vendredi 28 février 2014
Pourquoi n'ai-je pas crié quand je me suis fait agresser?
Ça fait longtemps que je veux parler de ce sujet sur mon blog aussi, mais je dois avouer que rien ne l'a favorisé au cours des derniers mois. La vérité, c'est que je ne sais aucunement quelle peut être la réaction à ce texte; mais je pense que de manière générale, il sera tout simplement écarté et ignoré pour diverses raisons. L'une d'entre elles, c'est que ce n'est pas un supermilitant qui m'a agressé, et que je ne suis pas en train de me lancer dans un processus de dénonciation en vue d'arriver à la pratique de justice transformatrice. Ça a l'air de sortir de nulle part. Mais non.
Mon objectif est de raconter quelles ont été les réactions à mes confidences, parmi des ami-e-s proches ou de simples connaissances. J'y repense sans arrêt depuis novembre, parce que je lis sans arrêt les mêmes sur Facebook, je les entends au Café Aquin, dans les couloirs de l'UQAM, et c'est même arrivé une fois ou deux que j'en ai entendu sortir de ma propre bouche, quoique j'aurais jamais articulé des affaires de même devant un-e personne ayant subi ça. Bref, ça me revient sans arrêt dans la face et je suis tanné de me taire.
Notez que parmi ces gens aux réactions parfois agressives et profondément ignorantes, il y a bien sûr des anti-féministes, mais il y a aussi des femmes féministes sincères. Je ne le spécifie pas pour critiquer le féminisme, ni les féministes, ni même des féministes ou un certain groupe de féministes. Je le spécifie pour que personne ne se sente au-dessus de ce genre de propos.
L'histoire que je raconte
Cette histoire est celle d'une agression comme on en voit tous les jours. J'étais dans l'autobus scolaire, en secondaire I, à l'école secondaire Le Tandem à Victoriaville. Il y avait un bully énorme et musclé, au moins deux ans plus vieux que moi - à la différence de plusieurs, je n'ai jamais été en mesure de connaître le nom de ce gars-là: Carl? Matt? - qui avait l'habitude de me harceler. Quand la fin de l'après-midi arrivait, je me souviens que je ressentais toujours une profonde angoisse. Je marchais vers mon autobus lentement, la tête basse, comme un condamné à mort, parce que je savais que je passerais les 45 minutes suivantes à me faire frapper sur la gueule, insulter, voler mon sac à dos. Souvent, un de mes amis (plus fort et plus massif que moi) m'aidait à me défendre, mais ce soir-là, il avait eu un lift de son père.
L'autre a commencé par le harcèlement habituel avant de s'asseoir de force sur le même banc que moi. Ensuite il m'a insulté en me disant que j'étais dégueulasse et sale, frappé à coups de poing, brassé. J'ai essayé de me défendre. Avec mes ongles, mes poings, mes pieds. Mais il a fini par me soumettre. Après, il a glissé sa main sur ma cuisse et touché mes organes génitaux.
***
Tout le monde, dans l'autobus, devait savoir ce qui se passait. Tout le monde en était témoin. Personne ne faisait rien. Et le lendemain, ça a recommencé. Et je savais que ça allait être pire, qu'il irait encore plus loin. Mais ce soir-là, il y a une grande blonde de secondaire deux qui n'en pouvait plus. Elle a engueulé le bully et elle s'est assise à côté de moi. Je n'ai aucune idée qui c'était, mais je sacrifierais gros pour lui reparler aujourd'hui, à cette fille-là. Sur le vif, j'ai juste chuchoté « merci » et j'ai plus rien dit du voyage. C'est à peine si je l'ai regardée.
Les réactions
J'ai raconté cette histoire-là pour la première fois il y a environ 10 ans, quand j'ai fini par comprendre et admettre que j'avais subi une agression à caractère sexuel. Après, ça m'est arrivé à quelques reprises de me confier là-dessus, à des personnes diverses. Des hommes, des femmes, des ami-e-s, des connaissances, des camarades de lutte, des amantes. La plupart du temps, on parlait déjà du sujet, ça ne venait pas de nulle part. Je racontais pas ça sur un ton larmoyant, tout en mettant l'accent sur le fait que je n'avais pas « été traumatisé », et que j'avais « entendu des histoires bien plus graves ». Je disais aussi que tout le monde ne vivait pas ce genre d'évènement de la même façon. Je ne cherchais pas à me victimiser, ni à banaliser, ni à réduire l'importance de l'expérience d'autrui, à « hiérarchiser ». Je n'essayais pas de dire « tsé, ça arrive aussi aux hommes ». Je faisais juste le dire.
J'ai eu des réactions pleines d'empathie et/ou de révolte, notamment d'une de mes amoureuses, aussi d'au moins une personne que je connaissais pas beaucoup. D'autres fois, on a répondu en me confiant une expérience similaire. Mais c'était malheureusement une minorité. La plupart du temps, voilà ce que j'ai reçu comme réaction:
- l'incrédulité et le déni: « Voyons ça se peut pas ce que tu me racontes. Pas en plein autobus. J'te crois pas. »
- un silence de malaise.
Et le reste, c'était des variations sur le même thème de la banalisation:
- « C'était juste un jeu de gamins. C'était pas une agression sexuelle. »
- « C'était pas une agression sexuelle, c'était du bullying. »
- « C'était pas une agression sexuelle. Une agression c'est quand il y a VRAIMENT un truc sexuel qui se passe. »
Et oui, il y a eu les trois grands classiques, des questions qui visent parfois à responsabiliser la victime quand elles sont posées d'une certaine façon, comme pour suggérer a posteriori une solution évidente:
- « Pourquoi t'as pas crié? »
- « Pourquoi tu t'es pas défendu? T'aurais dû lui donner un coup de pieds dans les gosses! »
- « Pourquoi tu l'as pas dénoncé sur le vif? »
Et il y a un autre type de réaction dont je ne parlerai pas et qui est en lien avec mon genre. Notez cependant que réagissant à cette confidence, aucun gars ne m'a jamais accusé d'être faible ou fif ou whatever.
Pourquoi on crie pas. Pourquoi on crisse pas un coup de genou dans les gosses. Pourquoi pourquoi pourquoi.
Je ne peux pas parler pour les autres, notamment, comme plusieurs me le feront peut-être remarquer, parce que eh bien! je suis un gars et j'ai des privilèges. Je n'ai pas peur de sortir le soir. Je n'ai pas peur de me faire violer. J'ai appris rapidement à faire confiance aux hommes (deux ans) parce que, alors que je vieillissais, ils ont fini par ne plus sembler représenter de menace. Répétons-le: la plupart des personnes ayant subi des agressions sexuelles sont des femmes.
Mais je peux répondre à certaines objections entourant mon cas à moi. À partir de là attention, je vais extrapoler.
1. Oui, c'est arrivé. J'ajouterai que ça arrivait tout le temps, en public. Je me faisais défoncer la gueule à coups de pieds, marcher dessus dans le corridor, pousser en bas des escaliers. Il y a même deux gars qui m'ont un jour balancé tête première dans un container à ordures. Au primaire, j'ai aussi subi des attouchements du même type et à plusieurs reprises. C'était toujours devant beaucoup de monde et dans l'indifférence la plus totale.
Dans ma vie adulte, j'ai vu des choses équivalentes se reproduire entre personnes qui se connaissaient. Dans des partys, des bars, des réunions, des "safer spaces". La violence, sexuelle ou non, déclenche souvent un malaise, mais on préfère regarder ailleurs. D'autres fois, on la voit pas.
2. Oui, c'était une agression sexuelle. Oui, oui, oui. Même (et surtout) selon la loi. Même si on (lui peut-être un peu moins que moi) était des gamins. Il y a certes bien plus sordide. Et il y a aussi bien plus insinueux, bien plus soft, et ce n'est en aucun cas à prendre à la légère.
Un baiser forcé, c'est une agression. Un frottis-frottas dans le métro, c'est une agression. Le voyeurisme, c'est une agression. Quand il y a manipulation ou menaces, c'est une agression. En admettant dans tous les cas qu'il n'y ait pas consentement. Là on parle au sens légal.
3. Je n'ai pas crié parce que j'avais la gorge nouée d'impuissance et que de toute façon j'avais l'impression que tout le monde s'en crissait.
