samedi 3 septembre 2011

Le gouvernement révolutionnaire autoproclamé d'Égypte donne toujours dans la répression. Le blogueur Maikel Nabil est en prison depuis le printemps pour avoir simplement critiqué les militaires, à la tête du pays depuis la chute de Moubarak. Les généraux planqués semblent avoir oublié avec quelle aide ils ont été installés au pouvoir.

Mais il ne faut pas s'étonner, parce que le maintien de l'ordre par les autorités se fait pratiquement toujours aux dépens de la justice et de la liberté.

Rappelons que mis à part quelques têtes dirigeantes et partisans de l'ancien régime (plusieurs, au contraire, sont restés, dont le mégalomane Dr Hawass), les structures de domination en Égypte ont été à peine ébranlées par les quelques réformes superficielles du gouvernement de transition.

Il ne faut cependant pas sous-estimer le bouillonnement dans la population. Bien qu'elle soit loin d'atteindre tout le monde, et que beaucoup semblent se ficher complètement du départ de l'ancien leader, il y a de l'organisation.

jeudi 1 septembre 2011

Mission: terroriser un vendeur de char.

Pendant la dernière manifestation du COBP, des centaines de personnes ont été détenues dans des conditions indécentes et mises à l'amende pour des crimes en grande partie imaginaires. Des personnes impliquées à l'ASSÉ et au PCR ont également été arrêtées et accusées de crimes après des actions qui, somme toute, ne sortent pas de l'ordinaire de l'activisme réformiste (surtout en ce qui concerne l'affaire des militant-e-s de l'ASSÉ), sinon de la légitime défense.

La réaction de la population, guidée par des leaders d'opinion en général mal informés, n'a été d'aucune sympathie pour les victimes de la répression. Et même si on sent une colère sourde chez certain-e-s citoyen-ne-s, il se trouve des gens pour défendre les acteurs d'un meurtre gratuit. Amusante, n'est-ce pas, cette servilité absolue? D'autant plus que parallèlement à la baisse du crime, il y a malgré tout une augmentation du recours aux armes chez les policiers[1], largement justifiée par nos élites. À quelle nouvelle menace de violence la police doit-elle faire face? Le public ne le sait pas trop, mais on lui a montré à haïr tous les criminel-le-s. Et pour beaucoup, la violence des constables n'est pas de la vraie violence.

La vraie violence, c'est évidemment les agressions sur des personnes, les menaces, l'intimidation, etc. L'exemple de violence le plus présent dans l'imaginaire populaire est sans aucun doute la violence conjugale. Mais un autre type de violence marque davantage plusieurs langues sales: la violence contestatrice de gauche. Celle que subissent prétendument plusieurs citoyen-ne-s "pris en otage" par des grévistes qui bloquent une rue ou l'accès à un édifice, ou dont le quotidien est atteint par des actions politiques de la gauche.

En revanche, des campagnes comme "Honk a cyclist", autant dangereuses que haineuses, ne sont pas considérées comme de la violence par ces mêmes penseurs à l'esprit tordu. Pourtant, il semble y avoir des conséquences variées et très désagréables, comme en témoigne un cycliste: «Il a baissé sa vitre, s'est mis à me crier des bêtises et s'est collé contre le trottoir. Il m'a accroché avec son rétroviseur [...]»

Il y a quelques années, un anglophone d'Outremont m'a engueulé et menacé assez gratuitement juste en face d'une boulangerie dont je regardais les produits en vitrine. Quand je lui ai demandé les raisons de son pétage de coche, il m'a répondu que "tous les Québécois-es sont racistes". Or, quelques jours auparavant, toute la presse anglophone du Canada avait débuté une campagne haineuse contre les Québécois-es, suggérant presque que le racisme était congénital chez "nous". Le débile léger en question n'avait fait que répéter les arguments pauvres et idiots des chroniqueurs/euses réactionnaires du Financial Post.

Et on apprend récemment qu'un blogueur a débuté une campagne haineuse contre Kia. Je déteste l'entreprise, comme toutes les autres grosses business, mais dans ce cas-ci, l'histoire qui a déclenché le scandale est une affaire de vengeance personnelle. Comme dans toutes les autres campagnes de haine, le public a été manipulé par des gens sans vergogne afin de servir d'outils dans leurs power trips, alors même que le problème semblait déjà résolu.

