samedi 3 octobre 2009

Le FSQ: Un autre Québec en marche.

Une amie qui préfère conserver l'anonymat m'a traîné au Forum Social Québécois en 2007. J'étais pas si enthousiaste au départ mais finalement, j'ai beaucoup apprécié, étant donné que c'est ma fréquentation de cet évènement qui m'a fait connaître le mouvement pour une décroissance conviviale et qui m'a mis en contact avec le groupe The Untakens, qui malheureusement aux dernières nouvelles était mort. J'ai alors découvert qu'il y avait un salut hors de l'ASSÉ, de la NEFAC et du PCR, et que plusieurs regroupements aux tendances très libertaires existaient à l'extérieur de ce qu'on considère généralement comme le milieu anarchiste de Montréal. Ils étaient réseautés au point d'avoir des associations amies jusque dans le Vermont et le Maine.

Les journées de séminaire de l'Institut Fraser (ce think tank de droite qui conseille par ses études biaisées les plus hauts placés de notre gouvernement), disaient quelques conférenciers en 2007, visent à faire contrepoids à ce genre d'évènements en proposant une journée de débats sur les politiques publiques qui ne soit pas contrôlé par l'establishment nationaliste étatiste. Sauf que cet évènement auquel j'ai participé deux fois ne vise en fait que l'abrutissement des jeunesses dorées. Quand un élément dissident fait surface au cours des discussions en "ateliers", on lui refuse le droit de parole et s'il insiste, on sort l'artillerie lourde en envoyant des grands parleurs caler les individus en question. Et puis en plus, au cours des trois dernières années il n'y a eu peut-être qu'une ou deux conférencières, contre environ vingt-cinq hommes, les femmes étant réléguées aux postes traditionnels de gestion de la liste d'invité-e-s.

Le FSQ est la seule place où j'ai pu m'exprimer en toute sincérité sans avoir à faire face à des huées. C'est peut-être une question d'affinités, me direz-vous: peut-être. Mais comme les structures du FSQ sont plutôt lâches, et que la formule des ateliers n'est pas du tout uniforme, les participant-e-s visitent le site avec une curiosité naturelle d'être humain, sans attentes particulières, prêt-e-s à l'écoute et à l'échange. Il n'y a pas de "tenue décontractée suggérée" comme à l'Institut Fraser. Ni de dogmes comme dans les partis politiques. Il y règne certes une organisation mais aussi une sorte de doux chaos qui permet à tout le monde de s'impliquer un peu. Comme, vous savez, quand il y a une fuite de gaz et que des gentil-le-s habitant-e-s des environs, qui n'ont pourtant jamais rien fait que se fier sur l'Autorité, apportent du café aux gens qui attendent dehors en robe de chambre.

Le seul problème, c'est que la dernière fois, il y avait des partisan-e-s de Québec Solidaire dans chaque atelier qui commençaient toutes leurs phrases par "Nous à Québec Solidaire..." ou par "Enfin un parti qui...", faque si j'en entends un s'essayer cette année je le slogue.

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À propos, au Devoir, Stéphane Baillargeon a donné la parole à la professeure Anne-Marie Gingras : «Je vais leur dire [aux jeunes du FSQ] qu'il faut construire la critique de la société à partir des institutions existantes et non pas contre elles. On ne peut pas faire table rase de tout et rêver de repartir à neuf. Le nihilisme anarchiste de certains radicaux dessert l'analyse fine et nuancée. C'est un des problèmes de la gauche actuelle.»

Ça m'a fait bien marrer. "L'anarchisme nihiliste" au Québec, c'est quoi, deux cent personnes maximum... dont:
- deux personnes qui arrivent à publier un article ou un essai de temps en temps;
- une à trois personnes sur le conseil exécutif de l'ASSÉ;
- une quinzaine de personnes qui tiennent des blogues que personne lit (je fais autant partie de ces personnes que de ce personne);
- une centaine d'individus qui vont dans les manifs et/ou qui cherchent de la nourriture dans les poubelles.

