes ont la vie dure. Alors voilà quelques données.

Tout d'abord, malgré le fait que les femmes sont depuis maintenant assez longtemps majoritaires dans les universités, celles-ci ont toujours des revenus beaucoup plus bas que les hommes, même quand elles obtiennent un diplôme universitaire. Cette constatation se répète dans toutes les classes sociales et chez tous les groupes d'âge. D'une manière générale, les femmes sont aussi plus souvent sujettes à la misère. La situation est particulièrement grave pour les femmes avec simplement un diplôme d'études secondaires: en 2007 elles gagnaient en moyenne 20 000$, alors que les hommes de la même catégorie gagnent 32 000$ en moyenne, ce qui donne un écart de plus de 33%![1]

Et le pire, c'est qu'on vient justifier cette différence par le fait que les femmes travaillent souvent moins d'heures à cause du foyer, des enfants, etc. sans voir que justement, c'est ça le point. Entre autres.

Les métiers traditionnellement associés aux femmes sont également souvent moins bien payés. Un des métiers les plus durs, celui d'infimière et d'infirmier, demande beaucoup de cours prérequis, c'est-à-dire chimie, physique, maths 436 et un DEC de trois ans au minimum. L'échelle salariale avec un DEC: 40 497 $ à 60 320 $.

Pour être policier, il faut avoir réussi maths 514 et c'est à peu près tout. Le cours dure également trois ans, mais il est suivi d'une courte session à l'École nationale de la Police.

L'échelle de salaire à la SPVM: 35 286 $ à 66 577$!
Servez pendant trois ans la GRC après 24 semaines de formation et vous recevrez, comme salaire de base: 74 000$!

Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Certain-e-s diront que les flics risquent leur peau à chaque jour et que ça explique le salaire élevé... Mais c'est pas comme si les polices tombaient comme des mouches. Disons plutôt qu'ils donnent du travail au personnel médical assez souvent.

Il y a aussi la question des aînées. Sur le sujet, je pense que l'étude de Samia-Djemaa Mechakra-Tahiri est très explicative: les femmes d'âge avancé sont plus atteintes par la dépression et, lors de conflits avec le conjoint, elles s'en tirent souvent beaucoup plus affaiblies psychologiquement que les hommes. Les femmes âgées, subissant souvent encore les assauts d'un monde qu'on croirait décédé avec la Révolution Tranquille, sont directement touchées par les enjeux du féminisme actuel. La lutte féministe ne se limite d'ailleurs pas à changer l'avenir des jeunes, mais aussi de toutes les personnes vivantes.

Le féminisme est toujours pertinent parce que les droits les plus élémentaires sont menacés par un establishment rétrograde. Vous vous souvenez du projet de loi C-484? Les esprits machistes aiment pouvoir contrôler l'utérus des femmes, et cet étron légal était plus que l'esquisse d'un pas en arrière coordonné par les autoritaires du Canada. Et ce n'est pas qu'une question du statut du foetus: c'est aussi une question d'accessibilité.

L'existence des masculinistes est en soi une preuve de la pertinence des féministes, mais plus j'écris, plus je me rends compte que j'écris des lieux communs, alors je vais arrêter là. Citons simplement quelques enjeux mis de côté dans ce texte: les femmes immigrantes, la violence sexuelle et/ou conjugale, la faible représentation féminine dans les postes de cadres (en ce qui me concerne, je ne veux ni hommes ni femmes dans des postes de cadres; je veux personne), le néoconservatisme vibrant sanctifiant Saint Frère-André du haut de son Oratoire qui prend l'apparence d'un phallus râblé, etc. Ailleurs, le traitement de Rachida Dati dans la presse française et sans aucun doute surtout au sein du conseil des ministres montre bien que même les femmes d'État ne sont pas à l'abri des vieux crisses de débiles.

Et quoiqu'en pensent les chroniqueurs/euses de La Presse ou Martineau, des organismes comme la FFQ ont toujours leur pertinence dans la représentation de plusieurs femmes. La Fédération des Femmes du Québec n'est certes pas parfaite: mais de mon point de vue c'est son manque de radicalisme qui la rend moins intéressante, car en acceptant la voie du réformisme elle accepte les structures répressives et souvent sexistes d'un État patriarcal, fondé sur la hiérarchie, des normes préétablies et une certaine vision de la justice qui permet aux oppresseur-e-s de courir queue nue au soleil.