On ne parle pas ici de dénoncer une série de crimes sordides, de défendre une grande cause, ou de tenter de démantibuler une autorité illégitime: il s'agit d'instrumentaliser, grâce justement à l'autorité que se confère une personnalité influente ou du moins populaire, un troupeau servile. Dans son debriefing de mission, il commente: "La contre-attaque de l’armée de trolls fut terrible." Son armée de trolls...

En effet. On apprend quelques jours plus tard que le concessionnaire en question n'a pas été que harcelé: il a tout simplement été incendié.

Alors donc: est-ce qu'une vitrine qui se casse par accident lors d'une occupation, c'est vraiment de la violence? Est-ce qu'une campagne haineuse et surtout personnelle est moins violente? Est-ce qu'on ne fait pas un peu d'extrapolation quand on dépeint la gauche comme exceptionnellement violente (au point où les anars ont une escouade dédiée à les contrôler), alors que des médias reconnus (accessoirement de droite) et des personnalités se lancent dans des campagnes haineuses dont les effets sont extrêmement épeurants?

Il y a une différence immense même entre les actes radicaux d'une poignée de militant-e-s d'extrême-gauche et ceux des mass médias ou autres imbéciles heureux. Après que Résistance Internationaliste ait fait exploser une bombe dans un bureau de l'armée à Trois-Rivières, il y a environ un an, un manifeste a été publié et les actions du groupe se sont arrêtées là. Quand les gens des collectifs Ton Père, Ton Oncle et Ton Chien ont commis divers actes de vandalisme mineurs, après publication des manifestes, les actions ont cessé, l'objectif ayant été atteint. La limite était tracée, même dans l'esprit de ces "extrémistes"! Je trouve passablement irresponsable le fait de jouer avec des explosifs comme l'ont fait RI, et je n'encouragerais certainement pas d'actions représentant un tel danger. D'un autre côté, c'était là une réponse à une série de meurtres et plusieurs décennies d'oppression dont sont responsables les Forces Canadiennes (oh scusez, je veux dire l'Armée royale).

Dans le cas des campagnes haineuses, les méfaits à l'origine des répliques sont soit imaginaires, soit aussi légers qu'un larcin tout à fait commun. Et surtout, elles sont pilotées par des personnes qui ont un grand pouvoir de diffusion, pas simplement des individus tout à fait anonymes qui cherchent à dénoncer quelque chose ou tenter qu'une quelconque pratique cesse[2]. Enfin, les propagateurs de la haine n'ont absolument aucun contrôle sur le résultat. C'est un cercle qui peut s'agrandir à l'infini parce qu'au lieu d'être centré sur le droit des victimes, il cherche à tout prix des coupables à punir et à ostraciser.

La réponse à ce genre de dangers publics? Je ne crois pas du tout à la création d'un éventuel GAD (Guet des Activités Douchebags) qui aurait pour mission de surveiller un certain meneur et ses trolls.

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[1] Le "paramilitaire" Yves Francoeur répond que si la criminalité globale est en baisse, le taux de crimes violents est cependant en hausse au Québec. Mais une fois qu'on décortique un peu plus les données, on se rend compte que les cas d'agressions graves (
comme les meurtres et tentatives de meurtres, qui nécessiteraient selon la police une intervention plus féroce et donc l'utilisation d'armes) ne sont pas en hausse, au contraire: «Montréal et ses environs ont enregistré 49 meurtres pour l'année 2010. Dans les années antérieures, le nombre d'homicides pouvait atteindre 90 et plus, note Marc Ouimet. C'est une diminution de plus de 50 % depuis les 20 dernières années», observe-t-il.» En bref, les policiers ne sortent pas leurs armes pour régler une affaire de violence conjugale, mais des menottes. C'est donc d'autant plus paradoxal qu'un double-meurtre comme celui de Hamel et Limoges conduise non pas à faire tomber les oppresseurs en disgrâce, mais bien leur permette de porter plus d'armes.
[2] Donc c'est évident que je suis en faveur d'une dénonciation large de tout ce qui peut être injuste. C'est évident que je suis en faveur de la plupart des actions directes posées par les mouvements sociaux (avec de notables exceptions), même si j'ai horreur des dérapages. Il y a cependant une différence de méthode entre séduire des idiot-e-s et provoquer la réflexion.

mercredi 31 août 2011

Délations institutionalisées.