Alors comme ça, l'activité de ces gens-là, qui sont à placer dans les ennemis de l'intellectualisme (je m'étouffe de rire) est un des problèmes de la gauche actuelle... Sans nous, les syndicats corporatistes auraient tellement le champ libre pour pratiquer leur lobbyisme collabo, ce serait-y pas formidable! Le radicalisme gauchiste québécois est en voie de disparition et sa voix ne se fait jamais entendre sur la place publique - ou on ne l'écoute pas sérieusement. Comment peut-on imputer une responsabilité à quelque chose qui n'existe pas? Quand j'ai lu ce médiocre article de Baillargeon, la gueule m'est tombée, et elle n'est toujours pas remontée. La gauche actuelle, dans ce qu'elle a de modérée, de pitoyablement réformatrice, d'allergique à l'audace et d'antidémocratique, bref dans ce qu'elle a de facalienne, de michel-vennienne et de jean-françois-liséenne[1], est entièrement responsable de ses propres déboires. Comme on dit: "Pendant que la droite essaie de gagner, la gauche essaie d'avoir raison."

Et depuis quand le fait d'imaginer un monde différent, avec des institutions différentes, est-il nocif? C'est l'espoir de voir venir au jour un monde différent qui a conduit nos ami-e-s de la Pointe Libertaire et leurs autres camarades à fonder le Centre Social Autogéré et à commettre de formidables attentats végétaux. Et ce sont les modéré-e-s "ne voulant pas lutter contre, mais à l'intérieur des institutions" qui les ont abandonné-e-s à leur sort après pourtant les avoir appuyé-e-s dans une déclaration commune.

Néanmoins, ayant moi-même déjà été victime de citation imaginaire dans La Presse, je donne encore à Mme Gingras le bénéfice du doute. Quant à Stéphane Baillargeon, eh bien qu'il mange donc d'la marde.
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[1]Il faut piquer des idées à la droite... telle que le totalitarisme.

samedi 26 septembre 2009

Salut pourriture: on va s'ennuyer de toi.

Le décès soudain de Nelly Arcan a été un choc; j'aime les récits d'autofiction parce que je trouve qu'ils manquent réellement de pudeur. Car si connaître des vérités sur quelqu'un est très révélateur, connaître ses mensonges est atteindre un degré d'intimité encore plus grand. Nelly Arcan était quelque chose comme une porte-étendard de ce genre littéraire. Et comme elle était une porte-étendard qui se vendait bien, sa disparition a retenu beaucoup d'attention. 

Mais voilà les hommages funèbres troublés par le décès du non moins célèbre Pierre Falardeau, ce nationaliste violent qui prenait plaisir à insulter les morts. "Salut pourriture", c'est ce qu'il a servi à Claude Ryan après la mort de celui-ci. Les chroniqueurs des grands médias n'ont pas encore ressorti de la poussière cette phrase-choc, à part de manière trompeusement subtile: peut-être ont-ils reçu des instructions, ou peut-être ont-ils trouvé qu'un pareil titre pour un de leurs articles manquerait cruellement d'originalité. Mais ailleurs que dans la presse professionnelle ça se déchaîne. Les "salut pourriture" fusent de partout, par milliers. Ces lâches s'imaginent-ils lui remettre la monnaie de sa pièce? Falardeau est mort. Il s'en crisse. Il est trop tard. Falardeau était un homme d'une vulgarité phénoménale, voire unique. Lors d'entrevues, il s'attaquait même souvent aux journalistes. Il a en outre traité David Suzuki de japonouille et chiâlé contre le Congrès juif canadien. C'est que Pierre Falardeau était un folkloriste anglophobe et régionaliste. Il n'acceptait pas que les critiques viennent de l'extérieur (lire: du Canada).

