samedi 3 mars 2012

Nécessaire désobéissance.

Voici le texte complet envoyé à La Presse suite à la parution de l'article de Robert E. Boyd, le 17 février dernier, le lendemain du blocage de la tour de la Bourse. La rédaction du quotidien, après m'avoir fait poireauter pendant trois jours, a fini par m'avertir qu'elle lirait mon texte. Après, plus de nouvelles. Je crois que le texte n'a pas été publié en raison des attaques personnelles assez sévères qu'il contient.

L'article contient les mêmes informations que celles contenues dans ce billet: Le moralisateur de la Tour de la Bourse.

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Dans un texte d'opinion intitulé « non à la désobéissance civile », un avocat travaillant au centre-ville de Montréal s'est plaint de n'avoir pas pu, hier, se rendre au travail. Des activistes de tous les milieux bloquaient en effet hermétiquement la Tour de la Bourse ‒ dans laquelle se trouve le prestigieux cabinet d'avocats qui l'emploie ‒ afin de dénoncer les diverses hausses de tarifs imposées par le gouvernement provincial.
Sur un ton plutôt moralisateur, il affirme que les étudiants et étudiantes devraient accepter de faire des sacrifices et apprendre à « revendiquer des droits d'une manière civilisée ». Il se dit aussi très déçu que les forces policières aient été aussi lentes à réagir. Mais surtout, il accuse les manifestants et manifestantes d'avoir violé « la liberté de travail et le droit d'accès à une propriété privée des personnes qui assument honnêtement un lourd fardeau fiscal ».
Je comprends tout à fait la colère des travailleurs et travailleuses honnêtes qui ont dû rebrousser chemin devant la ligne de protestataires. Cela dit, je trouve un peu ironique que cette plainte vienne d'un avocat de la firme Dunton Rainville. Une firme à laquelle, selon Rue Frontenac, la ville de Laval aurait sans soumission préalable accordé entre 2007 et 2009 des contrats totalisant une somme de trois millions et demie de dollars[1]. Une firme qui aussi, rappelons-le, a été impliquée de près ou de loin dans le scandale des compteurs d'eau[2] à Montréal.
Mais ma lettre ouverte ne vise pas du tout à remettre en question l'intégrité de l'honnête travailleur qui a publié le coup-de-gueule précédent. Seulement, je suis étonné de la teneur des arguments employés. Quel « fardeau » portent donc les employé-e-s de la firme Dunton Rainville, une entreprise financée de manière plus ou moins transparente par l'argent des citoyens et citoyennes ? Les politiques douteuses de corporations sans scrupules et de dirigeants complaisants ne sont-elles donc pas, à bien plus forte mesure, responsables de la faillite sociale que de nécessaires investissements publics en éducation et en santé ?
Bien entendu. Pour les raisons susnommées, et dans le contexte actuel, une proportion plus ou moins large des cadres travaillant à la Tour de la Bourse ajoutent donc plus de poids au « fardeau » collectif qu'ils n'en enlèvent.
Les manifestants et manifestantes ayant participé au blocage d'hier (notons que la majorité d'entre eux provenaient de syndicats et d'organismes sociaux, et non pas du milieu étudiant) n'ont donc pas visé cet immeuble pour rien. Ils ne s'en sont pas pris à un CLSC ou à une usine peuplée de travailleurs et travailleuses ordinaires, mais bien à un symbole de la collusion entre le milieu des affaires et le gouvernement, un problème qui coûte bien plus cher à la société, annuellement, que des « frais de scolarité beaucoup trop bas », liés selon l'auteur au déficit public actuel.
Ce dernier accuse en outre les étudiants et étudiantes de ne pas avoir consacré assez d'énergie à constituer un « argumentaire convaincant ». C'est ignorer, justement, les efforts des différentes associations étudiantes et instituts de recherche qui ont passé les deux dernières années à publier un grand nombre d'études visant à démonter de manière rigoureuse les clichés éculés que l'auteur du texte contribue malheureusement à répandre.
L'avocat à l'origine du débat actuel, dont le confort est peut-être, qui sait, en partie lié à des contrats signés avec le gouvernement, est bien placé pour comprendre que l'argent qui sert à le payer est une ressource rare qui pourrait bien être affectée ailleurs par la collectivité. Devant les excès de ses patrons, collègues, associé-e-s et administration contractuelles (il devrait les dénoncer au lieu de les dépeindre comme des victimes « prises en otage »), des actions de dénonciation et de perturbation sont tout à fait nécessaires et légitimes.

[1] de Pierrebourg, Fabrice. « Laval: au moins 80 M$ obtenus sans soumission en trois ans pour un « club fermé » d'entreprises. » Rue Frontenac, Dimanche, 30 mai 2010. En ligne: http://exruefrontenac.com/nouvelles-generales/politiquemunicipale/23402-laval-contrats-sans-soumission (page consultée le 17 février 2012).
[2] Lévesque, Kathleen. « Compteurs d'eau - la firme-conseil de Montréal est encore associée à l'entrepreneur. » Le Devoir, 10 avril 2009. En ligne: http://www.ledevoir.com/politique/villes-et-regions/244913/compteurs-d-eau-la-firme-conseil-de-montreal-est-encore-associee-a-l-entrepreneur (page consultée le 17 février 2012).

4 commentaires:

  1. Ton texte n'a pas été publié peut-être parce qu'il est tout simplement trop long?

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  2. Pas vraiment plus long que le texte auquel je réponds, qui était par ailleurs très court. Mais ça reste du domaine du possible. Mon texte compte une ou deux répétitions et une incohérence mineure sur mes intentions.

    Dans les mêmes jours, quelques textes opposés à la hausse des frais de scolarité et/ou contre les hausses de tarifs en général ont été publiés sur le site de Lapresse.ca. Les textes choisis étaient sans doute mieux formatés. Je ne suis pas vexé outre mesure, sinon du fait que si on m'avait dit plus rapidement que mon texte ne faisait pas l'affaire, j'aurais pu m'adapter à ce moment-là.

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  3. Tiens, tiens, la charogne libérale vient d'inventer un autre racket...

    http://www.jemeretire.ca/

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  4. Je me demande si cette coalition va désigner une reine... Hahaha.

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