Suis-je le seul à être légèrement dégoûté?

Il faut écouter le reportage radio.

jeudi 25 août 2011

Surprise for Gay Men.

La bisexualité chez l'homme existe[1]. Maintenant, j'encouragerais certains hommes homosexuels à arrêter de dire que nous sommes des gays refoulés[2], parce que:
- c'est faux;
- c'est insultant de se faire dire qu'on refoule quelque chose;
- c'est discriminatoire de dire qu'on existe pas;
- c'est aussi extrêmement vexant pour A... quand on insinue des trucs sur la sincérité de mon affection pour elle.

Je connais tellement d'histoires de gars (et à plus faible échelle de filles) qui ont tergiversé pendant plusieurs années sur leur orientation, faisant la grande annonce à la famille un jour et présentant une partenaire du sexe opposé le mois suivant. Parmi ce monde-là, il y avait autant d'hétéros que de bis et de gays. C'est pas facile et pas nécessairement aussi clair qu'on voudrait le croire, une "orientation".

Je peux comprendre que plusieurs personnes ont eu des expériences éprouvantes et qu'elles se sont fait croire des choses. Elles ont essayé de se persuader d'aimer une personne du sexe opposé, elles ont vécu des histoires qui n'ont mené à rien et qui ont blessé beaucoup de gens avant que la réalité leur saute dans la face de manière sauvage. Mais comme les hétérosexuel-le-s, les homosexuel-le-s doivent comprendre que beaucoup d'individus ne partagent pas les mêmes désirs qu'eux. Que les mécanismes ne se déclenchent pas de la même manière dans leur tête, tout simplement.

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[1] Merci à Plasmide pour avoir fourni le lien.
[2] Comme je l'ai expliqué dans un autre billet, c'est malheureusement une idée assez répandue qui sort je sais pas d'où. C'est bien évidemment pas moi qui l'ai remarqué: le phénomène fait même l'objet d'un article de Wikipédia.

vendredi 19 août 2011

G.C.

J'échangerais bien une vraie mauvaise nouvelle pour un canular de mauvais goût.

Gil Courtemanche, qui a ouvert les yeux de beaucoup de gens sur les horreurs du génocide rwandais, mais aussi sur le problème du sida en Afrique, est décédé. Cette disparition en est une autre qui est bien difficile à digérer.

jeudi 18 août 2011

Les porcs lâchés lousses

C'est un secret de polichinelle, même s'il y a encore des gens pour le nier: les gens à la peau noire se font plus souvent contrôler que les blancs. C'est vrai à Montréal, et on dirait bien que c'est aussi vrai à Laval.

Voici le témoignage assez convaincant d'une mère: "Mes deux fils ainés, l’un blanc et l’autre noir, ont tous les deux obtenu leur permis de conduire au cours des derniers mois. [...] Mon fils blanc ne s’est jamais fait intercepter par les policiers pour un contrôle et une vérification, alors que mon fils noir a eu droit à 9 vérifications de routine par la police de Laval depuis l’obtention de son permis de conduire le 19 mai dernier! Pas un, pas deux, pas trois…. 9, et ce, en moins de 2 mois!"

Les policiers s'en permettent pas mal ces temps-ci, au Canada comme au Québec. Au début du mois, un septuagénaire ainsi qu'une grande partie de sa famille sont menottés dans des circonstances troubles après que le fils de la personne âgée en question ait refusé de collaborer avec deux policières. Au lieu d'avoir recours à la négociation et la persuasion, les flics sont entrés et ont brutalisé tout le monde.

La police de Longueuil, impliquée dans le premier évènement, a aussi agressé une quinquagénaire de 112 lb sous un prétexte nébuleux et alors que celle-ci ne présentait absolument aucune menace. Les policiers l'ont emmenée avant de lui faire subir la typique séquestration dans leur autopatrouille. Résultat? Blessures au visage, lunettes brisées, dent cassée.

