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samedi 8 février 2014
La nature autoritaire et conservatrice de l'éducation.
Il serait selon moi faux d'attribuer le caractère contrôlant de certaines réformes à du progressisme, pour de nombreuses raisons. C'est le cas de l'éducation qui m'intéresse ici.
Ces changements, souvent décrits comme une manière de reprendre le contrôle d'une jeunesse en perdition, ont des traits profondément conformistes et conservateurs. Il s'agit de retrouver la discipline d'antan, d'imposer le respect de l'autorité et de mettre fin à l'hypersexualisation des jeunes filles. Ce genre de discours se retrouve partout dans les médias écrits ou radiophoniques, et a quelquefois mené à des abus sordides, comme en 2010 à Outremont, et en 2013 dans les Laurentides, deux cas parmi de nombreux autres, qui ne sont pas documentés.
Ces phénomènes sont reliés au fait qu'on ne considère pas les jeunes comme des humains à part entière et doué-e-s d'une intelligence développée. À ce sujet, Alain Dubuc avait suggéré, en 2012, que c'était la condition neurologique inférieure des jeunes (il parlait notamment « de lacunes dans l'exercice du jugement ») qui les avait poussé-e-s à prendre l'impulsive décision d'entrer en grève étudiante. Un de mes collègues étudiant en enseignement de l'histoire, à l'UdeM, avait pour sa part appris dans un cours, vers 2007, que les adolescent-e-s étaient biologiquement incapables de faire l'usage d'esprit critique avant 16-17 ans, et que pour cette raison, il fallait se contenter de leur faire apprendre tout par coeur. Il est bien entendu allé répéter cette foutaise un peu partout, comme un perroquet[1]. Peut-être aurait-il été surpris d'apprendre qu'Alain Dubuc considère qu'il n'avait lui-même pas encore l'âge de prendre une décision rationnelle.
Les jeunes représentent une caste inférieure d'être humains, au Québec, et un peu partout dans le monde. Les discours favorables aux jeunes sont marginaux et presque tout le monde participe à leur destruction morale, par une forme de bizutage acharné et généralisé, qui vise à anéantir, en eux, toute forme d'originalité et de désir. La plupart des critiques aigries de la réforme scolaire en sont un bon exemple, et je ne suis pas certain que que les beuglements de Normand Baillargeon (avec ses appels à Arendt) à ce sujet soient une exception. Et c'est comme ça depuis toujours. On veut retourner à un idéal classique, à une vraie culture de l'effort.
Et cela passe aussi par l'absence d'individualité. On gomme les différences par l'adoption d'un code vestimentaire strict. Tout ce qui représente une violation à ce code est un « abus » (de liberté d'expression?) conduisant tout droit à des conséquences terribles. Eh quoi? Il est évident que les vêtements ont une conséquence sur la psychée. Une jeune femme habillée des chevilles jusqu'au cou n'aura pas un comportement dissipé. Impossible. Et le gars assis derrière elle n'aura pas de mauvaises pensées.
À la limite, ça peut se défendre, si on a la matière grise assez lousse. Mais on m'a dit qu'il y a quelques années, au Collège Jean-Eudes de Montréal, on interdisait aux gars de porter les cheveux longs. J'ignore si c'est toujours le cas aujourd'hui, mais ça ne m'étonnerait pas. Quel comportement cherche-t-on ainsi à modifier chez les adolescents? N'y a-t-il pas là une forme assez obscène de pression à la conformité?
Un autre faux progrès: l'histoire obligatoire
Je passe plusieurs heures par semaine à défendre mon point de vue sur la question. J'ai déjà écrit un billet là-dessus. Je n'ai absolument pas changé de point de vue, si ce n'est que pour le radicaliser. Ce nouveau programme d'histoire québécoise au cégep ne sert qu'un objectif: augmenter encore l'uniformité, faire entrer les jeunes dans un moule intellectuel commode, conforme aux attentes, voire plus facile à manipuler par l'utilisation de référents culturels communs (c'est-à-dire: le nationalisme). Je me demandais quel cours on sacrifierait pour faire entrer l'histoire (politique) de force dans les cégeps: il se trouve que ce sont les cours optionnels qui subiront le choc. Notez bien: pas question de modifier le tronc commun. Il s'agit plutôt de l'augmenter, aux dépens des choix que l'étudiant-e pourrait faire lors de son inscription. Parce que l'État sait bien mieux que nous quels cours on doit suivre.
Nous y participons
Comme des foules de hooligans dont le cerveau est réduit à une disquette floppy, nous encourageons ces réformes conformistes, conservatrices et autoritaires. Quotidiennement, nous exigeons plus de règles débiles, sous le couvert de n'importe quel principe con, que ce soit la neutralité (laissez-moi rire), la connaissance de faits, l'éducation à la citoyenneté, le respect de nos valeurs et de la démocratie parlementaire, le bien commun, la décence, etc. Il ne s'agit pas d'une sombre machination de l'État contre nous, planifiée en secret dans les bureaux de la NSA. C'est ce que nous réclamons pour tout le monde. Plus de chaînes. Des chaînes mieux polies et qui disent s'il-vous-plaît et qui se cachent derrière un masque.
__________________
[1] Salut Mathieu.
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religion
mercredi 6 novembre 2013
Une attaque contre des véhicules du ministère de la Sécurité.
Cet acte de vandalisme politique très léger semble avoir passé totalement inaperçu dans les mass médias, mais il a apparemment été revendiqué le 3 novembre par un collectif sans nom, opposé à la prison et au délire sécuritaire de l'administration provinciale
Vous pouvez vous faire une idée par vous-mêmes, mais je trouve cet évènement curieux. Curieuse diffusion du texte (essentiellement sur des réseaux extérieurs à Montréal, faut croire), curieux aussi que je n'en ait pas entendu parler avant - quoique j'ai manqué quelques bonnes histoires au cours des dernières semaines.
Un canular? Une action qui se voulait discrète? Le public visé était-il extérieur au Québec? Pourquoi avoir spécifiquement nommé deux prisonniers politiques?
Par ailleurs, si je ne me prononce pas sur l'acte en tant que tel, je suis totalement d'accord avec le message envoyé dans la déclaration du groupe, qui met l'accent sur des problèmes graves amenés par le système carcéral. C'est une déclaration basée sur une réalité matérielle et qui ne donne pas dans le flafla théorique.
Vous pouvez vous faire une idée par vous-mêmes, mais je trouve cet évènement curieux. Curieuse diffusion du texte (essentiellement sur des réseaux extérieurs à Montréal, faut croire), curieux aussi que je n'en ait pas entendu parler avant - quoique j'ai manqué quelques bonnes histoires au cours des dernières semaines.
Un canular? Une action qui se voulait discrète? Le public visé était-il extérieur au Québec? Pourquoi avoir spécifiquement nommé deux prisonniers politiques?
Par ailleurs, si je ne me prononce pas sur l'acte en tant que tel, je suis totalement d'accord avec le message envoyé dans la déclaration du groupe, qui met l'accent sur des problèmes graves amenés par le système carcéral. C'est une déclaration basée sur une réalité matérielle et qui ne donne pas dans le flafla théorique.
samedi 19 octobre 2013
Quelques trucs - toujours la prison - les élections à Mtl.
Le Cabaret
Tout d'abord, bravo aux participant-e-s du dernier Cabaret Anarchiste. Une quarantaine de personnes se sont réunies dans le petit local du DIRA, ont mangé des tartes aux pommes et/ou ont librement lu des poèmes et des textes contestataires. Après trois années, la formule ne s'épuise toujours pas!
L'anthologie du Bloc des Auteur.e.s anarchistes
Si vous voulez participer au nouveau recueil de nouvelles anarchistes Subversions III, publié par le Bloc des Auteur.e.s anarchistes, il vous reste encore jusqu'à la fin du mois pour nous soumettre un texte de fiction. Toutes les informations sont ici!
Des potes, toujours en prison
Un groupe Facebook a été créé pour venir en aide à deux accusés du G20 qui sont actuellement enfermés à la prison de Bordeaux. Dans mon esprit à moi, les crimes dont ils ont été accusés ne mériteraient en rétribution qu'une bonne tape sur l'épaule, en admettant qu'ils les aient réellement commis. Mais même dans la logique interne de notre société néolibérale, la peine qui leur est infligée est disproportionnée. Vous pouvez leur écrire en suivant les indications laissées sur la page.
Vous habitez hors de Montréal et vous avez la flemme de poster une lettre d'encouragement à cause des timbres? Vous pouvez m'envoyer un courriel (mon adresse de compte, c'est "inactifs", sur hotmail.com). Si vous êtes convaincant-e, je peux faire quelques impressions et les envoyer moi-même de temps à autres.
Ça y est, je ne veux plus parler de la Charte.
Je suis toujours contre, mais je trouve que le débat est plombé. Jamais je n'ai assisté à un dialogue aussi con de toute ma vie. Assez peu de personnes me semblent avoir un avis éclairé sur la question, et beaucoup pensent que ce projet ridicule est en fait une licence pour tenir des propos xénophobes, tout en se défendant de l'être. Même Normand Baillargeon entre dans le jeu de bon coeur avec des crétineries rocambolesques. Foglia aussi: mais ça c'est à vrai dire pas vraiment étonnant. Et que dire de l'avis du sociologue Guy Rocher? Je me sens presque trahi par son autoritarisme vulgaire. Tu quoque, mon espèce d'épais?
À ce titre, les Janettes ne font qu'ajouter des clowneries supplémentaires au moisi collectif.
De l'autre côté, il y a Pratte, avec qui plusieurs gauchistes (mais pas tous/toutes, parce que plusieurs croient aux « libertés collectives », terme vide s'il en est) s'étonnent aujourd'hui d'être d'accord. Celui-ci fait appel à l'avis de la Commission des droits de la personne. Pour un éditorialiste qui s'est toujours crissé de nos droits - et surtout en 2012 - je trouve que c'est ironique[1]. Dans cette situation, on peut réellement parler d'argument d'autorité. Et il y a certaines femmes musulmanes qui au lieu de défendre leurs libertés individuelles avant tout, nous parlent de la nécessité de non pas être soumises à l'homme, mais d'être soumises à Dieu, ce qui n'est pas, nônon, la même chose. Je peux pas dire que je suis d'accord. Et surtout ces hommes religieux qui pilotent certaines contestations de la Charte[2], contre ces hommes chrétiens ou laïcs qui pilotent certaines actions d'appui.
Je ne veux plus me prononcer sur la Charte parce que je trouve actuellement que tout le monde est con. De la connerie, de la connerie partout, et elle est hargneuse en plus. Et j'ai peur d'être con moi aussi. Juste écrire ces trois paragraphes me semble un risque non-calculé de tomber dans les mêmes schémas imbéciles.
Alors fuck that shit.
Projet Montréal et les élections
J'ai rarement autant détesté un parti politique municipal que Projet Montréal. Même les corrompus m'énervent moins que ces social-traîtres carriéristes. Qu'illes aillent chier, je voterai pas pour eux, même s'illes leur viennent à l'idée de me payer pour. Il a fallu leur tordre un bras pour qu'illes votent contre P-6, et maintenant beaucoup d'entre eux prétendent que tout le monde, au parti, a toujours été contre. Leurs déclarations sur les itinérant-e-s et les logements sociaux sont confuses et Richard Bergeron adapte son discours selon son auditoire, avec de grands sparages. Et ses projets pharaoniques qui sont censés se réaliser en quelques années seulement (sans expulsion? sans consensus? en tout cas sans manif j'imagine, parce que ce sera toujours interdit), je vais me battre contre. J'aimerais bien en discuter avec eux, mais à chaque fois que j'en pogne une gang de cette engeance-là, c'est le festival du sophisme et de l'enfirouapage.
La solution au marasme politique à Montréal, à la corruption, la crosse, la répression et le mensonge, c'est pas un parti politique moins à droite que les autres. C'est le chavirement de ces institutions-là.
______________________
[1] Un peu comme si un-e anar défendait l'État comme moyen de lutter contre les excès du capitalisme.
[2] Notez qu'il y a de notables exceptions. No one is illegal n'est pas exactement un groupe pro-religion.
Tout d'abord, bravo aux participant-e-s du dernier Cabaret Anarchiste. Une quarantaine de personnes se sont réunies dans le petit local du DIRA, ont mangé des tartes aux pommes et/ou ont librement lu des poèmes et des textes contestataires. Après trois années, la formule ne s'épuise toujours pas!
L'anthologie du Bloc des Auteur.e.s anarchistes
Si vous voulez participer au nouveau recueil de nouvelles anarchistes Subversions III, publié par le Bloc des Auteur.e.s anarchistes, il vous reste encore jusqu'à la fin du mois pour nous soumettre un texte de fiction. Toutes les informations sont ici!
Des potes, toujours en prison
Un groupe Facebook a été créé pour venir en aide à deux accusés du G20 qui sont actuellement enfermés à la prison de Bordeaux. Dans mon esprit à moi, les crimes dont ils ont été accusés ne mériteraient en rétribution qu'une bonne tape sur l'épaule, en admettant qu'ils les aient réellement commis. Mais même dans la logique interne de notre société néolibérale, la peine qui leur est infligée est disproportionnée. Vous pouvez leur écrire en suivant les indications laissées sur la page.
Vous habitez hors de Montréal et vous avez la flemme de poster une lettre d'encouragement à cause des timbres? Vous pouvez m'envoyer un courriel (mon adresse de compte, c'est "inactifs", sur hotmail.com). Si vous êtes convaincant-e, je peux faire quelques impressions et les envoyer moi-même de temps à autres.
Ça y est, je ne veux plus parler de la Charte.
Je suis toujours contre, mais je trouve que le débat est plombé. Jamais je n'ai assisté à un dialogue aussi con de toute ma vie. Assez peu de personnes me semblent avoir un avis éclairé sur la question, et beaucoup pensent que ce projet ridicule est en fait une licence pour tenir des propos xénophobes, tout en se défendant de l'être. Même Normand Baillargeon entre dans le jeu de bon coeur avec des crétineries rocambolesques. Foglia aussi: mais ça c'est à vrai dire pas vraiment étonnant. Et que dire de l'avis du sociologue Guy Rocher? Je me sens presque trahi par son autoritarisme vulgaire. Tu quoque, mon espèce d'épais?
À ce titre, les Janettes ne font qu'ajouter des clowneries supplémentaires au moisi collectif.
De l'autre côté, il y a Pratte, avec qui plusieurs gauchistes (mais pas tous/toutes, parce que plusieurs croient aux « libertés collectives », terme vide s'il en est) s'étonnent aujourd'hui d'être d'accord. Celui-ci fait appel à l'avis de la Commission des droits de la personne. Pour un éditorialiste qui s'est toujours crissé de nos droits - et surtout en 2012 - je trouve que c'est ironique[1]. Dans cette situation, on peut réellement parler d'argument d'autorité. Et il y a certaines femmes musulmanes qui au lieu de défendre leurs libertés individuelles avant tout, nous parlent de la nécessité de non pas être soumises à l'homme, mais d'être soumises à Dieu, ce qui n'est pas, nônon, la même chose. Je peux pas dire que je suis d'accord. Et surtout ces hommes religieux qui pilotent certaines contestations de la Charte[2], contre ces hommes chrétiens ou laïcs qui pilotent certaines actions d'appui.
Je ne veux plus me prononcer sur la Charte parce que je trouve actuellement que tout le monde est con. De la connerie, de la connerie partout, et elle est hargneuse en plus. Et j'ai peur d'être con moi aussi. Juste écrire ces trois paragraphes me semble un risque non-calculé de tomber dans les mêmes schémas imbéciles.
Alors fuck that shit.
Projet Montréal et les élections
J'ai rarement autant détesté un parti politique municipal que Projet Montréal. Même les corrompus m'énervent moins que ces social-traîtres carriéristes. Qu'illes aillent chier, je voterai pas pour eux, même s'illes leur viennent à l'idée de me payer pour. Il a fallu leur tordre un bras pour qu'illes votent contre P-6, et maintenant beaucoup d'entre eux prétendent que tout le monde, au parti, a toujours été contre. Leurs déclarations sur les itinérant-e-s et les logements sociaux sont confuses et Richard Bergeron adapte son discours selon son auditoire, avec de grands sparages. Et ses projets pharaoniques qui sont censés se réaliser en quelques années seulement (sans expulsion? sans consensus? en tout cas sans manif j'imagine, parce que ce sera toujours interdit), je vais me battre contre. J'aimerais bien en discuter avec eux, mais à chaque fois que j'en pogne une gang de cette engeance-là, c'est le festival du sophisme et de l'enfirouapage.
La solution au marasme politique à Montréal, à la corruption, la crosse, la répression et le mensonge, c'est pas un parti politique moins à droite que les autres. C'est le chavirement de ces institutions-là.
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[1] Un peu comme si un-e anar défendait l'État comme moyen de lutter contre les excès du capitalisme.
