samedi 26 septembre 2009

Salut pourriture: on va s'ennuyer de toi.

Le décès soudain de Nelly Arcan a été un choc; j'aime les récits d'autofiction parce que je trouve qu'ils manquent réellement de pudeur. Car si connaître des vérités sur quelqu'un est très révélateur, connaître ses mensonges est atteindre un degré d'intimité encore plus grand. Nelly Arcan était quelque chose comme une porte-étendard de ce genre littéraire. Et comme elle était une porte-étendard qui se vendait bien, sa disparition a retenu beaucoup d'attention.

Mais voilà les hommages funèbres troublés par le décès du non moins célèbre Pierre Falardeau, ce nationaliste violent qui prenait plaisir à insulter les morts. "Salut pourriture", c'est ce qu'il a servi à Claude Ryan après la mort de celui-ci. Les chroniqueurs des grands médias n'ont pas encore ressorti de la poussière cette phrase-choc, à part de manière trompeusement subtile: peut-être ont-ils reçu des instructions, ou peut-être ont-ils trouvé qu'un pareil titre pour un de leurs articles manquerait cruellement d'originalité.

Mais ailleurs que dans la presse professionnelle ça se déchaîne. Les "salut pourriture" fusent de partout, par milliers. Ces lâches s'imaginent-ils lui remettre la monnaie de sa pièce? Falardeau est mort. Il s'en crisse. Il est trop tard.

Falardeau était un homme d'une vulgarité phénoménale, voire unique. Lors d'entrevues, il s'attaquait même souvent aux journalistes. Il a en outre traité David Suzuki de japonouille et chiâlé contre le Congrès juif canadien. C'est que Pierre Falardeau était un folkloriste anglophobe et régionaliste. Il n'acceptait pas que les critiques viennent de l'extérieur (lire: du Canada).

Mais il y avait quelque chose de beau et de profondément naïf dans les positions extrêmes qu'il prenait. C'est peut-être pour ça qu'à seize ans, j'étais très impressionné par ses discours, me déplaçant même une fois jusqu'à Trois-Rivières pour en écouter un. Pierre Falardeau avait aussi accepté de devenir "personne ressource" pour une recherche au cégep sur l'art engagé que j'avais décidé de mener avec deux amies. Avec ma collègue et moi, il avait été d'une amabilité et d'une patience admirables.

Pierre Falardeau parlait de manière à ce que n'importe qui (de familier avec le joual) soit en mesure de le comprendre. Pour cette raison c'était choquant. Il disait nègre au lieu de dolichocéphale ou, comme l'écrirait Babacar Sall, mélanoderme. Ses propos ne revêtaient pas le lustre opaque de l'anthropologie vaguement raciste de certains "savant-e-s" et chroniqueurs/euses vendu-e-s. Ils étaient compris parce qu'ils étaient sensibles[1].

Aurait-il aussi autant parlé si on l'avait laissé faire en paix ses films? Plusieurs de ses projets sont tombés à l'eau - refus de subvention. Je soupçonne l'ostracisme politique. Et pourtant, le vide politique et social de certaines oeuvres subventionnées est beaucoup plus subversif. Et pourtant, n'en déplaise aux admirateurs béats et admiratrices béates de Robert Lepage (le grand artiste) et de Denys Arcand (l'hostie de bourgeois), Falardeau avait quelque chose dans ses films de plus proche du peuple. Qui ne s'embarraissait pas des snobberies tellement appréciées des critiques. Qui était bien plus proche de l'esprit de Mon Oncle Antoine ou de l'Âge de la machine. Avec des vrais personnages.

De savoir que tout ça disparaîtra avec Falardeau, que c'est son oeuvre de pamphlétaire qui survivra (au moins à court terme), ou plutôt l'analyse de son oeuvre pamphlétaire par des crétin-e-s sans intelligence, provoque en moi un fort mécontentement. En fin de compte, ce seront les limaces méprisantes mais polies de Power Corporation qui auront le dernier mot.

Salut pourriture. On va s'ennuyer de toi.

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[1]On dira dans les milieux patriotes que Patrick Bourgeois, cet immonde polémiste nationaliste, sera le digne successeur de Falardeau, en porteur unique de son héritage: foutaise. Bourgeois n'a pas d'âme, et c'est précisément pour ça qu'il cherchera à s'emparer de celle des autres.

8 commentaires:

  1. T'es vraiment un malade mental

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  2. J'ai compris: tu es un-e ami-e de Patrick Bourgeois.

    http://lequebecois.actifforum.com/ici-on-parle-d-actualite-f1/je-n-ai-pas-d-ame-t11885.htm

    Le pire, c'est que je suis même pas fédéraliste.

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  3. " pour un malade mental" c'est un bon texte équilibré

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  4. Franchement Anonyme, c'est un des textes les plus raisonnables dans ce dossier. C'est Patrick Bourgeois qui est un malade mental!

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  5. Mais c'est vraiment n'importe quoi ce forum à la con! Mouton Marron est un des anars les plus séparatistes au Québec! Je suis moi aussi un anar séparatiste!

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  6. Plusieurs des nationalistes gravitant autour du journal Le Québécois sont hyper susceptibles. Je fais exprès pour les choquer. C'est pas fin, je sais; ils sont pas sensibles pour rien, ils sont chassés comme des fugitifs par les chiens de chasse de la morale bienveillante et c'est pour ça qu'ils sont sur la défensive.

    Sur leur forum dans lequel ils abordent (très sommairement) la question de mon billet, ils discutent surtout de la note de bas de page, dans laquelle je dis que Bourgeois n'a pas d'âme. Bien entendu, c'est une expression pour désigner la personnalité, l'individualité politique, artistique, esthétique, etc. dudit polémiste. Aucun lien avec Dieu. Mais il faudrait que quelqu'un leur explique.

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  7. Et ces nationaleux de bécosse sont bien pires que Falardeau!

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