La FFQ lutte beaucoup pour les femmes victimes de violence, et de tout ce qui découle du drame que ces personnes vivent. Cet enjeu touche les femmes de toutes les idéologies politiques[2], incluant les FEMMES DE MILITAIRES. Alors quand je lis des types qui croient que le mandat de la FFQ se limite à faire deux ou trois pubs-choc tous les trois ans, je me retiens de leur pisser dessus.

***

J'ai finalement décidé de diviser ce texte en trois parties. Dans la dernière partie, je parlerai enfin des conséquences du féminisme sur la qualité de vie des hommes.

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[1] Je vous donne le lien vers l'Institut de la Statistique, mais il est probable qu'il vous faille utiliser un proxy pour entrer. Le titre du tableau c'est Revenu moyen des hommes et des femmes bénéficiaires d'un revenu selon certaines caractéristiques (sexe, âge, type de famille et scolarité), Québec, 2007.
[2] 2002: "
Plus d’un quart (29 %) des femmes canadiennes ont été agressées par un conjoint."

dimanche 16 mai 2010

Demain, Bangkok meurt.

J'ai lu peu de commentaires sur les troubles en Thaïlande; je crains de comprendre pourquoi. Cette révolte immense n'a semble-t-il, de loin, pour but unique que d'appuyer un tyran aux dépens d'un autre. Et l'extrême violence des affrontements horrifie plus qu'elle ne glorifie. Il est facile de deviner ce que la population reproche au président actuel dont on demande la démission, Abhisit Vejjajiva: c'est un gros corrompu au service d'une aristocratie bureaucratique. Compter sur le retour de Thaksin Shinawatra, l'ancien président destitué, qui dit-on, se montrait généreux en programmes sociaux, est sans doute également justifiable; mais lui aussi étant un gros corrompu, ma mentalité me défend de comprendre pourquoi le peuple peut en arriver à risquer sa peau dans l'espoir qu'il revienne.

Les médias comme les Thaïlandais-es sont pendu-e-s aux lèvres du roi mourant et cela ajoute à l'irréalisme de la situation. Le roi, fortement respecté, a par le passé réglé plusieurs conflits en tant qu'arbitre; mais aujourd'hui il reste silencieux. Pourquoi plusieurs Thaïlandais-es comptent-ils/elles sur un monarque, gâteux qui plus est?

Les avis divergent sur la nature du conflit. Pauvres contre favorisé-e-s? Constitutionnalistes contre autoritaires? Même si la révolte réussit, les choses changeront-elles, ou des gens seront morts en vain - quoique les gens meurent à peu près toujours en vain - pour défendre une illusion?

Khattiya Sawasdispolest, un des leaders de l'opposition des Chemises Rouges, a reçu une balle dans la tête alors qu'il parlait à des journalistes. Le journaliste Nelson Rand en a reçu trois dans le corps. La foule se fait canarder à toute heure. Des tireurs d'élite sont cachés sur les toits et tirent presque au hasard. L'armée, qui assiège Bangkok depuis un moment, a demandé aux manifestant-e-s de retourner chez eux les enfants qui vivent toujours dans le campement de résistant-e-s. Elle accuse aussi des "terroristes" de s'attaquer aux journalistes et demandent à ces derniers de partir de la "zone rouge". Signe que ça va péter prochainement.

Il y a déjà eu plusieurs morts, les soldats tirant à balles réelles sur les manifestant-e-s quand ceux-ci daignent s'approcher trop des bataillons. Demain, l'armée procédera-t-elle à un nettoyage complet du campement, ne faisant pas de prisonniers et fusillant tout le monde?

(Mise à jour: zut, j'ai oublié le g de Bangkok...)

jeudi 22 avril 2010

Mon antimilitarisme

Ma mère est la personne la plus antimilitariste que je connaisse. C'est donc en grande partie par contamination que je le suis devenu, peut-être même avant sept ans. Mais j'avoue, il y a eu ça aussi.

mercredi 11 novembre 2009

Celle que j'préfère, c'est la guerre de 14-18.

Le 11 novembre 1918, la guerre la plus absurde de l'histoire (elles le sont toutes) se terminait dans la désolation. Il va falloir encore attendre quelques temps avant que les soldats soient alertés de ce développement: 11 000 personnes de plus crevèrent sous le feu alors que certains des généraux organisant les offensives savaient que l'armistice avait été signée.