[2] Notez qu'il y a de notables exceptions. No one is illegal n'est pas exactement un groupe pro-religion.
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jeudi 3 octobre 2013
Vigile en soutien à Guillaume et Youri
Ça se passe demain à 9h00, devant le Palais de Justice de Montréal. Tout soutien supplémentaire ne sera pas de trop. Si vous pouvez être là, venez. Plusieurs, déjà, ne peuvent pas y être pour des raison professionnelles.
L'audience est à la salle 6.02, mais la vigile se tiendra aussi dehors, devant le Palais.
Et il pleuvra pas.
Soyez là.
***
Je reposte le témoignage de Youri paru sur un blogue du Voir.
Mise à jour: la CLAC a mis en ligne un résumé de l'audience.
L'audience est à la salle 6.02, mais la vigile se tiendra aussi dehors, devant le Palais.
Et il pleuvra pas.
Soyez là.
***
Je reposte le témoignage de Youri paru sur un blogue du Voir.
Mise à jour: la CLAC a mis en ligne un résumé de l'audience.
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mardi 1 octobre 2013
Mort aux prisons et à toute forme d'autorité - G20
Il y a déjà trois étés, une des plus importantes répressions politiques de l'histoire récente du Canada s'est déroulée à Toronto, pendant que des leaders et « créateurs de richesse » criminels et assassins prenaient des décisions en huis clos. Les sociopathes qui se disent nos représentant-e-s élu-e-s avaient patiemment dressé un puissant piège contre les contestataires: un dispositif impressionnant comprenant des essaims de milliers de flics, des clôtures, des contrôles, des caméras. Et par milliers, des flics incontrôlables ont harcelé, humilié, frappé, torturé, agressé sexuellement la population et les manifestant-e-s. Fouilles à nu systématiques, arrestations arbitraires, détentions dans des conditions insalubres: l'Ordre n'a reculé devant rien pour écraser tout ce qui ressemblait à de la dissidence.
La plupart d'entre nous en sommes ressorti-e-s avec seulement un très mauvais souvenir. Nous nous rappelons que pendant que la police menait une chasse brutale contre nous dans le cadre de l'opération « fox trap », des médias complices et des politicien-ne-s enragé-e-s, au lieu de nous venir en aide, nous ont stigmatisé-e-s. La responsabilité de toute violence incombe autant à ceux qui l'exercent directement qu'à ces provocateurs/trices haineux/ses qui justifient la répression ou qui la nient, défendant à corps perdu les forces de l'ordre. Ces gens-là protégeraient des génocidaires plutôt que de critiquer les fondements de l'autorité qui perpétue ces crimes.
Plusieurs ont néanmoins connu pire que les quelques jours passés dans une taule dégueulasse, froide et surpeuplée. Nous avons à peu près tous et toutes entendu parler du sort vraiment épouvantable réservé à des gens comme Leah Henderson, Jaggi Singh et Alex Hundert, et autres « ringleaders », qui ont assez rapidement subi les foudres de ce que l'ironie inhérente à notre société appelle la justice. Plusieurs des accusé-e-s du G20 ont dû passer plus d'un an en prison, certain-e-s documentant d'ailleurs leur expérience et l'épreuve nouvelle qu'a constitué une incarcération dans des conditions qui feraient l'admiration des architectes des camps de concentration.
Youri et Guillaume, six mois en-dedans
Et ça se poursuit. Après trois ans, la guillotine aveugle du juge continue de trancher des vies, en l'occurrence celles de Youri et de Guillaume. Après ces années de multiples arrestations, de harcèlement politique et de procès kafkaïens, pendant lesquels des raclures de fachos ont soumis une argumentation truffée de trous, de raccourcis et de mensonges, après des délais ridicules, le juge rend finalement une décision clairement politique. L'establishment montre par le fait même qu'il n'a pas changé ses méthodes depuis le procès des cinq et la Loi sur les mesures de guerre. Il frappe quand et où ça lui tente.
Il ne cherche pas à « rendre justice » mais à protéger l'ordre en nous terrorisant, distribuant cà et là les coups de matraque, mais surtout en s'acharnant sur les individus qu'il parvient à identifier clairement comme de vrai-e-s dissident-e-s, leur accordant des peines exemplaires pour des méfaits flous, incertains, souvent fantasmés et la plupart du temps absolument mineurs et/ou sans victime.
C'est une évidence: ces deux gars-là n'ont pas leur place en-dedans, pas plus que tous les autres qui y sont passé-e-s dans les suites du G20 et de la grève étudiante. Cette prison qu'on impose en majorité à des gens qui ne sont un danger pour personne n'est qu'un lieu de destruction de l'individu et dépasse de loin son objectif punitif.
Et toutes ces sous-merdes qui soutiennent par leur travail cette machine participent au sabotage des vies de tous et toutes. Du fonctionnaire le plus insignifiant au screw le plus brutalement zélé, ces cadavres animés sont tous et toutes des Eichmann en puissance, pour qui le mal radical est une oeuvre quotidienne; un assassinat par le papier. Ce n'est pas qu'un juge et une procureure qui mettent Youri et Guillaume en prison. C'est toute une galaxie de petit-e-s flics, sous-flics et sous-sous-flics-adjoint-e-s minables, paranos ou indifférent-e-s, pour qui l'impunité est une garantie aussi sûre que la retraite.
Pas de consolation, que de la colère.
Ces types qui font leur travail sans apparent examen de conscience, la main sur une loi idiote et conçue pour du bétail, la phrase moraliste sur le bout des lèvres en plus, je les hais de tout mon coeur. Que n'existe-t-il un enfer spécifiquement creusé au fond d'un puits sans lumière pour ces ordures! Je suis prêt à entrer dans toute religion qui leur en inventera un.
Penser à l'état dans lequel peut se trouver mon ami m'est insupportable. Et savoir qu'il n'y aura sans doute jamais de réparation pour toute cette souffrance déjà endurée et à venir l'est aussi.
Il n'y a d'espoir que dans la destruction méticuleuse de toutes les idoles de la Loi et de l'État. Un jour il faudra bien qu'elles éclatent, comme du cristal!
*****
À lire: un autre texte de solidarité envers Guillaume et Youri.
Mise à jour: l'audience aura lieu demain, 9h00, au palais de justice de Montréal (1, Notre-Dame).
Remise à jour: Youri témoigne dans un article publié par Marc-André Cyr.
La plupart d'entre nous en sommes ressorti-e-s avec seulement un très mauvais souvenir. Nous nous rappelons que pendant que la police menait une chasse brutale contre nous dans le cadre de l'opération « fox trap », des médias complices et des politicien-ne-s enragé-e-s, au lieu de nous venir en aide, nous ont stigmatisé-e-s. La responsabilité de toute violence incombe autant à ceux qui l'exercent directement qu'à ces provocateurs/trices haineux/ses qui justifient la répression ou qui la nient, défendant à corps perdu les forces de l'ordre. Ces gens-là protégeraient des génocidaires plutôt que de critiquer les fondements de l'autorité qui perpétue ces crimes.
Plusieurs ont néanmoins connu pire que les quelques jours passés dans une taule dégueulasse, froide et surpeuplée. Nous avons à peu près tous et toutes entendu parler du sort vraiment épouvantable réservé à des gens comme Leah Henderson, Jaggi Singh et Alex Hundert, et autres « ringleaders », qui ont assez rapidement subi les foudres de ce que l'ironie inhérente à notre société appelle la justice. Plusieurs des accusé-e-s du G20 ont dû passer plus d'un an en prison, certain-e-s documentant d'ailleurs leur expérience et l'épreuve nouvelle qu'a constitué une incarcération dans des conditions qui feraient l'admiration des architectes des camps de concentration.
Youri et Guillaume, six mois en-dedans
Et ça se poursuit. Après trois ans, la guillotine aveugle du juge continue de trancher des vies, en l'occurrence celles de Youri et de Guillaume. Après ces années de multiples arrestations, de harcèlement politique et de procès kafkaïens, pendant lesquels des raclures de fachos ont soumis une argumentation truffée de trous, de raccourcis et de mensonges, après des délais ridicules, le juge rend finalement une décision clairement politique. L'establishment montre par le fait même qu'il n'a pas changé ses méthodes depuis le procès des cinq et la Loi sur les mesures de guerre. Il frappe quand et où ça lui tente.
Il ne cherche pas à « rendre justice » mais à protéger l'ordre en nous terrorisant, distribuant cà et là les coups de matraque, mais surtout en s'acharnant sur les individus qu'il parvient à identifier clairement comme de vrai-e-s dissident-e-s, leur accordant des peines exemplaires pour des méfaits flous, incertains, souvent fantasmés et la plupart du temps absolument mineurs et/ou sans victime.
C'est une évidence: ces deux gars-là n'ont pas leur place en-dedans, pas plus que tous les autres qui y sont passé-e-s dans les suites du G20 et de la grève étudiante. Cette prison qu'on impose en majorité à des gens qui ne sont un danger pour personne n'est qu'un lieu de destruction de l'individu et dépasse de loin son objectif punitif.
Et toutes ces sous-merdes qui soutiennent par leur travail cette machine participent au sabotage des vies de tous et toutes. Du fonctionnaire le plus insignifiant au screw le plus brutalement zélé, ces cadavres animés sont tous et toutes des Eichmann en puissance, pour qui le mal radical est une oeuvre quotidienne; un assassinat par le papier. Ce n'est pas qu'un juge et une procureure qui mettent Youri et Guillaume en prison. C'est toute une galaxie de petit-e-s flics, sous-flics et sous-sous-flics-adjoint-e-s minables, paranos ou indifférent-e-s, pour qui l'impunité est une garantie aussi sûre que la retraite.
Pas de consolation, que de la colère.
Ces types qui font leur travail sans apparent examen de conscience, la main sur une loi idiote et conçue pour du bétail, la phrase moraliste sur le bout des lèvres en plus, je les hais de tout mon coeur. Que n'existe-t-il un enfer spécifiquement creusé au fond d'un puits sans lumière pour ces ordures! Je suis prêt à entrer dans toute religion qui leur en inventera un.
Penser à l'état dans lequel peut se trouver mon ami m'est insupportable. Et savoir qu'il n'y aura sans doute jamais de réparation pour toute cette souffrance déjà endurée et à venir l'est aussi.
Il n'y a d'espoir que dans la destruction méticuleuse de toutes les idoles de la Loi et de l'État. Un jour il faudra bien qu'elles éclatent, comme du cristal!
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À lire: un autre texte de solidarité envers Guillaume et Youri.
Mise à jour: l'audience aura lieu demain, 9h00, au palais de justice de Montréal (1, Notre-Dame).
Remise à jour: Youri témoigne dans un article publié par Marc-André Cyr.
samedi 7 septembre 2013
Sur le voile
Il existe une sorte de binarité dans les arguments concernant le port du voile chez les femmes musulmanes (qu'il s'agisse du hidjab, du niqab, de la burqa, du tchadri, peu importe la terminologie et la réalité culturelle). D'un côté, les anti-voile, qu'illes soient en faveur ou non de la coercition, disent en général que le voile est un symbole de soumission à l'homme. Les femmes musulmanes qui portent le voile et qui décident de s'exprimer sur la question répondent toujours que c'est leur propre choix, que « personne ne le leur a imposé ». Devant la menace du gouvernement, elles répondent par la défense de leur liberté, justement, de porter le voile. De toute façon, c'est pas si pire.
J'ai d'ailleurs déjà entendu une femme musulmane dire que le voile était un embarras bien moins sévère à celui qu'on imposait aux hommes musulmans, c'est-à-dire la réserve absolue vis-à-vis des femmes. Les hommes musulmans devraient en effet « baisser les yeux » devant les femmes, et surtout ne pas daigner croiser leur regard: fixer quelqu'un dans les yeux avait selon la musulmane en question quelque chose d'impudique.
Il est en effet plus facile techniquement de porter un voile que de contrôler parfaitement le sens de notre regard quand celui-ci n'est pas physiquement contraint. Voilà pourquoi d'ailleurs les hommes n'arrivent pas aussi bien à satisfaire les exigences morales et religieuses que les femmes. Et que la plupart essaient sans doute même pas.
Ce genre d'arguments sur la liberté du port du voile n'est pas exclusif aux musulman-e-s. Le même genre de paradigme est présent dans le discours masculiniste nord-américain. Dans un premier temps, il s'agit toujours de renverser les rapports de domination: l'homme, en effet, n'aurait pas réellement de privilège sur la femme au Québec. Il serait plutôt l'esclave de notre société matriarcale [sic]. En conséquence, tous les « prétendus » signes de domination de l'homme sur la femme seraient illusoires. Le sophisme permet de contredire toutes nos justes intuitions et nos questionnements légitimes. C'est comme si un millionnaire, décrit comme tel, se défendait en disant: c'est impossible que je sois riche, car en vérité nous habitons sous une dictature communiste, et que le communisme interdit les riches[1]. Or, il n'y a ici ni régime communiste, ni « matriarcat » qui ait jamais été indépendant de pouvoirs masculins[2].
Malgré tout, sur le fond, je pense que les pro-voile n'ont pas toujours totalement tort. Les musulmanes qui font le choix de porter le voile le font pour diverses raisons, et pas seulement parce qu'elles recevront des claques à la maison si elles ne le font pas. Dans certains pays, il peut être une garantie de sécurité relative, ou à l'inverse, de coquetterie; ou la simple habitude de le porter depuis l'enfance peut rendre pudique à un point où l'inconfort peut être préférable à une sensation de nudité sur sa tête. Il peut même être, dans d'autres situations, l'expression non pas d'une conformité mais d'une forme de rébellion face aux normes et face au « devoir de plaire ». C'est ce que Elsy Fneiche disait en affrontant Denis Lévesque il y a quelques années, lors d'une entrevue que je dois regarder au moins une fois par année, perplexe, même si elle est datée[3].
Il est plus difficile qu'on le croit, pour une jeune femme qui désire être libre, de décider de porter le voile ou non, du moment qu'on y réfléchit longtemps et qu'on arrive à comprendre la logique interne. On fait face à diverses pressions sociales concurrentes: la famille, la communauté culturelle d'attache, l'école, le couple, la Nation, et j'en passe. À défier l'une, on reste avec l'impression désagréable que ce n'est que pour obéir à une autre, et on fait face à des conséquences qui mettent tout autant notre liberté en danger qu'autrefois.
La pression des laïques catholicisant-e-s du Québec s'organise autour du seul argument de l'égalité entre hommes et femmes. Ironiquement, j'entends assez rarement des féministes appuyer l'interdiction du voile dans les institutions publiques[4]. Et la FFQ est contre. Encore plus ironiquement, beaucoup d'islamophobes sont également des antiféministes notoires[5]. Il faudrait que ces gens-là avouent leur réel problème: voir un hidjab, des cheveux boudinés ou une robe africaine colorée, ça agace leur oeil. Comme voir un-e punk dormir sur un boutte de boîte de carton, avec deux chiens, ou une personne défigurée. Ça remet en question l'uniformité chérie sur laquelle illes s'appuient comme sur une béquille.
En ce qui concerne l'argument de la neutralité de l'État, ça me semble dangereux. Comme le dit Khaled El-Hage sur son blogue, l'infirmière n'est pas l'État. Forcer le personnel à ne pas afficher leurs idées ou leur religion est une manière de faire disparaître l'individu derrière les structures de pouvoir. Vous connaissez Eichmann?
Pour le reste, forcer les musulmanes pratiquantes à ôter le voile au travail ne les rendra pas moins religieuses. Celles qui accepteront les nouvelles conditions d'emploi vont quand même continuer de prier et d'avoir des croyances qui peuvent, dans certains cas, nier leurs désirs profonds, en admettant que ce soit cela qui choque réellement les pro-interdiction. Car cet ensemble de pratiques religieuses - quand elles le sont - ressemble selon moi assez souvent à de la servitude volontaire et de l'aliénation, plutôt qu'à une soumission à l'argumentum baculinum. Une aliénation tout à fait semblable à celles qu'on vit dans le cadre de notre mode de vie occidental et libre, et cela inclut les gens non-religieux. Et je ne pense pas que la force est le meilleur moyen de venir à bout de l'aliénation. On ne libère pas par une interdiction (du moins, pas par une interdiction visant le sujet).
Certaines choses, trop présentes, deviennent parfois invisibles[6]. Nous sommes tellement habitué-e-s de voir les femmes évoluer soi-disant librement que nous arrivons parfois à nier les pressions qu'elles subissent et qui sont rappelées quotidiennement par des féministes qu'on préfère d'ailleurs ne pas écouter. Nous sommes persuadé-e-s aussi que le seul modèle alternatif à la « soumission de la femme musulmane » est le mode de vie commun de la « femme occidentale » ou « québécoise », telle que perçue au travers des normes et des représentations.
_____________
[1] Un exemple tiré par les cheveux mais ironiquement inspiré de fait réels.