4. Je n'ai pas pu viser ses couilles parce que j'étais assis dans l'autobus et soumis sous sa masse corporelle supérieure. Notez que j'avais déjà fait du Taekwon-do à l'époque. J'étais très en forme pour mon âge, mais rien à faire. Souvent, le potentiel d'intimidation psychologique suffit d'ailleurs à soumettre une autre personne. D'ailleurs quand c'est arrivé je n'ai même pas bondi. Et je comprends très bien pourquoi plusieurs personnes, lors d'une agression, n'ont pas de réaction forte et immédiate, signalant ainsi hors de tout doute qu'elles ne sont pas consentantes. Parfois, on ne veut juste pas le croire. On fige et on souffre en silence.
5. Je ne l'ai pas dénoncé sur le vif parce que:
- j'étais terrorisé;
- j'avais décidé que ça ne s'était pas passé;
- dénoncer (à une autorité) par le passé n'avait jamais rien donné de bon.
Mais surtout parce que:
- je me sentais humilié;
- j'avais été dressé à croire que c'était impossible de faire quoi que ce soit contre. C'était comme ça. J'étais un loser et les losers se font marcher dessus. En bref: j'étais isolé.
Conclusion
Je ne dis pas qu'il suffit de dire qu'une agression a eu lieu pour qu'elle existe de facto. Je ne sais pas non plus quoi penser de la vision de la justice transformatrice vis-à-vis des agressions, sinon que la théorie me plaît mais que les informations fragmentaires dont je dispose sur la pratique suggèrent des lacunes[1]. Je pourrais parler d'autres sujets, mais je préfère pas, surtout parce que je n'écris pas sous le couvert de l'anonymat. Mon billet porte seulement sur les réactions qui sont ressorties après les dénonciations d'agressions au cours des derniers mois. Celles-ci m'ont systématiquement rappelé ma propre expérience. Et est-ce que les alliés féministes sont à l'abri de dérapages verbaux à ce sujet? Non. Est-ce que les femmes féministes sont à l'abri? Même pas. Moi-même, j'écris un long texte sur la question et je le répète, ça m'est arrivé de dire des conneries. Je serais vraiment un connard de jeter la première caillasse.
Je vais être clair: je n'ai pas été socialisé en femme. Je m'exprime - quoique sans conviction - en tant qu'homme cisgenre. Je suis au courant de mes privilèges, et personne n'a besoin de me les rappeler: l'expression quotidienne de mon genre me favorise aux dépens des autres, j'en fais l'expérience. Mon objectif n'est pas de faire une analogie grossière ou de me dresser en martyr qui montre ses stigmates en criant: « Je vous comprends! » Non. Je souhaite exprimer en priorité une chose: ça arrive tout le temps, et se défendre n'est pas si simple, même quand on est cut, en forme, toffe, «un gars», etc. Il n'y a jamais matière à questionner le comportement de la victime/survivant-e dans de telles circonstances[2]. Aussi: une agression peut démolir. Toutefois, une socialisation faite dans la violence et la soumission, ça vous mord avant même l'agression. Ça vous ôte bien des réflexes. Mais il n'y a rien de pire que de se faire nier notre expérience postérieurement.
____________
[1] Il y a un débat actuellement sur la question. Un texte anonyme a été publié sur Internet. Ça s'appelle Premiers pas sur une corde raide. Une personne a répondu au texte sur Facebook. Ça s'appelle: Quelques pas pour tenter de remonter une pente glissante.
[2] Cela ne fait nécessairement pas de la personne ayant commis l'agression un être monstrueux. Mais même quand c'est vraiiiiment pas par exprès, ça n'empêche pas l'autre personne d'avoir mal, c'est-à-dire de s'être sentie agressée.
samedi 8 février 2014
La nature autoritaire et conservatrice de l'éducation.
Il serait selon moi faux d'attribuer le caractère contrôlant de certaines réformes à du progressisme, pour de nombreuses raisons. C'est le cas de l'éducation qui m'intéresse ici.
Ces changements, souvent décrits comme une manière de reprendre le contrôle d'une jeunesse en perdition, ont des traits profondément conformistes et conservateurs. Il s'agit de retrouver la discipline d'antan, d'imposer le respect de l'autorité et de mettre fin à l'hypersexualisation des jeunes filles. Ce genre de discours se retrouve partout dans les médias écrits ou radiophoniques, et a quelquefois mené à des abus sordides, comme en 2010 à Outremont, et en 2013 dans les Laurentides, deux cas parmi de nombreux autres, qui ne sont pas documentés.
Ces phénomènes sont reliés au fait qu'on ne considère pas les jeunes comme des humains à part entière et doué-e-s d'une intelligence développée. À ce sujet, Alain Dubuc avait suggéré, en 2012, que c'était la condition neurologique inférieure des jeunes (il parlait notamment « de lacunes dans l'exercice du jugement ») qui les avait poussé-e-s à prendre l'impulsive décision d'entrer en grève étudiante. Un de mes collègues étudiant en enseignement de l'histoire, à l'UdeM, avait pour sa part appris dans un cours, vers 2007, que les adolescent-e-s étaient biologiquement incapables de faire l'usage d'esprit critique avant 16-17 ans, et que pour cette raison, il fallait se contenter de leur faire apprendre tout par coeur. Il est bien entendu allé répéter cette foutaise un peu partout, comme un perroquet[1]. Peut-être aurait-il été surpris d'apprendre qu'Alain Dubuc considère qu'il n'avait lui-même pas encore l'âge de prendre une décision rationnelle.
Les jeunes représentent une caste inférieure d'être humains, au Québec, et un peu partout dans le monde. Les discours favorables aux jeunes sont marginaux et presque tout le monde participe à leur destruction morale, par une forme de bizutage acharné et généralisé, qui vise à anéantir, en eux, toute forme d'originalité et de désir. La plupart des critiques aigries de la réforme scolaire en sont un bon exemple, et je ne suis pas certain que que les beuglements de Normand Baillargeon (avec ses appels à Arendt) à ce sujet soient une exception. Et c'est comme ça depuis toujours. On veut retourner à un idéal classique, à une vraie culture de l'effort.
Et cela passe aussi par l'absence d'individualité. On gomme les différences par l'adoption d'un code vestimentaire strict. Tout ce qui représente une violation à ce code est un « abus » (de liberté d'expression?) conduisant tout droit à des conséquences terribles. Eh quoi? Il est évident que les vêtements ont une conséquence sur la psychée. Une jeune femme habillée des chevilles jusqu'au cou n'aura pas un comportement dissipé. Impossible. Et le gars assis derrière elle n'aura pas de mauvaises pensées.
À la limite, ça peut se défendre, si on a la matière grise assez lousse. Mais on m'a dit qu'il y a quelques années, au Collège Jean-Eudes de Montréal, on interdisait aux gars de porter les cheveux longs. J'ignore si c'est toujours le cas aujourd'hui, mais ça ne m'étonnerait pas. Quel comportement cherche-t-on ainsi à modifier chez les adolescents? N'y a-t-il pas là une forme assez obscène de pression à la conformité?
Un autre faux progrès: l'histoire obligatoire
Je passe plusieurs heures par semaine à défendre mon point de vue sur la question. J'ai déjà écrit un billet là-dessus. Je n'ai absolument pas changé de point de vue, si ce n'est que pour le radicaliser. Ce nouveau programme d'histoire québécoise au cégep ne sert qu'un objectif: augmenter encore l'uniformité, faire entrer les jeunes dans un moule intellectuel commode, conforme aux attentes, voire plus facile à manipuler par l'utilisation de référents culturels communs (c'est-à-dire: le nationalisme). Je me demandais quel cours on sacrifierait pour faire entrer l'histoire (politique) de force dans les cégeps: il se trouve que ce sont les cours optionnels qui subiront le choc. Notez bien: pas question de modifier le tronc commun. Il s'agit plutôt de l'augmenter, aux dépens des choix que l'étudiant-e pourrait faire lors de son inscription. Parce que l'État sait bien mieux que nous quels cours on doit suivre.
Nous y participons
Comme des foules de hooligans dont le cerveau est réduit à une disquette floppy, nous encourageons ces réformes conformistes, conservatrices et autoritaires. Quotidiennement, nous exigeons plus de règles débiles, sous le couvert de n'importe quel principe con, que ce soit la neutralité (laissez-moi rire), la connaissance de faits, l'éducation à la citoyenneté, le respect de nos valeurs et de la démocratie parlementaire, le bien commun, la décence, etc. Il ne s'agit pas d'une sombre machination de l'État contre nous, planifiée en secret dans les bureaux de la NSA. C'est ce que nous réclamons pour tout le monde. Plus de chaînes. Des chaînes mieux polies et qui disent s'il-vous-plaît et qui se cachent derrière un masque.