En tout, 10 millions de personnes sont décédées, et 20 millions sont restées handicapées. Pour quoi? La liberté? L'égalité? Manger? Non. La fierté nationale de quelques aristocrates. On instrumentalise encore périodiquement la mort des conscrits et autres pauvres volontaires de Vimy en vantant la performance extraordinaire des soldats canayens contre des Boches sans visage.

À Vimy justement il y a un monument formidable dédié à la mémoire des 60 000 soldats canadiens morts inutilement au cours de la Grande Guerre. Les vieilles tranchées entourant le site sont un lieu de rencontre pour les amateurs d'érotisme en plein air: plusieurs personnes ont été mises en prison pour avoir, disons-le, "profané" ce lieu sacré par des actes "illicites".

Or après des années de massacre et de larmes, il me semble que pour soigner les blessures, l'amour sur la Crête de Vimy, c'est la plus belle chose qu'on pouvait y faire.

jeudi 29 janvier 2009

Le 250e de la bataille des Plaines d'Abraham.

Pour faire court, le gouvernement fédéral, par le biais d'un organisme étrange, la Commission des champs de bataille nationaux, a décidé qu'elle organiserait une reconstitution à Québec de la bataille des Plaines d'Abraham pour fêter le 250e anniversaire de la défaite de Montcalm, avec 3000 figurants*, beaucoup de sous et des discours de ministres.

Les nationalistes québécois-es ont promis de réagir bruyamment à cette reconstitution prétendument historique, refusant qu'on fête dans la capitale la bataille symbolisant la défaite du peuple canadien ainsi que son asservissement à la couronne anglaise. Chiâler serait un geste louable si c'était pour les bonnes raisons.

En effet, la monarchie française punissait, tuait, torturait, réprimait et violait à peu près autant que la monarchie anglaise. La Nouvelle-France n'était pas indépendante. La nostalgie de son régime autoritaire ne devrait pas accabler les nationalistes, à moins que ce soient tous de sales fascistes royalistes de merde (mais je ne le crois pas). La simple perte du Canada aux mains des Anglais ne signifie donc rien, et les nationalistes gesticulent dans le vide. Qu'ils cessent donc de brandir leurs testicules en promettant de manière puérile une vengeance sanglante.

Toutefois, la commission responsable de l'évènement, qui est de loin plus malhonnête que les nationalistes québécois-es, ne compte pas non plus présenter la reconstitution pour des raisons intelligentes. Comme le reste des reconstitutions de batailles rangées, faites partout à travers l'Occident, celle-ci se limitera sans doute au bête affrontement principal durant lequel des soldats se tireront gaiement des poireaux plein la gueule (selon les sources historiques, ça ne devrait pas durer plus que 25 minutes), les morts se relevant à la fin en riant et en saluant la foule. L'effet sur les spectateurs et spectatrices: la fierté, l'excitation, l'envie. Les enfants voudront tous être des Highlanders plus tard, pour faire fuir des soldats vers leurs retranchements, ou bien des tireurs d'élite autochtones, bien cachés dans les bois, crevant des officiers qui jappent leurs ordres comme des chiens.

Cette reconstitution manquera inévitablement de RIGUEUR. Voici ce qu'on devrait montrer aux gens naïfs assistant au spectacle:

Les troupes se placent l'une face à l'autre, stressées. Des miliciens pissent dans leur brayes, d'autres pissent dans le canon de leur fusil pour le nettoyer. Un gamin vêtu de l'habit trop grand des militaires se tient les tripes en pleurant. Il a reçu le premier coup de baïonnette de l'affrontement et demande sa mère. Sa mère n'est pas au courant, elle est dans un autre pays et va attendre en vain son retour sans qu'on lui annonce jamais le décès inutile de son fils. Après une durée indéterminée, une armée fonce sur l'autre et est arrêtée violemment par un mur de balles. Les hommes tombent, agités de spasmes, s'étouffant dans leur sang ou désarticulés. Le vacarme est terrible. La boue s'engouffre dans les plaies des blessés. Les gens ont peur. Une des deux armées fait demi-tour et s'enfuit, poursuivie par des cons brandissant des sabres. D'autres cons les attendent et les accueillent. Des cadavres s'empilent. Les deux généraux tombent. C'est fini?