[2] Les congrégations catholiques féminines en constituent un excellent exemple à échelle institutionnelle. Il suffit par exemple d'observer le rôle tyrannique de Mgr Bourget dans le développement au Québec des Soeurs de Sainte-Anne.
[3]Notez que la femme en question, psychoéducatrice, aide aujourd'hui les ados de familles migrantes à gérer leurs problèmes. Rima Elkouri a écrit un article relativement élogieux sur son oeuvre en 2012. Impossible de garantir qu'Elsy Fneiche tiendrait aujourd'hui exactement (au détail près) le même discours, qui comporte des contradictions.
[4] Bien que je sais que le débat existe et qu'il est public.
[5] Je vais vous référer à ma tête de turc préférée, la radio d'opinion.
[6]Comment se fait-il que notre société de publicité et de relations publiques - et donc, définitivement, de la servitude volontaire - ait paradoxalement tendance préconiser autant les interdictions? Il semble bien que les deux phénomènes se côtoient (c'est le Meilleur des Mondes de Huxley ET 1984 de Orwell!) et s'encouragent mutuellement.
Libellules :
féminisme,
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samedi 6 juillet 2013
Oui, c'est un coup d'État.
Beaucoup d'Égyptien-ne-s, d'expatrié-e-s haïssant Morsi et de simples observateurs/trices, sont choqué-e-s par la réaction par les chefs d'État des démocraties libérales, qui ne voient pas d'un très bon oeil le renversement des Frères musulmans en Égypte, et de plusieurs politologues et éditorialistes, qui utilisent sans ménagement l'expression «Coup d'État» en le condamnant sauvagement.
Je ne vais envoyer que deux liens. L'un est un court texte sur Facebook, et l'autre une interview sur lemonde.fr, mais ils sont selon moi relativement représentatifs. En gros, on argue que d'avoir chaviré les Islamistes, ce n'était pas un coup d'État, mais une (deuxième) révolution; qu'on passe totalement outre le rôle de la population dans toute cette histoire.
La mobilisation menée par Tamarod fut effectivement formidable, et la légitimité de la contestation a en quelque sorte dépassé la légitimité du gouvernement lui-même, à la suite de la remise d'une pétition de 22 millions de noms et de toutes les manifestations monstres. Du moins, en théorie. Car la légitimité est une chose complexe.
Et c'est cette légitimité qui est remise en cause par cette suite d'évènements. Pas étonnant tout d'abord qu'une forte minorité de parlementaristes et électoralistes d'Occident soient choqué-e-s par ce coup d'État. Rappelons que selon eux, les Égyptien-ne-s de (l'ancienne) opposition ont en quelque sorte rejeté les résultats d'une élection démocratique comme il s'en fait partout en Occident. C'est aussi la défense utilisée par de nombreux/euses partisan-e-s des Frères musulmans.
J'ai dit à quelques reprises, je pense (dans, malheureusement, des billets qui ont disparu), que l'Égypte avait à nous en apprendre sur nous-mêmes[1].
Le réflexe des électoralistes a été très vif: si on sanctionne un tel coup d'État dans un pays «émergent», sous prétexte que le gouvernement élu ne respecte pas ses promesses, ou prend des allures d'un régime autoritaire, il faut éviter de faire deux poids, deux mesures. Qu'en est-il effectivement du gouvernement américain, qui espionne ses citoyen-ne-s, et tente de faire rôtir toute personne (je pense notamment à Snowden et Manning) qui libère des informations critiques sur lui? Qu'en est-il de nos propres gouvernements corrompus, qui donnent presque l'impression de violer quotidiennement les lois électorales, qui bâillonnent les journalistes, scientifiques, archivistes, qui détruisent graduellement notre filet social et notre environnement?
Mais qui irait dire qu'il serait légitime, pour l'armée canadienne, de remplacer Stephen Harper par Justin Trudeau, moins de 72 heures après une manif qui serait plus grosse que les autres, et d'en profiter pour mettre aux arrêts la moitié du gouvernement?
Rapport de force
Les défenseur-e-s du coup d'État affirment que les élections qui ont mené Morsi au pouvoir étaient de toute façon truquées. Les arguments utilisés sont divers: les Frères musulmans auraient acheté les votes des plus pauvres et profité de leur analphabétisme, il y aurait eu 12 millions de faux bulletins (un peu comme en Bulgarie, tiens), de l'intimidation devant les bureaux de vote, etc. Ces informations sont fragmentaires et je ne peux garantir leur totale véracité, la démagogie étant fort à la mode dans ce genre de contexte. Mais c'est tout à fait possible.
Cela dit, souvenons-nous qu'un rapport de force est aussi l'apanage des élections libres en Occident. Qui ne se souvient pas de la défaite d'Al Gore aux mains des Républicains? Et qui ne se souvient pas de la tentative de putsch démocratique de Stéphane Dion, qui a, avec sa coalition, presque réussi à renverser le gouvernement minoritaire de Harper en décembre 2008? Cette mini-crise[2] de légitimité a été réglée par le rapport de force supérieur du premier ministre, beaucoup plus que par le respect le plus strict de la loi et de la démocratie. Harper avait alors utilisé la peur des séparatistes afin de justifier son refus de laisser l'opposition (pourtant majoritaire) de prendre la relève. Et que dire du récent échec de la loi antiavortement au Texas? Les progressistes ont tout simplement réduit à néant la «démocratie» texane grâce à leur rapport de force (physique!) supérieur.
La démagogie, le mensonge, les manipulations diverses, les dépenses illégales, la corruption et les actions de perturbation caractérisent autant la démocratie naissante de l'Égypte que nos propres régimes occidentaux. Je poserais donc cette question aux partisan-e-s du pustch militaire: pourquoi? Pourquoi Morsi et pas Obama, ou Nieto? Les pro-putsch auraient-illes aussi appuyé les militaires du Mexique, si ceux-ci avaient décidé de chavirer l'actuel président, lui aussi contesté dans le cadre de manifs historiques? Que pensent-illes du Coup d'État de 2009 au Honduras, qui était plus que légal et avait été validé le jour même par les tribunaux?
En ce qui concerne les pro-Morsi d'Occident, dont je peine à comprendre la mentalité, je me demande où illes étaient en 2002, quand Chavez, lui aussi un leader autoritaire et épeurant, mais démocratiquement élu, a été temporairement renversé dans le cadre d'un putsch.
Une différence entre révolution et coup d'État?
Wikipédia, de manière assez idéaliste, dit ceci: «On le distingue [le coup d'État] d'une révolution en ce que celle-ci est populaire». C'est je crois, en effet, une excellente définition de ce que l'on perçoit avec beaucoup de romantisme comme une révolution: un mouvement guidé par une sorte de conscience collective et une population qui agit comme un bloc monolithique. Plusieurs des Égyptien-ne-s eux-mêmes parlent d'une "seconde" révolution: comme si une révolution se résumait au transfert du pouvoir d'un parti à un autre! La révolution me semble au contraire être un continuum plus long, qu'elle soit «par étapes» ou permanente, selon l'expression marxiste. À l'intérieur de cette révolution, eh bien, il peut y avoir des coups d'État. Les révolutions sont rarement légales! Il peut aussi ne pas y en avoir de coup d'État, par exemple quand le chef du régime déchu fuit sans avertissement dans un autre pays et que les révolutionnaires ne font que combler le vide. Ou encore, quand les opposant-e-s combattent longuement les forces armées et finissent par encercler le bunker présidentiel, avant de liquider le tyran après un siège sanglant.
Quand le leader refuse de démissionner, il n'y a pas de scénario à l'eau de rose. Là-dessus, les opposant-e-s et les partisan-e-s de Morsi devraient s'ouvrir les yeux. Oui, ce fut un coup d'État. Mais non, en comparaison de ce qui se passe ailleurs, ce n'est pas un scandale absolu: les gens qui souhaitent exercer le pouvoir ne respectent les lois que quand ça les arrange, et la légitimité s'assoie en général finalement sur un rapport de force brute, dans laquelle la légalité et les tribunaux ne sont que des éléments. Ceux-ci sont d'ailleurs la plupart du temps moins importants que le nombre de fusils, quand il se trouve que les citoyen-ne-s ont perdu leurs illusions.
Conclusion
El-Baradei, le chouchou de tout le monde, et qui a refusé l'an dernier de participer aux élections, la qualifiant de mise en scène, vient d'être nommé premier ministre de l'Égypte. Nommé, pas élu. Et dans un contexte où la constitution est suspendue, par ailleurs. C'est un revirement inattendu.
Maintenant, il est une des personnalités les plus majeures du gouvernement, un gouvernement intérimaire destiné à renverser la tyrannie naissante, mais qui massacre les manifestant-e-s dans les rues (37 morts en 24 heures, minimum). Les pro-Morsi sont bien entendu de drôles d'oiseaux, mais la solution apportée par les militaires - l'arrestation de centaines de membres du parti et du Président au départ[3], et maintenant l'assassinat de manifestant-e-s, pacifiques ou pas - reste tout de même d'une grande brutalité.
Il est étonnant que dans ce contexte intellectuel, tous et toutes frappent le mur de la «démocratie». Les pro-Morsi disent la défendre. Les anti-Morsi la disent mise en péril. On compare le président déchu à Hitler, lui aussi élu «démocratiquement», et on prétend défendre la souveraineté du Peuple. Sans se rendre compte qu'il y a peut-être quelque chose qui cloche avec cette hostie de démocratie, et que c'est peut-être pour cela que l'Égypte continue de brûler.
La démocratie telle que comprise dans nos institutions nationales, ce n'est pas le règne d'un peuple solidaire, bienveillant et unifié sur l'État. C'est consentir à la loi du plus grand nombre. Et c'est un consentement forcé, contre lequel il n'existe aucune espèce de dissociation possible. D'où la nécessité absolue de défendre nos libertés au-delà de ce que peut penser le nombre le plus puissant, qu'il représente 10, 34 ou 99,9% de la population totale.
Les défenseurs/eures de la démocratie, pro et anti Morsi, peuvent bien être perplexes: la situation actuelle montre bien les failles de leur système, qui donne deux choix aux Égyptien-ne-s: un régime élu et dictatorial ou un régime modéré et illégitime. Il ne faut cependant pas croire que les habitant-e-s de la rive du Nil sont tous des naïfs/ives. Beaucoup d'entre eux s'interrogent sérieusement et arrivent à des constats bien plus pertinents que ce qu'on peut en dire à partir de l'extérieur.
_________________
[1]Je vais prendre un exemple concret qui va me servir d'analogie. Un jour, alors que je prenais un minibus avec des collègues, nous sommes passé-e-s devant une charrette tirée par un âne d'une maigreur inquiétante. La réaction fut immédiate: « Regardez comment ils traitent les animaux ici. C'est désolant. » J'ai alors demandé à l'auteur du commentaire s'il mangeait de la viande, dans son propre pays. Il n'était pas idiot, il connaissait le sort cruel réservé aux animaux d'abattage en Amérique du Nord. Il a admis que les choses n'étaient finalement pas si différentes. Les Égyptien-ne-s ne sont pas plus barbares que nous.
[2] C'était tellement extraordinaire comme moment. Il y avait tellement personne dans les manifs.
[3] Ça ne me dérange pas qu'ils aillent en prison, mais les militaires devraient aussi songer à s'arrêter eux-mêmes.
Je ne vais envoyer que deux liens. L'un est un court texte sur Facebook, et l'autre une interview sur lemonde.fr, mais ils sont selon moi relativement représentatifs. En gros, on argue que d'avoir chaviré les Islamistes, ce n'était pas un coup d'État, mais une (deuxième) révolution; qu'on passe totalement outre le rôle de la population dans toute cette histoire.
La mobilisation menée par Tamarod fut effectivement formidable, et la légitimité de la contestation a en quelque sorte dépassé la légitimité du gouvernement lui-même, à la suite de la remise d'une pétition de 22 millions de noms et de toutes les manifestations monstres. Du moins, en théorie. Car la légitimité est une chose complexe.
Et c'est cette légitimité qui est remise en cause par cette suite d'évènements. Pas étonnant tout d'abord qu'une forte minorité de parlementaristes et électoralistes d'Occident soient choqué-e-s par ce coup d'État. Rappelons que selon eux, les Égyptien-ne-s de (l'ancienne) opposition ont en quelque sorte rejeté les résultats d'une élection démocratique comme il s'en fait partout en Occident. C'est aussi la défense utilisée par de nombreux/euses partisan-e-s des Frères musulmans.
J'ai dit à quelques reprises, je pense (dans, malheureusement, des billets qui ont disparu), que l'Égypte avait à nous en apprendre sur nous-mêmes[1].
Le réflexe des électoralistes a été très vif: si on sanctionne un tel coup d'État dans un pays «émergent», sous prétexte que le gouvernement élu ne respecte pas ses promesses, ou prend des allures d'un régime autoritaire, il faut éviter de faire deux poids, deux mesures. Qu'en est-il effectivement du gouvernement américain, qui espionne ses citoyen-ne-s, et tente de faire rôtir toute personne (je pense notamment à Snowden et Manning) qui libère des informations critiques sur lui? Qu'en est-il de nos propres gouvernements corrompus, qui donnent presque l'impression de violer quotidiennement les lois électorales, qui bâillonnent les journalistes, scientifiques, archivistes, qui détruisent graduellement notre filet social et notre environnement?
Mais qui irait dire qu'il serait légitime, pour l'armée canadienne, de remplacer Stephen Harper par Justin Trudeau, moins de 72 heures après une manif qui serait plus grosse que les autres, et d'en profiter pour mettre aux arrêts la moitié du gouvernement?
Rapport de force
Les défenseur-e-s du coup d'État affirment que les élections qui ont mené Morsi au pouvoir étaient de toute façon truquées. Les arguments utilisés sont divers: les Frères musulmans auraient acheté les votes des plus pauvres et profité de leur analphabétisme, il y aurait eu 12 millions de faux bulletins (un peu comme en Bulgarie, tiens), de l'intimidation devant les bureaux de vote, etc. Ces informations sont fragmentaires et je ne peux garantir leur totale véracité, la démagogie étant fort à la mode dans ce genre de contexte. Mais c'est tout à fait possible.
Cela dit, souvenons-nous qu'un rapport de force est aussi l'apanage des élections libres en Occident. Qui ne se souvient pas de la défaite d'Al Gore aux mains des Républicains? Et qui ne se souvient pas de la tentative de putsch démocratique de Stéphane Dion, qui a, avec sa coalition, presque réussi à renverser le gouvernement minoritaire de Harper en décembre 2008? Cette mini-crise[2] de légitimité a été réglée par le rapport de force supérieur du premier ministre, beaucoup plus que par le respect le plus strict de la loi et de la démocratie. Harper avait alors utilisé la peur des séparatistes afin de justifier son refus de laisser l'opposition (pourtant majoritaire) de prendre la relève. Et que dire du récent échec de la loi antiavortement au Texas? Les progressistes ont tout simplement réduit à néant la «démocratie» texane grâce à leur rapport de force (physique!) supérieur.
La démagogie, le mensonge, les manipulations diverses, les dépenses illégales, la corruption et les actions de perturbation caractérisent autant la démocratie naissante de l'Égypte que nos propres régimes occidentaux. Je poserais donc cette question aux partisan-e-s du pustch militaire: pourquoi? Pourquoi Morsi et pas Obama, ou Nieto? Les pro-putsch auraient-illes aussi appuyé les militaires du Mexique, si ceux-ci avaient décidé de chavirer l'actuel président, lui aussi contesté dans le cadre de manifs historiques? Que pensent-illes du Coup d'État de 2009 au Honduras, qui était plus que légal et avait été validé le jour même par les tribunaux?
En ce qui concerne les pro-Morsi d'Occident, dont je peine à comprendre la mentalité, je me demande où illes étaient en 2002, quand Chavez, lui aussi un leader autoritaire et épeurant, mais démocratiquement élu, a été temporairement renversé dans le cadre d'un putsch.
Une différence entre révolution et coup d'État?
Wikipédia, de manière assez idéaliste, dit ceci: «On le distingue [le coup d'État] d'une révolution en ce que celle-ci est populaire». C'est je crois, en effet, une excellente définition de ce que l'on perçoit avec beaucoup de romantisme comme une révolution: un mouvement guidé par une sorte de conscience collective et une population qui agit comme un bloc monolithique. Plusieurs des Égyptien-ne-s eux-mêmes parlent d'une "seconde" révolution: comme si une révolution se résumait au transfert du pouvoir d'un parti à un autre! La révolution me semble au contraire être un continuum plus long, qu'elle soit «par étapes» ou permanente, selon l'expression marxiste. À l'intérieur de cette révolution, eh bien, il peut y avoir des coups d'État. Les révolutions sont rarement légales! Il peut aussi ne pas y en avoir de coup d'État, par exemple quand le chef du régime déchu fuit sans avertissement dans un autre pays et que les révolutionnaires ne font que combler le vide. Ou encore, quand les opposant-e-s combattent longuement les forces armées et finissent par encercler le bunker présidentiel, avant de liquider le tyran après un siège sanglant.