Mais il y avait quelque chose de beau et de profondément naïf dans les positions extrêmes qu'il prenait. C'est peut-être pour ça qu'à seize ans, j'étais très impressionné par ses discours, me déplaçant même une fois jusqu'à Trois-Rivières pour en écouter un. Pierre Falardeau avait aussi accepté de devenir "personne ressource" pour une recherche au cégep sur l'art engagé que j'avais décidé de mener avec deux amies. Avec ma collègue et moi, il avait été d'une amabilité et d'une patience admirables. Pierre Falardeau parlait de manière à ce que n'importe qui (de familier avec le joual) soit en mesure de le comprendre. Pour cette raison c'était choquant. Il disait n*** au lieu de dolichocéphale ou, comme l'écrirait Babacar Sall, mélanoderme. Ses propos ne revêtaient pas le lustre opaque de l'anthropologie vaguement raciste de certains "savant-e-s" et chroniqueurs/euses vendu-e-s. Ils étaient compris parce qu'ils étaient sensibles[1]. Aurait-il aussi autant parlé si on l'avait laissé faire en paix ses films? Plusieurs de ses projets sont tombés à l'eau - refus de subvention. Je soupçonne l'ostracisme politique. Et pourtant, le vide politique et social de certaines oeuvres subventionnées est beaucoup plus subversif. Et pourtant, n'en déplaise aux admirateurs béats et admiratrices béates de Robert Lepage (le grand artiste) et de Denys Arcand (l'hostie de bourgeois), Falardeau avait quelque chose dans ses films de plus proche du peuple. Qui ne s’embarrassait pas des snobberies tellement appréciées des critiques. Qui était bien plus proche de l'esprit de Mon Oncle Antoine ou de l'Âge de la machine. Avec des vrais personnages. 

De savoir que tout ça disparaîtra avec Falardeau, que c'est son oeuvre de pamphlétaire qui survivra (au moins à court terme), ou plutôt l'analyse de son oeuvre pamphlétaire par des crétin-e-s sans intelligence, provoque en moi un fort mécontentement. En fin de compte, ce seront les limaces méprisantes mais polies de Power Corporation qui auront le dernier mot. Salut pourriture. On va s'ennuyer de toi. 

 

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[1]On dira dans les milieux patriotes que Patrick Bourgeois, cet immonde polémiste nationaliste, sera le digne successeur de Falardeau, en porteur unique de son héritage: foutaise. Bourgeois n'a pas d'âme, et c'est précisément pour ça qu'il cherchera à s'emparer de celle des autres.

dimanche 20 septembre 2009

Hors-d'oeuvre revendique l'attentat contre Martineau.

Ça s'était passé près d'un Ikéa. Apparemment, un bum pro-Villanueva l'aurait menacé devant sa blonde et ses enfants. C'est ce qu'il disait sur son blogue. Il paraît que ce serait un gars de Hors-d'oeuvre qui serait l'auteur des menaces. Le groupe de marxistes défend l'acte en affirmant que l'individu en question souhaitait surtout discuter. Je sais que je suis en retard dans les nouvelles, mais je ne peux m'empêcher de trouver ça amusant.

Je connais Hors-d'oeuvre presque seulement au travers d'anecdotes racontées par mon entourage (et des membres de Hors-d'Oeuvre) et encore plus superficiellement par le site qu'ils entretiennent somme toute assez rarement. Les activistes de ce groupe plus ou moins structuré semblent spécialisés dans les menaces ("Des représailles seront envisagées envers les dissident-e-s"), la diffamation et les actes de sabotage. Leurs ennemis préférés sont entre autres les primitivistes, les postmodernistes, les gens ayant une certaine renommée et la police, mais ça arrive aussi qu'ils s'attaquent à du monde au hasard.

Dans le cas des menaces proférées contre Martineau, eh bien j'avoue que je ne sais pas qui croire. Martineau est un menteur et les gens de Hors-d'Oeuvre sont des ivrognes frustrés fanfarons et pas fiables. Le premier aurait pu exagérer une menace, les seconds auraient pu imaginer en être les auteurs.

L'ASSÉ s'est-elle stalinisée?