__________________
[1] Salut Mathieu.
lundi 11 novembre 2013
Bon Jour du Souvenir.
À chaque année, quand j'étais à l'école secondaire, l'armée canadienne tenait un kiosque dans la grande place, près des casiers, dans ma polyvalente. Ça devait durer une semaine. Parfois, ils venaient jusqu'à deux ou trois fois par année. Toutes les fois, c'était sous un autre visage que se présentait l'armée: cadets, réserve, forces régulières. Ce sont des ados de 14 à 16 ans qu'on tentait de séduire, de préparer à rentrer dans les rangs, avec des promesses stupides et un dessein réellement meurtrier.
Les cérémonies qui entourent le Jour du Souvenir ne sont qu'une autre manifestation du militarisme rampant que nous subissons, de cette discipline prussienne imposée aussi dans les écoles et les usines. Un jour du Souvenir qui glorifie le soldat mort pour rien, qui a fortement tendance à oublier les pertes civiles, et qui a presque banni le mot « horreur », de la même manière que ces reconstitutions pseudo-historiques de batailles oublient de mentionner que la plupart des soldats de la guerre de Sept ans (et de plusieurs autres) sont morts de maladie et de faim, et non pas d'une balle au coeur, prétendument héroïquement.
En ce Jour du Souvenir, je me souviens que beaucoup de mes semblables ont déserté les tueries et les guerres impériales, qu'illes ont fraternisé avec l'ennemi lui aussi libéré de sa haine, ou qu'illes ont désobéi, et que malgré la honte nationale qui préfère les oublier, moi je les admire.
mercredi 8 mai 2013
Imposer l'histoire.
L'histoire, oui, mais laquelle?
On sait depuis quelques mois que le gouvernement subit l'influence d'un mouvement d'historien-ne-s et de zélotes conservateurs/trices, la Coalition pour l'histoire. Or, cette coalition, dont la controversée Fondation Lionel-Groulx fait partie, a on le sait un projet politique bien précis.
Ce ne serait pas étonnant que l'importance qu'on donne à ces charlatan-e-s de l'histoire relève du même phénomène que l'idée d'imposer des cours d'histoire au cégep. Il s'agit de contrer le rapprochement alarmant de l'histoire telle qu'elle est enseignée à l'école de l'histoire telle qu'elle est... pratiquée par les historien-ne-s en général! C'est-à-dire diversifiée, et prenant en considération non seulement la politique, mais aussi la société, l'économie et la culture.
L'histoire nationale, mise de l'avant par le gouvernement, a une approche bien plus traditionnelle que ce à quoi la fameuse réforme nous a habitué-e-s. C'est une histoire qui ne sortirait du Québec que pour valoriser celui-ci et insister sur une certaine singularité du fait canadien-français. L'histoire nationale telle que la perçoit le gouvernement est une histoire profondément nationaliste, et donc biaisée avant toute chose. Biaisée dans son propos tout d'abord, mais aussi biaisée intrinsèquement, dans sa méthodologie même. Simplement parce que tout phénomène historique n'est pas strictement limité à des frontières étatiques et ethniques.
Cette histoire nationale risque fort d'être ni plus ni moins que le moteur d'une identité au caractère chauvain. L'histoire telle qu'enseignée à l'école, depuis toujours, a d'ailleurs non pas un objectif de croissance de la curiosité philosophique et scientifique. Elle a des visées politiques. Comme le dit l'APHCQ, (l’Association des professeures et des professeurs d’histoire des collèges du Québec) il s'agit de « mieux les préparer [les jeunes] à jouer un rôle actif et positif à titre de citoyens du Québec. » Ce discours peut paraître anodin, mais j'y vois une profonde dérive. Peut-on former des citoyen-ne-s sans avoir en tête l'image arrêtée d'un-e citoyen-ne modèle et conforme à certaines exigences politiques? On veut que les jeunes citoyen-ne-s connaissent nos institutions, mais on peut lire entre les lignes que l'objectif est en fait de les amener à y souscrire.
De plus, et de nombreux/se historien-ne-s le diront, l'histoire nationale telle qu'on la conçoit est archaïque. Depuis déjà plusieurs décennies (près d'un siècle dans certains cas), il est question d'approches nouvelles et diverses: l'histoire croisée, comparée, globale, connectée, etc. Nous ne sommes plus non plus à l'époque où l'histoire n'était qu'un enchaînement d'évènements énumérés chronologiquement et surtout, mécaniquement. Pourtant, c'est ce plat historique indigeste qu'on tente de nous servir.
L'histoire et les mathématiques
Je crois qu'idéalement, l'histoire devrait être enseignée comme les mathématiques. Ce qui est formidable, avec cette discipline, c'est qu'elle fonctionne par problème. Ces problèmes ne sont pas hiérarchisés selon une quelconque importance politique abstraite pour le destin d'une nation quelconque, mais selon leur degré de complexité. Les mathématiques ne dédaignent pas le microscopique, mais chaque nouvelle découverte personnelle, dans ce domaine, nous aide pourtant à nourrir nos facultés d'observation.
Les mathématiques, telles qu'enseignées, nous permettent d'adapter nos connaissances à toutes les situations. A contrario, on souhaite revenir à une idée plus chronologique de l'histoire, et, par conséquent, moins critique. Il s'agit de ne plus embrasser des problèmes, mais d'apprendre des faits. C'est un peu comme si on demandait aux élèves, dans un cours de mathématiques, de n'apprendre à réciter que des équations particulières: 72x84, 18-2, 65+23. En espérant que la logique des formules imprégnera le cerveau des jeunes par osmose.
Pourquoi obliger?
Notez bien: je suis au doctorat en histoire. Je n'ai ni bourse d'excellence ni d'emploi. J'ai toutes les raisons du monde d'exiger une offre supérieure au niveau collégial: cela signifierait un avenir en or pour moi. Mais mon intérêt corporatiste de prof d'histoire n'obscurcit pas mon jugement au point où je me réjouis à l'idée d'enfoncer de la matière de force dans la gorge des étudiant-e-s.
Le tronc commun est une affaire bien laide. Toutes les disciplines touchant à la culture et les sciences humaines se valent à peu près: je ne vois pas pourquoi on devrait en favoriser trois ou quatre. De plus, les cours obligatoires de conditionnement physique sont une insulte à l'autonomie des étudiant-e-s. Les cégepien-ne-s sont presque tous et toutes des adultes. Même selon les critères un peu vieillots et autoritaires de nos gouvernant-e-s, les forcer à courir 3000 mètres conserve une saveur ridiculement tyrannique.
Ajouter une nouvelle matière obligatoire serait, par ailleurs, vraiment vache. Tout d'abord parce que ce serait l'ajout d'un nouveau critère de conformité des acquis. Or, le cégep n'est certainement pas une usine à produits identiques: c'est souvent la seule chance - et une chance assez pauvre d'ailleurs - qu'un jeune puisse avoir, au cours de son cheminement académique, de se découvrir en tant qu'individu, de se tester, d'assumer ses désirs et d'aller au fond de sa curiosité. Le cégep devrait pour cela stimuler la diversité. Car le conformisme a un important travers: il favorise les gens qui sont moyens en tout, et qui sont à l'aise avec l'académisme en général. C'est une sorte particulièrement cruelle de nivelage par le bas, qui exclut de facto tous ceux et celles qui ont développé un talent extraordinaire, mais qui ont le malheur de ne pas connaître tous les secrets, par exemple, de la dissertation.
Ni obligatoire, ni nationale.
Le gouvernement a une approche simpliste et unidimensionnelle vis-à-vis de nombreux problèmes concernant, particulièrement, la jeunesse et son éducation. Les solutions aux problèmes sociaux se résument ainsi: interdire, obliger. Il est plus rarement question d'inciter et d'encourager: et cela montre bien à quel point le contrôle qu'on veut exercer sur certains groupes est coercitif. On devine, de plus, que les profs d'histoire du collégial devront payer cher leurs nouveaux privilèges. Un cours obligatoire vient nécessairement avec l'imposition d'un corpus commun, voire d'un manuel dont le contenu sera, au minimum, vaguement contrôlé par les intérêts supérieurs de la Nation. Le discours de Pierre Duchesne, à ce sujet, est ambigu. Mais l'emploi même du terme « histoire nationale » n'est pas innocent. Il faut selon moi nous attendre à ce que la flexibilité dans l'enseignement soit amoindrie.
lundi 15 avril 2013
Tremblez, mortel-le-s, devant la dangereuse ASSÉ.