Quand le leader refuse de démissionner, il n'y a pas de scénario à l'eau de rose. Là-dessus, les opposant-e-s et les partisan-e-s de Morsi devraient s'ouvrir les yeux. Oui, ce fut un coup d'État. Mais non, en comparaison de ce qui se passe ailleurs, ce n'est pas un scandale absolu: les gens qui souhaitent exercer le pouvoir ne respectent les lois que quand ça les arrange, et la légitimité s'assoie en général finalement sur un rapport de force brute, dans laquelle la légalité et les tribunaux ne sont que des éléments. Ceux-ci sont d'ailleurs la plupart du temps moins importants que le nombre de fusils, quand il se trouve que les citoyen-ne-s ont perdu leurs illusions.
Conclusion
El-Baradei, le chouchou de tout le monde, et qui a refusé l'an dernier de participer aux élections, la qualifiant de mise en scène, vient d'être nommé premier ministre de l'Égypte. Nommé, pas élu. Et dans un contexte où la constitution est suspendue, par ailleurs. C'est un revirement inattendu.
Maintenant, il est une des personnalités les plus majeures du gouvernement, un gouvernement intérimaire destiné à renverser la tyrannie naissante, mais qui massacre les manifestant-e-s dans les rues (37 morts en 24 heures, minimum). Les pro-Morsi sont bien entendu de drôles d'oiseaux, mais la solution apportée par les militaires - l'arrestation de centaines de membres du parti et du Président au départ[3], et maintenant l'assassinat de manifestant-e-s, pacifiques ou pas - reste tout de même d'une grande brutalité.
Il est étonnant que dans ce contexte intellectuel, tous et toutes frappent le mur de la «démocratie». Les pro-Morsi disent la défendre. Les anti-Morsi la disent mise en péril. On compare le président déchu à Hitler, lui aussi élu «démocratiquement», et on prétend défendre la souveraineté du Peuple. Sans se rendre compte qu'il y a peut-être quelque chose qui cloche avec cette hostie de démocratie, et que c'est peut-être pour cela que l'Égypte continue de brûler.
La démocratie telle que comprise dans nos institutions nationales, ce n'est pas le règne d'un peuple solidaire, bienveillant et unifié sur l'État. C'est consentir à la loi du plus grand nombre. Et c'est un consentement forcé, contre lequel il n'existe aucune espèce de dissociation possible. D'où la nécessité absolue de défendre nos libertés au-delà de ce que peut penser le nombre le plus puissant, qu'il représente 10, 34 ou 99,9% de la population totale.
Les défenseurs/eures de la démocratie, pro et anti Morsi, peuvent bien être perplexes: la situation actuelle montre bien les failles de leur système, qui donne deux choix aux Égyptien-ne-s: un régime élu et dictatorial ou un régime modéré et illégitime. Il ne faut cependant pas croire que les habitant-e-s de la rive du Nil sont tous des naïfs/ives. Beaucoup d'entre eux s'interrogent sérieusement et arrivent à des constats bien plus pertinents que ce qu'on peut en dire à partir de l'extérieur.
_________________
[1]Je vais prendre un exemple concret qui va me servir d'analogie. Un jour, alors que je prenais un minibus avec des collègues, nous sommes passé-e-s devant une charrette tirée par un âne d'une maigreur inquiétante. La réaction fut immédiate: « Regardez comment ils traitent les animaux ici. C'est désolant. » J'ai alors demandé à l'auteur du commentaire s'il mangeait de la viande, dans son propre pays. Il n'était pas idiot, il connaissait le sort cruel réservé aux animaux d'abattage en Amérique du Nord. Il a admis que les choses n'étaient finalement pas si différentes. Les Égyptien-ne-s ne sont pas plus barbares que nous.
[2] C'était tellement extraordinaire comme moment. Il y avait tellement personne dans les manifs.
[3] Ça ne me dérange pas qu'ils aillent en prison, mais les militaires devraient aussi songer à s'arrêter eux-mêmes.
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mardi 23 avril 2013
La victoire de la police sur le pouvoir civil.
Le 23 mars dernier, j'ai publié un billet dans lequel je parlais de perte de légitimité des pouvoirs civils face aux flics. En effet, la vague de cynisme qui frappe le Québec a des effets pervers: les citoyen-ne-s, qui veulent qu'on fasse le ménage, abandonnent les politicien-ne-s au profit des flics, qui ont gagné en légitimité malgré toute leur violence et leurs mensonges.
Je rêvais de pouvoir élaborer sur le sujet, et l'actualité nous a donné de nombreux exemples de ce que je veux avancer. Le fait est que le pouvoir public, au moins à la Ville de Montréal, mais sûrement à de nombreux autres endroits ou paliers, est en train de basculer. Et le mouvement semble de plus en plus rapide. Dans un discours de plus en plus répandu, la police, qui est aux yeux de beaucoup constituée de héros remplis de droiture, est opposée à une classe politique corrompue, pleine de verrues, et proche de la mafia. On l'a bien vu quand le pouvoir civil, représenté par Guy Hébert, a décidé d'affronter Marc Parent, le chef du SPVM, et également quand Applebaum s'est chamaillé avec Yves Francoeur (de la Fraternité) sur l'histoire des horaires de flics. Dans le premier cas cité, avant même qu'on connaisse le fin mot de l'histoire, le public et les médias avaient déjà pris parti: Hébert le mécréant, Parent l'agneau de Dieu. C'était d'ailleurs très grave que Hébert demande la démission de Parent, mais assez banal que la Fraternité exige celle de Hébert. C'est une question de contexte, dira-t-on: Hébert a demandé que Parent décrisse parce que ce dernier était droit (il a dénoncé la collusion), et la Fraternité a demandé la tête de Hébert parce que ce dernier était croche (il a essayé de renvoyer celui qui l'a dénoncé). Mais franchement, la question n'est pas de savoir qui a tort ou raison: la question, c'est de savoir qui gagne et qui perd. Il est sans doute vrai que les politicien-ne-s et technocrates sont les principaux/ales artisan-e-s de leur propre défaite. Mais vous croyez vraiment que Parent est irréprochable? Peut-être pas tant que ça.
En ce qui concerne Applebaum, rappelons qu'il a fait appel au pouvoir provincial, effrayé par la tentative d'intimidation de la part du paramilitaire Yves Francoeur. Si ce dernier, connu pour sa rigide brutalité verbale, a réussi à faire peur au politicien de carrière, ce n'est pas pour rien.
Par ailleurs, le SPVM n'est pas aussi propre que l'uniforme immaculé de son patron. Seulement, il n'y a pas, actuellement, d'enquête publique sur la police pour venir tout salir. Celle-ci s'en tire de toute façon généralement en réglant ses problèmes à l'interne, souvent dans le secret. Ça n'empêche pas quelques informations de passer au travers du filtre (et je ne parle même pas, ici, du profilage, de la répression politique et des meurtres[1]). Mais ça ne semble pas troubler autant les braves gens que nos histoires de trottoir.
Le pouvoir civil ne lutte que faiblement contre le pouvoir policier à Montréal. Je suis tombé sur l'entrevue d'Anarcho-Panda, donnée à CKUT, qui exprime exactement la même inquiétude. Ici, il s'étonne que ce soit le SPVM qui prenne les décisions au sujet de l'accès du public au Conseil de Ville: il a d'ailleurs lui-même été refoulé à l'entrée, apparemment expressément sous l'ordre de la police.
Or, la séance du Conseil traitait entre autres, justement, de l'abrogation possible du règlement P-6, un règlement pour lequel le SPVM a fait marcher son puissant lobby en s'exprimant longuement devant élu-e-s, journalistes, magistrats, etc.
Personne pour y voir un grave conflit d'intérêt? Personne pour condamner publiquement les abus policiers immondes qui ont par ailleurs eu lieu pendant le rassemblement anti-P6?
Si Applebaum et sa bande avaient la moindre conscience de ce qui leur arrive, illes auraient immédiatement appuyé la motion d'abrogation proposée par Projet Montréal, afin d'affaiblir l'impunité policière. Mais le fait est: le pouvoir public ne peut se passer de son bras armé, ne serait-ce que pour censurer et menotter des citoyen-ne-s en colère, même quand ce bras est en train de le forcer à s'asseoir sur sa matraque.
Le pouvoir policier est de plus un des seuls qui puisse répondre à des critiques par des accusations au criminel et des arrestations immédiates: le cas de Jennifer Pawluk, mais aussi de la twitteuse «Frogsarelovely» montrent que ces malades-là ne se gênent plus pour se servir de leurs nouvelles (?) prérogatives. Il faut croire que si auparavant, il y avait quelqu'un, quelque part, pour tenir les chiens en laisse, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Et les attentats (déjoués ou pas[2]) ne sont que de nouvelles pierres ajoutées à la prison qu'on nous bâtit[3]. Et non, ces murailles ne visent pas à protéger. Si elles visaient à protéger quiconque, elles auraient été élevées autour des puissant-e-s, pas autour de nous.
__________________
[1] Que dire par exemple de l'initiation douteuse pendant laquelle des agent-e-s se sont livré-e-s à une agression sexuelle avant de forcer le ptit bleu à conduire en état d'ébriété? Il y a aussi cette histoire glauque de détournement de fonds par un inspecteur du service du renseignement.
[2] Je ressens de la peine pour les familles des mort-e-s, mais aussi un désarroi intense pour les victimes atrocement mutilées. C'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet.
[3] « Christian G. Dubois, estime que l’attentat de Boston montre qu’il est important de conserver le règlement P-6. » (Source.) J'imagine que Joanne Marcotte décrirait Dubois comme un « humaniste libéral ».
Je rêvais de pouvoir élaborer sur le sujet, et l'actualité nous a donné de nombreux exemples de ce que je veux avancer. Le fait est que le pouvoir public, au moins à la Ville de Montréal, mais sûrement à de nombreux autres endroits ou paliers, est en train de basculer. Et le mouvement semble de plus en plus rapide. Dans un discours de plus en plus répandu, la police, qui est aux yeux de beaucoup constituée de héros remplis de droiture, est opposée à une classe politique corrompue, pleine de verrues, et proche de la mafia. On l'a bien vu quand le pouvoir civil, représenté par Guy Hébert, a décidé d'affronter Marc Parent, le chef du SPVM, et également quand Applebaum s'est chamaillé avec Yves Francoeur (de la Fraternité) sur l'histoire des horaires de flics. Dans le premier cas cité, avant même qu'on connaisse le fin mot de l'histoire, le public et les médias avaient déjà pris parti: Hébert le mécréant, Parent l'agneau de Dieu. C'était d'ailleurs très grave que Hébert demande la démission de Parent, mais assez banal que la Fraternité exige celle de Hébert. C'est une question de contexte, dira-t-on: Hébert a demandé que Parent décrisse parce que ce dernier était droit (il a dénoncé la collusion), et la Fraternité a demandé la tête de Hébert parce que ce dernier était croche (il a essayé de renvoyer celui qui l'a dénoncé). Mais franchement, la question n'est pas de savoir qui a tort ou raison: la question, c'est de savoir qui gagne et qui perd. Il est sans doute vrai que les politicien-ne-s et technocrates sont les principaux/ales artisan-e-s de leur propre défaite. Mais vous croyez vraiment que Parent est irréprochable? Peut-être pas tant que ça.
En ce qui concerne Applebaum, rappelons qu'il a fait appel au pouvoir provincial, effrayé par la tentative d'intimidation de la part du paramilitaire Yves Francoeur. Si ce dernier, connu pour sa rigide brutalité verbale, a réussi à faire peur au politicien de carrière, ce n'est pas pour rien.
Par ailleurs, le SPVM n'est pas aussi propre que l'uniforme immaculé de son patron. Seulement, il n'y a pas, actuellement, d'enquête publique sur la police pour venir tout salir. Celle-ci s'en tire de toute façon généralement en réglant ses problèmes à l'interne, souvent dans le secret. Ça n'empêche pas quelques informations de passer au travers du filtre (et je ne parle même pas, ici, du profilage, de la répression politique et des meurtres[1]). Mais ça ne semble pas troubler autant les braves gens que nos histoires de trottoir.
Le pouvoir civil ne lutte que faiblement contre le pouvoir policier à Montréal. Je suis tombé sur l'entrevue d'Anarcho-Panda, donnée à CKUT, qui exprime exactement la même inquiétude. Ici, il s'étonne que ce soit le SPVM qui prenne les décisions au sujet de l'accès du public au Conseil de Ville: il a d'ailleurs lui-même été refoulé à l'entrée, apparemment expressément sous l'ordre de la police.
Or, la séance du Conseil traitait entre autres, justement, de l'abrogation possible du règlement P-6, un règlement pour lequel le SPVM a fait marcher son puissant lobby en s'exprimant longuement devant élu-e-s, journalistes, magistrats, etc.
Personne pour y voir un grave conflit d'intérêt? Personne pour condamner publiquement les abus policiers immondes qui ont par ailleurs eu lieu pendant le rassemblement anti-P6?
Si Applebaum et sa bande avaient la moindre conscience de ce qui leur arrive, illes auraient immédiatement appuyé la motion d'abrogation proposée par Projet Montréal, afin d'affaiblir l'impunité policière. Mais le fait est: le pouvoir public ne peut se passer de son bras armé, ne serait-ce que pour censurer et menotter des citoyen-ne-s en colère, même quand ce bras est en train de le forcer à s'asseoir sur sa matraque.
Le pouvoir policier est de plus un des seuls qui puisse répondre à des critiques par des accusations au criminel et des arrestations immédiates: le cas de Jennifer Pawluk, mais aussi de la twitteuse «Frogsarelovely» montrent que ces malades-là ne se gênent plus pour se servir de leurs nouvelles (?) prérogatives. Il faut croire que si auparavant, il y avait quelqu'un, quelque part, pour tenir les chiens en laisse, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Et les attentats (déjoués ou pas[2]) ne sont que de nouvelles pierres ajoutées à la prison qu'on nous bâtit[3]. Et non, ces murailles ne visent pas à protéger. Si elles visaient à protéger quiconque, elles auraient été élevées autour des puissant-e-s, pas autour de nous.
__________________
[1] Que dire par exemple de l'initiation douteuse pendant laquelle des agent-e-s se sont livré-e-s à une agression sexuelle avant de forcer le ptit bleu à conduire en état d'ébriété? Il y a aussi cette histoire glauque de détournement de fonds par un inspecteur du service du renseignement.
[2] Je ressens de la peine pour les familles des mort-e-s, mais aussi un désarroi intense pour les victimes atrocement mutilées. C'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet.
[3] « Christian G. Dubois, estime que l’attentat de Boston montre qu’il est important de conserver le règlement P-6. » (Source.) J'imagine que Joanne Marcotte décrirait Dubois comme un « humaniste libéral ».
jeudi 28 mars 2013
Alex Hundert est sorti!
Après avoir passé des mois en prison et des semaines au trou, Alex Hundert est enfin dehors.
Vous pouvez lire des détails sur son blogue, qui raconte l'oppression subie par lui et ses co-détenus pendant son incarcération.
Mort à la prison!
Vous pouvez lire des détails sur son blogue, qui raconte l'oppression subie par lui et ses co-détenus pendant son incarcération.
Mort à la prison!
samedi 23 mars 2013
Sur certains « droits ».
On nous rappelle maintenant assez souvent un droit prétendument inaliénable de libre-circulation (en voiture en plein centre-ville de Montréal), qu'on oppose au droit d'assemblée pacifique, qui lui est garanti directement par la Charte.
Or, la principale cause de bouchons de circulation restera toujours (et même en cas de manifestation) la présence d'un trop grand nombre de voitures sur la route. En bref, les automobilistes violent eux-mêmes leur sacro-saint "droit de circuler librement". Sans l'irresponsabilité de plusieurs, qui utilisent le centre-ville comme une autoroute pour absolument aucune bonne raison, il n'y aurait jamais, jamais de bouchon monstre.
J'en ai assez d'entendre cet argument de gros lard stupide. Comme le disait une publicité il y a pas longtemps: « You are not stuck in traffic. You are traffic. »
Et puis d'ailleurs, je dois traverser la rue Jarry et le Boulevard Crémazie plusieurs fois par semaine. Le bouton d'un des feux de piétons est brisé et j'ai toutes les misères du monde à traverser. Quand notre mobilité réelle (à pieds!) est réduite à cause d'automobilistes agressifs et de structures défaillantes, je pense qu'on peut vraiment parler d'un viol de liberté. La voiture, c'est pas un droit, c'est un privilège dont l'abus est pratiquement généralisé. En revanche, il me semble qu'il n'y a pas de liberté plus intuitive et importante que celle de pouvoir marcher d'un point à un autre en toute sécurité.