Ça a commencé il y a quelques années quand on a demandé aux associations étudiantes intéressées par la formation d'une nouvelle coalition (semblable à la CASSÉE de 2005) de payer des cotisations de la même manière que si elles avaient été membres à part entière de l'ASSÉ... sans pour autant pouvoir voter en tant qu'association membre. Ça a commencé quand on a menacé les petites associations étudiantes de réduire leur pouvoir en imposant un droit de vote proportionnel à la population des assos (un projet qui est heureusement tombé à l'eau - cela va sans dire, après qu'un "commissaire", par ailleurs membre de la plus grosse asso de l'ASSÉ, ait été nommé pour étudier la situation). Ça s'est poursuivi quand l'ASSÉ a demandé aux membres de sa liste d'envoi par courriel de s'identifier... Maintenant, pour s'inscrire sur leur forum, il faut même téléphoner et se justifier.

Il y a quelques années, j'ai écrit un article pour le journal de l'ASSÉ, l'Ultimatum. La réaction approximative, quand j'ai offert mes services à la rédaction: "On te connaît même pas, mais c'est pas grave, shoote ton article." J'ai ainsi écrit un article, paru non pas sur du papier journal banal, mais dans une revue au papier glacé. Personne ne m'a contrôlé. On m'a simplement renvoyé l'article pour que je corrige quelques fautes (il en reste). Ça, c'était en 2006. Est-ce que la même chose serait possible maintenant? Si oui, que l'ASSÉ suive donc l'exemple de son propre journal de propagande.

Même les manifs de l'ASSÉ sont maintenant parfois contrôlées comme le seraient un cortège de fanatiques de la scientologie: au cours de la dernière manif-action à laquelle j'ai participé, il nous était impossible de savoir vers où on se dirigeait: allions-nous bloquer le pont Jacques-Cartier? Occuper la chambre de commerce de Montréal? Seuls les organisateurs, muets comme des carpes, le savaient, se parlant à distance avec dans leurs walkie-talkie. "On a peur des fuites", m'expliquèrent-ils. Plus précisément, ils craignaient que les flics soient mis au courant. "Vous n'avez qu'à me chuchoter dans l'oreille, alors. Personne entendra." Mais apparemment, j'avais trop l'air d'un flic. Les flics de l'ASSÉ, que je connaissais pourtant personnellement, refusaient même de me donner un indice. Pourtant, ils entraînaient à leur suite, sans les avoir consulté-e-s ni informé-e-s, presque 300 manifestant-e-s. Ça ressemblait à une initiation de club de cégep.

De la même manière, pendant certains moments chauds des dernières années, on a exclu des journalistes des congrès de l'ASSÉ à plusieurs reprises, pour discuter de ce que je considère comme étant des conneries sans importance. Où sont donc les belles valeurs de démocratie et de transparence de l'ASSÉ? Il me semble que c'étaient ces mêmes valeurs qui distinguaient ce groupe de l'autre grabataire conglomérat d'associations étudiantes (la très péquiste FEUQ, qui a récemment décidé de noyauter la TéluQ).

mardi 15 septembre 2009

La lecture du manifeste du FLQ: de la violence.

La reconstitution de la bataille, un évènement militaire, exposait bien plus de haine et de violence! On y aurait vu des gens faire semblant de s'entretuer avec des guns en plein après-midi! Tout un spectacle à montrer à nos yeux pudiques. Je vais vous dire, si les nationaleux n'avaient pas fait de menaces contre cette débilité teintée de militarisme de héros-bonbons, j'en aurais peut-être proféré moi-même...

Le manifeste du FLQ est un des premiers grands textes politiques québécois qui s'adressait à du monde ordinaire, dans un vocabulaire que tout le monde pouvait comprendre.

Le texte est d'ailleurs pas si violent que ça: quelques passages seulement, dont aucun n'appelle directement au meurtre. Il n'a d'ailleurs pas été écrit, si je ne m'abuse, par les membres de la cellule qui ont liquidé Pierre Laporte.

Rien n'a été plus violent, dans cette histoire, que la répression de l'État qui a suivi, et qui se poursuit encore aujourd'hui. Lisez le rapport de la Commission Keable et vous reconnaîtrez que le pouvoir auquel les felquistes s'attaquaient était bien plus violent, meurtrier, sauvage et haineux qu'eux.

On ne peut pas attaquer le manifeste en disant que les auteurs étaient des meurtriers, ou qu'ils avaient du moins quelque chose de vaguement violent derrière la tête, si on ne réserve pas le même traitement critique à l'autorité qui réprime le peuple.

