jeudi 8 mars 2012

Même si l'UQÀM le nie.

OUI il y a une activité appelée « Nuit de la création illimitée » qui aura lieu à l'UQÀM le 12 mars prochain.

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On sait maintenant que les clôtures de métal dressées debout et posées sommairement, ça fonctionne pas.

...

En fait, on le sait depuis le Sommet de Québec.

Toutes mes pensées vont aux blessé-e-s et arrêté-e-s de la manifestation d'aujourd'hui. Sauf Ian Lafrenière. Lui, il peut bien sécher, l'hostie.

mardi 6 mars 2012

Appel aux actions contre le gouvernement.

Je suis relativement jaloux de l'action de Greenpeace, qui a occupé les bureaux de Charest pour défendre, par ailleurs, une cause tout à fait juste. Je trouve que c'est tout à fait le genre d'évènement qui peuvent faire plier un gouvernement.

Ce sont des actions du même genre que je propose d'accomplir au cours des prochaines semaines. Nous devrions (et je ne sais pas si l'idée a été lancée jusqu'à maintenant - je l'espère) tenir une journée d'occupation ou de blocage des bureaux de député-e-s libéraux. De tous leurs bureaux simultanément.

Nous devrions aussi menacer le gouvernement refuser massivement de payer nos frais de scolarité à l'automne s'il maintient la hausse.

Ok, je sais, c'est pas réaliste.

samedi 3 mars 2012

Nécessaire désobéissance.

Voici le texte complet envoyé à La Presse suite à la parution de l'article de Robert E. Boyd, le 17 février dernier, le lendemain du blocage de la tour de la Bourse. La rédaction du quotidien, après m'avoir fait poireauter pendant trois jours, a fini par m'avertir qu'elle lirait mon texte. Après, plus de nouvelles. Je crois que le texte n'a pas été publié en raison des attaques personnelles assez sévères qu'il contient.

L'article contient les mêmes informations que celles contenues dans ce billet: Le moralisateur de la Tour de la Bourse.