Franchement, le délire liberticide de plusieurs me rappelle celui du père de Perceval dans Kaamelott.
***
Selon un article assez mauvais de l'Agence QMI, le SPVM, en violant la liberté de manifester, dit répondre en fait aux demandes du public. Quel public, ça on saura jamais, mais on se doute bien que c'est surtout la communauté des affaires.
Eh bien voilà ce qu'un autre public vous demande, chers flics: patrouillez donc avec vos guns dans le cul.
Or, la principale cause de bouchons de circulation restera toujours (et même en cas de manifestation) la présence d'un trop grand nombre de voitures sur la route. En bref, les automobilistes violent eux-mêmes leur sacro-saint "droit de circuler librement". Sans l'irresponsabilité de plusieurs, qui utilisent le centre-ville comme une autoroute pour absolument aucune bonne raison, il n'y aurait jamais, jamais de bouchon monstre.
J'en ai assez d'entendre cet argument de gros lard stupide. Comme le disait une publicité il y a pas longtemps: « You are not stuck in traffic. You are traffic. »
Et puis d'ailleurs, je dois traverser la rue Jarry et le Boulevard Crémazie plusieurs fois par semaine. Le bouton d'un des feux de piétons est brisé et j'ai toutes les misères du monde à traverser. Quand notre mobilité réelle (à pieds!) est réduite à cause d'automobilistes agressifs et de structures défaillantes, je pense qu'on peut vraiment parler d'un viol de liberté. La voiture, c'est pas un droit, c'est un privilège dont l'abus est pratiquement généralisé. En revanche, il me semble qu'il n'y a pas de liberté plus intuitive et importante que celle de pouvoir marcher d'un point à un autre en toute sécurité.
Franchement, le délire liberticide de plusieurs me rappelle celui du père de Perceval dans Kaamelott.
Selon un article assez mauvais de l'Agence QMI, le SPVM, en violant la liberté de manifester, dit répondre en fait aux demandes du public. Quel public, ça on saura jamais, mais on se doute bien que c'est surtout la communauté des affaires.
Eh bien voilà ce qu'un autre public vous demande, chers flics: patrouillez donc avec vos guns dans le cul.
Il y a encore du positif.
En me rendant au Cabaret anarchiste, ce soir, j'ai remarqué, comme nos camarades de la Pointe Libertaire, que des antiautoritaires quelconques avaient frappé un grand coup en dressant une bannière en solidarité avec les évadé-e-s de prison. C'est en même temps un très joli message aux mononcles néo-pétainistes qui nous gouvernent: vous aurez beau marginaliser, criminaliser les rebelles, les empêcher de faire quoi que ce soit publiquement, nos quartiers porteront toujours la signature de la contestation.
Et par ailleurs, le cabaret, qui s'est déroulé cette fois-ci à La Belle Époque, un espace politiquement engagé sur la rue Wellington, fut vraiment formidable. Bravo à tous les participant-e-s!
Et par ailleurs, le cabaret, qui s'est déroulé cette fois-ci à La Belle Époque, un espace politiquement engagé sur la rue Wellington, fut vraiment formidable. Bravo à tous les participant-e-s!
vendredi 21 décembre 2012
Le vandalisme sur les murs de l'UQAM.
L'UQAM a décidé de faire table rase sur des années de création artistique, tout en bloquant l'accès à un espace vital aux étudiant-e-s pendant une bonne partie de la session d'hiver.
Il y a, je pense, au moins dix ans, les étudiant-e-s de l'UQAM ont commencé à gribouiller des choses sur les murs du deuxième étage du Pavillon Aquin, couvrant bientôt dans des teintes monochromes une surface gigantesque. À chaque grève ou occupation de l'UQAM, il y avait de nouveaux débats, dessins et commentaires qui apparaissaient spontanément. C'était intéressant mais d'une esthétique douteuse. L'administration a laissé faire pendant un bon moment jusqu'à ce qu'elle décide de tout couvrir dans une teinte de blanc sale, gâchant une source fascinante d'histoire institutionnelle. Et comme une seule couche de peinture avait été posée, on voyait encore, en-dessous, les vieilles marques faites au crayon feutre. C'était bien plus laid qu'auparavant.
Scandalisé-e-s, les étudiant-e-s se sont plaint-e-s, ont fait pression et ont finalement obtenu, en mars 2010, de repeindre les murs à leur goût. Pendant toute une soirée, des dizaines d'étudiant-e-s ont redécoré les murs, et ce avec la permission de l'UQAM, qui a même tenté de récupérer cet état de fait en vissant de petites affichettes qui disaient "espace d'expression libre" ou un truc de même. Je ne me souviens plus trop de la mention exacte parce qu'on les a toutes arrachées.
Cet art a été créé pour un coût dérisoire et en fait avec énormément de plaisir partagé. Il ne s'agissait pas de vandalisme, mais de poésie, de dénonciation par l'art. L'arrière-plan de mon blogue est d'ailleurs constitué d'un des "graffitis" gribouillés pendant cette période. Il m'est aussi arrivé de guider des ami-e-s dans l'UQAM, entré-e-s expressément pour admirer les murales.
Les journaux ne montrent que les graffitis les plus dégoulinants et les plus laids.
Un autre exemple de "vandalisme" fait sur les murs du deuxième étage du Pavillon Aquin, à l'UQAM.
Et que dire des autres messages de haine!
Ces deux photos datent d'avril 2010 (je me suis fait piquer mon appareil-photo l'été suivant par les flics de Toronto et je ne l'ai jamais revu). Depuis, certaines murales ont été repeintes, d'autres considérablement modifiées (par exemple, "agriculteur" a été féminisé). D'une manière générale, je trouve que les murs ont été améliorés au cours des deux dernières années. Ils ne sont en aucun cas "intimidants". Il y a eu des attaques ad hominem, certes, en admettant que des caricatures de Michèle Courchesne soient des attaques.
C'est évident qu'il y a eu des mauvais choix esthétiques fait par la suite. Les « A » cerclés dessinés dans les vitres des fenêtres, c'était moche comme idée. D'autres artistes ont aussi cochonné le plancher un peu partout. Et certaines phrases prennent vraiment trop de place, ou sont écrites sur la brique, à des endroits peu commodes. On peut faire tenir un message sur une surface lisse de 1 m2, mais ça, certaines personnes l'ont visiblement pas compris.
Mais l'avantage de l'exercice, c'est justement qu'on peut toujours repasser sur les échecs en reconstruisant par-dessus. Sans dépenses pour l'université. Cette dernière tente de régler le problème en imposant son autorité conformiste, parce qu'elle veut avoir la réputation d'une institution sérieuse aux murs bien blancs (quoique couverts en plusieurs endroits de pubs de Pepsi). C'est stupide.
Une autre solution aurait été de négocier avec les étudiant-e-s et le personnel pour que ceux-ci nettoient eux-mêmes les graffitis hideux pour les remplacer par de nouvelles murales, plus jolies et qui ne camoufleraient cependant pas nécessairement le message originel. Pourquoi pas repeindre ce fameux « débordons absolument » au milieu d'une rivière agitée et en pleine débâcle, qui traîne dans ses flots les ruines du vieux monde?
Il y a, je pense, au moins dix ans, les étudiant-e-s de l'UQAM ont commencé à gribouiller des choses sur les murs du deuxième étage du Pavillon Aquin, couvrant bientôt dans des teintes monochromes une surface gigantesque. À chaque grève ou occupation de l'UQAM, il y avait de nouveaux débats, dessins et commentaires qui apparaissaient spontanément. C'était intéressant mais d'une esthétique douteuse. L'administration a laissé faire pendant un bon moment jusqu'à ce qu'elle décide de tout couvrir dans une teinte de blanc sale, gâchant une source fascinante d'histoire institutionnelle. Et comme une seule couche de peinture avait été posée, on voyait encore, en-dessous, les vieilles marques faites au crayon feutre. C'était bien plus laid qu'auparavant.
Scandalisé-e-s, les étudiant-e-s se sont plaint-e-s, ont fait pression et ont finalement obtenu, en mars 2010, de repeindre les murs à leur goût. Pendant toute une soirée, des dizaines d'étudiant-e-s ont redécoré les murs, et ce avec la permission de l'UQAM, qui a même tenté de récupérer cet état de fait en vissant de petites affichettes qui disaient "espace d'expression libre" ou un truc de même. Je ne me souviens plus trop de la mention exacte parce qu'on les a toutes arrachées.
Cet art a été créé pour un coût dérisoire et en fait avec énormément de plaisir partagé. Il ne s'agissait pas de vandalisme, mais de poésie, de dénonciation par l'art. L'arrière-plan de mon blogue est d'ailleurs constitué d'un des "graffitis" gribouillés pendant cette période. Il m'est aussi arrivé de guider des ami-e-s dans l'UQAM, entré-e-s expressément pour admirer les murales.
Les journaux ne montrent que les graffitis les plus dégoulinants et les plus laids.
Un autre exemple de "vandalisme" fait sur les murs du deuxième étage du Pavillon Aquin, à l'UQAM.
Et que dire des autres messages de haine!
Ces deux photos datent d'avril 2010 (je me suis fait piquer mon appareil-photo l'été suivant par les flics de Toronto et je ne l'ai jamais revu). Depuis, certaines murales ont été repeintes, d'autres considérablement modifiées (par exemple, "agriculteur" a été féminisé). D'une manière générale, je trouve que les murs ont été améliorés au cours des deux dernières années. Ils ne sont en aucun cas "intimidants". Il y a eu des attaques ad hominem, certes, en admettant que des caricatures de Michèle Courchesne soient des attaques.
C'est évident qu'il y a eu des mauvais choix esthétiques fait par la suite. Les « A » cerclés dessinés dans les vitres des fenêtres, c'était moche comme idée. D'autres artistes ont aussi cochonné le plancher un peu partout. Et certaines phrases prennent vraiment trop de place, ou sont écrites sur la brique, à des endroits peu commodes. On peut faire tenir un message sur une surface lisse de 1 m2, mais ça, certaines personnes l'ont visiblement pas compris.
Mais l'avantage de l'exercice, c'est justement qu'on peut toujours repasser sur les échecs en reconstruisant par-dessus. Sans dépenses pour l'université. Cette dernière tente de régler le problème en imposant son autorité conformiste, parce qu'elle veut avoir la réputation d'une institution sérieuse aux murs bien blancs (quoique couverts en plusieurs endroits de pubs de Pepsi). C'est stupide.
Une autre solution aurait été de négocier avec les étudiant-e-s et le personnel pour que ceux-ci nettoient eux-mêmes les graffitis hideux pour les remplacer par de nouvelles murales, plus jolies et qui ne camoufleraient cependant pas nécessairement le message originel. Pourquoi pas repeindre ce fameux « débordons absolument » au milieu d'une rivière agitée et en pleine débâcle, qui traîne dans ses flots les ruines du vieux monde?
Parce que l'UQAM est une institution conformiste qui n'aime pas la beauté, mais le béton uni, le blanc uni, la police, l'ordre, la discipline, les dépenses en sécurité. Elle veut que l'université conserve son rôle traditionnel, qui n'est pas « révolutionnaire et subversif » comme le dirait l'ASSÉ, mais d'imiter le milieu carcéral, avec ses horaires réglés à la seconde et sa lubie d'adapter de force les rebelles à notre système capitaliste de castes. Elle veut tout contrôler et nous faire croire que nous avons le choix.
Fuck l'UQAM et son vandalisme des oeuvres d'art. Vive les graffitis, qui ne sont intimidants que parce qu'ils font ressortir la brutalité des murs totalement blancs.
lundi 3 décembre 2012
Une libération.
Mandy Hiscocks, accusée dans les suites du G-20 de Toronto et emprisonnée pendant presque un an par des oppresseurs dans la prison pour femmes Vanier, a finalement été libérée. Vous pouvez lire de ses commentaires sur ce blog.
Notez que plusieurs accusé-e-s du G-20 n'ont pas encore reçu leur sentence et sont toujours en procès. Non, ce n'est pas terminé. Cette histoire ne sera terminée que quand nous aurons l'anarchie.
Fuck la prison, fuck l'État, fuck le capitalisme et toute forme d'autorité.
« So thanks to you, state, for giving me some of the information and tools i need to be more of a pain in your ass. »
- Mandy Hiscocks
Notez que plusieurs accusé-e-s du G-20 n'ont pas encore reçu leur sentence et sont toujours en procès. Non, ce n'est pas terminé. Cette histoire ne sera terminée que quand nous aurons l'anarchie.
Fuck la prison, fuck l'État, fuck le capitalisme et toute forme d'autorité.
« So thanks to you, state, for giving me some of the information and tools i need to be more of a pain in your ass. »
- Mandy Hiscocks
Libellules :
anarchie,
G20,
loi et ordre,
Que-sont-mes-amis-devenus
lundi 15 octobre 2012
Solidarité avec les anars des USA.
Quelques jeunes activistes des États-Unis ont été arrêté-e-s dernièrement suite à une absurde chasse aux sorcières, visant à venger des actes de vandalisme perpétrés pendant la Marche du Premier mai, à Seattle, cette année.
Les trois individus n'auraient aucun lien avec les évènements et auraient été arrêtés brutalement chez eux par l'escouade tactique, qui serait allée jusqu'à lancer des flash grenades chez l'un d'eux, qui dormait paisiblement. On a tout perquisitionné, incluant les dangereuses armes que constituent leurs livres.
Dans des circonstances obscures que seules les lois américaines peuvent créer, Leah-Lynn Plante, une des activistes, s'est vue forcée de témoigner devant un "grand jury". Ayant gardé le silence, elle fait maintenant face à une possibilité de sévère peine de prison.
Elle explique ici pourquoi elle a refusé de parler.
Un site web a été créé pour leur venir en aide.
Les trois individus n'auraient aucun lien avec les évènements et auraient été arrêtés brutalement chez eux par l'escouade tactique, qui serait allée jusqu'à lancer des flash grenades chez l'un d'eux, qui dormait paisiblement. On a tout perquisitionné, incluant les dangereuses armes que constituent leurs livres.
Dans des circonstances obscures que seules les lois américaines peuvent créer, Leah-Lynn Plante, une des activistes, s'est vue forcée de témoigner devant un "grand jury". Ayant gardé le silence, elle fait maintenant face à une possibilité de sévère peine de prison.
Elle explique ici pourquoi elle a refusé de parler.
Un site web a été créé pour leur venir en aide.
jeudi 30 août 2012
Vieil ignorant.
Ancien éditorialiste du Devoir, M. Sansfaçon a décidé, en grand intellectuel, de faire un lien entre les jeunes fachos grecs et les étudiant-e-s qui bloquent des cours à l'UQAM et à l'UdeM depuis lundi.
Depuis, et malgré les limites de Twitter qui ne permettent pas de déjouer aisément les déclarations aussi courtes, punchées que stupides, M. Sansfaçon a reçu plusieurs réponses. Cela dit, il ne semble pas en avoir compris grand-chose. Il reste campé sur sa position intenable et ridicule.
Pour comprendre à quel point l'insulte de l'ancien éditorialiste est insoutenable, il faut tout d'abord savoir que les fascistes de Grèce sont en fait des néonazis. Car c'est bien à eux que le journaliste compare les étudiant-e-s, n'est-ce pas? À moins que son esprit soit tellement étroit qu'en fait, c'est aux anarchistes de Grèce qu'il tente de les associer. Après tout, eux, comme les uqamien-n-es apparemment, sont masqué-e-s, ingouvernables et allergiques aux médias! Et puis certaines personnes un peu spéciales ont tendance à définir tous leurs adversaires avec le même terme. Selon Benhabib, nous sommes tous et toutes des islamistes. Selon le Parti Républicain, des communistes et selon les ténors de la radio-poubelle, des crotté-e-s.
Mais nous ne présumerons pas que Sansfaçon parle de cette petite clique de rebelles qui se bat contre la violence de l'État et justement, de son fascisme de moins en moins subtil. C'est réellement à d'authentiques fachos auxquels il fait référence.
Et que font ces nostalgiques? Ils forment des milices et s'attaquent aux étrangers/ères. En bandes, avec des armes, et vont jusqu'à poignarder des innocent-e-s.
Mais que fait donc la police? Certain-e-s croient qu'en fait, l'Aube Dorée (le parti néonazi grec) a des liens avec elle. Pensez-vous donc que les néonazis ressentent nécessairement le besoin de porter des masques quand ils font leurs razzias?
Dans ce contexte, les journalistes ne sont que les derniers sur la liste à être « intimidé-e-s », après les gauchistes, les antiautoritaires, les femmes, les homosexuel-le-s et autres non-conformistes. Mais tout de même, les néonazis ne sont tendres avec eux. Lors d'un discours du chef du parti, des hommes baraqués les a forcés à se lever pour lui montrer du respect. Et les critiques, de la part de leur petit führer, sont acerbes à leur égard.