Tiens, pourquoi ne pas lire le texte des discours de Georges-Étienne Cartier sur les deux peuples fondateurs? Ce serait correct, même si le Canada, construit sous ces auspices, a par la suite tué Louis Riel, bastonné des ouvriers en grève, fait mourir de faim des milliers de personnes, subventionné des entreprises minières qui empoisonnent des réserves d'eau potable, exproprié des citoyen-ne-s?

La lecture du manifeste du FLQ était peut-être moins politically correct que la reconstitution, mais c'était un exercice beaucoup plus sain. Crier stupidement "Nous Vaincrons" est encore plus sain que de se masturber mentalement en regardant des soldats se faire exploser la gueule à coups de mousquets. Être nostalgique en entendant "Faites vous-mêmes votre révolution dans vos quartiers, dans vos milieux de travail" est encore bien plus sain que de jouir de voir des colonnes de militaires se mettre en place en attendant de glorifier un moment d'apotéose de la sauvagerie qui est à l'origine de la création de notre État.

dimanche 6 septembre 2009

Le FLQ et le moulin à paroles.

Je me demande sur quel ton Luck Mervil prononcera cette phrase, qui figure au début du Manifeste du FLQ: "Bourassa dans l’année qui vient va prendra de la maturité : 100 000 travailleurs révolutionnaires organisés et armés !" Je descendrais à Québec juste pour ça.

La conférence de presse donnée par les organisateurs/trices est disponible en vidéo.

Y paraît aussi que Batlam (de Loco Locass) déclamera le poème de Roland Giguère, La main du bourreau finit toujours par pourrir. En tout cas, c'est ce que suggère le vidéo de présentation de l'évènement. Le site web ne donne pas encore de détails là-dessus.

"Grande main qui pèse sur nous
Grande main qui nous aplatit contre terre
Grande main qui nous brise les ailes
Grande main de plomb chaud
Grande main de fer rouge

Grands ongles qui nous scient les os
Grands ongles qui nous ouvrent les yeux
Comme des huîtres
Grands ongles qui nous cousent les lèvres
Grands ongles d'étain rouillé
Grands ongles d'émail brûlé

Mais viendront les panaris
panaris
panaris

La grande main qui nous cloue au sol
Finira par pourrir
Les jointures éclateront comme des verres de cristal
Les ongles tomberont
La grande main pourrira
Et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs."

C'est un de mes poèmes préférés. C'est pas formidable?

Je comprends pas tout à fait les arguments des défenseur-e-s de l'évènement, par contre. Je vois dans ce spectacle une réponse à reconstitution de la bataille des Plaines. Je suis dans le champ? Si je ne le suis pas, comment se fait-il qu'on justifie la lecture du fameux manifeste en disant que c'est une partie de notre histoire et que même si on n'en est pas fiers, il faut quand même en faire mention? La batailles des Plaines, on en est pas fiers et fières non plus. Et pourtant, c'est justement parce que les nationalistes voulaient éviter de fêter une défaite qu'ils chiâlaient.

Faut dire, je suis content de voir que les nationalistes québécois-es aient décidé de répondre à une reconstitution militaire par une reconstitution littéraire. Je me serais attendu à pas mal moins smatte de leur part.

vendredi 4 septembre 2009

La prison: à quoi bon.

Les député-e-s agitent leurs sceptres de papier devant le gouvernement conservateur afin de faire abolir la libération au sixième de la peine dans les prisons fédérales. Même le Bloc, cette fois-ci, est d'accord pour augmenter la répression. Yves Boisvert a décidé de jouer le même jeu en brandissant de manière très populiste les immortels exemples de Vincent Lacroix et de Earl Jones.

Je me fiche bien du sort des deux malfrats de la finance, ainsi que celui des mafieux qui contrôlent depuis la tôle (de toute façon) des réseaux aussi élaborés que la bureaucratie de l'État, mais je commence à me fatiguer d'entendre cette rhétorique pro-répression. Quand j'entends ce genre de vomissage de tripes autoritaristes, même si certaines personnes m'apparaissent parfois de bonne foi dans leur utilisation de syllogismes douteux, je ne peux m'empêcher de me méfier en me disant que je serais mieux de m'attendre à voir mes libertés diminuer.