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Dans un texte d'opinion intitulé « non à la désobéissance civile », un avocat travaillant au centre-ville de Montréal s'est plaint de n'avoir pas pu, hier, se rendre au travail. Des activistes de tous les milieux bloquaient en effet hermétiquement la Tour de la Bourse ‒ dans laquelle se trouve le prestigieux cabinet d'avocats qui l'emploie ‒ afin de dénoncer les diverses hausses de tarifs imposées par le gouvernement provincial.
Sur un ton plutôt moralisateur, il affirme que les étudiants et étudiantes devraient accepter de faire des sacrifices et apprendre à « revendiquer des droits d'une manière civilisée ». Il se dit aussi très déçu que les forces policières aient été aussi lentes à réagir. Mais surtout, il accuse les manifestants et manifestantes d'avoir violé « la liberté de travail et le droit d'accès à une propriété privée des personnes qui assument honnêtement un lourd fardeau fiscal ».
Je comprends tout à fait la colère des travailleurs et travailleuses honnêtes qui ont dû rebrousser chemin devant la ligne de protestataires. Cela dit, je trouve un peu ironique que cette plainte vienne d'un avocat de la firme Dunton Rainville. Une firme à laquelle, selon Rue Frontenac, la ville de Laval aurait sans soumission préalable accordé entre 2007 et 2009 des contrats totalisant une somme de trois millions et demie de dollars[1]. Une firme qui aussi, rappelons-le, a été impliquée de près ou de loin dans le scandale des compteurs d'eau[2] à Montréal.
Mais ma lettre ouverte ne vise pas du tout à remettre en question l'intégrité de l'honnête travailleur qui a publié le coup-de-gueule précédent. Seulement, je suis étonné de la teneur des arguments employés. Quel « fardeau » portent donc les employé-e-s de la firme Dunton Rainville, une entreprise financée de manière plus ou moins transparente par l'argent des citoyens et citoyennes ? Les politiques douteuses de corporations sans scrupules et de dirigeants complaisants ne sont-elles donc pas, à bien plus forte mesure, responsables de la faillite sociale que de nécessaires investissements publics en éducation et en santé ?
Bien entendu. Pour les raisons susnommées, et dans le contexte actuel, une proportion plus ou moins large des cadres travaillant à la Tour de la Bourse ajoutent donc plus de poids au « fardeau » collectif qu'ils n'en enlèvent.
Les manifestants et manifestantes ayant participé au blocage d'hier (notons que la majorité d'entre eux provenaient de syndicats et d'organismes sociaux, et non pas du milieu étudiant) n'ont donc pas visé cet immeuble pour rien. Ils ne s'en sont pas pris à un CLSC ou à une usine peuplée de travailleurs et travailleuses ordinaires, mais bien à un symbole de la collusion entre le milieu des affaires et le gouvernement, un problème qui coûte bien plus cher à la société, annuellement, que des « frais de scolarité beaucoup trop bas », liés selon l'auteur au déficit public actuel.
Ce dernier accuse en outre les étudiants et étudiantes de ne pas avoir consacré assez d'énergie à constituer un « argumentaire convaincant ». C'est ignorer, justement, les efforts des différentes associations étudiantes et instituts de recherche qui ont passé les deux dernières années à publier un grand nombre d'études visant à démonter de manière rigoureuse les clichés éculés que l'auteur du texte contribue malheureusement à répandre.
L'avocat à l'origine du débat actuel, dont le confort est peut-être, qui sait, en partie lié à des contrats signés avec le gouvernement, est bien placé pour comprendre que l'argent qui sert à le payer est une ressource rare qui pourrait bien être affectée ailleurs par la collectivité. Devant les excès de ses patrons, collègues, associé-e-s et administration contractuelles (il devrait les dénoncer au lieu de les dépeindre comme des victimes « prises en otage »), des actions de dénonciation et de perturbation sont tout à fait nécessaires et légitimes.

[1] de Pierrebourg, Fabrice. « Laval: au moins 80 M$ obtenus sans soumission en trois ans pour un « club fermé » d'entreprises. » Rue Frontenac, Dimanche, 30 mai 2010. En ligne: http://exruefrontenac.com/nouvelles-generales/politiquemunicipale/23402-laval-contrats-sans-soumission (page consultée le 17 février 2012).
[2] Lévesque, Kathleen. « Compteurs d'eau - la firme-conseil de Montréal est encore associée à l'entrepreneur. » Le Devoir, 10 avril 2009. En ligne: http://www.ledevoir.com/politique/villes-et-regions/244913/compteurs-d-eau-la-firme-conseil-de-montreal-est-encore-associee-a-l-entrepreneur (page consultée le 17 février 2012).

vendredi 2 mars 2012

À Radio-X: il y en a eu, des blessé-e-s et des fractures.

Hier, Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE, a eu le malheur de se faire passer dessus par les animateurs de Radio-X au show du matin. Il se fait bombarder de questions: y-a-t-il eu des jeunes qui ont dû aller à l'hôpital suite à des blessures provoquées par les matraques policières cet hiver?

La réponse, c'est OUI. Cela dit, contrairement à la droite qui est passée maître dans la victimisation d'une population soi-disant « prise en otage » par une manifestation qui retarde les automobilistes de « deux heures », les personnes agressées par les policiers/ères n'ont pas toutes une tribune dans les mass médias.

Une personne dont nous tairons ici le nom, mais qui est tout à fait paisible et raisonnable, a subi plusieurs fractures après avoir simplement tenu son boutte devant une ligne de flics enragés, armée de ses seules mitaines. Nous la laisserons témoigner quand elle sera prête.