***
Qu'ont fait exactement les étudiant-e-s qui bloquaient les cours à l'UQAM? Eh bien à ma connaissance, pas grand-chose. Même si je nie catégoriquement avoir participé au blocage et avoir contrevenu à la loi 12[1], j'ai quand même pu assister à la levée de quelques cours. Comment ça s'est passé? Eh bien sans contacts physiques. Les jeunes masqués ou pas soufflaient dans des trompettes, faisaient clignoter les lumières, et levaient les cours parfois même après avoir négocié avec les élèves réfractaires au vote de grève. Les seules menaces dont j'ai été témoin: de revenir plus tard et faire plus de bruit. Et cela malgré les actes sévères de provocation.
Lever des cours, faire respecter une grève, faire du piquetage, c'est un droit acquis qui n'a jamais fondamentalement été remis en question avant cette année. Jamais a-t-on autant assimilé, autrefois, cette pratique à du fascisme. La négation du droit de grève et menacer de dissoudre des associations syndicales, plutôt, ça s'en approche! Et c'est tout à fait l'esprit de la loi 12.
Quant à l'intimidation des journalistes: j'aimerais bien savoir si M. Sansfaçon y était, au juste, à l'UQAM, pendant les blocages. De mon point de vue, son statut d'ancien éditorialiste et de journaliste invité au Devoir me laisse croire qu'on a ici affaire à un planqué qui n'a pas fait de terrain de manière quotidienne depuis plusieurs décennies, et dont le rôle exact est de déblatérer des opinions biaisées sans références fiables, un problème qui n'épargne pas tous les journalistes de terrain, d'ailleurs.
J'ai déjà parlé des évènements souvent caractérisés par plusieurs journalistes d'intimidation. Brian Myles et Rima Elkouri, entre autres, s'en sont plaints, suite à leur participation à une vigile devant le Palais de Justice de Montréal. Myles avait alors lui aussi évoqué le spectre du totalitarisme.
Ce que ces journalistes oublient de dire, c'est que plusieurs de leurs collègues harcèlent et agressent régulièrement les militant-e-s. Illes prennent des dizaines de photos, leur objectif à trois centimètres du visage et promènent leurs caméras partout, parfois même dans l'angle des masques pour avoir une meilleure idée des traits de manifestant-e-s souhaitant rester anonymes. Et dès qu'on tente de se protéger en bloquant leur objectif avec un bout de tissu ou en levant la main devant l'objectif (sans y toucher!), illes hurlent: « NE ME TOUCHE PAS! TU N'AS PAS LE DROIT DE ME TOUCHER! » Il arrive même assez régulièrement que des journalistes nous insultent vertement en gueulant. Et on ne reviendra pas sur les mensonges et erreurs factuelles qui ont rendu la vie de plusieurs impossible. Tous et toutes ne se conduisent pas de cette manière, mais l'échantillon est assez important pour que les activistes leur demandent poliment de sortir de certaines assemblées générales. Et pour que d'autres les empêchent d'entrer dans une classe. Au cas où illes seraient trop pressé-e-s de diffuser de fausses informations...
En quoi consistait au juste l'intimidation dont ont été victimes les journalistes mentionnés par Sansfaçon? Sans sources et sans précision, on ne peut même pas confirmer que cette intimidation a eu lieu. De plus, depuis l'hiver dernier, ce concept d'intimidation est utilisé à tort et à travers. N'importe qui peut se dire intimidé par n'importe quelle broutille. Une société d'enfants-rois, troublée par des multiples crimes de lèse-majesté contre le confort douillet de la routine, pourrait-on dire. Pendant ce temps-là, les flics battent des profs dans l'entrée de l'UdeM - et nous en avons des preuves assez convaincantes - mais ça ne fait pas réagir les journalistes avec autant d'hostilité.
Cela dit, des personnes ont témoigné de véritable intimidation et de menaces réelles au cours de certaines levées de cours, lundi dernier. Si ces menaces envers des étudiant-e-s sont avérées, eh bien je les dénonce. Mais il s'agit ici de cas isolés.
Les journalistes ont tendance à se considérer eux-mêmes comme les baromètres de la démocratie. Quand on s'attaque à eux, on est nécessairement des instruments d'un pouvoir aussi sombre que vil. C'est souvent le cas, mais il faut que les journalistes cessent de s'attribuer ce rôle de colombe de l'espoir et de la liberté. Dans tout régime, il y a une presse d'État, des journalistes qui servent les intérêts du pouvoir et des dominant-e-s. Le Québec n'est pas l'Iran, mais ses médias ne sont pas pour autant tous absolument neutres. Les prétendre totalement indépendants serait une belle escroquerie et une insulte pour notre intelligence. Par ailleurs, les journalistes, quand bien même ne serviraient-illes pas un patron ou un gouvernement, sont-illes souvent affecté-e-s par leur manque de rigueur, leur ambition ou leur biais idéologique. En tant que tels, illes peuvent parfaitement servir les intérêts d'un pouvoir autoritaire.
Ce que M. Sansfaçon fait, comme plusieurs autres - je pense notamment à Dutrizac - en se livrant à des comparaisons hideuses, c'est devenir un outil de domination. Dans l'esprit de beaucoup, s'attaquer physiquement à des bandits ou des fascistes est totalement légitime. En admettant que des crétin-e-s parviennent à convaincre la population que nous sommes faits de la même matière que ces sales types, la répression violente et la coercition sont justifiées. J'ai déjà parlé du rôle essentiel de la légitimité dans l'exercice du pouvoir. Sans légitimité, il n'y a en fait pas d'exercice du pouvoir possible. Un exemple: hier, un membre de l'AFESH, lors de l'assemblée générale, a noté qu'au cours des derniers mois, la loi du gouvernement est devenue moins légitime qu'une décision prise dans le cadre d'assemblées démocratiques. D'où le consentement de la population étudiante à lever les cours tant que l'assemblée n'ait pas statué le contraire. D'où le fait que les étudiant-e-s de l'UdeM aient préféré se faire arrêter et se battre que d'abandonner.
Cette légitimité acquise a une force supérieure à celle de la coercition policière.
Nous dépeindre pathétiquement en nazi-e-s a l'effet contraire. Cela rend légitime la coercition la plus brutale. Et qui rend légitime le permet et l'encourage! Le mot propagande, ça vous dit quelque chose?
Où je veux en venir: les mensonges ont leur rôle à jouer dans l'oppression. Autant que la matraque. Mieux. Le mensonge et les manipulations PRÉCÈDENT la matraque. Ils s'en portent garants. Ils en sont l'âme.
Voilà pourquoi Sansfaçon et cie me choquent tant. Parce qu'illes SONT des oppresseur-e-s, parce qu'illes ont leurs responsabilités dans les blessures, les arrestations et les tracas que nous subissons chaque semaine depuis toujours. Parce que la liberté de l'un-e ne doit pas empiéter sur celle de l'autre, et qu'en nous diffamant et qu'en encourageant la violence contre nous, illes n'utilisent pas leur liberté d'expression: illes nous marchent sur la gueule.
___________________
[1] Croyez-moi sur parole. Lol.
Depuis, et malgré les limites de Twitter qui ne permettent pas de déjouer aisément les déclarations aussi courtes, punchées que stupides, M. Sansfaçon a reçu plusieurs réponses. Cela dit, il ne semble pas en avoir compris grand-chose. Il reste campé sur sa position intenable et ridicule.
Pour comprendre à quel point l'insulte de l'ancien éditorialiste est insoutenable, il faut tout d'abord savoir que les fascistes de Grèce sont en fait des néonazis. Car c'est bien à eux que le journaliste compare les étudiant-e-s, n'est-ce pas? À moins que son esprit soit tellement étroit qu'en fait, c'est aux anarchistes de Grèce qu'il tente de les associer. Après tout, eux, comme les uqamien-n-es apparemment, sont masqué-e-s, ingouvernables et allergiques aux médias! Et puis certaines personnes un peu spéciales ont tendance à définir tous leurs adversaires avec le même terme. Selon Benhabib, nous sommes tous et toutes des islamistes. Selon le Parti Républicain, des communistes et selon les ténors de la radio-poubelle, des crotté-e-s.
Mais nous ne présumerons pas que Sansfaçon parle de cette petite clique de rebelles qui se bat contre la violence de l'État et justement, de son fascisme de moins en moins subtil. C'est réellement à d'authentiques fachos auxquels il fait référence.
Et que font ces nostalgiques? Ils forment des milices et s'attaquent aux étrangers/ères. En bandes, avec des armes, et vont jusqu'à poignarder des innocent-e-s.
Mais que fait donc la police? Certain-e-s croient qu'en fait, l'Aube Dorée (le parti néonazi grec) a des liens avec elle. Pensez-vous donc que les néonazis ressentent nécessairement le besoin de porter des masques quand ils font leurs razzias?
Dans ce contexte, les journalistes ne sont que les derniers sur la liste à être « intimidé-e-s », après les gauchistes, les antiautoritaires, les femmes, les homosexuel-le-s et autres non-conformistes. Mais tout de même, les néonazis ne sont tendres avec eux. Lors d'un discours du chef du parti, des hommes baraqués les a forcés à se lever pour lui montrer du respect. Et les critiques, de la part de leur petit führer, sont acerbes à leur égard.
***
Qu'ont fait exactement les étudiant-e-s qui bloquaient les cours à l'UQAM? Eh bien à ma connaissance, pas grand-chose. Même si je nie catégoriquement avoir participé au blocage et avoir contrevenu à la loi 12[1], j'ai quand même pu assister à la levée de quelques cours. Comment ça s'est passé? Eh bien sans contacts physiques. Les jeunes masqués ou pas soufflaient dans des trompettes, faisaient clignoter les lumières, et levaient les cours parfois même après avoir négocié avec les élèves réfractaires au vote de grève. Les seules menaces dont j'ai été témoin: de revenir plus tard et faire plus de bruit. Et cela malgré les actes sévères de provocation.
Lever des cours, faire respecter une grève, faire du piquetage, c'est un droit acquis qui n'a jamais fondamentalement été remis en question avant cette année. Jamais a-t-on autant assimilé, autrefois, cette pratique à du fascisme. La négation du droit de grève et menacer de dissoudre des associations syndicales, plutôt, ça s'en approche! Et c'est tout à fait l'esprit de la loi 12.
Quant à l'intimidation des journalistes: j'aimerais bien savoir si M. Sansfaçon y était, au juste, à l'UQAM, pendant les blocages. De mon point de vue, son statut d'ancien éditorialiste et de journaliste invité au Devoir me laisse croire qu'on a ici affaire à un planqué qui n'a pas fait de terrain de manière quotidienne depuis plusieurs décennies, et dont le rôle exact est de déblatérer des opinions biaisées sans références fiables, un problème qui n'épargne pas tous les journalistes de terrain, d'ailleurs.
J'ai déjà parlé des évènements souvent caractérisés par plusieurs journalistes d'intimidation. Brian Myles et Rima Elkouri, entre autres, s'en sont plaints, suite à leur participation à une vigile devant le Palais de Justice de Montréal. Myles avait alors lui aussi évoqué le spectre du totalitarisme.
Ce que ces journalistes oublient de dire, c'est que plusieurs de leurs collègues harcèlent et agressent régulièrement les militant-e-s. Illes prennent des dizaines de photos, leur objectif à trois centimètres du visage et promènent leurs caméras partout, parfois même dans l'angle des masques pour avoir une meilleure idée des traits de manifestant-e-s souhaitant rester anonymes. Et dès qu'on tente de se protéger en bloquant leur objectif avec un bout de tissu ou en levant la main devant l'objectif (sans y toucher!), illes hurlent: « NE ME TOUCHE PAS! TU N'AS PAS LE DROIT DE ME TOUCHER! » Il arrive même assez régulièrement que des journalistes nous insultent vertement en gueulant. Et on ne reviendra pas sur les mensonges et erreurs factuelles qui ont rendu la vie de plusieurs impossible. Tous et toutes ne se conduisent pas de cette manière, mais l'échantillon est assez important pour que les activistes leur demandent poliment de sortir de certaines assemblées générales. Et pour que d'autres les empêchent d'entrer dans une classe. Au cas où illes seraient trop pressé-e-s de diffuser de fausses informations...
En quoi consistait au juste l'intimidation dont ont été victimes les journalistes mentionnés par Sansfaçon? Sans sources et sans précision, on ne peut même pas confirmer que cette intimidation a eu lieu. De plus, depuis l'hiver dernier, ce concept d'intimidation est utilisé à tort et à travers. N'importe qui peut se dire intimidé par n'importe quelle broutille. Une société d'enfants-rois, troublée par des multiples crimes de lèse-majesté contre le confort douillet de la routine, pourrait-on dire. Pendant ce temps-là, les flics battent des profs dans l'entrée de l'UdeM - et nous en avons des preuves assez convaincantes - mais ça ne fait pas réagir les journalistes avec autant d'hostilité.
Cela dit, des personnes ont témoigné de véritable intimidation et de menaces réelles au cours de certaines levées de cours, lundi dernier. Si ces menaces envers des étudiant-e-s sont avérées, eh bien je les dénonce. Mais il s'agit ici de cas isolés.
Les journalistes ont tendance à se considérer eux-mêmes comme les baromètres de la démocratie. Quand on s'attaque à eux, on est nécessairement des instruments d'un pouvoir aussi sombre que vil. C'est souvent le cas, mais il faut que les journalistes cessent de s'attribuer ce rôle de colombe de l'espoir et de la liberté. Dans tout régime, il y a une presse d'État, des journalistes qui servent les intérêts du pouvoir et des dominant-e-s. Le Québec n'est pas l'Iran, mais ses médias ne sont pas pour autant tous absolument neutres. Les prétendre totalement indépendants serait une belle escroquerie et une insulte pour notre intelligence. Par ailleurs, les journalistes, quand bien même ne serviraient-illes pas un patron ou un gouvernement, sont-illes souvent affecté-e-s par leur manque de rigueur, leur ambition ou leur biais idéologique. En tant que tels, illes peuvent parfaitement servir les intérêts d'un pouvoir autoritaire.
Ce que M. Sansfaçon fait, comme plusieurs autres - je pense notamment à Dutrizac - en se livrant à des comparaisons hideuses, c'est devenir un outil de domination. Dans l'esprit de beaucoup, s'attaquer physiquement à des bandits ou des fascistes est totalement légitime. En admettant que des crétin-e-s parviennent à convaincre la population que nous sommes faits de la même matière que ces sales types, la répression violente et la coercition sont justifiées. J'ai déjà parlé du rôle essentiel de la légitimité dans l'exercice du pouvoir. Sans légitimité, il n'y a en fait pas d'exercice du pouvoir possible. Un exemple: hier, un membre de l'AFESH, lors de l'assemblée générale, a noté qu'au cours des derniers mois, la loi du gouvernement est devenue moins légitime qu'une décision prise dans le cadre d'assemblées démocratiques. D'où le consentement de la population étudiante à lever les cours tant que l'assemblée n'ait pas statué le contraire. D'où le fait que les étudiant-e-s de l'UdeM aient préféré se faire arrêter et se battre que d'abandonner.
Cette légitimité acquise a une force supérieure à celle de la coercition policière.
Nous dépeindre pathétiquement en nazi-e-s a l'effet contraire. Cela rend légitime la coercition la plus brutale. Et qui rend légitime le permet et l'encourage! Le mot propagande, ça vous dit quelque chose?
Où je veux en venir: les mensonges ont leur rôle à jouer dans l'oppression. Autant que la matraque. Mieux. Le mensonge et les manipulations PRÉCÈDENT la matraque. Ils s'en portent garants. Ils en sont l'âme.
Voilà pourquoi Sansfaçon et cie me choquent tant. Parce qu'illes SONT des oppresseur-e-s, parce qu'illes ont leurs responsabilités dans les blessures, les arrestations et les tracas que nous subissons chaque semaine depuis toujours. Parce que la liberté de l'un-e ne doit pas empiéter sur celle de l'autre, et qu'en nous diffamant et qu'en encourageant la violence contre nous, illes n'utilisent pas leur liberté d'expression: illes nous marchent sur la gueule.
___________________
[1] Croyez-moi sur parole. Lol.
mardi 28 août 2012
UdeM, prison.
Voilà un bel article qui ne dit pas grand-chose, et qui décrit mal le climat de terreur que subissent actuellement des étudiant-e-s et profs de l'UdeM. Et pourant, en-dehors des réseaux sociaux, c'est à peu près la seule info qui filtre. Elle ne mentionne pas que des agents de sécurité enferment des gens dans certaines classes pour que les cours se donnent, et que des profs ont reçu l'ordre de faire fi de leur libre-arbitre et de donner leurs cours malgré tout, sous la menace.