Car l'extérieur est une prison de toute façon, surveillée par des escouades en tout genre dont l'une lira même peut-être un jour mes propos séditieux. L'école est une prison, le bureau aussi. Pourquoi aligner des détenu-e-s derrière des barreaux? Les aligner en rangs derrière des pupitres et les forcer à demander la permission pour demander la permission d'aller pisser (c'est le comble de l'asservissement) reviendrait au même. Pourquoi ne pas simplement les fouiller quotidiennement comme aux douanes, ou à l'épicerie? Pourquoi ne pas les cribler de dettes? Les faire travailler 50 heures pour un frigidaire? Après, vous allez voir, quand quelqu'un trouvera quelque chose de gratuit dans les poubelles, ces anciens criminels vont être les premiers à exiger la prison pour le profiteur.

Les néo-libéraux conservateurs de ce monde n'aiment pas donner des libertés aux êtres humains. Pourtant, ce sont eux qui parlent le plus de la liberté: celle des marchandises. Les marchandises, dans leur utopie nauséabonde, devraient circuler de manière très fluide, reproduisant grâce à la main invisible du marché un chemin semblable à celui du cycle de l'eau.

Dès lors, le seul moyen pour l'être humain de circuler sans entraves, dans un monde pareil, ce sera de... devenir de la marchandise. D'ailleurs on aura pas à attendre longtemps: cette transformation s'opère déjà.

jeudi 27 août 2009

Mes sphères les plus agréables...

Renart L'éveillé, dans son texte d'hier, nous présentait une critique assez étrange des anarchistes (et plus accessoirement une critique de l'anarchisme, et pratiquement pas de critique de l'anarchie). Cette critique me semble affectée par plusieurs idées reçues. Elle est d'autant plus contrariante que la photo choisie par l'auteur pour figurer sous le titre du billet est celle d'un homme qui dégueule.

Bakouchaïev a déjà écrit un commentaire fort pertinent là-dessus sur son blogue, et aussi je ne vais répondre qu'à cette partie du texte: "La pensée gravite dans des sphères bien plus agréables que les simples considérations domestiques, pour ne nommer que celles-là, et leur monde s’en trouve changé : le problème c’est que l’écart entre ce nouveau monde et celui effectif est énorme, d’où le déficit de liberté individuelle qu’on nous rabâche de toutes les manières."

Je ne vois pas en quoi le discours des anars évite les considérations domestiques. Il me semble que Proudhon, déjà au XIXe siècle, traitait de la chose domestique. Il a justement écrit un bouquin là-dessus, qui fait la promotion du mutuellisme. Chomsky a aussi parlé à plusieurs reprises du cadre qu'il voulait proposer à la société pour remplacer le capitalisme industriel. Ce ne sont que deux auteurs (j'en connais peu anyway) mais il y en a une pléthore d'autres. Du reste, les exemples de la Commune de Paris et des collectivités anarchistes espagnoles ayant surgi de nulle part pendant la guerre civile suffisent, je crois, à montrer que des anarchistes ont en effet fait grand cas des considérations domestiques. La vérité, c'est que les considérations domestiques sont au centre du discours anarchiste, justement.

Chez les blogueurs anars, il y a Bakouchaïev qui a parlé d'économie participative à plusieurs reprises, Anarchopragmatiste qui a discuté d'anarcho-mutualisme avec son pote Tremblay. Steffen, de la ZLÉA, a parlé de sa vision concrète d'un monde libertaire. En ce qui me concerne, je suis en train d'écrire une longue série de billets qui s'intitule: "Comment l'anarchie est-elle possible". Même si je n'ai pas encore parlé en termes sérieux du mode de réponse aux besoins élémentaires (il n'y a que les fous pour être sérieux), j'ai clairement affiché mon intérêt à ce chapitre en rédigeant mon anale analyse du travail.