Mais ce n'est qu'un exemple. Des chutes extrêmement dangereuses, il y en a à chaque manifestation. Les policiers ne font absolument pas attention quand ils poussent des citoyen-ne-s. Imaginez-vous en train de pousser quelqu'un qui est de dos le plus fort que vous le pouvez. Vous pensez que vous n'allez pas faire mal à la personne que vous agressez? Ça arrive pourtant souvent. Pendant le célèbre blocage de l'Hôtel Delta (le 16 février dernier)[1], j'ai vu plusieurs manifestant-e-s pacifiques basculer cul par-dessus tête. Quant aux coups de matraques, menaces et utilisations de poivre de cayenne pas du tout méritées, elles sont innombrables. Une masse d'incrédules ne croient pas à ce genre de choses, même quand illes ont des images à l'appui. C'est toujours le même discours: il y a certainement du montage. On filme juste le moment où il y a de l'abus, mais on coupe le « crime » qui a été commis plus tôt par un-e manifestant-e de toute façon violent-e. Dans tous les cas, il y a une vague de négation qui précède l'acceptation des faits. Voilà souvent la scène qu'on s'imagine en fait. Même lors de l'épisode des faux manifestants de Montebello en 2007, pendant longtemps - et même après l'aveu de la police! - il s'en est trouvé, parmi les larbins de l'État policier, pour maintenir qu'il n'y avait pas de preuves permettant d'affirmer que les hommes en question, portant (quelle ironie) des t-shirts de Choi Radio-X, étaient des agents provocateurs.

Il faut noter que la plupart du temps, les manifestant-e-s blessé-e-s ne se plaignent pas aux mass médias. Il n'y a que rarement un compte fiable des manifestant-e-s blessé-e-s lors des manifs. Les blessures comptabilisées sont celles qui mènent à une hospitalisation immédiate et qui sont remarquées par des sources pouvant transmettre des informations aux médias. Et croyez-moi, si un policier se fait écraser l'ongle du petit orteil, les policiers vont s'en plaindre.

La plupart des blessures subies par les manifestant-e-s, selon leur degré de gravité, sont traitées soit sur place, soit le lendemain, le surlendemain ou même la semaine suivante[2], parce qu'illes reçoivent généralement des coups sur le haut du corps, sur les bras ou sur les mains. On peut pourtant dire des victimes de ces blessures, souvent relativement graves (des côtes fracturées, des doigts et bras cassés, etc.), qu'elles sont des blessé-e-s!

De plus, et c'est mon expérience qui le dit[3], les gens intoxiqué-e-s par du poivre de cayenne ou du gaz lacrymogène sont définitivement des blessé-e-s. Heureusement, les blessures causées par du gaz irritant sont généralement moins graves et temporaires. Mais la douleur est souvent plus grave et l'état de panique aussi. Les gens sont déboussolés, souffrent énormément, respirent difficilement même une fois écartés du nuage de gaz, et sont complètement aveuglés. Les effets du gaz lacrymogène peuvent persister plus de 15 minutes - mais pour être certain, j'aimerais recevoir des témoignages précis à ce sujet, surtout après les abus d'hier à Québec - ceux du poivre de cayenne plus longtemps encore. Dans le cas du poivre de cayenne, la peau reste souvent violemment irritée, voire enflée pendant 15 minutes à plus d'une heure. Et cela même après une exposition tout à fait mineure!

Pour illustrer la force de la douleur: vous avez déjà croqué du piment fort? Vous avez déjà, par inadvertance, frotté votre oeil juste après? Ça brûle. Eh ben essayez de vaporiser du piment fort dans vos yeux maintenant. C'est pas comme de l'oignon cru. La douleur qu'on ressent est mille fois plus forte. Tellement que ça brûle sur l'arcade sourcillière, sur les joues, sur les lèvres, que vous la goûtez sur votre langue et dans vos poumons.

C'est de la torture. Et certainement une blessure.