Dans quelle sorte de régime les matraques et les amendes menacent celui ou celle qui refuse de rentrer au bureau et de travailler, alors que les flics patrouillent dans les corridors? Dans quelle sorte de régime des profs en pleurs doivent enseigner devant une classe de 4 personnes?
Une assemblée générale a aussi été prise en souricière. Il n'est même plus question de débattre, de s'exprimer ou de faire quoi que ce soit.
Vous en vouliez de l'obéissance? En v'là. De l'obéissance dans toute sa profonde laideur, avec ses têtes baissées, ses menottes, sa violence.
Dans quelle sorte de régime les matraques et les amendes menacent celui ou celle qui refuse de rentrer au bureau et de travailler, alors que les flics patrouillent dans les corridors? Dans quelle sorte de régime des profs en pleurs doivent enseigner devant une classe de 4 personnes?
Une assemblée générale a aussi été prise en souricière. Il n'est même plus question de débattre, de s'exprimer ou de faire quoi que ce soit.
Vous en vouliez de l'obéissance? En v'là. De l'obéissance dans toute sa profonde laideur, avec ses têtes baissées, ses menottes, sa violence.
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lundi 27 août 2012
Rentrée forcée à l'UdeM
Les rumeurs et témoignages se multiplient. L'UdeM est redevenue, comme au printemps dernier pendant quelques jours, une université occupée. Alors que les levées de cours à l'UQAM n'ont pas provoqué d'intervention policière, les udemien-ne-s ont dû faire face à une coercition sévère. Les agents de sécurité de l'institution ont entre autres séquestré des étudiant-e-s (ceux-ci n'étaient pas barricadés) qui avaient simplement refusé de s'identifier, vandalisé le matériel de CUTV et forcé des professeur-e-s à rentrer en classe.
Le climat est dégueulasse. Guy Breton, le recteur, a passablement réussi à transformer son université en État totalitaire. Ce n'est d'ailleurs pas de sa propre initiative que la police est entrée dans le Pavillon Jean-Brillant. Breton doit assumer ses responsabilités dans toute cette histoire: c'est réellement ce petit Mussolini minable qui entretient le chaos à l'université, lui et ses copains du gouvernement.
Aucune stabilité n'est possible dans ce contexte. Plus de répression entraînera encore plus de désordre, et les gouvernant-e-s seraient naïfs de croire que les résultats de leurs décisions n'auront pas de conséquences à long terme, même si dans les prochains jours, le mouvement venait à s'effondrer complètement.
Le climat est dégueulasse. Guy Breton, le recteur, a passablement réussi à transformer son université en État totalitaire. Ce n'est d'ailleurs pas de sa propre initiative que la police est entrée dans le Pavillon Jean-Brillant. Breton doit assumer ses responsabilités dans toute cette histoire: c'est réellement ce petit Mussolini minable qui entretient le chaos à l'université, lui et ses copains du gouvernement.
Aucune stabilité n'est possible dans ce contexte. Plus de répression entraînera encore plus de désordre, et les gouvernant-e-s seraient naïfs de croire que les résultats de leurs décisions n'auront pas de conséquences à long terme, même si dans les prochains jours, le mouvement venait à s'effondrer complètement.
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jeudi 2 août 2012
Une victoire libérale entraînera plus de chaos.
Certaines personnes croient voir en Jean Charest le représentant de l'ordre et de la stabilité. Elles sont contentes de voir que « Charest tient son bout » devant les méchant-e-s étudiant-e-s. C'est d'une stupidité rare étant donné que la folie autoritaire du PLQ a plutôt provoqué une perte totale de contrôle. Je me demande d'ailleurs si les gains appréhendés chez les libéraux ne sont pas attribuables en partie aux leaders d'opinion qui matraquent sans cesse que le désordre profite aux libéraux. En répétant sans cesse ce message, ils donnent en quelque sorte la licence aux crétin-e-s pour soutenir Charest. Il y a certains processus dans la psychologie des masses qui sont étranges.
Au début de l'hiver, dans des manifestations regroupant à peine quelques centaines de personnes, on riait des gens qui criaient des slogans anticapitalistes. Hier, ils étaient plusieurs milliers à crier leur opposition au capitalisme, et plus personne ne riait. Les médias de masse, les politicien-ne-s et les autres acteurs/trices du pouvoir semblent ne pas avoir encore compris ce qu'illes ont provoqué avec leurs coupures, leurs mensonges et leur mépris. L'absence de flexibilité a radicalisé la jeunesse. Une bonne partie de cette jeunesse ne fait plus confiance aux institutions « démocratiques » qui l'ont trahie. Elle ne fait plus confiance aux médias qui devaient en principe couvrir les évènements avec neutralité. Elle ne fait plus confiance à la police qui ne la protège pas. Elle ne fait plus confiance aux juges qui la condamnent et qui soutiennent financièrement ce parti criminel et corrompu pour s'acheter une fonction.
La loi 12 (connue sous le nom du projet de loi 78) n'a, elle, fait qu'augmenter la contestation. Chaque nouveau mensonge entraine plus de colère. Souvenez-vous ce qu'une petite blague de Plan Nord a pu provoquer! Et que dire alors du même parti qui s'érige maintenant comme « défenseur unique du droit d'étudier »...
Imaginez ce que provoquerait une victoire libérale aux prochaines élections! Ce serait l'émeute spontanée, et j'y serais pour rien. Souvenez-vous de la victoire de Sarkozy en 2007. Son régime répressif n'a rien pu faire contre. Ceci n'est pas une menace, ni même un avertissement. C'est seulement une information qui doit remettre quelques petites choses en perspectives. Plus de répression = plus de désordre.
Les gens ne se soumettent pas devant un scrutin, qu'ils reconnaissent ou non la légitimité du régime « démocratique ». Et ils font bien! Quand vos droits sont violés, aucune majorité, si puissante - ou silencieuse - soit-elle, ne peut avoir raison sur vous[1]. Et un score de 30-35% aux élections n'est pas du tout un mandat clair d'accomplir n'importe quoi.
Charest entretient une division telle qu'on en a rarement vue au Québec. Eh bien! La division crée plus de chaos. Vous pensez que la police peut régler le problème? Elle va l'aggraver. Les gens ont de moins en moins peur de la police comme force répressive. Défier la loi et confronter la police est devenu anodin. La manifestation d'hier en est la preuve.
Vous voulez que tout ça s'arrête? Eh bien soutenir le PLQ, c'est bien la pire chose que vous pouvez faire pour rétablir la paix sociale. Avec le PLQ, le chaos est garanti.
Mais en ce qui me concerne, je m'en fiche un peu. Un gouvernement péquiste, dirigé par une (ex) châtelaine hyper-riche ne ferait qu'entretenir l'illusion de progrès un peu plus longtemps. Nos vies s'amélioreraient-elle tant? Je n'en suis pas certain.
Alors votez pour qui vous voulez. Nous... eh bien nous allons nous adapter.
___________
[1] Aux gens qui souligneraient que les étudiant-e-s forcé-e-s d'être en grève contre leur gré voient leurs droits violés, je répondrais deux choses:
1. peut-être que les étudiant-e-s pro-injonction font au contraire partie d'une majorité silencieuse qui écrase les droits d'une minorité d'étudiant-e-s trop pauvres pour étudier dans les conditions imposées par le gouvernement.
2. Peut-être que la grève vise justement à préserver leurs droits contre les nouvelles règles budgétaires. Entre deux maux, le moindre est toujours le deuxième: celui qui conteste le premier.
Cela dit, leur point de vue reste défendable sur certains points. La possibilité de se dissocier d'un mode d'action me semble être un principe important dans toute société libre.
Au début de l'hiver, dans des manifestations regroupant à peine quelques centaines de personnes, on riait des gens qui criaient des slogans anticapitalistes. Hier, ils étaient plusieurs milliers à crier leur opposition au capitalisme, et plus personne ne riait. Les médias de masse, les politicien-ne-s et les autres acteurs/trices du pouvoir semblent ne pas avoir encore compris ce qu'illes ont provoqué avec leurs coupures, leurs mensonges et leur mépris. L'absence de flexibilité a radicalisé la jeunesse. Une bonne partie de cette jeunesse ne fait plus confiance aux institutions « démocratiques » qui l'ont trahie. Elle ne fait plus confiance aux médias qui devaient en principe couvrir les évènements avec neutralité. Elle ne fait plus confiance à la police qui ne la protège pas. Elle ne fait plus confiance aux juges qui la condamnent et qui soutiennent financièrement ce parti criminel et corrompu pour s'acheter une fonction.
La loi 12 (connue sous le nom du projet de loi 78) n'a, elle, fait qu'augmenter la contestation. Chaque nouveau mensonge entraine plus de colère. Souvenez-vous ce qu'une petite blague de Plan Nord a pu provoquer! Et que dire alors du même parti qui s'érige maintenant comme « défenseur unique du droit d'étudier »...
Imaginez ce que provoquerait une victoire libérale aux prochaines élections! Ce serait l'émeute spontanée, et j'y serais pour rien. Souvenez-vous de la victoire de Sarkozy en 2007. Son régime répressif n'a rien pu faire contre. Ceci n'est pas une menace, ni même un avertissement. C'est seulement une information qui doit remettre quelques petites choses en perspectives. Plus de répression = plus de désordre.
Les gens ne se soumettent pas devant un scrutin, qu'ils reconnaissent ou non la légitimité du régime « démocratique ». Et ils font bien! Quand vos droits sont violés, aucune majorité, si puissante - ou silencieuse - soit-elle, ne peut avoir raison sur vous[1]. Et un score de 30-35% aux élections n'est pas du tout un mandat clair d'accomplir n'importe quoi.
Charest entretient une division telle qu'on en a rarement vue au Québec. Eh bien! La division crée plus de chaos. Vous pensez que la police peut régler le problème? Elle va l'aggraver. Les gens ont de moins en moins peur de la police comme force répressive. Défier la loi et confronter la police est devenu anodin. La manifestation d'hier en est la preuve.
Vous voulez que tout ça s'arrête? Eh bien soutenir le PLQ, c'est bien la pire chose que vous pouvez faire pour rétablir la paix sociale. Avec le PLQ, le chaos est garanti.
Mais en ce qui me concerne, je m'en fiche un peu. Un gouvernement péquiste, dirigé par une (ex) châtelaine hyper-riche ne ferait qu'entretenir l'illusion de progrès un peu plus longtemps. Nos vies s'amélioreraient-elle tant? Je n'en suis pas certain.
Alors votez pour qui vous voulez. Nous... eh bien nous allons nous adapter.
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[1] Aux gens qui souligneraient que les étudiant-e-s forcé-e-s d'être en grève contre leur gré voient leurs droits violés, je répondrais deux choses:
1. peut-être que les étudiant-e-s pro-injonction font au contraire partie d'une majorité silencieuse qui écrase les droits d'une minorité d'étudiant-e-s trop pauvres pour étudier dans les conditions imposées par le gouvernement.
2. Peut-être que la grève vise justement à préserver leurs droits contre les nouvelles règles budgétaires. Entre deux maux, le moindre est toujours le deuxième: celui qui conteste le premier.
Cela dit, leur point de vue reste défendable sur certains points. La possibilité de se dissocier d'un mode d'action me semble être un principe important dans toute société libre.
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vendredi 15 juin 2012
La banalisation de la violence
Au risque de répéter ce qui a sans doute déjà été dit, le prétendu phénomène de banalisation de la violence par les manifestant-e-s, carrés rouges ou whatever, décrit par Jean Charest, est un mensonge éhonté.
Les intellectuel-le-s, chroniqueurs/euses et autres intervenant-e-s qui soutiennent la lutte populaire actuelle ne banalisent pas du tout la violence contestataire. Au contraire, elle est catapultée au rang de péché mortel et d'hérésie par beaucoup. Elle est dramatisée. Le terme « casseurs » en est venu à désigner n'importe qui et à regrouper une masse immense de gens désobéissant-e-s. La gauche de salon en fait des ennemis, des extrémistes, des indésirables. Personne ne se gêne pour dénoncer ces « casseurs » et s'en distinguer. Je l'ai même entendu dans une assemblée de quartier, jointe à une remarque ignorante frôlant le racisme. Tout le monde se réclame un peu naïvement du pacifisme, sans savoir au juste ce que ça implique, sans trop se rendre compte que c'est le plus souvent synonyme d'une attitude simplement passive face aux abus d'une tyrannie.
Ce pacifisme, au sein de la gauche modérée, est sectaire. Charest, lui, voit au contraire une banalisation de la violence. C'est ridicule.
On pourrait refaire l'histoire du conflit à reculons et observer le comportement des acteurs sociaux: ni les médias, ni le public, ni les politicien-ne-s n'ont réellement banalisé la violence des « casseurs ». Le discours est resté le même: la casse nuit à la cause, la violence c'est antidémocratique, blablabla. Charest n'a en fait aucun argument pour montrer un processus de banalisation, à part des tounes de Mise en Demeure qui datent de 2007. La «violence» qui n'est pas dénoncée par la gauche, c'est tout ce qui est compris dans l'élargissement opportun, par le gouvernement, du concept de violence et d'intimidation. Ok. La gauche ne dénonce pas (unanimement) les grèves. Elle ne dénonce pas non plus le port du carré rouge. Mais c'est peut-être parce que c'est pas de la violence...
Il y a certes une banalisation de la violence (et là vous me voyez venir à cent kilomètres à l'heure). Celle de l'État et surtout de sa police. Tout d'abord, il y a eu les politicien-ne-s et certain-e-s faiseurs/euses d'opinion qui applaudissent le travail de la police pendant que les abus connaissent une explosion dès l'hiver. Rappelons-nous de l'épisode du premier blocage du ministère de l'éducation. La police a utilisé du poivre de cayenne un peu partout (dans ma face inclusivement) et poussé des jeunes dans la gadoue. Des jeunes qui bien entendu, ne représentaient aucune menace. Vous vous souvenez? Les images ont spinné pendant des jours. Méchants, méchants flics!
Aujourd'hui, publiez de telles images et ça ne dérange plus personne. Moi-même, je me rends compte graduellement que ça ne me choquerait plus tant que ça. Mais sur le moment, ah, quel scandale ce fut! Et avec raison. Et pourtant, le saccage par la police de bars-terrasses, des actions scandaleuses et dignes d'un État voyou n'a fait que réagir tièdement le public, l'État et les médias. Les questions idiotes de journalistes, à ce sujet, ont d'ailleurs été dénoncées par un propriétaire de commerce. Des retombées économiques moins miraculeuses deviennent subitement plus scandaleuses que l'impunité totale de policiers qui se conduisent comme une horde de barbares, saccageant tout sur leur passage, répandant la terreur et frappant au hasard.
Entretemps, Amnistie Internationale et l'ONU ont critiqué le Québec pour ses manquements à la démocratie et sa violation des droits fondamentaux. Quelle a été la réponse du gouvernement et des autres leaders autoritaires? La banalisation, justement. « Bah, en Syrie c'est bien pire. » « Bah, à Londres et à Toronto, les lois sont bien plus restrictives. » « Il faut bien assurer la sécurité des manifestants. »
Les gens importants ont maintenant un nouveau mantra: si vous êtes victimes de présumés abus policiers, eh bien vous n'avez qu'à vous plaindre en déontologie. Les gens importants savent pourtant que ce processus ne sert pratiquement à rien. Qu'au plus, on tapera gentiment sur les doigts du flic impliqué deux ans après les évènements. À quand une arrestation massive de flics criminels...
Rejeter des rapports d'organismes internationaux du revers de la main, ce n'est peut-être pas de la banalisation? Ignorer ouvertement les abus policiers, leur donner carte blanche et les applaudir, ce n'est pas de la banalisation?
Charest est maintenant revenu à plusieurs reprises sur son histoire de banalisation, alors que ce sont ses propres conceptions de violence qui ont changé; toute pression et toute perturbation est graduellement devenue violente et/ou intimidante. Encore une tentative maladroite de diversion. Encore une affabulation. Le plus dommage là-dedans, ça reste le fait que du monde y croit.
Les intellectuel-le-s, chroniqueurs/euses et autres intervenant-e-s qui soutiennent la lutte populaire actuelle ne banalisent pas du tout la violence contestataire. Au contraire, elle est catapultée au rang de péché mortel et d'hérésie par beaucoup. Elle est dramatisée. Le terme « casseurs » en est venu à désigner n'importe qui et à regrouper une masse immense de gens désobéissant-e-s. La gauche de salon en fait des ennemis, des extrémistes, des indésirables. Personne ne se gêne pour dénoncer ces « casseurs » et s'en distinguer. Je l'ai même entendu dans une assemblée de quartier, jointe à une remarque ignorante frôlant le racisme. Tout le monde se réclame un peu naïvement du pacifisme, sans savoir au juste ce que ça implique, sans trop se rendre compte que c'est le plus souvent synonyme d'une attitude simplement passive face aux abus d'une tyrannie.