Non. Plusieurs heures passent encore, laissant des morts et des blessés pourrir sur place. Les râles, peu à peu, s'éteignent. Des brancards emportent quelques éclopés dont les tripes pendent jusqu'à terre. Ils mourront tous avant d'avoir revu leur famille. D'autres soldats enfoncent leurs baïonnettes dans la gorge de blessés qui meurent en un long gargouillis, puis pillent leurs bottes et leurs munitions. La nuit tombée, l'odeur du salpêtre fait place à celui des excréments, du sang et de la mort. Quelques vieillards et quelques femmes vêtus de hardes sales, peut-être, ont réussi à traverser les remparts et cherchent en pleurant le corps d'un frère, d'un fils, d'un père ou d'un mari. Tout n'est que souffrance, larmes, désespoir. La ville elle-même n'est plus qu'un tas de cendres fumantes.

Le spectacle devra durer jusqu'à l'hiver. On verra des soldats amaigris et mal rasés autour desquels mendieront quelques guenillous. Une femme, dans un coin, échangera son cul contre un morceau de pain, mais on pourra aussi choisir une fillette ou un garçonnet pour cette scène, ce sera plus réaliste.

Ça pue, même si c'est l'hiver. Les gens sont laids et malades, plein de poux, sales, agonisants comme des lépreux. Les religieuses vont nu-tête. Les enfants pieds-nus dans la neige brunie par la merde, la gadoue et d'autres choses immondes... Puis le rideau tombe enfin, par manque de budget.

De End.

Voilà comment devrait être reconstituée la célèbre et glorieuse Bataille des Plaines d'Abraham. De manière réaliste. Avec toutes les laideurs de la guerre. Ses horreurs. Ses blessures. La guerre n'est pas autre chose que des gens qui pleurent en souhaitant les pires malheurs à ceux que leurs chefs détraqués ont désigné comme étant des "ennemis". La guerre n'est rien d'autre que des gens qui croient qu'ils font le bien en égorgeant et en violant des innocent-e-s, et en riant de les voir mourir dans l'impuissance.

La guerre, ce n'est pas une reconstitution bidon avec des charges à blanc, commanditée par des maudits enfants de chiennes fiers de leurs chiennes de batailles inutiles qui ont forgé leur État répressif.

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À lire pour en apprendre plus sur les horreurs et la stupidité de la guerre en Nouvelle-France: LE PEUPLE, L'ETAT ET LA GUERRE AU CANADA SOUS LE REGIME FRANCAIS, de Louise Dechêne, publié chez Boréal.

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*Les figurants choisis seront sans doute presque tous des hommes, par "soucis de réalisme". J'en parlais à une de mes amies féministes, l'autre jour, qui m'a répondu de manière catégorique que les femmes devraient aussi avoir le droit de porter l'uniforme pendant la reconstitution, en autant qu'elles soient en mesure de cacher leurs traits féminins. J'étais tout à fait d'accord: j'ai même ajouté que si un jour on reconstituait une émeute de bonnes soeurs, je revêtirais volontiers un saint habit, après m'être rasé de près, épilé les sourcils et maquillé. Elle m'a regardé d'un air violent en me disant que ce n'était pas la même chose. C'est trop injuste.

mardi 12 août 2008

Accrochage sur les plaines entre activistes et militaristes

Des membres antimilitaristes des groupes "Opération Objection", "Guerre à la guerre" et "Bleuets pour la paix" se sont réunis, dimanche dernier, pour dénoncer le financement, par le ministère de la défense canadien, des cadets de l'Air. Ces derniers s'étaient mis en rang pour accueillir le descendant de Charles Lindbergh, à Québec. Les militant-e-s, une quinzaine, ont perturbé l'évènement avant d'être menacé-e-s par des parents en colère, qui étaient fiers de leurs apprentis militaires.

Je vous suggère de lire cet article du Devoir pour vous renseigner davantage sur le but de l'évènement organisé dans le cadre du 400e anniversaire de Québec.

Devant les prostestations des activistes, un gros type, entre autres, aurait menacé d'agression deux jeunes femmes dont nous ne publierons pas ici le nom. Soit dit en passant, les Cadets, qui sont mis en contact avec la culture belliqueuse par des exercices militaires, des conférences militaristes et par des cours de tir à l'arme à feu, ont entre 12 et 17 ans. C'est la petite école du crime contre l'humanité.

Note: Le même article, publié sur CMAQ, renvoie à ce blogue en raison de la présence de liens fonctionnels. Les activistes du Mouton Marron ne comptent malheureusement pas parmi les organisateurs et organisatrices de l'évènement.