La douleur due aux lacrymos est légèrement différente. Le mot le dit: les larmes sortent. Et plus les larmes sortent, plus les lacrymos font effet: le gaz se transforme en acide au contact de l'eau. La douleur, comme suite à une exposition au poivre de cayenne, est tout simplement atroce. Une exposition légère se révèle selon moi plus bénigne qu'une exposition au poivre, mais le nuage de gaz s'étend à une bien plus grande surface. Et quand on a le malheur d'être à deux pas de la zone d'impact de la grenade, eh bien les symptômes sont graves et tenaces. De plus, comme de règle générale, les policiers ne veulent pas être eux-mêmes contaminés, les projectiles sont jetés au milieu de la foule. Les personnes affectées en premier ne sont pas les prétendu-e-s délinquant-e-s qui affrontent la police, mais les manifestant-e-s qui se trouvent derrière et qui a priori, n'ont rien fait de mal, même selon les critères policiers.

Hier, une centaine de personnes, au minimum, ont été affectées par le gaz lacrymogène utilisé massivement par les policiers protégeant l'Assemblée Nationale. Le témoignage d'une manifestante qui était au mauvais moment au mauvais endroit: « Je ne veux plus jamais que ça m'arrive. »

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[1] Anecdote à part: lors de cet évènement, j'ai remarqué qu'un des policiers présents portait, au-dessus de son matricule (pour une fois, ils ne les avaient pas tous enlevés) une épinglette en forme de fusil-mitrailleur M-16. Thug life, bitch!

[2] Vous connaissez certainement des histoires d'ami-e-s ou de proches qui ont souffert pendant plusieurs jours après s'être donné un coup de marteau sur le pouce, persuadé-e-s que ça partirait tout seul, et qui ont ensuite appris à l'hôpital que l'os était réduit en miettes.

[3] Mes faibles connaissances en premiers soins de manif m'ont amené à soutenir « l'équipe » médicale à plusieurs reprises, surtout cette année, en raison surtout de l'abus de poivre de cayenne et de l'absence de ressources chez les manifestant-e-s. Message aux organisateurs/trices: prévoyez plus de 10 médics la prochaine fois, au moins pour traiter l'irritation aux yeux, et surtout, redonnez-moi ma bouteille! Si je l'avais eue hier à Québec, j'aurais pu traiter plus de vingt personnes supplémentaires. Or, j'étais limité à un litre d'eau. Par une température de -15, je préfère et de loin le Maalox dilué. Le but n'est pas non plus de plonger les manifestant-e-s intoxiqué-e-s dans un état d'hypothermie!

mardi 28 février 2012

Arrêtez de taper sur Arielle Grenier.

Elle s'est exprimée à Tout le Monde en Parle dimanche, une émission dans laquelle le contenu est coupé au tiers en post-prod. Je pense qu'une majorité de gens considèrent qu'elle a raté son coup, même si ses arguments les plus valables ont possiblement pu être, pour une raison ou pour une autre, évacués au montage. Depuis, des amateur-e-s de memes se moquent d'elle sur les réseaux sociaux.

Même si c'est pas toujours méchant, ajouter son grain de sel à la masse gigantesque de remarques désagréables faites sur son compte en public m'apparaît absolument dommageable pour l'individu en question. Mme Grenier, quelles que soient ses opinions et affiliations (et remarquons qu'elle n'est pas isolée sur ce plan), ne représente en rien le gouvernement libéral. Au mieux, elle sert simplement de chair à canon à un gouvernement qui est trop lâche pour négocier dès maintenant avec les étudiant-e-s.

Et de chair, il risque de ne plus rester grand-chose bientôt. Cet exercice de petites attaques sarcastiques ou méchamment satiriques est de loin plus agressif que le vandalisme au cégep du Vieux-Montréal, et que le blocage du Pont Jacques-Cartier (des actions qui ne sont d'ailleurs pas du tout indéfendables, à mon sens).

Si on avait mis autant d'énergie dans la destruction de la crédibilité des ministres libéraux qu'on en a mis dans les tentatives d’humiliation de la porte-parole du MESRQ, on serait bien plus avancé-e-s.