La police d'Ottawa, après avoir causé de nombreux problèmes et agressé beaucoup de gens, a reçu des critiques assez féroces de certains observateurs: «La violence est omniprésente dans cette force. C'est de cette manière que je la qualifie, une force, parce que ce n'est pas un service », dit Darryl Davies, prof de crimino.

Les histoires de braves gens, de personnes qui ont rien fait, qui pourraient être votre mère et qui se font violenter par les forces de l'ordre, il y en a plein, et j'ai comme le sentiment qu'il y en a de plus en plus. Si la police frappe des gens tranquilles et ordinaires, imaginez ce qu'elle fait à des gens un peu trop têtus pour eux, ou qui ont le malheur de ne pas avoir appris à se mettre à genoux. Imaginez ce qu'elle fait endurer quotidiennement aux indésirables de la société.

Cette aisance que prennent maintenant les flics dans l'exercice de leurs fonctions répressives est-elle liée à la présence du PCC au pouvoir à Ottawa[1]? On ne sait pas si ces paramilitaires à képi ont reçu des consignes claires, mais la seule indulgence des politicien-ne-s face aux abus de toute sorte peuvent provoquer bien des dérives.

Il est aussi fort probable que l'équivalent social de la bactérie mangeuse de chair soit une maladie inhérente à ce que plusieurs désignent pompeusement par le terme de démocratie libérale, mais que je qualifierais plutôt d'avatar le plus perfectionné du crime organisé.

Peu importe la source, il faut que ce genre de comportement finisse bien par cesser un jour. Que ce soit par un changement dans l'éducation (attention, ici je ne parle pas de la formation) des agent-e-s ou mieux encore par la dissolution de l'institution coercitive que représente la police.

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[1] Un parti qui cache de plus en plus mal son idéal de junte monarchique de droit divin.

samedi 13 août 2011

Les Londonien-ne-s ont gaspillé leur chance.

Au-delà des analyses sur les classes sociales, les émeutes britanniques ont surtout montré que le désordre pouvait s'étendre avec une rapidité phénoménale, même dans un pays occidental et prospère comme la Grande-Bretagne, qui dispose en outre de moyens très sophistiqués en matière de surveillance et de répression. Seulement, comme c'est très souvent le cas, au lieu de déboucher vers un projet de société sans autorité, les troubles provoqués par ce vaste groupe d'individus n'ont porté aucun projet et ne serviront sans doute qu'à une chose: légitimer la prochaine répression gouvernementale.

Certains émeutiers triés sur le volet ont leur photo sur des affiches géantes. "Track them down", que ça dit. Les voleurs de pommes deviennent des bandits de grand chemin, et les crosseurs du gouvernement sont devenus des héros. Signe que la justice se réduit à la sauvegarde de l'ordre public. Signe que la corruption de l'État ne menace pas autant l'ordre public que des vandales. Corollaire: l'ordre public ne vaut finalement pas grand-chose.

Beaucoup d'hommes de pouvoir aimeraient jouir comme Cameron de cet immense potentiel d'initiative récemment acquis: soit de menacer d'avoir recours à l'armée sans faire sourciller personne. De pouvoir punir sévèrement le moindre écart de comportement, d'expédier la justice comme un colis à la poste dans l'indifférence la plus totale.

Si le prochain désordre massif est porteur, en Grande-Bretagne, d'un réel projet de liberté, ce n'est sans doute pas ce dernier projet qui mobilisera les Anglais. Ce sera le souvenir des émeutes des derniers jours qui les poussera à cracher sur la contestation et à applaudir la disparition de tout espoir.

lundi 1 août 2011

La droite, véritable victime de Breivik.

La droite du monde souffre actuellement comme si elle avait été saignée à mort par le meurtre atroce d'ados gauchistes de Norvège. Non pas parce qu'elle condamne (même si elle le fait) l'attentat, mais bien parce qu'elle accuse la gauche de l'y associer.

Pourtant, la droite ne se gêne pas pour lier le radicalisme islamiste avec le gauchisme le plus insignifiant, gnagna et rose. Québec Solidaire, un parti pourtant modéré, se fait traiter de tous les noms, avec d'autres petits groupes comme Alternatives:
"l’extrémisme d’Alternatives, de QS [...]"

On fait bien entendu référence à la flottille d'aide aux Palestinien-ne-s, "Une activité de fanatiques exaltés".