Tout d'abord, si vous êtes un-e jeune, et que vos parents essaient de vous imposer des choix, je ne peux vous conseiller qu'une chose: éloignez-vous d'eux! Partez le plus loin possible! Et refusez surtout de ressentir de la culpabilité.
Ensuite, j'aimerais faire part de ma propre expérience dans la FECQ/FEUQ/FAÉCUM. Nous savons déjà que ces trois associations sont très proches (la FAÉCUM est d'ailleurs membre de la FEUQ). Par exemple, Julie Bouchard et Jonathan Plamondon, deux des superstars de la grève de 2005, ont tous deux passé à la FAÉCUM après leur cégep approfondissant pendant leur mandat (comme si c'était possible) la culture du secret. La FAÉCUM prétend d'ailleurs actuellement faire preuve de transparence: elle est en campagne de hausse de cotisation. Eh bien, les temps changent! Pour connaître des détails du budget et des propositions de congrès, quand j'étais au bacc, il a fallu aller aussi loin que voler des documents[1]. De plus, quand je passais alors à côté des Conseils Centraux (qui se déroulaient dans l'alvéole de la cafétéria, au Pavillon Jean-Brillant), eh bien c'était le branle-bas de combat. Il ne fallait surtout pas que j'entende ou que je vois quoi que ce soit.
Un jour, (ça devait être vers 2007 ou 2008), nous avons appris que Jean Charest donnait un déjeûner-conférence à HEC-Montréal[2]. Nous (les associations étudiantes d'histoire, de socio et d'anthropo, une poignée de personnes de l'ASSÉ, entre autres) avons donc décidé de manifester devant le pavillon principal de l'école d'administration. Pas de chance: la FAÉCUM avait aussi décidé d'organiser un rassemblement! La FAÉCUM, constituée alors presque uniquement d'hommes aux gros bras, a essayé par tous les moyens de tout gâcher. Nous voulions entrer; elle nous a dit de rester dehors, à grands renforts d'intimidation. Je n'étais pas fort sur la désobéissance, et si je suis finalement entré, c'est parce que plusieurs y sont parvenu-e-s avant moi.
Nous sommes donc entré-e-s massivement. La FAÉCUM a suivi. Nous avons contourné le seul garde de sécurité, puis nous avons abouti devant la cafétéria chic de HEC, où se déroulait le déjeûner. Nous n'avons pas pu faire irruption dans la salle: au même moment, les gorilles de la FAÉCUM nous bloquaient le chemin. Ils étaient si gros que je ne pouvais même pas voir par-dessus leur épaule. Tout ce que je voyais, c'était des flashs: les journalistes prenaient des photos des crétins de la FAÉCUM qui tentaient de nous contenir. J'ai alors réussi à me frayer un peu un chemin (pas très agressivement) avec une pancarte qui disait: « Nous aurons la gratuité, ou vous aurez la guerre ». Au même moment, un-e photographe du Devoir a pointé son appareil sur moi. N'appréciant pas trop ça, un des mini-flics des fédés m'a envoyé son épaule dans la face. Le lendemain, en première page du Devoir, c'est cette photo qu'on pouvait voir: un clown qui jongle, des boeufs style FTQ qui bloquent le chemin, et moi dans un coin qui perd l'équilibre avec ma pancarte. Ce ne sont pas les militant-e-s de l'ASSÉ qui m'ont bousculé ce jour-là.
Des histoires comme celle-là, j'en ai vécu plusieurs, et j'en ai entendu des dizaines. En temps de tension, on parle de bousculade, d'exclusions très anti-démocratiques (par exemple, on peut demander à un-e candidat-e de ne pas se présenter au Bureau Exécutif parce que le/la candidat-e a un frère/une soeur qui est contre la FAÉCUM[3]), d'intimidation, etc. En temps de paix, les dépenses sont ridiculement exagérées, et comme d'hab' on a pas accès aux chiffres. Le pire c'est que quand des membres entrent en masse dans les bureaux de la FAÉCUM pour avoir accès à des documents auxquels illes ont droit, elle joue à la victime. Pas fort. J'ai même entendu dire que la FAÉCUM saoûlait les délégué-e-s des associations-membres pendant les congrès dans l'espoir que le lendemain, la gueule de bois leur enlèverait toute combativité. J'ai entendu dire que ça MARCHAIT.
J'ai passé mon cégep dans la FECQ et ce ne fut guère mieux. Et en plus ce fut pendant la grève de 2005, dont tout le monde parlait jusqu'à l'année passée, et dont personne ne parlera plus jamais. Les assemblées générales semblaient très démocratiques (croyez-moi, j'étais directeur du scrutin, même si ça ne plaisait pas à tout le monde), mais je me suis bien rendu compte, avec cynisme, que c'était au bout du compte l'exécutif de la FECQ qui décidait quand la grève devait commencer, et quand la grève devait finir. Je n'ai été là-dedans qu'un pion manipulable et je le regrette amèrement. Merci à deux étudiant-e-s aux pieds nus de me l'avoir fait comprendre.
Le camp de formation de la FECQ avait à lui seul coûté une fortune. J'ose pas imaginer combien coûtaient les congrès. Et il y avait des ateliers réservés à l'élite du mouvement étudiant desquels les membres ordinaires étaient exclu-e-s. Leur gestion du conflit à venir était tellement opaque que le merveilleux atelier sur le Plan d'Action ne m'avait foutrement rien appris, à part que toutes les actions étaient secrètes. Le règne du huis-clos. Ça ne s'est pas arrangé après la grève, puisque des exécutant-e-s sont allé-e-s jusqu'à renverser des décisions prises en congrès, à l'intérieur d'une instance officieuse et douteuse surnommée « Lavage de Linge Sale en Famille », ou LLSF, pour les initié-e-s. La FECQ, ça a toujours été une tyrannie à la FTQ-Construction. La FEUQ est pareille, voire pire. Récemment, on « apprenait » que l'irréprochable Martine Desjardins exerçait une pression sur les associations membres pour que celles-ci revoient leurs revendications à la baisse. Disons qu'on est loin du fameux « commander en obéissant » du Subcomandante Marcos.
Il y a des trucs moches à l'ASSÉ aussi. Il y a eu des histoires glauques sur lesquelles je ne reviendrai pas pour l'instant. Mais d'une manière générale, je me suis toujours senti moins méprisé, plus écouté, et en meilleure sécurité avec l'ASSÉ qu'avec les fédés. Et cela, indépendamment de ma plus grande proximité idéologique avec elle. Quand j'étais avec la FECQ et que je voulais ressusciter la PEN (La Presse Étudiante Nationale), je n'aimais pas vraiment l'ASSÉ. J'étais idéologiquement confortable avec ce que la FECQ disait. Mais personnellement, je me sentais comme une sous-merde qui n'avait accès à rien. Pas d'infos, pas de décisions, pas de budget, et il fallait toujours tout payer. C'est vrai, il y avait beaucoup de partys. Mais c'était à peu près tout le temps dégueulasse et plein de vomi. Vous n'avez qu'à taper "initiations UdeM" sur Google, vous allez en apprendre de belles sur la culture de pas mal d'institutions qui font pas la grève. Et le phénomène n'est pas grossi par la lentille des médias. C'est mille fois pire en vrai. L'UQAM, à côté de l'UdeM ou de McGill, c'est un cloître, quoiqu'en disent les bourgeois-es excité-e-s. Aux parents: vous pensez qu'un cégep ou qu'une université asséenne va transformer votre progéniture chérie en barbares dissipé-e-s? Vous avez rien vu, crisse. Faites-vous en donc pas avec ça et laissez les jeunes respirer.
Si j'étais actuellement un-e étudiant-e et que je me magasinais un cégep, je ne choisirais pas selon l'affiliation comme Éliane Laberge le suggère. En revanche, je ne me réjouirais pas non plus d'avoir à passer plusieurs années dans une institution affiliée à la FECQ. Si j'aboutissais dans un tel cégep, je militerais contre. Pas le choix.