Or, ce n'est pas Arielle Grenier qui peut prendre la décision de bloquer la hausse des frais de scolarité. Elle n'a pas d'importance majeure et a été suffisamment ridiculisée. On ne gagne rien à s'acharner sur elle, sauf ruiner sa santé mentale.

Maintenant, il est tout à fait louable de chercher à réfuter les arguments de valeur douteuse, même s'ils viennent de la personne dont il est question dans ce texte.

samedi 25 février 2012

Nouvelle-Écosse et frais de scolarité.

Une célèbre pro-hausse a dit, en entrevue à la radio, que les jeunes de milieux défavorisé-e-s du Québec étaient moins nombreux à se rendre à l'université que les jeunes de milieux favorisés, comme partout ailleurs[1]. Cependant, l'écart serait plus grand au Québec, malgré des frais de scolarité plus bas. Cela tendrait à prouver que la hausse des frais de scolarité n'a pas de conséquences négatives sur la fréquentation des universités par les jeunes issus de milieux défavorisés.

C'est cependant une demie-vérité. Les données utilisées sont en effet fragmentaires et concernent seulement les jeunes de 19 ans.

Statistiques Canada, dans son analyse des données, explique cet écart:

« Toutefois, comme on l’a signalé précédemment, 19 ans est considéré comme un jeune âge pour fréquenter l’université au Québec, puisque la plupart des jeunes de cet âge sont encore au cégep. Par conséquent, il est possible que les jeunes du dernier quartile de revenu aient pris plus de temps pour atteindre l’université que leurs homologues du premier quartile, plutôt que de choisir de ne pas y aller du tout. »

En effet, grâce aux données de 2001, Statistiques Canada a publié il y a quelques années une recherche intitulée Enquête sur la dynamique du travail et du revenu[2], dans laquelle elle montrait que 53% des jeunes de 18 à 24 ans du Québec et dont le revenu des parents était moins de 25 000$ avaient fréquenté une institution collégiale ou universitaire[3]. Ce n'est pas du tout reluisant encore mais cela remet en perspective le score assez pauvre de moins de 10% énoncé par les données analysées plus tôt.

Quant à la performance toujours étonnante de la Nouvelle-Écosse, où les frais de scolarité sont plus élevés, on l'explique de cette manière:

« L’écart relativement faible dans les taux de fréquentation de l’université entre les quartiles de revenu des familles en Nouvelle-Écosse peut s’expliquer en partie parce que les jeunes dans cette province ont accès à un grand nombre d’universités qui couvrent une petite région géographique.»

Ajoutons surtout qu'une grande partie des étudiant-e-s universitaires de la Nouvelle-Écosse viennent de l'extérieur de la province, ce qui gonfle de manière absurde les statistiques énoncées et tend à réfuter tout argument utilisant cette province comme contre-exemple à la situation du Québec[4]. Le nombre d’étudiant-e-s postsecondaires provenant de la Nouvelle-Écosse inscrit-e-s à temps plein en Nouvelle-Écosse, divisé par la population provinciale âgée de 18 à 24 ans, en 2007, était de 23%[5]! Cela nous change de la statistique habituellement utilisée par la droite, qui est plutôt de 39%!

Le reste du problème tient en bref à la même différence fondamentale entre le Québec et le reste du Canada dont nous parlons sans arrêt: les cégeps.

D'ailleurs, c'est évident que le graphique ne fait pas de sens dans l'argument énoncé par la pro-hausse en question: si on se refuse à analyser les données, on pourrait même conclure que les jeunes riches du Québec sont deux fois moins nombreux à aller à l'université que les jeunes pauvres de la Nouvelle-Écosse!

N'importe qui d'honnête sur le plan intellectuel aurait rejeté ces données, qui sont incomplètes et pas du tout fiables sur le plan comparatif, de l'aveu même des auteur-e-s de l'étude. Comparer des provinces canadiennes entre elles ne se fait pas seulement à partir de deux ou trois statistiques. Il faut cumuler de nombreuses données et les nuancer. Ce que les pro-hausse n'ont pas fait.