Ce pacifisme, au sein de la gauche modérée, est sectaire. Charest, lui, voit au contraire une banalisation de la violence. C'est ridicule.
On pourrait refaire l'histoire du conflit à reculons et observer le comportement des acteurs sociaux: ni les médias, ni le public, ni les politicien-ne-s n'ont réellement banalisé la violence des « casseurs ». Le discours est resté le même: la casse nuit à la cause, la violence c'est antidémocratique, blablabla. Charest n'a en fait aucun argument pour montrer un processus de banalisation, à part des tounes de Mise en Demeure qui datent de 2007. La «violence» qui n'est pas dénoncée par la gauche, c'est tout ce qui est compris dans l'élargissement opportun, par le gouvernement, du concept de violence et d'intimidation. Ok. La gauche ne dénonce pas (unanimement) les grèves. Elle ne dénonce pas non plus le port du carré rouge. Mais c'est peut-être parce que c'est pas de la violence...
Il y a certes une banalisation de la violence (et là vous me voyez venir à cent kilomètres à l'heure). Celle de l'État et surtout de sa police. Tout d'abord, il y a eu les politicien-ne-s et certain-e-s faiseurs/euses d'opinion qui applaudissent le travail de la police pendant que les abus connaissent une explosion dès l'hiver. Rappelons-nous de l'épisode du premier blocage du ministère de l'éducation. La police a utilisé du poivre de cayenne un peu partout (dans ma face inclusivement) et poussé des jeunes dans la gadoue. Des jeunes qui bien entendu, ne représentaient aucune menace. Vous vous souvenez? Les images ont spinné pendant des jours. Méchants, méchants flics!
Aujourd'hui, publiez de telles images et ça ne dérange plus personne. Moi-même, je me rends compte graduellement que ça ne me choquerait plus tant que ça. Mais sur le moment, ah, quel scandale ce fut! Et avec raison. Et pourtant, le saccage par la police de bars-terrasses, des actions scandaleuses et dignes d'un État voyou n'a fait que réagir tièdement le public, l'État et les médias. Les questions idiotes de journalistes, à ce sujet, ont d'ailleurs été dénoncées par un propriétaire de commerce. Des retombées économiques moins miraculeuses deviennent subitement plus scandaleuses que l'impunité totale de policiers qui se conduisent comme une horde de barbares, saccageant tout sur leur passage, répandant la terreur et frappant au hasard.
Entretemps, Amnistie Internationale et l'ONU ont critiqué le Québec pour ses manquements à la démocratie et sa violation des droits fondamentaux. Quelle a été la réponse du gouvernement et des autres leaders autoritaires? La banalisation, justement. « Bah, en Syrie c'est bien pire. » « Bah, à Londres et à Toronto, les lois sont bien plus restrictives. » « Il faut bien assurer la sécurité des manifestants. »
Les gens importants ont maintenant un nouveau mantra: si vous êtes victimes de présumés abus policiers, eh bien vous n'avez qu'à vous plaindre en déontologie. Les gens importants savent pourtant que ce processus ne sert pratiquement à rien. Qu'au plus, on tapera gentiment sur les doigts du flic impliqué deux ans après les évènements. À quand une arrestation massive de flics criminels...
Rejeter des rapports d'organismes internationaux du revers de la main, ce n'est peut-être pas de la banalisation? Ignorer ouvertement les abus policiers, leur donner carte blanche et les applaudir, ce n'est pas de la banalisation?
Charest est maintenant revenu à plusieurs reprises sur son histoire de banalisation, alors que ce sont ses propres conceptions de violence qui ont changé; toute pression et toute perturbation est graduellement devenue violente et/ou intimidante. Encore une tentative maladroite de diversion. Encore une affabulation. Le plus dommage là-dedans, ça reste le fait que du monde y croit.
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jeudi 14 juin 2012
lutte acharnée contre Mise en demeure.
Les autoritaires du Québec ont lâché Y... et ont trouvé leur nouveau joujou: le groupe Mise en Demeure, des musiciens anarchistes qui font largement dans l'humour et le sarcasme. Le groupe avait jusqu'à aujourd'hui passé presque inaperçu dans les médias de masse, mais pas mal de monde du milieu connaissent leurs chansons décapantes, et scandent souvent, quand les flics marchent en cadence vers nous : «L'antiémeute arrive, l'antiémeute arrive, lalalalalalala». Le groupe a aussi participé malgré lui à un canular dont tout le monde se souvient, et qui avait annoncé le prétendu rejet de Stephen Harper par sa propre mère. Mise en Demeure avait fait une chanson sur le même sujet avec l'aide de précieuses collaboratrices.
Plusieurs journalistes et politicien-ne-s profitent du fait qu'actuellement, ce groupe est inconnu du public pour faire un acte d'acharnement et de désinformation. Il est vrai que quand j'ai vu que l'affiche du groupe, pastichant La liberté guidant le peuple, je me suis tout de suite dit que cette histoire n'était pas terminée, et que ce serait pire quand les crapules de ce monde se mettraient à citer partiellement les paroles de certaines chansons.
Mise en demeure sort de l'ombre et c'est le scandale immédiat. C'est comme si chaque chanson venait d'être écrite, spécifiquement dans l'objectif d'inciter à la violence envers Courchesne et Charest. Certain-e-s chroniqueurs/euses vont jusqu'à croire que les images offensantes (certaines le sont réellement) ont été créées au cours des dernières semaines et que c'est là la preuve que la gauche a atteint un «nouveau sommet» dans son discours de violence. Or, à ma connaissance, ces images sont là depuis un sacré bout de temps.
Les journalistes ont alarmé tout le monde en affirmant que Mise en Demeure jouerait sur les Plaines à Québec, souvent sans spécifier qu'il s'agissait non pas de la grande fête qui passe à la télé chaque année, mais du Party clandestin de la Saint-Jean[1], qui dure toute la nuit et réunit une vingtaine de groupes. Un gros party, dans les faits, mais tout de même... un party secondaire!
Sans surprises, à la grande fête, à la vraie de vraie fête, ce seront Paul Piché, Marie-Mai, Loco Locass, Dumas, Andrée Watters et Lisa Leblanc, entre autres, qui se produiront sur scène. Pas l'ombre d'une mise en demeure. Les gens qui veulent une Saint-Jean (une fête nationale, pardon) politically incorrect MAIS à l'intérieur des limites du raisonnable et de la conformité, (certifié avec un minimum de gros mots) ne seront absolument pas dérangés par l'humour de groupes anarchistes. Loco Locass chantera entre autres leur inécoutable Les Géants, qui est une ode mièvre à la Nation.
Chères matantes nationalistes et amoureuses de la langue de bois, dormez tranquilles.
Pour en revenir aux citations partielles faites par certain-e-s journalistes, dans le but précis d'être les premiers à déclencher un scandale, Jean-François Néron, du Soleil, expose des paroles de la chanson L'antiémeute arrive:
«C'est pas d'même qu'on passe à l'action
Y faut du monde pour bloquer les portes
On veut au moins une police de morte»
En toute logique, le journaliste ne pouvait pas se permettre de manquer d'observer que cette chanson raconte l'histoire d'une occupation qui tourne mal, et oppose les discours d'un modéré et d'un communiste de tendance Mao. C'est une parodie qui vise à se moquer des deux types de discours. On aurait pu faire une citation tout aussi malhonnête afin de tenter de prouver que Mise en Demeure, c'est un groupe pacifiste:
Pour des raisons évidentes, Jean-François Néron a décidé de citer les passages les plus croustillants sans nuancer. Il aurait d'ailleurs pu trouver bien pire, mais n'ayant sans doute passé que quelques minutes sur le site web du groupe, il a manqué de souligner les meilleurs coups du groupe, incluant Légitime violence, mon oeil, qui est selon moi leur meilleur morceau ever et sans doute le plus violent, avec bien entendu leur hommage à Michel Chartrand.
Charest n'est pas en reste. Avec sa démagogie habituelle, il dénonce un phénomène de banalisation de la violence. Celle des manifestant-e-s, bien entendu! Il omet par ailleurs de spécifier que la plupart des propos rapportés datent d'avant ce prétendu phénomène de banalisation de la violence gauchiste. Elles ne datent pas d'hier: c'est tout ce qu'a pu écrire Mise en Demeure de glauque, sur cinq ans!
Charest précise qu'on s'attaque à Courchesne... Dans une chanson qui date de son premier mandat en tant que ministre de l'éducation, voilà plusieurs années. L'escalade de la violence dont parle Charest des carrés rouges date-t-elle donc de 2007?
Et rappelons que si toutes ces paroles intimidantes sortent maintenant dans les journaux, c'est simplement parce que la police a trouvé un poster dans la maison des Machouf-Khadir et qu'un hostie de con a diffusé cet élément de preuve(?) dans les journaux, sans aucun égard pour le respect de la vie privée, parce que visiblement, la musique écoutée par les enfants[2] de Khadir concerne maintenant tout le monde. Si le flic en question n'avait pas causé cette fuite, on n'aurait jamais remonté jusqu'à Mise en Demeure.
Le contexte est certes à la violence. La violence extrême de la flicaille et des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéraux, qui votent des lois autoritaires et liberticides. Abyssus abyssum invocat!
Il faut bien justifier cette répression inopinée, ces mesures de guerre soft avec une prétendue flambée de la violence et de l'intimidation de la part des méchant-e-s gauchistes. Observez à quel point le gouvernement et la CAQ flattent la police, l'applaudissant quand elle éborgne quelqu'un et jouissant quand elle emprisonne des innocent-e-s. Ce monde-là est plus dithyrambique vis-à-vis du travail de la police que la police elle-même.
En finissant, je voudrais commenter l'appel que Charest fait aux journalistes, comme quoi illes seraient menacé-e-s, brutalisé-e-s « par ces manifestations-là », et donc qu'illes devraient comprendre de quoi il parle. Or, on a vu de nombreuses fois des manifestant-e-s, justement, secourir des journalistes qui étaient brutalisé-e-s par des flics. Des manifestant-e-s masqué-e-s, à quelques reprises! Le portrait n'est donc pas si noir, malgré ce que pourraient en dire Bryan Myles et Rima Elkouri, qui par ailleurs, n'ont toujours pas compris, eux non plus, ce que signifie la liberté de ne pas se faire harceler par des paparazzis ou de ne pas se faire enregistrer sans notre consentement.
____________
[1] Antoine Robitaille, du Devoir, rapporte ainsi les propos de Charest sans les critiquer ni les nuancer. Manque de temps? Trop de mots dans son article?
[2] Comme si Y... et D... n'étaient pas des adultes responsables qui ne partagent pas nécessairement toutes les idées de leurs parents...
Plusieurs journalistes et politicien-ne-s profitent du fait qu'actuellement, ce groupe est inconnu du public pour faire un acte d'acharnement et de désinformation. Il est vrai que quand j'ai vu que l'affiche du groupe, pastichant La liberté guidant le peuple, je me suis tout de suite dit que cette histoire n'était pas terminée, et que ce serait pire quand les crapules de ce monde se mettraient à citer partiellement les paroles de certaines chansons.
Mise en demeure sort de l'ombre et c'est le scandale immédiat. C'est comme si chaque chanson venait d'être écrite, spécifiquement dans l'objectif d'inciter à la violence envers Courchesne et Charest. Certain-e-s chroniqueurs/euses vont jusqu'à croire que les images offensantes (certaines le sont réellement) ont été créées au cours des dernières semaines et que c'est là la preuve que la gauche a atteint un «nouveau sommet» dans son discours de violence. Or, à ma connaissance, ces images sont là depuis un sacré bout de temps.
Les journalistes ont alarmé tout le monde en affirmant que Mise en Demeure jouerait sur les Plaines à Québec, souvent sans spécifier qu'il s'agissait non pas de la grande fête qui passe à la télé chaque année, mais du Party clandestin de la Saint-Jean[1], qui dure toute la nuit et réunit une vingtaine de groupes. Un gros party, dans les faits, mais tout de même... un party secondaire!
Sans surprises, à la grande fête, à la vraie de vraie fête, ce seront Paul Piché, Marie-Mai, Loco Locass, Dumas, Andrée Watters et Lisa Leblanc, entre autres, qui se produiront sur scène. Pas l'ombre d'une mise en demeure. Les gens qui veulent une Saint-Jean (une fête nationale, pardon) politically incorrect MAIS à l'intérieur des limites du raisonnable et de la conformité, (certifié avec un minimum de gros mots) ne seront absolument pas dérangés par l'humour de groupes anarchistes. Loco Locass chantera entre autres leur inécoutable Les Géants, qui est une ode mièvre à la Nation.
Chères matantes nationalistes et amoureuses de la langue de bois, dormez tranquilles.
Pour en revenir aux citations partielles faites par certain-e-s journalistes, dans le but précis d'être les premiers à déclencher un scandale, Jean-François Néron, du Soleil, expose des paroles de la chanson L'antiémeute arrive:
«C'est pas d'même qu'on passe à l'action
Y faut du monde pour bloquer les portes
On veut au moins une police de morte»
En toute logique, le journaliste ne pouvait pas se permettre de manquer d'observer que cette chanson raconte l'histoire d'une occupation qui tourne mal, et oppose les discours d'un modéré et d'un communiste de tendance Mao. C'est une parodie qui vise à se moquer des deux types de discours. On aurait pu faire une citation tout aussi malhonnête afin de tenter de prouver que Mise en Demeure, c'est un groupe pacifiste:
«ce serait full bon pour notre image
de toute façon on prévoit être sage
la communauté est derrière nous
c’est pas le moment de faire les fous»
de toute façon on prévoit être sage
la communauté est derrière nous
c’est pas le moment de faire les fous»
Pour des raisons évidentes, Jean-François Néron a décidé de citer les passages les plus croustillants sans nuancer. Il aurait d'ailleurs pu trouver bien pire, mais n'ayant sans doute passé que quelques minutes sur le site web du groupe, il a manqué de souligner les meilleurs coups du groupe, incluant Légitime violence, mon oeil, qui est selon moi leur meilleur morceau ever et sans doute le plus violent, avec bien entendu leur hommage à Michel Chartrand.
Charest n'est pas en reste. Avec sa démagogie habituelle, il dénonce un phénomène de banalisation de la violence. Celle des manifestant-e-s, bien entendu! Il omet par ailleurs de spécifier que la plupart des propos rapportés datent d'avant ce prétendu phénomène de banalisation de la violence gauchiste. Elles ne datent pas d'hier: c'est tout ce qu'a pu écrire Mise en Demeure de glauque, sur cinq ans!
Charest précise qu'on s'attaque à Courchesne... Dans une chanson qui date de son premier mandat en tant que ministre de l'éducation, voilà plusieurs années. L'escalade de la violence dont parle Charest des carrés rouges date-t-elle donc de 2007?
Et rappelons que si toutes ces paroles intimidantes sortent maintenant dans les journaux, c'est simplement parce que la police a trouvé un poster dans la maison des Machouf-Khadir et qu'un hostie de con a diffusé cet élément de preuve(?) dans les journaux, sans aucun égard pour le respect de la vie privée, parce que visiblement, la musique écoutée par les enfants[2] de Khadir concerne maintenant tout le monde. Si le flic en question n'avait pas causé cette fuite, on n'aurait jamais remonté jusqu'à Mise en Demeure.
Le contexte est certes à la violence. La violence extrême de la flicaille et des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéraux, qui votent des lois autoritaires et liberticides. Abyssus abyssum invocat!
Il faut bien justifier cette répression inopinée, ces mesures de guerre soft avec une prétendue flambée de la violence et de l'intimidation de la part des méchant-e-s gauchistes. Observez à quel point le gouvernement et la CAQ flattent la police, l'applaudissant quand elle éborgne quelqu'un et jouissant quand elle emprisonne des innocent-e-s. Ce monde-là est plus dithyrambique vis-à-vis du travail de la police que la police elle-même.
En finissant, je voudrais commenter l'appel que Charest fait aux journalistes, comme quoi illes seraient menacé-e-s, brutalisé-e-s « par ces manifestations-là », et donc qu'illes devraient comprendre de quoi il parle. Or, on a vu de nombreuses fois des manifestant-e-s, justement, secourir des journalistes qui étaient brutalisé-e-s par des flics. Des manifestant-e-s masqué-e-s, à quelques reprises! Le portrait n'est donc pas si noir, malgré ce que pourraient en dire Bryan Myles et Rima Elkouri, qui par ailleurs, n'ont toujours pas compris, eux non plus, ce que signifie la liberté de ne pas se faire harceler par des paparazzis ou de ne pas se faire enregistrer sans notre consentement.
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[1] Antoine Robitaille, du Devoir, rapporte ainsi les propos de Charest sans les critiquer ni les nuancer. Manque de temps? Trop de mots dans son article?
[2] Comme si Y... et D... n'étaient pas des adultes responsables qui ne partagent pas nécessairement toutes les idées de leurs parents...
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