La pensée des anars est la plupart du temps très terre-à-terre, contrairement à ce que plusieurs semblent prétendre. La plupart des anars se moquent des concepts ridicules et illusoires telles que l'ordre public, la décence, la morale et le contrat social. Ils/elles se moquent de Dieu. Et il y en a même, parmi les anars, qui n'étant pas marxistes, rejettent les idées de lutte de classes. Comment, dès lors, peut-on les accuser d'avoir la tête dans les nuages?

La logique des théoricien-ne-s anarchistes peut souvent sembler plus lourde que celle des autres, mais c'est simplement parce que ce n'est pas elle qui est la norme ici-bas. Si nous vivions au milieu d'un monde anarchiste et que vous essayiez de faire gober aux habitant-e-s incrédules l'idée de contrat social ou de consubstantiation, ou encore celle de la double nature du Christ, personne pigerait rien et on dirait que ce sont des sornettes de pelleteux de nuages. Locke, Hobbes, Rousseau? Pfff.

Il est donc d'autant plus probable que ce sont les autres qui aient la tête dans les nuages, en appuyant le statu quo au sein d'un système absurde. La famine qui sévit au sein des États capitalistes est réellement un signe que ces autres n'ont pas plus à branler des considérations domestiques, sinon des leurs propres, puisqu'aucun élément dans leur mode de pensée n'arrive à trouver assez de concrétude dans la réalité pour nourrir avec succès toute la population terrienne.

Sommes-nous resté-e-s pogné-e-s dans des sphères agréables? Que veut-on dire par là? Les sphères agréables de l'esprit humain, il me semble que ça a toujours été Dieu, la Nation et le Sport. Les réponses faciles et l'évacuation expéditive du questionnement à travers le divertissement. Ce genre de choses. En quoi donc l'anarchisme gravite-t-il seulement dans les sphères agréables?

Renart parle d'écart entre monde effectif et "nouveau monde". Il dit que cet écart est grand; moi je pense que the objects in the mirror are closer than they appear. Les jardins collectifs (pour ne pas dire communistes), les cafés-coops, les foires de troc, les parties de soccer improvisées et l'appui massif des organismes sociaux au CSA montrent que les gens ne sont pas étrangers ou particulièrement hostiles à des modes d'organisation spontanée sans chefs, sans hiérarchie et étonnament proches de la vision utopiste qu'ont plusieurs de l'anarcho-syndicalisme. Les nombreux exemples d'auto-gestion à petite échelle sont aussi des preuves que techniquement, supprimer le pouvoir un peu partout, c'est viable.

lundi 24 août 2009

Des complots pour sauver le monde

Je vous annonce que j'ai lancé mon nouveau blogue littéraire hier soir, sur Wordpress. J'explique dans le texte Ouverture le but de mon projet.

En gros, je fais ça parce que je déplore le fait que je n'ai jamais osé rien faire de beau et d'absolument ludique ici. Jusqu'à maintenant, j'ai osé publier une seule nouvelle littéraire sur Les Tribulations du Mouton Marron, même si mon "Manifeste pour de meilleurs excréments" et mon "Manifeste morbide" ont quelque chose de franchement gratuit. D'ailleurs pour le dernier texte, qui n'était pas réellement politique, j'ai reçu des commentaires différents de personnes totalement différentes de ceux de mon lectorat habituel (par ailleurs fort limité en quantité mais pas en qualité). Signe que je peux rejoindre un autre public avec mes propos scabreux puant le petit bourgeois en révolte contre toute forme d'autorité.

Ne vous en faites pas, je n'abandonnerai pas mes tribulations pour autant. Pour vous qui visitez mon blogue de temps en temps, Des complots pour sauver le monde sera un complément. Je vous informerai d'ailleurs ici même de l'avancement de ce nouvel outil d'expression, et vice-versa; les deux blogues resteront toujours liés.

samedi 22 août 2009

De la misère des animaux.