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[1] Personne ne semble noter que ce fait à lui seul constitue un grave problème relié autant à une question de culture qu'à une question financière.[2] Je cherche encore l'étude en fichier PDF. J'imagine qu'elle comprend une comparaison par province. Mais je n'arrive pas à la trouver sur le site de Stats Can...[3] contre 87% pour les jeunes du même âge issus d'un milieu très favorisé. Cela nous ramène à une proportion de 60%, qui est semblable à l'écart entre les Néo-Écossais de 19 ans du dernier quartile et du premier. Les données sont difficilement comparables, puisque le groupe d'âge au Québec est plus large. Les quartiles utilisés dans les comparaisons ne sont pas non plus les mêmes.[4] Le Prix du Savoir, p. 62.
[5] Contre 27% pour le Québec. Mais l'étude ne spécifie pas clairement si les 27% sont composés uniquement d'étudiant-e-s originaires de la province. Elle parle simplement d'étudiant-e-s québécois. De plus, les études postsecondaires, dans le cas du Québec, ne concernent que les programmes préuniversitaires.

vendredi 24 février 2012

Intimidation des pro-grève.

Je pense qu'il est exagéré de prétendre que le MERSQ est la grande victime de la grève. Les médias et la ministre de l'éducation laissent quant à eux croire que l'intimidation viendrait juste d'un bord. C'est complètement faux. Les huées, dans des AG occupées majoritairement par des gens opposés à la grève, c'est aussi fréquent que dans les AG qui comptent une vaste majorité de gens favorables à la grève.

Notons qu'à l'AG de vote de grève de l'AFESH, une des associations les plus militantes du Québec, il n'y eut des protestations réelles s'approchant de huées qu'une seule fois: lorsqu'un pro-grève avait fait une accusation illégitime envers nos collègues de psycho et de sexo. Les gens qui ont protesté suite à ce débordement étaient... surtout des pro-grèves.

Les huées, commentaires déplacés et applaudissement sont une question de force de la culture démocratique, et non pas d'appui ou de rejet de la grève.

Pendant la journée de piquetage du 10 novembre dernier à l'UQÀM, nous en avons vu de toutes les couleurs: coups de poing au visage, forçage de blocus, bousculades. Apparemment, un étudiant frustré aurait même jeté un verre rempli de liquide à la face des piqueteurs/euses. Un crétin m'a également menacé de me passer dessus en char. Ce genre de trucs arrive constamment. Mais on ne va pas se plaindre à TVA quand des individus adoptent un tel comportement (à moins bien sûr que ce soit la police qui soit responsable des abus). Mise à jour: Non c'est pas vrai on se plaint finalement.

Je me suis fait très souvent huer pendant des périodes de questions suivant des conférences, lors de débats ou d'autres évènements. Une huée, ce n'est pas intimidant si on ne se laisse pas intimider. C'est un simple manque de respect et de savoir vivre. Pour être intimidé-e, il faut au minimum être inquiété-e, ou avoir peur.

Cela dit

Manquer de respect, intimider, bousculer un-e camarade réticent-e à nos valeurs ne sert pas du tout la cause défendue. Ça excite les extrêmes, ça peut provoquer une confrontation complètement contre-productive mais surtout, ça peut transformer quelqu'un en martyr. Les porte-paroles du MERSQ l'ont parfaitement compris. À cours d'arguments, illes tentent actuellement de passer pour les victimes. J'ai une grande confiance dans le calme platonique de mes ami-e-s activistes; je les ai vu agir. Mais chaque polarisation des camps amène dans nos rangs une nouvelle marée de cons.

Si donc je prend un-e pro-grève sur le fait en train d'intimider réellement ou d'agresser un individu sous le simple prétexte d'avis divergents, je lui enfonce un balai dans le cul et je m'en sers comme pancarte à la manif du 1er mars.

Et je prierais aussi à mes ami-e-s de me laisser faire.

jeudi 23 février 2012

manifestation étudiante du 23 février.