Mise à jour (17/04/2013- 14h18): L'intoxication médiatique se poursuit chez Radio-X Montréal. L'attitude est paternaliste à l'extrême. Heureusement, personne ne les écoute.
_________________________
[1] Je ne suis pas l'auteur de ce vol, mais j'aurais bien voulu.
[2] Je sais que ça sonne bizarre, mais apparemment il faut réellement dire "à" HEC, l'acronyme signifiant (c'est sous-entendu) l'École des Hautes Études Commerciales, et non Hautes Études Commerciales. Je me suis fait reprendre à quelques reprises. Mais dites donc ce que vous voulez.
[3] J'invente même pas ça. Mais chuuuut. C'est un secret.
vendredi 21 décembre 2012
Le vandalisme sur les murs de l'UQAM.
Il y a, je pense, au moins dix ans, les étudiant-e-s de l'UQAM ont commencé à gribouiller des choses sur les murs du deuxième étage du Pavillon Aquin, couvrant bientôt dans des teintes monochromes une surface gigantesque. À chaque grève ou occupation de l'UQAM, il y avait de nouveaux débats, dessins et commentaires qui apparaissaient spontanément. C'était intéressant mais d'une esthétique douteuse. L'administration a laissé faire pendant un bon moment jusqu'à ce qu'elle décide de tout couvrir dans une teinte de blanc sale, gâchant une source fascinante d'histoire institutionnelle. Et comme une seule couche de peinture avait été posée, on voyait encore, en-dessous, les vieilles marques faites au crayon feutre. C'était bien plus laid qu'auparavant.
Scandalisé-e-s, les étudiant-e-s se sont plaint-e-s, ont fait pression et ont finalement obtenu, en mars 2010, de repeindre les murs à leur goût. Pendant toute une soirée, des dizaines d'étudiant-e-s ont redécoré les murs, et ce avec la permission de l'UQAM, qui a même tenté de récupérer cet état de fait en vissant de petites affichettes qui disaient "espace d'expression libre" ou un truc de même. Je ne me souviens plus trop de la mention exacte parce qu'on les a toutes arrachées.
Cet art a été créé pour un coût dérisoire et en fait avec énormément de plaisir partagé. Il ne s'agissait pas de vandalisme, mais de poésie, de dénonciation par l'art. L'arrière-plan de mon blogue est d'ailleurs constitué d'un des "graffitis" gribouillés pendant cette période. Il m'est aussi arrivé de guider des ami-e-s dans l'UQAM, entré-e-s expressément pour admirer les murales.
Les journaux ne montrent que les graffitis les plus dégoulinants et les plus laids.
Un autre exemple de "vandalisme" fait sur les murs du deuxième étage du Pavillon Aquin, à l'UQAM.
Et que dire des autres messages de haine!
Ces deux photos datent d'avril 2010 (je me suis fait piquer mon appareil-photo l'été suivant par les flics de Toronto et je ne l'ai jamais revu). Depuis, certaines murales ont été repeintes, d'autres considérablement modifiées (par exemple, "agriculteur" a été féminisé). D'une manière générale, je trouve que les murs ont été améliorés au cours des deux dernières années. Ils ne sont en aucun cas "intimidants". Il y a eu des attaques ad hominem, certes, en admettant que des caricatures de Michèle Courchesne soient des attaques.
C'est évident qu'il y a eu des mauvais choix esthétiques fait par la suite. Les « A » cerclés dessinés dans les vitres des fenêtres, c'était moche comme idée. D'autres artistes ont aussi cochonné le plancher un peu partout. Et certaines phrases prennent vraiment trop de place, ou sont écrites sur la brique, à des endroits peu commodes. On peut faire tenir un message sur une surface lisse de 1 m2, mais ça, certaines personnes l'ont visiblement pas compris.
Mais l'avantage de l'exercice, c'est justement qu'on peut toujours repasser sur les échecs en reconstruisant par-dessus. Sans dépenses pour l'université. Cette dernière tente de régler le problème en imposant son autorité conformiste, parce qu'elle veut avoir la réputation d'une institution sérieuse aux murs bien blancs (quoique couverts en plusieurs endroits de pubs de Pepsi). C'est stupide.
Une autre solution aurait été de négocier avec les étudiant-e-s et le personnel pour que ceux-ci nettoient eux-mêmes les graffitis hideux pour les remplacer par de nouvelles murales, plus jolies et qui ne camoufleraient cependant pas nécessairement le message originel. Pourquoi pas repeindre ce fameux « débordons absolument » au milieu d'une rivière agitée et en pleine débâcle, qui traîne dans ses flots les ruines du vieux monde?
dimanche 29 avril 2012
Conseil Général du PLQ à Victoriaville - MA ville!
Le PLQ aurait pu faire une erreur fatale en organisant son Conseil Général dans ma ville d'origine, Victoriaville.
J'espère que la CLASSE, la FECQ (le cégep de Victo est affilié à cette dernière) ou le monde de la place tous seuls (illes en seraient capables!) vont quand même brasser la cage.
Victo: vous connaissez?
Pour votre information, le cégep de Victoriaville a fait seulement une semaine de grève en 2012, et deux semaines en 2005, quoique les étudiant-e-s d'arts et lettres, ainsi que les étudiant-e-s en agriculture biologique[1] aient décidé héroïquement de continuer une grève modulaire pendant un bout de temps. Il est très difficile d'organiser le mouvement étudiant là-bas: petites institutions scolaires, milieu très homogène et particulièrement conservateur, familles souvent peu politisées, taux d'analphabétisme explosif et malgré tout un taux de chômage presque inexistant.
L'étalement urbain extrême (tout le monde veut habiter en campagne, mais près de la ville) rend la mobilisation d'autant plus difficile. L'ambition des Victoriavillois-es n'est pas de faire leur petite vie tranquille et d'habiter en ville, près des festivals (nombreux), du cinéma, des petites épiceries et des cafés-restos-bars (très bons: je recommande le Farniente, le Vieux-Saint-Pierre, et pour finir la soirée, le Shad café; le café culturel, ouvert vers 2004-2005(?) était aussi une bonne idée, mais je ne sais pas si ça a fini par lever), mais de défricher une partie du Mont Arthabaska pour se bâtir un manoir en clabord de vinyle et vivre à flanc de montagne, surtout avec pas d'arbres, parce que les arbres c'est la sauvagerie et ça cache la vue.
Le maire est un opportuniste populaire qui a convaincu les gens de voter pour lui en disant qu'il voulait favoriser les aîné-e-s[2]. Car Victo est une ville de vieux, un ghetto de retraité-e-s qui vivent et meurent dans un quartier qui doit couvrir l'équivalent de la surface d'Hochelag'. Sur 3 km, il y a plus de triporteurs électriques sur la piste cyclable que de vélos. Les vieux sont bien plus typiques de Victo que ne l'est la poutine ou l'humour absurde des Chick'n swell. Même qu'être jeune est sur le bord d'être interdit. J'en ai déjà parlé.
La mobilisation
J'ai fait des manifs à Victo, contre la construction du Wal-Mart entre autres; nous étions rarement plus que dix et encore, la moitié étaient du PQ.
Mais il s'est passé assez de choses pour qu'on puisse déterminer que Victo possède un important potentiel d'anarchie. Un bon exemple: en 2005, les étudiant-e-s de la Polyvalente Le Boisé ont foxé en masse leurs cours pour rejoindre les quelques cégepien-ne-s qui avaient décidé de prendre la rue Notre-Dame-Est et de faire un party immense devant le bureau du député libéral, Claude Bachand. Cette fois-là, nous étions 450 jeunes à bloquer complètement la rue et à danser en plein centre-ville.
Nous avions aussi, la même année, perturbé une conférence de Pierre Reid, le ministre de l'éducation de l'époque, en pénétrant en trombe dans l'édifice de la Commission Scolaire. L'agent de sécurité n'a pas bougé, ahuri. Moins de réflexes que les sanglants Gardas de Montréal? Plus d'intelligence!
Nous avions pris le contrôle de la salle de conférence et un seul honorable représentant du Parti Libéral avait daigné rester: Claude Bachand[3], député ridicule et ancien prof de chimie, qui connaissait personnellement tous les étudiant-e-s et qui, avec son visage poupon qui avait tourné au rouge (comme un gros jalapeño bien mûr), affichait un air trahi.