On se souvient aussi des propos du même auteur (Duhaime) face à Khadir:
"Musulman non-pratiquant, Khadir ne soutient pas certaines causes islamistes par conviction religieuse, mais participe plutôt à l’alliance «anti-impérialiste» entre l’extrême-gauche et les islamistes qui se forge partout en Occident."

Et:
"Amir Khadir a un agenda islamique."

La gauche est donc coupable par association des crimes des militants de l'extrême-droite islamiste et complice des régimes autoritaires, comme le dit aussi un autre chroniqueur de droite, Mathieu Bock-Côté.

La police elle-même, avant le G-20, souffrait d'une psychose dangereuse, surveillant les anars "au même titre qu'Al-Quaïda".

Ce ne sont que des exemples d'un phénomène global chez la droite: le rapprochement entre la gauche et des mouvements violents et ultraconservateurs dont on fait ponctuellement la caricature pour les rendre encore plus méchants.

Après le crime de Breivik, qui récupère la paranoïa et le message haineux de la droite populiste et conservatrice, plusieurs journalistes ont employé les termes de Chrétien fondamentaliste, d'extrême-droite, de droite radicale, de droite populiste, etc. pour décrire l'orientation politique de l'assassin.

La réaction de la droite, comme à l'habitude, est immédiate: c'est un concert de déchirage de chemises et de pleurnicheries.

Ezra Levant refuse que Breivk soit associé au Christianisme fondamentaliste. Sur un ton de preacher, il accuse CBC de n'importe quoi et passe en fait plus de temps à disculper sa propre idéologie (par ailleurs haineuse et irrationnelle) qu'à dénoncer l'attentat. Comme tous les autres, il accuse tout simplement le forcéné d'être un fou[1]. Il imagine un immense complot médiatique "gauchiste" visant à faire le lien entre le christianisme et Breivik. Il fait de lui un "leftist new poster boy for the face of evil". Selon lui, CBC "jubile" de pouvoir rattacher un crime à la droite conservatrice. Il n'en fait pas la démonstration claire; il dit simplement qu'on peut "le sentir" dans le traitement que les médias font de l'affaire.

La tirade de Mario Roy est du même acabit: on ne peut pas, selon lui, comparer le "terrorisme" de Breivik au terrorisme gauchiste (ancien) et islamiste (récent): "Et c'est cet homme-là qui annoncerait une vague inédite de violence d'extrême droite? Allons donc! Les «vrais» terroristes sont d'une autre trempe. [...] Comparées à d'aussi formidables entreprises, la terreur de Breivik, et celle de l'extrême droite européenne en général, ne font tout simplement pas le poids. [...] Et, à ce jour, les hauts faits des néonazis et autres suprématistes ont eu davantage à voir avec la rixe de ruelle qu'avec l'attentat meurtrier."

Ouais, c'est vrai que les néonazis russes récemment condamnés n'ont pas commis "d'attentat". Mais ils sont quand même accusés d'avoir buté 27 personnes.

De même, le nombre de crimes commis par l'extrême-droite, en Europe, est quand même impressionnant.

Dans les seuls quatre pays qui calculent ces statistiques, pour 2008, on parle de milliers de crimes commis par l'extrême-droite:

333 en Autriche
111 menaces et 37 crimes violents en France (la méthode de calcul est en cours de modification, en 2007 on parlait de 247)
667 en Suède
19 894 en Allemagne!

La source, c'est le rapport du FRA, à la page 43.

Mais ne nous attardons pas sur l'article minable de Mario Roy, on sait déjà que l'éditorialiste ne vérifie jamais ses infos avant de publier et qu'il fie ses analyses sur de fugaces impressions.

Dans le Prince Arthur Herald, cette source étudiante que j'aime de plus en plus, Julien Perras-Joly se plaint aussi de l'association que la gauche fait avec le terroriste d'extrême-droite.

Résumons ses propos qui n'ont rien de nouveau: Breivik est un "illuminé" et "Les hommes de « droite », quant à eux, défendent leurs idéaux et leurs politiques de façon démocratique et dans le respect des opinions divergentes." Il déresponsabilise donc la droite. Les actes d'un malade mental n'ont rien à voir avec ses idées. Il ajoute que hélas, "la « Droite » se voit associée à une démonstration sadique de radicalisme nationaliste, une fois de plus."