Entre 8 000 et 12 000 personnes[1] se sont réunies au Square Phillips, aujourd'hui, pour dénoncer la hausse des frais de scolarité. Après quelques heures de marche, les étudiant-e-s ont fait un arrêt au Parc Émilie-Gamelin, devant l'UQÀM. Ensuite, après qu'une partie des manifestant-e-s aient quitté la foule, celle-ci s'est divisée en deux groupes. L'un d'eux, le plus gros, s'est dirigé vers les bureaux du ministère de l'éducation sur la rue Fullum. Il comptait pas moins de 600 personnes. Bloqué plusieurs fois et ralenti par l'escouade antiémeute qui tentait de piéger les manifestant-e-s, il a dû faire quelques détours avant de parvenir à l'édifice de la rue Fullum.

Simultanément, un autre groupe, profitant de la diversion créée par ce premier groupe, s'est précipité vers le Pont Jacques-Cartier, parvenant à bloquer la circulation pendant près de 45 minutes. Ce second groupe comptait, selon mes sources, entre 250 et 300 personnes.

Le premier groupe, informé du blocage, a décidé de bloquer la rue Ville-Marie (qui est plus ou moins une autoroute à cette hauteur) afin de garder l'attention sur lui et de diviser l'effort des forces policières. Puis, il a décidé d'aller soutenir le blocage du pont, informé des difficultés faites aux manifestant-e-s par les policiers.

Car entretemps, l'escouade antiémeute s'était déployée sur le pont et partout dans les environs. Les étudiant-e-s ont fini par être repoussé-e-s, un peu avant que les manifestant-e-s du premier groupe parviennent à l'entrée du pont. Les deux foules ont alors fait jonction et les policiers ont continué de suivre la manifestation, tout en tentant de diriger la foule vers le Nord. Malgré les menaces d'encerclement, les étudiant-e-s, au nombre de 1 000 environ, ont continué de marcher. Illes ont notamment pris d'assaut le stationnement de la tour de Radio-Canada, lançant des slogans tels que "Nous sommes tous des porte-paroles", avant de marcher sur René-Lévesque. Quelques dizaines de minutes plus tard, après 16h00, la manifestation est retournée au Parc Émilie-Gamelin, après avoir traversé de manière assez périlleuse la rue Labelle, entre René-Lévesque et Sainte-Catherine.

Cette manifestation, plus imposante que celle du 20 février (organisée essentiellement pour les gens de Montréal) est véritablement un message envoyé à l'État québécois. Les étudiant-e-s sont mobilisé-e-s et prêt-e-s à faire des actions de perturbation. La manifestation d'aujourd'hui n'était pas une simple occasion de s'exprimer doucement comme des enfants-modèles qu'on nous demande d'être; ce fut un moyen de pression véritable, un avant-goût de ce qui s'en vient.

Les actions d'aujourd'hui, qui se sont tenues en marge de la manifestation de 13h00, furent presque spontanées et improvisées: et pourtant, elles ont réussi à déjouer le dispositif de l'État. Laissons au gouvernement le loisir de deviner à quoi pourront ressembler des actions préparées et mûries longtemps d'avance.

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[1] J'en suis arrivé au résultat de 8 000 en comptant les manifestant-e-s par blocs de 100 personnes. C'est un minimum et une estimation très conservatrice. Les organisateurs/trices et la police ont estimé quant à eux la foule à 10-15 000 personnes.

dimanche 19 février 2012

Au Vieux-Montréal.

J'appuie les arrêté-e-s du cégep du Vieux-Montréal. Oui, peut-être que l'occupation et les barricades furent une mauvaise opération de relations publiques, mais la colère des étudiant-e-s, ainsi que les moyens utilisés, étaient totalement légitimes.