Je lui ai tendu un nez de clown. « Tenez, vous pourriez donner ça au ministre. » Il ne m'a jamais pardonné cette boutade. Il m'en veut peut-être encore. Sinon, je ressens le désir vaniteux de lui rappeler son dégoût pour moi. Et je regrette de ne pas pouvoir le faire. Je suis vraiment désolé. Il y a le lancement du recueil Subversions II à Québec. J'ai écrit dedans.
***
Les activistes de Victo tentent de faire leur part. Mais c'est pas facile. Il y a eu une tentative de créer un campement de Occupons Victoriaville en novembre dernier. Il paraît que c'était cool. Mais Victo compte seulement 43 000 habitant-e-s. Le bassin d'activistes est réduit de facto à quelques dizaines d'individus.
Le milieu communautaire
La présence plus que diffuse des contestataires est palliée par la présence d'institutions dynamiques. Il y a le 40, rue Alice (le Centre d'Entraide Bénévole) et la Place Rita Saint-Pierre au 59, rue Monfette, des édifices dans lesquels sont situés plusieurs de ces organismes. Quelques expériences extraordinaires font aussi de Victo un laboratoire en services sociaux (voir la deuxième note de bas de page).
Il y a plein de gens qui se souviennent qu'à Victo, il y a de la pauvreté et des difficultés. Je voudrais parler de plein d'organismes, mais je vais n'en nommer qu'un seul: l'AGEPA. L'autobiographie d'un des militants de l'AGEPA est d'ailleurs disponible à la bibliothèque DIRA à Montréal: ça s'appelle Une histoire d'engagement social, un livre orange-beige boudiné; il me semble qu'il figure dans la section histoire.
Quoi faire la fin de semaine prochaine
Allez perturber le Conseil Général du PLQ! Victoriaville est trop devenue un havre de paix pour les crosseurs. François Legault et Stephen Harper ont notamment pu y organiser des congrès et consultations dans l'impunité la plus totale. Il faut que ça arrête. Il y a toujours des milliers de visiteurs/euses dans les festivals les plus étranges à Victo. Des gens plein les rues. Il est temps que les Victoriavillois-es soient à la hauteur d'eux-mêmes et fassent annuler ce Conseil Général.
Mise à jour: les gens de Victo ont déjà formé un groupe Facebook dédié à l'hébergement de militant-e-s. L'association étudiante du Cégep semble aussi réagir rapidement à l'annonce et multiplier les démarches. Ça promet! Bravo Victo!
________
[1] J'aime parfois croire que c'était grâce à ma suggestion faite à l'AGEECV. Mais ce monde-là a pas besoin de moi pour trouver le moyen de désobéir.
[2]Son prédécesseur, Roger Richard, avait comme passe-temps favori le dézonage et la pollution. Ça ne l'a cependant pas empêché de rendre hommage aux innovations locales en récupération et recyclage (le CFER de Normand Maurice, par exemple) et de se flatter la bedaine en faisant installer une pancarte géante sur l'autoroute, alimentée par un panneau solaire, et disant: "Victoriaville, berceau du développement durable". J'ai toujours dit que la seule chose qu'avait faite le maire pour le développement durable avait été de se féliciter de faire du développement durable.
[3]Claude Bachand:
Adresse : 130, rue Notre-Dame Est G6P 3Z6
Téléphone : 819 758-7440
Télécopieur : 819 758-1583
Courriel : cbachand-arth@assnat.qc.ca
Site Internet : www.claudebachand.ca
vendredi 20 avril 2012
Les petites insultes de Charest
C'est une déconnexion profonde avec la réalité qui explique les blagues de Jean Charest. Regardez les images. Avez-vous vu les couverts nacrés, les belles nappes et les gens bien coiffés qui ont assisté au dîner d'ouverture du Salon Plan Nord? Ce monde-là vit dans un monde complètement différent du nôtre.
Quand je repasse sur ce que Charest a dit aujourd'hui devant ses chers/chères ami-e-s parasites du Grand Nord, c'est autre chose que de la fierté que j'entends. J'entends le mépris ignorant du gouvernement pour une génération, une classe, des peuples.
Je me souviens de Ngo Dinh Nhu, premier ministre du Vietnam, se moquant des suicides de moines bouddhistes, qui s'étaient immolés par le feu pour dénoncer la répression brutale du régime sud-vietnamien en 1963.
« Si les bouddhistes veulent un nouveau barbecue, je serai heureux de fournir l'essence » avait-il alors dit.
Je me souviens aussi de la phrase qu'on attribue (certainement à tort) à Marie-Antoinette.
Quand on avait annoncé à une grande princesse que les paysans mouraient de faim par manque de pain, elle avait répondu, avec toute sa candeur imbécile: «Qu'ils mangent donc de la brioche».
Ce genre de remarques ont la caractéristique commune, à travers l'histoire, de mettre le feu aux poudres.
mercredi 18 avril 2012
La grande oubliée
***
Les billets concernant l'actuelle lutte contre la hausse des frais de scolarité (et pour tout dire de plus en plus contre la logique de clientélisme dans les universités) sont maintenant groupés sous la libellule « grève étudiante ».
samedi 14 avril 2012
Les gérontocrates forment la jeunesse révolutionnaire.
Vous êtes un trou noir de l'humanité et après vous, il ne restera plus qu'un désert uniforme. Vous aspirez tout dans votre gouffre béant. Vous êtes des vieillards-rois. Vous êtes la pulsion de mort globale. Vous êtes la gérontocratie. Et vous êtes en guerre contre nous.
Mais nous ne sommes pas si vulnérables.
Nous sommes une génération qui travaille plus que jamais et à qui on demande toujours plus. Nous vous servons dans vos restaurants. Nous déchirons vos billets quand vous sortez au cinéma. Nous vous vendons La Semaine dans les dépanneurs. Nous faisons sans cesse face à vos exigences de plus en plus élevées, nous devons étudier plus longtemps, parler plus de langues, nous endetter plus pour travailler plus et espérer prendre notre retraite plus tard.
Nous sommes aussi une génération qui a appris du Sommet de Québec, qui a démasqué les flics infiltrés à Montebello en 2007. Nous sommes la génération qui a résisté au G-20 et qui a pourri par milliers en prison, juste assez pour en goûter la saveur de béton humide, qui est d'ailleurs la même que celle de vos écoles déprimantes et obscurantistes, dans lesquelles vous tentez de donner forme à des citoyen-ne-s modèles tous réformé-e-s pareil, qui obéissent et qui votent.
Nous sommes des enfants fuckés par les divorces et intoxiqués par les allergies de votre petite bulle aseptisée. Nous sommes votre produit de consommation, en 12 versements faciles et rien à payer avant 2023. Une génération entière d'enfants jetables.
Nous sommes maintenant habitué-e-s de nous faire rabrouer, battre, poivrer.
Nous sommes habitué-e-s à la défaite et aux humiliations réservées à toute minorité. Et habitué-e-s de continuer malgré tout. Nous savons que nous n'avons à perdre que ce vous ne déciderez pas dans votre zèle sénile de ne pas réduire en cendres; c'est-à-dire pas grand-chose.
Nous avons les meilleurs allié-e-s du monde. Une bande de vieux fous et de folles qui ne se sont jamais senti vieillir et qui aiment encore la liberté; vous les connaissez, et vous les haïssez plus que nous encore parce qu'eux autres ne mourront jamais.
Nous n'avons à convaincre que nous-mêmes. Les gestes posés, leur caractère marquant sont plus que de simples coups d'éclat; ce sont des promesses pour l'avenir. Un avenir dont vous ne verrez pas poindre le jour et qui vous oubliera.
vendredi 13 avril 2012
Quelques petites choses sur la grève.
La manifestation à l'UdeM hier me laisse croire que non seulement la lutte se radicalise massivement (apparemment il y avait à peu près 500 personnes dans le hall du Pavillon Roger-Gaudry, contre minimum 1000 au tout au début de la marche: pour une manif annoncée le matin sur Facebook, je trouve ça massif) et qu'elle se radicalise aux endroits où on ne s'y attend pas vraiment, mais je pense aussi que les gens qui posent des actions directes sont de plus en plus précis et audacieux. Qu'est-ce qui explique, toutefois, l'inaction de la police à ce moment-là? Ne savait-elle pas que des jeunes tentaient de défoncer la porte du bureau du recteur avec un bélier?