Quelle connerie.

Le plus incohérent dans ce genre d'argumentation, c'est la fureur répressive qui suit la disculpation. La répression est certainement un autre point sur lequel la droite conservatrice et Breivik s'entendent très bien: " les conservateurs d’à travers le monde, eux, se demandent toujours pourquoi ce monstre ne fera possiblement face qu’à une peine maximale de 21 ans de prison."

On peut en conclure qu'apparemment, même si Breivik est un malade mental atteint de toutes les pathologies du monde, sa place n'est pas dans une institution mais en cellule.

Richard Martineau se met aussi de la partie. Au lieu de dénoncer l'extrême-droite comme il demanderait sans doute à la gauche de dénoncer l'extrême-gauche, il refuse d'associer le christianisme à la violence terroriste: "Ils sont où, les camps de formation pour les futurs terroristes cathos ?" Accessoirement, il qualifie les islamistes radicaux de "barbus" et profite de sa chronique pour attaquer ces derniers et s'apitoyer sur la persécution des minorités chrétiennes à travers le monde, tout en considérant celle-ci comme "la [seule?] vraie persécution".

La droite conservatrice, chrétienne, nationaliste/réactionnaire défend plus âprement son radicalisme encore que les gauchistes condamnent les crimes de Breivik. Égarée dans son trip paranoïaque, elle s'imagine que les gauchistes se mettront bientôt à la poursuivre, à arrêter ses militant-e-s dans leur salon comme de vulgaires membres de l'ASSÉ.

Mais de tout temps, elle a fait exactement ce qu'elle reproche à la gauche depuis quelques jours: elle a fait des amalgames douteux, a accusé la gauche de faire la promotion de la violence, a encouragé la répression sauvage, a associé des gens qui n'ont aucun lien entre eux.

Je remets d'ailleurs en question ce genre d'accusation faites à la gauche. Quand les dénonciations fusent, elles visent surtout la droite radicale, genre le FN et les mouvements anti-immigration racistes. La droite fiscale/modérée/conservatrice se sent visée? C'est sans doute par effet miroir. Elle croit que le public réagit face aux extrémistes de leur mouvement de la même manière qu'elle-même réagit devant une vitrine pétée par le Black Block.

La droite goûte à sa propre médecine. En temps normal, ça me ferait marrer, mais de les voir brailler sur leur propre sort devant l'horreur de cette tuerie, ça me fait plutôt vomir.

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[1] "a mad man [...] a lunatic." Il l'accuse aussi d'être un sataniste.

vendredi 22 juillet 2011

ASSÉ, arrestations et économistes.

David Gendron s'est pogné avec une collaboratrice du Prince Arthur Herald, qui a écrit un article sur les arrestations des militant-e-s de l'ASSÉ. Plutôt que de commenter l'affrontement, je m'attaquerai directement au texte.

Je n'ai aucune idée si le Prince Arthur Herald est énormément lu, mais il est évident que si c'est le cas et que leur sous-titre est véridique (Canada's Premier Student News Source), de fausses informations diffusées par l'auteure du texte peuvent porter préjudice aux personnes concernées par les accusations, assez graves, qui y sont faites.

Observons le texte de plus près.

L'introduction

"Certains militants de l’ASSÉ sont accusés d’un certain nombre d’infractions criminelles commises les 24 et 31 mars derniers, ainsi que le 1er mai : agression armée, port d’arme dans un dessein dangereux, voies de fait, entrave au travail des policiers et introduction par effraction."

J'aimerais bien connaître la source de l'auteure. Les arrestations des membres de l'ASSÉ (3 élu-e-s nationaux et une élue d'asso locale) n'ont tout d'abord rien à voir avec celles qui sont en lien avec la manifestation du premier mai.

Il s'agit de deux évènements différents, donc de deux vagues d'arrestations, soit huit arrestations politiques en tout.

Les personnes arrêtées par l'escouade GAMMA, deux hommes et deux femmes d'âges divers (19, 31, 42, 50!) seraient selon toute vraisemblance reliées à un groupe communiste relativement bien connu, le PCR. Les accusations, selon un très mauvais article de Canoe: "voies de fait, voies de fait avec lésions, utilisation d'un drapeau dans un dessein dangereux".