Il y a eu mon chat qui est mort avant que je puisse revenir de Montréal, il y a trois ans. Malade et paralysé des jambes arrières. Il a souffert pendant deux jours avant de se laisser aller. Je me suis consolé vite: il a eu une belle vie. Mon subconscient n'était pas consolé, lui. Des fois, il m'arrive encore de rêver à lui. Je le vois surgir d'entre les morts, le crâne ouvert et les orbites vidés. Je pense que j'aurais voulu pouvoir revenir à temps pour lui donner mon ok. Peut-être c'était ça qu'il attendait. En fait il devait s'en câlisser tellement il avait trop mal, mais en tout cas j'aurais trouvé la paix plus rapidement.

Il y a eu l'oie de notre étang, qui n'avait pas pu défendre le canard domestique qu'elle avait adopté et qu'elle protégeait comme sa propre progéniture. Quand j'ai retrouvé le canard, le cou rongé par un renard et courbé dans une position impossible[1], l'oie était silencieuse. J'ai attrapé le cadavre avec une perche et je l'ai mis dans un sac de plastique avant que mon père l'enterre. Je me souviens très bien, l'oie gossait sur le sac pour faire sortir son compagnon.

Après, elle est devenue agressive et a fini par s'enfermer dans sa solitude, attaquant mon chien (immense mais effrayé) de temps en temps quand elle s'emmerdait.

L'oie, après avoir perdu son ami de toujours, a pris l'habitude de chasser tous les oiseaux qui avaient la mauvaise idée de s'approcher de l'étang... sauf les canards de passage. J'aurais aimé pouvoir la voir s'envoler avec eux et plus jamais revenir patauger au milieu de la gadoue dans laquelle elle était obligée de passer l'hiver.

Il y a le chien qui, depuis qu'il est passé en-dessous d'un char (son âge avancé lui a érodé les réflexes), boîte en souffrant le martyr.

Il y a finalement tous les animaux que j'ai trucidés avec mon père dans notre petite fermette campagnarde. À chaque fois que je voyais le couteau glisser sur le pelage des volailles, je sentais aussi la lame sur la peau de mon cou. Quand je regardais ensuite la tête ensanglantée dans le seau, quand je voyais les yeux hagards des têtes d'oies, de canards, de dindes ou de poulets s'éteindre dans la résignation, une terrible sensation s'emparait de moi; j'en ai encore des vertiges.

La première fois que j'ai vu un animal mourir, je devais pas avoir plus de sept ans. C'était à l'abattoir de Princeville ou de Warwick, je me souviens plus trop et de toute façon ça a fermé. Mon père m'avait raconté que son père (du reste pas si vieux que ça) assommait les vaches d'un grand coup de masse avant de leur trancher la gorge et de les couper en rondelles. La vache que j'avais devant moi ce jour-là était parfaitement consciente, et attachée avec des chaînes par les quatres pattes à un immense treuil qui l'avait montée à quatre pieds au-dessus du sol. Quelques secondes après qu'on lui ait sommairement ouvert la gorge, il lui manquait déjà une cuisse et son flanc droit en entier. Elle meuglait toujours. Ce cri ne s'éteignit que beaucoup plus tard, dans des borborygmes douloureux.

Je trouve donc que les gens qui s'attaquent à la chasse aux phoques ont crissement pas le sens des priorités. C'est pas parce que les phoques saignent dans la neige et qu'ils sont cutes qu'ils souffrent plus que les autres animaux. Les phoques ont encore le loisir de vivre libres. Tant qu'ils vivent. Si vous aimez les animaux, soyez conséquent-e-s et ne contribuez pas à leur élevage.

On dit souvent que les gens entassés dans leurs logements pourris ou dans le métro ressemblent à des porcs alignés devant le comptoir de l'égorgeoir. Mais c'est l'inverse. Ce sont les cochons et les poulets, logés nourris et bourrés de médicaments, qui deviennent tout en engraissant le miroir de l'humanité.

Et il n'y a rien qui souffre autant que des animaux auxquels on a mis un collier ou un numéro de série. Il n'y a rien de vivant qui souffre autant qu'un être forcé de partager la misérable condition d'asservissement des êtres humains.
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[1] Je vous jure que depuis ce jour-là je ne dis plus "ça sent le petit canard à la patte cassée".