mercredi 25 avril 2012

L'arme de l'ennui - le piège du gel.

L'arme de l'ennui

Vous avez certainement remarqué que, lors de rassemblements ou de manifestations, l'agression policière excite les manifestant-e-s plus qu'elle ne parvient à juguler une agitation.  Elle précède généralement, d'ailleurs, des actes de violence commis par les manifestant-e-s (qui sont alors une simple réplique à la répression).  Une bonne manière, pour la police, de ne pas provoquer d'affrontement, est de rester invisible et impassible.

Dans certaines circonstances, le mauvais temps et l'ennui finissent par venir à bout des manifestant-e-s, beaucoup mieux que la répression policière.  Après un rassemblement bien emmerdant, bien des manifestant-e-s tentent de tromper leur désœuvrement en allant consommer une bière ou magasiner.  C'est exactement ce que la société capitaliste attend d'eux.

Une manif pacifique est très, très bonne pour le commerce.

Mais quand les policiers frappent, les manifestant-e-s sentent qu'illes ont la licence de la réplique.  Le danger n'est que rarement assez grand pour que la foule se disperse et les gens restent... simplement parce qu'il se passe enfin quelque chose.  J'aurais des tas d'anecdotes surréalistes à raconter à ce sujet.   L'émeute est un spectacle fascinant pour qui la regarde, et un divertissement défoulant pour quiconque y participe.  Un adepte du Black Bloc m'a déjà dit, à propos de l'expérience de la casse: «Si tu savais comme on se sent vivre».

Pourquoi partir?  Pourquoi manquer une occasion aussi formidable de se sentir vivre?

Les différents corps de police du Québec ne comprennent pas.  La seule arme réellement efficace contre une mobilisation, c'est l'ennui.  Au lieu de ça, ils pratiquent la vengeance.  Les 90 manifestant-e-s pacifiques arrêté-e-s devant le Palais des Congrès samedi, c'était pour se venger de la veille.  On s'en fout si c'était pas les mêmes personnes.

Mais ça ne marche pas.  La police n'a qu'à rien faire, rester de marbre.  Il n'y aura pas de débordements.  Les gens vont retourner chez eux en se disant que c'était donc bien plate.

La ministre a en revanche compris l'utilité de l'ennui en demandant une "trêve" chez les grévistes.  Elle sait qu'il n'y a rien de plus démoralisateur que de rester chez soi et d'attendre que des négociations en huis clos aboutissent.  Rien de plus emmerdant que de faire des manifs qui ne perturbent rien.

Une lutte ennuyante, c'est une lutte de perdue.

Le piège du gel

Admettons que dans le meilleur des mondes, les délégué-e-s du comité des négos obtiennent le gel ou même l'indexation en sortant du bureau de Mme Beauchamp. 

Je pense que ce ne sera pas mieux.  L'année suivante, les universités vont simplement augmenter les frais afférents, et cette fois sans que des mesures existent pour compenser la hausse dans l'aide financière.  La hausse sera peut-être de seulement 200$, mais je ne vois pas pourquoi les recteurs se la refuseraient.  Après tout, il faut bien que quelqu'un paie leurs voyages de golf, leurs piscines intérieures et leurs fiascos immobiliers.

Si jamais le gouvernement décrète une hausse moins élevée, ou le retour au gel des frais de scolarité,  il faut avoir des garanties en ce qui concerne les frais afférents: sinon, toute notre lutte n'aura servi à rien.  Les hausses de frais afférents sont insidieuses et forcent les étudiant-e-s à mener des luttes uniquement à l'échelle locale, et donc de manière désunie[1].

Si le comité de négos arrivait à une entente sérieuse sur le sujet avec le gouvernement (genre, le transfert des frais afférents en frais de scolarité réguliers, ou un gel forcé des frais afférents dans toutes les universités), les recteurs sortiraient grands perdants de la crise actuelle.  Ce serait pour eux une défaite écrasante et bien méritée: ils perdraient une partie de leur pouvoir de taxation au profit du gouvernement.  N'oubliez pas que la CRÉPUQ n'est pas à la table des négociations actuellement, même si c'est elle qui a exigé la hausse.  Et que le premier sujet de discussion est la mise sur pied d'un (inutile, selon Garon?) organisme de surveillance des dépenses des universités.  Donc, si la perte du pouvoir de taxation est très hypothétique, la perte d'autonomie dans la dépense, elle, est quasi-certaine.

Les négociations vont à coup sûr renforcer la position du gouvernement dans la gestion des universités.  Les étudiant-e-s vont ramasser les miettes.  Les recteurs seront anéantis.

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[1]  Je suis toutefois convaincu que les négociateurs/trices ont déjà pensé à ça. 

1 commentaire:

  1. Mes salutations cordiales au Département de la Défense nationale, qui a visité mon blogue deux fois ce mois-ci.

    Je suis tellement dangereux.

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