L'histoire des quatre militant-e-s de l'ASSÉ est différente. Illes font face à des accusations beaucoup moins graves, dans le contexte, soit: "
complot, de méfait et/ou d'entrée par effraction". A priori, rien à voir avec l'agression de policiers, la manif du premier mai ou le port d'une arme.

La "rhétorique" de l'ASSÉ

Je cite l'auteure: "jetons un coup d’œil sur leur rhétorique [de l'ASSÉ]." Ce passage me laisse perplexe parce que dans les phrases suivantes, elle se contente de rattacher sommairement le regroupement étudiant à l'idéologie communiste autoritaire: "Le discours est inspiré, calqué en fait, sur les fondements du marxisme-léninisme, idéologie qui était à son apogée à cette époque." Elle y va ensuite d'une allusion convenue sur la Russie soviétique et Mao.

Nulle référence, donc, au contenu exact du cahier de revendications de l'ASSÉ, ni à son code de fonctionnement - qui en fait d'ailleurs une des grandes organisations les plus démocratiques du Québec, malgré beaucoup de faiblesses dans la pratique - ni même à sa "rhétorique" en tant que telle! Elle se contente ensuite de citer, sans référence, la défense du porte-parole de l'ASSÉ vis-à-vis des arrestations et/ou une autre source non-identifiée. Elle parle du "syndicalisme de combat" et "l'appui aux squats".

C'est un bel effort, mais il n'y a rien de vraiment stalinien là-dedans, malheureusement pour sa propre rhétorique.

La violence

L'auteure de l'article s'exprime sur le mandat du GAMMA.

"Il existe une pléthore d’organisations groupusculaires partageant les idéaux de type gauchisant de l’ASSÉ mais, pourtant, le SPVM ne leur a pas porté particulièrement attention. Il faut donc en conclure que ce n’est pas l’idéologie prônée par ces organisations qui intéresse et inquiète le SPVM et qui guide les enquêtes du GAMMA, mais bien l’utilisation de la violence comme moyen d’expression."

Tout d'abord, elle utilise l'argument du silence pour démontrer l'impossible, soit qu'aucune autre organisation que le PCR et l'ASSÉ n'ont été visées par le GAMMA. Qu'il n'y ait pas eu d'arrestations dans la CLAC ou au FRAPRU ne prouve pas que ces deux organisations ne sont pas elles aussi surveillées. Que sait-elle donc, après tout, de l'activité d'un organe de la police dont l'existence a été tenue secrète jusqu'à la mi-juillet?

Sa déclaration sur la violence est de plus un argument d'autorité. Si la police s'intéresse à l'ASSÉ, c'est nécessairement parce qu'elle fait la promotion de la violence et du crime. La preuve: il y a eu des accusations. C'est faible. Surtout qu'a priori, l'ASSÉ n'est pas surveillée par l'escouade GAMMA. Du moins c'est ce qu'en dit la police: "M. Lafrenière (porte-parole SPVM) affirme que ces arrestations n’ont pas été effectuées dans le cadre du projet GAMMA". Comme l'auteure ne semble pas particulièrement critique des déclarations des forces policières, il est étrange que celle-ci soit passée à côté de cet élément.

À savoir maintenant si l'occupation d'un bureau est une forme de violence, j'aurais tendance à dire: eh bien non. D'ailleurs, le FRAPRU, comme des dizaines d'autres organisations communautaires, ont eu recours à l'occupation de certains sites et bureaux, sans que cela ne déclenche le même scandale. Ce qui est indéniable, c'est que la grande majorité du temps, les occupations ne font pas de blessé-e-s et mènent même souvent vers une résolution au conflit par le dialogue. De plus, ce genre de tactique est utilisé depuis des décennies par des syndicats réformistes. En novembre dernier (messemble), la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics a bloqué les portes de l'édifice d'Hydro-Québec pour attirer l'attention du gouvernement. Personne n'a alors prétendu que c'était une action violente. Si quelqu'un s'était mis à faire du cheval sur le buste de René Lévesque (qui gît devant la tour) et était tombé par accident, est-ce que ça aurait été de la violence?