Je me demande si la police n'avait pas décidé d'attendre que les étudiant-e-s défient tous les termes de l'injonction avant d'intervenir. Qu'à cela ne tienne, l'université est revenue à la charge aujourd'hui en brandissant l'épouvantail d'une modification à l'injonction. En vain. Et pour de drôles de raisons:
« Le juge qui a entendu le débat soulève que la preuve n'a pas été faite que ce sont des étudiants membres des associations étudiantes de l'Université de Montréal qui sont responsables des actes de vandalisme de la veille, et a décidé de ne pas accéder à la demande de la direction de l'établissement. »
Je ne commenterai pas.
Je veux toutefois souligner la différence incroyable entre la réaction des Uqamien-ne-s et des Udemien-ne-s devant l'injonction ou l'ordonnance (peu importe comment on appelle ce paquet d'interdictions). À l'UQAM, il y a eu des discussions. Comment contourner les nouvelles interdictions? «Comme on ne peut pas bloquer l'UQAM, on pourrait bloquer tout... sauf l'UQAM» disait un activiste.
Réaction diamétralement inversée à Alma et à l'Université de Montréal, qui sont pourtant, et de loin, bien plus paisibles de réputation. Appel à la bombe. Barricades. Les étudiant-e-s de l'UdeM (je n'affirme pas qu'illes venaient de l'UdeM, je suppose seulement, madame la juge), devant l'interdiction de bloquer, ont décidé de défoncer les portes qui ne restaient pas encore obstinément ouvertes.
Je ne sais pas si c'est une leçon donnée aux vieux de la vieilles et vieilles de la vieux de l'UQAM, qui ont l'habitude des blocages, occupations, injonctions et cie. On va le savoir après la fin de la grève, dans quelques années sans doute, quand les procès seront tous terminés et qu'on saura si ça vaut la peine, se révolter.
2. Tout repose sur les cégeps.
Encore une fois, ce sont les étudiant-e-s du cégep qui ont le plus d'influence sur l'issue de la lutte. La menace d'annulation de session pèse sur eux comme jamais. Illes peuvent retourner cette éventualité en notre faveur. Selon moi, ce sont eux qui feront que nous gagnerons ou perdrons. Si je reste fataliste, ce n'est pas pour cette raison. Il se trouve dans les cégeps plusieurs des éléments les plus vaillants et les plus extraordinaires de tout le mouvement.
3. Pauvres journalistes
Des étudiant-e-s ont eu l'idée de saccager le bureau de Line Beauchamp. Je ne sais pas exactement en quoi a consisté ce «saccage», et si vous avez des photos, on vous prierait de diffuser. Tout ce que j'ai vu jusqu'à maintenant, c'est un présentoir à dépliants renversé.
Je compatis sincèrement avec le journaliste et le photographe de La Presse visés par la répression policière. Mais franchement, quelques heures en prison, c'est pas la mer à boire. Surtout quand on est accusé-e-s de rien. Le pire n'est pas l'incarcération temporaire; c'est un procès qui s'étire et qui nous ôte tout goût à la vie. Ça, c'est plutôt le sort qui est réservé aux autres manifestant-e-s arrêté-e-s ce matin, et que plusieurs vivent au quotidien depuis des mois, voire des années.
Quand même, je pense que La Presse, en voyant deux de ses employés maltraités par les flics, reçoit la salive qu'elle a crachée en l'air. Ce pouvoir abusif des policiers est une création de la paranoïa et du consentement collectifs, induits en grande partie par les mass médias. La Presse n'est pas particulièrement opposée à ce régime brutal, irrationnel et injuste qui enferme ses propres journalistes, malgré les objections polies de Patrick Lagacé et les chroniques de Michèle Ouimet. Elle l'entretient.
Je vous pose une question. Quelle sorte de régime arrête des journalistes pour rien, dans l'impunité la plus totale et l'indifférence de la population? Voici un indice.
jeudi 5 avril 2012
"L'Offre" de Line Beauchamp.
J'aimerais mieux voir ma session annulée que de devoir accepter ça.
jeudi 29 mars 2012
Élèves du secondaire: il faut désobéir.
La plupart du temps, les élèves sont seulement sermonné-e-s ou suspendu-e-s. J'aurais pu d'ailleurs consacrer ce billet à dédramatiser cette condamnation qu'est une suspension de quelques jours, ou encore une retenue à l'école. Selon moi, une suspension équivaut cependant réellement à une peine, et non pas à une punition. Quant à la retenue, c'est aussi réellement une séquestration, au même titre que la prison. Ces pratiques sont la plupart du temps abusives et contre-productives.
Mais quelques directions qui comptent dans leurs rangs plusieurs brouets de poubelles mini-hitlériennes[1] ne se sont pas contentées des peines habituelles. Elles se servent de la terreur pour parvenir à leurs fins. Dans un cas particulier, une direction en est même venue à menacer un jeune de l'accuser au criminel, et cela avec la complicité de deux flics. J'imagine mal l'angoisse qu'a pu ressentir l'élève en question, qui n'avait pourtant fait que créer une page Facebook pour discuter de la grève.
Ce qu'on impose aux mineur-e-s, ces humains à qui on n'accorde aucun droit, n'est que le fantasme de ce qu'on veut imposer aux adultes: une société de dépendance épurée, homogène, totalitaire, déprimante, réglée à la seconde près. On pense parfois que tout se joue aux élections; d'autres pensent que tout se joue dans la rue, pendant des manifs: moi je pense que l'école est pour beaucoup dans la game du pouvoir. C'est un modèle expérimental à la fois de la prison et du travail. On ne peut pas se battre à la place des élèves du secondaire, mais en ce qui me concerne, je les encourage à faire le nécessaire pour dégager des espaces de liberté. IL FAUT DÉSOBÉIR!
Voici le message que j'adresse aux jeunes des écoles secondaires, peu importe leur âge:
Je vous encourage à vous révolter massivement contre la tyrannie des directions de vos écoles. De vous révolter contre tout-e prof qui s'allierait à cette tyrannie. Illes vous forcent à assister à des cours souvent inutiles, vous forcent à adopter un code vestimentaire, parfois même à porter un uniforme. J'ai même entendu dire que dans certains collèges, on forçait les jeunes hommes à porter les cheveux courts. Les horaires sont réglés, les cloches vous rappellent à la classe comme la cloche rappelle les détenu-e-s à leur cellule, et on vous poursuit jusque dans la rue quand vous tentez de fuir ce lieu qui meurtrit la liberté et vous enferme dans un carcan de conformisme abject.
L'école ne vous émancipe pas! C'est vous-mêmes qui le pouvez, par vos propres moyens, avec votre curiosité, votre soif de savoir, votre soif de liberté. La polyvalente ou le collège ne sont que des obstacles à votre apprentissage réel. Le compromis que vous faites en vous rendant chaque matin à l'école (vous acceptez de vivre une situation d'esclavage en échange d'une alphabétisation de qualité souvent médiocre) ne peut plus tenir.
Nous, les jeunes-vieux, nous n'avons pas su nous révolter pendant que nous endurions le calvaire que vous vivez maintenant. Si nous l'avions fait, vous n'auriez peut-être pas, aujourd'hui, à traverser cette épreuve de marde. Nous ne l'avons pas fait parce que peu d'entre nous ont fait l'effort intellectuel de comprendre ce qui se passait. Maintenant que nous avons fini l'école secondaire, souvent depuis plusieurs années (bientôt neuf ans dans mon cas), nous ne pouvons que nous sentir responsables de ce qui vous arrive. Nous vous devons en quelque sorte quelque chose.
Je vous enjoins de vous libérer de cette dictature. Vous pouvez le faire tous et toutes ensembles. Les directions pourront toujours suspendre quelques individus, elles ne pourront jamais suspendre tout le monde en même temps. Vous pouvez utiliser l'anonymat sur Internet pour éviter d'être retracé-e-s par les usurpateurs qui vous punissent.
Vous pouvez prouver que le monde peut changer et évoluer sans autorité. Faites-le et nous allons vous soutenir. Faites-le et vous allez vous en souvenir toute votre vie.
Des hostie de vieux cons vous diront que vous n'avez pas l'esprit critique nécessaire pour mener à bien une lutte politique ou sociale. Ce sont des gens séniles. Ne les écoutez pas. Si déjà vous êtes en mesure de comprendre ce texte avec votre raison et vos émotions, eh bien vous avez ce qu'il faut pour tout transformer.