Les jeunes qui ont renversé des divans contre les portes pour empêcher les flics de passer et qui se sont défendu-e-s physiquement ne sont coupables que d'un acte de résistance ordinaire et nécessaire face à l'oppression d'une direction qui croit que le cégep lui appartient, d'une police de plus en plus méprisante face à la population et d'un gouvernement corrompu.

Les journalistes pourront dire ce qu'illes voudront, ils n'étaient pas à l'intérieur du cégep pendant le siège. Illes ne peuvent pas savoir réellement ce qui s'est passé, et moi non plus d'ailleurs.

samedi 18 février 2012

Équité intergénérationnelle - frais de scolarité.

Mise à jour: Un texte bien mieux documenté (et me devançant d'un jour) a été rédigé par l'étudiant en droit Simon Crépeault sur le même sujet. Il répond aussi à plusieurs autres arguments du gouvernement sur la hausse des frais de scolarité.

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Plusieurs observateurs/trices affirment que la hausse des frais de scolarité permet de rétablir l'équilibre entre les générations. Guy Breton, recteur de l'UdeM, affirme dans un texte d'opinion:

«Les droits de scolarité actuels et la proportion du coût de la formation qu'ils représentent sont, en dollars constants, une fraction de ce qu'ils étaient il y a 20, 40 ou 60 ans. Il y a ici une question d'équité intergénérationnelle. »

Marc Simard, mon grand insignifiant favori, en rajoute. Il dénonce le sophisme des étudiant-e-s... Mais si le Sophisme avait une mascotte, son costume serait certainement fait en peau de Marc Simard.

« Le graphique reproduit dans La Presse du 15 février démontre qu'avec les hausses de droits de scolarité décrétées par le gouvernement Charest, ceux-ci rejoindront en 2016-2017 le niveau qu'ils avaient en 1968 en tenant compte de l'inflation. »

Le problème avec cet argument, c'est que si la durée 1968-2018 est rigoureuse quand on veut tracer un portrait global de l'enseignement universitaire contemporain au Québec (l'UQÀM a été créée en 1969), elle ne tient pas quand on veut parler d'équité intergénérationnelle.

Les médias nous sortent régulièrement ce graphique depuis bientôt un an:


Donc, pour avoir connu des frais de scolarité équivalents à la fin de la présente période de hausse, il faut avoir étudié AVANT 1968.

Or, la plupart des leaders pro-hausse actuels ont fait leurs études APRÈS 1970. Quelques exemples:

En fait, pour avoir étudié dans une situation similaire aux étudiant-e-s de la fin de la présente décennie, il faudrait être né-e avant 1949. Ce qui nous amène aujourd'hui à un âge minimum de 63 ans, et 69 à la fin de la hausse.

Parmi ceux et celles qui ont payé l'éducation des jeunes ayant profité de frais de scolarité plus bas, il y en a énormément qui sont déjà mort-e-s, et la plupart sont à la retraite ou le seront assurément en 2018. Avec qui essaie-t-on donc d'être équitables? L'équité intergénérationnelle n'est pas rétroactive après la mort. De plus, comme les jeunes risquent de payer gros pour la retraite de leurs aîné-e-s, qui ont pour la plupart profité d'une meilleure accessibilité universitaire qu'eux, la hausse actuelle des frais de scolarité risque d'accentuer plutôt que de corriger les « écarts » observés.

Mais de toute façon, cette notion d'équité[1] intergénérationnelle est totalement creuse. Quand elle est utilisée, c'est non pas pour combattre une injustice, mais réellement pour revenir en arrière. C'est un concept profondément conservateur qui nie tout progrès social. Mais par-dessus tout, il nie l'intention première de tout parent: soit de s'assurer que sa progéniture vivra dans un monde meilleur que le sien.

Et je vais accepter que mes camarades qui débutent actuellement leurs études, qui traversent leur adolescence ou qui sont pas encore nés payent des frais de scolarité plus élevés quand les personnes qui devront bénéficier de cette équité aideront les premiers colons de la Nouvelle-France à défricher leurs terres.

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[1] Crisse que je hais ce mot-là.