Libres de s'exprimer... dans l'ordre et la discipline

L'auteure du texte s'enfonce ensuite dans un exercice d'interprétation de la charte des droits et libertés. Elle dénonce les débordements des évènements qui ont conduit à l'arrestation des quatre militant-e-s.

"A-t-il pris en considération l’employée du Ministre Bachand, victime d’une fracture le 24 mars dernier lors de la perpétration de ces actes criminels? Des policiers ayant subi des commotions cérébrales le 31 mars?"

Tout d'abord, s'il y a eu un blessé le 24 mars, il s'agissait bien d'un étudiant et non d'une employée du ministère. Apparemment c'était un accident, comme la vitre cassée, par ailleurs. Cela n'a pas empêché les agents de sécurité et de la SQ d'être très brutaux.

La femme blessée était plutôt une employée de la CRÉPUQ. Cette autre occupation a eu lieu de 31 mars. La même journée, rappelons en outre que la police a frappé une femme dans la cinquantaine, qui était en convalescence et qui portait une canne. Si une simple passante a été brutalisée par la police lors de l'évènement, j'aurais comme tendance à penser que les étudiant-e-s ont été encore moins bien traité-e-s. Mais je sais pas, tout est possible.

En ce qui concerne l'employée blessée, c'était évidemment un accident: elle s'est précipitée vers la porte alors que les étudiant-e-s entraient en trombe dans les bureaux de la CRÉPUQ.

Finalement, il me semble qu'aucun policier ait subi une "commotion cérébrale" pendant la manifestation du 31 mars. Quelques sources affirment qu'il y aurait eu une résistance active de la part des étudiant-e-s face à la répression policière, mais les "commotions cérébrales" auraient plutôt eu lieu pendant la manifestation du premier mai. Ici, les sources font parfois état d'une commotion cérébrale, parfois de "au moins trois".

Chose certaine, c'est qu'encore une fois, accuser les militant-e-s de l'ASSÉ d'être responsables de ces blessures, c'est signe soit de volonté diffamatoire, soit d'une incroyable maladresse dans la recherche.

Tous les articles cités ici, ou presque, commencent malheureusement à dater et les informations arrivent au compte-gouttes. Il est difficile de se faire une idée précise des évènement entourant les vagues d'arrestations auxquelles la gauche doit faire actuellement face. Mais ce n'est pas une raison pour tirer de nouvelles informations du néant.

Quand on accuse quelqu'un de tenir un certain discours, on donne des exemples concrets. Quand on accuse quelqu'un d'un crime quelconque, on avance des preuves. Dans le texte du Prince Arthur Herald, je ne vois rien de ça. Il semble s'agir d'un texte d'opinion bâclé basé sur des rumeurs et rempli d'erreurs factuelles.

mardi 19 juillet 2011

Arrestations, ASSÉ et journalistes sans rigueur.

Radio-Canada sous-entend que les élu-e-s de l'ASSÉ, arrêté-e-s à leur domicile dans le cadre d'une campagne de répression sans précédent, possédaient des cocktails Molotov ou avaient commis des voies de faits. L'extrait en question:

"Selon le porte-parole du SPVM, leurs arrestations ont été motivées par « une seule et unique raison » : les actes criminels perpétrés par les intéressés. « Certains ont été appréhendés en possession de cocktails Molotov, d'autres avaient commis des méfaits ou des voies de fait »"

Après vérification dans un autre article, celui-ci de La Gazette, il semble que le/la journaliste de SRC ait fait un dangereux raccourci. En effet:

"Montreal police spokesperson Ian Lafreniere said he was "embarrassed" by the students' accusations of intimidation.

"When you occupy an office and someone gets a broken wrist and there's a broken window, that's not a peaceful demonstration," he said. "I agree that people should be allowed to demonstrate. If you do nothing illegal, we won't bother you."

He said some students at the March 31 demonstration had Molotov cocktails and "criminal intentions."

Donc, ce ne sont pas les étudiant-e-s arrêté-e-s qui possédaient des cocktails molotov, selon toute vraisemblance, mais d'autres manifestant-e-s interpellé-e-s (en admettant que ce ne soit pas un autre mensonge policier).

Du moins, c'est ce qu'on peut déduire de la lecture des articles ayant fait la couverture de l'évènement.