________
[1] Insulte empruntée à Claude Gauvreau.
mercredi 28 mars 2012
blocage du port de Montréal
Les manifestant-e-s ont ensuite décidé de prendre la rue Ontario et de crier des slogans appuyant les travailleurs/euses en conflit. Les manifestant-e-s ont ensuite paradé devant les bureaux du ministère de l'éducation, du loisir et du sport avant de descendre sur Notre-Dame. La marche s'est terminée au Parc Émilie-Gamelin, devant l'UQÀM.
Les agissements violents de la police ont fait au moins deux blessés légers, et plusieurs autres personnes ont été intoxiquées par le gaz au poivre.
***
Je trouve que la couverture médiatique de ce genre d'évènements devient de plus en plus absurde. En plus de banaliser honteusement les abus policiers, on en vient à réduire l'action à ses conséquences sur la circulation automobile. C'est dégoûtant.
mercredi 21 mars 2012
Manif demain, 13h00, Montréal, Place du Canada.
Quelques personnes ont montré, à mon grand étonnement, des inquiétudes face à la présence de la police lors de cette manifestation. Rappelons que c'est une manifestation nationale et que les chances pour qu'une répression massive ait lieu sont presque nulles.
Je comprends tout à fait qu'on n'y aille pas pour des raisons politiques, à cause de l'éloignement, ou d'un empêchement, mais la peur de la répression n'est absolument pas une bonne excuse. Hier, plusieurs étudiant-e-s se sont réuni-e-s devant les bureaux de Bachand, sur Côte-des-Neiges[1], et malgré la présence de plus de vingt policiers/ères plutôt agressifs/ives et méprisant-e-s, il n'y a pas eu d'affrontement. Idem au 600, rue Fullum.
Il y a aussi le fait qu'il est à peu près impossible de brutaliser une foule de plus de 8 000 personnes au Québec. Et demain, nous serons certainement plus que 50 000 (je m'attends à ce que nous soyons peut-être même au-dessus de 100 000). Donc il faut selon balayer cette menace du revers de la main. Venez donc.
_________
[1] Les bureaux les mieux gardés que j'aie jamais vus. La SQ était là. N'oubliez pas que le même édifice comprend aussi une clinique de pédiatrie. Des dizaines de femmes enceintes et de couples avec enfants passent par le même couloir qui conduit au bureau du ministre.
lundi 19 mars 2012
Blocage au ministère de l'éducation (Fullum)
Environ une centaine de personnes sont restées pour maintenir le blocage du 600, rue Fullum, malgré les menaces de l'escouade antiémeute venue pour réprimer la foule. Comme je suis arrivé vers 10h00, je n'ai pas vu grand affrontement. Il semble bien toutefois que les étudiant-e-s aient bel et bien réussi à bloquer complètement l'édifice pendant un certain temps, puisque ce n'est qu'à mon arrivée que les employé-e-s ont pu parvenir à entrer. Quelques employé-e-s rébarbatifs et dégoûté-e-s, visiblement, par le gouvernement, ont toutefois décidé de ne pas rentrer au bureau (du moins pas tout de suite), s'attirant les applaudissements de la foule et plusieurs poignées de main.
Le blocage s'est ensuite transformé en manifestation. Nous nous sommes rendu-e-s jusqu'au Parc Émilie-Gamelin, devant l'UQÀM, avant qu'une personne nous annonce qu'elle savait où se trouvait Jean Charest. Nous avons donc continué de marcher vers le centre-ville, feintant à quelques reprises pour tromper l'escouade anti-émeute qui tentait d'anticiper nos mouvements. Quand nous sommes arrivé-e-s à destination, nous n'étions malheureusement plus que trente à cinquante. Un manifestant a alors fait une déclaration au mégaphone, reliant la lutte étudiante au Plan Nord, qui vise à "crosser les Innus" à grands frais, alors que l'argent investi (80 milliards?), pourrait être transféré en éducation ou bien tout simplement pas dépensé.
Plusieurs liens ont été donc faits avec les luttes sociales et démocratiques actuelles, que ce soit la lutte contre la corruption, la brutalité policière et les gaz de schiste. Malgré la petite taille de la manifestation, le discours était donc varié et dynamique.
samedi 10 mars 2012
La perturbation... perturbe.
***
J'enjoins mes semblables à ne PAS bloquer de cliniques médicales, même totalement privées, même par accident. La rumeur court que des patient-e-s n'ont pas pu se rendre à leur rendez-vous, le 7 mars dernier. Je sais pas pourquoi, mais j'aimerais recevoir des éclaircissements. Ont-illes simplement été bloqué-e-s sur la route en voiture, ou refoulé-e-s par les flics? Dans quels cas on ne peut pas faire grand-chose.
J'enjoins aussi mes camarades à ne PAS bloquer le pont. Le pont n'est pas responsable de la hausse des frais de scolarité (quoi qu'en dise A., pour rire). Ce n'est pas une question de relations publiques. C'est simplement que tant qu'à faire une action d'éclat, vaut mieux ne pas gaspiller d'énergies sur le pont.
Cela dit, je trouve que plusieurs personnes et chroniqueurs/euses exagèrent. Les voitures - du reste polluantes - de Montréal et de la banlieue n'ont absolument pas besoin de manifestations étudiantes pour créer de l'embouteillage. Elles le font déjà très bien toutes seules.
***
J'ai décidé de ne pas parler de Francis Grenier, le jeune blessé à l'oeil le 7 mars dernier, parce que j'avais peur qu'à force de dénoncer les porcs qui sont responsables de sa blessure (et des nombreuses autres blessures occasionnées par les fameuses grenades sonores), on en viendrait à le transformer en simple instrument de lutte. Je ne sais pas si ce serait vraiment lui rendre service. Il est devenu en quelques heures un des symboles les plus importants de la lutte contre le gouvernement brutal de Jean Charest.
Espérons qu'il ne devienne pas un des nombreux et futurs éclopés psychologiques de la grève étudiante[1].
Toutefois, voici à quoi cette histoire me fait penser: à l'Égypte. Une coupure sévère à l'oeil est une blessure typique des manifestant-e-s qui décident de résister à une opération de répression étatique. En mai dernier, quand je suis parti travailler là-bas, des centaines de jeunes portaient toujours des bandages sur un oeil. Dans les journaux, on parlait beaucoup des aveugles de la révolution, les malchanceux (plus rarement les malchanceuses) qui avaient perdu un oeil, puis l'autre... dans deux manifestations successives. Une blessure à l'oeil, c'est une blessure de manifestant-e. Et j'oserais dire, en quelque sorte, une blessure de héros.
Francis Grenier n'est que le premier blessé du genre ce printemps. Il y a eu d'autres blessé-e-s. Et pas des blessé-e-s comme l'infâme policier Ian Lafrenière, qui aurait reçu une balle de neige en arrière de la tête et qui deux minutes après, parle aux médias comme si de rien n'était.
Si la répression se poursuit, les chances augmentent pour que le Québec soit peuplé de jeunes borgnes.
___________
[1] Si j'étais le porte-parole de la CLASSE, une des premières choses que je ferais après la grève, c'est m'isoler complètement et puis aller visiter un psy, au moins pour m'assurer que tout est correct. Mais si j'avais été la CLASSE, j'aurais envoyé au front plusieurs porte-paroles, afin que la responsabilité retombe sur les épaules de l'organisation plutôt que sur un ou deux individus.
jeudi 8 mars 2012
Même si l'UQÀM le nie.
OUI il y a une activité appelée « Nuit de la création illimitée » qui aura lieu à l'UQÀM le 12 mars prochain.***
On sait maintenant que les clôtures de métal dressées debout et posées sommairement, ça fonctionne pas.
...
En fait, on le sait depuis le Sommet de Québec.
Toutes mes pensées vont aux blessé-e-s et arrêté-e-s de la manifestation d'aujourd'hui. Sauf Ian Lafrenière. Lui, il peut bien sécher, l'hostie.
mardi 6 mars 2012
Appel aux actions contre le gouvernement.
Ce sont des actions du même genre que je propose d'accomplir au cours des prochaines semaines. Nous devrions (et je ne sais pas si l'idée a été lancée jusqu'à maintenant - je l'espère) tenir une journée d'occupation ou de blocage des bureaux de député-e-s libéraux. De tous leurs bureaux simultanément.
Nous devrions aussi menacer le gouvernement refuser massivement de payer nos frais de scolarité à l'automne s'il maintient la hausse.
Ok, je sais, c'est pas réaliste.